sommeil

 

« L’avion évite la mer et se pose. Ma mère somnole, à peine éveillée par les soubresauts de l’appareil, et ma grand-mère rit aux éclats. Nous sommes toutes les trois. Ce soir, c’est le réveillon de Noël. Nous ne resterons à Nice que trois jours, mais ma mère a pris une grosse valise. Une valise qui lui permet d’attendre le printemps et même de ne pas rentrer. Elle sait peut-être, elle sait sûrement qu’au prochain voyage, elle sera sans bagages. »

 

Premières lignes. On entre dans ce roman sur la pointe des pieds et on sait qu’on en ressortira le cœur serré…

 

Jeanne accompagne sa mère sur les traces de son enfance dans ce qu’elles savent être son dernier voyage. Un temps pour se retrouver, pour être ensemble, simplement. Faire le plein de ces petits moments de joie même éphémère, engranger du beau et du doux qui feront la trame des souvenirs, faire une provision d’amour pour affronter la peur, canaliser le chagrin et supporter l’idée de l’absence…

 

A Nice, la mère de Jeanne n’a pas la force de se déplacer. C’est de la fenêtre de la chambre d’hôtel qu’elle admirera les palmiers et le bleu du ciel. Le sommeil est désormais son seul refuge contre la douleur. Jeanne, doucement, apprivoise cette vie sans elle. Le soir de Noël, elle part seule dans les rues de Nice et y rencontre un homme, Gabriel. Il est seul lui aussi, mais pas pour les mêmes raisons… Et leurs vies, leurs douleurs, leurs solitudes, curieusement, se font écho…

 

« Nous sommes restés plus de trois heures ensemble. Il m’a semblé que nous nous étions reconnus. Elle m’a raconté sa vie, trop vite, comme en une nuit on refait le monde, étranger au jour qui viendra à tous les coups enterrer les espoirs nés des amours de quelques verres de vin et d’une larme échappée. »

 

Une centaine de pages et pas un mot de trop. L’écriture à nu d’Anne Goscinny va à l’essentiel, au plus près des sentiments, au cœur même de ce lien indéfectible qui unit une mère à sa fille. Il y a une pudeur et une infinie douceur dans ces mots-là. Ceux qu’on dit et ceux qu’on ne dit pas, ces silences qui dévoilent et révèlent… Il y a du beau et du doux. Malgré la douleur et ce temps qui passe et nous échappe…

Dans ce roman très personnel et si profondément intime, Anne Goscinny a choisi de donner la parole aux deux âmes esseulées qui l’habitent et le hantent. Jeanne et Gabriel. Un souffle de vie. Une porte ouverte. Deux voix en résonance. Les temps se croisent et s’entrecroisent dans une double narration habile qui ne dévoilera ses subtilités qu’à la toute fin du roman, inattendue…

 

Il est beau ce roman. Délicat et fragile. Simple et émouvant. Il ne ment pas et donne une furieuse envie de serrer bien fort ceux qu’on aime dans ses bras…

 

Un bijou d’écriture que je me fais une joie de partager avec la merveilleuse Charlotte… ♥

 

« Il fait doux, Nice ouvre ses cadeaux. Il n’y a personne dans les rues. Je marche, enveloppée dans un caban trop large. Je ne pense qu’à ma mère, à sa vie de douleur. Je sais que la parenthèse se referme sur nous comme un piège relié à une bombe à retardement. Je visualise le demi-cercle qui dessine la fin de la parenthèse. Il se rapproche dangereusement de celui qui l’ouvre. Nous n’avons plus pour vivre que l’espace qui laisse passer l’air avant que ne se ferme le cercle qui se forme inexorablement. A moi de lui donner un teint d’infini et des yeux de demain. »

 

Éditions Grasset (Avril 2016)

138 p.

 

Prix : 13,50 €

ISBN : 978-2-246-85943-7


19 commentaires

L'Irrégulière · 5 mai 2016 à 09h56

ça semble vraiment un très très beau roman !

krol · 5 mai 2016 à 10h47

Un roman qui pourrait me toucher très personnellement, au plus intime de mon être pour plein de raisons… Je le note immédiatement.

Aifelle · 5 mai 2016 à 11h03

J’aime bien l’écouter quand elle parle de ses livres, mais je ne l’ai pas encore lue … à réparer.

Stephie · 5 mai 2016 à 12h13

Nice en plus… c’est le signe que je dois le lire 🙂

luocine · 5 mai 2016 à 12h41

les livres qui décrivent la douleur et qui reste pudique me touchent toujours beaucoup

luocine · 5 mai 2016 à 12h42

et qui restent pudiques …. (désolée j’ai cliqué avant de relire!)

Léa Touch Book · 5 mai 2016 à 14h40

J’aimerais beaucoup le lire 🙂

Nicole G · 5 mai 2016 à 17h19

Voilà qui donne envie… 🙂

antigone · 5 mai 2016 à 18h04

Un titre déjà repéré. Tu donnes envie !! 😉

celina · 5 mai 2016 à 18h49

Un thème qui m’ intéresse beaucoup et l’ écriture semble belle, délicate. Merci pour ton billet.

Océane · 5 mai 2016 à 21h31

A voir si ma bibli l’a. mais j’ai peur qu’il soit un peu trop délicat pour moi, paradoxalement !

jerome · 6 mai 2016 à 08h51

Très beau billet ! Même si je ne pense pas que ce soit un roman pour moi, c’est un plaisir de te lire 😉

Delphine-Olympe · 6 mai 2016 à 09h11

Je ne suis pas sûre d’avoir envie de ce genre de lecture en ce moment, mais plus tard peut-être.

Joëlle · 7 mai 2016 à 08h19

Je viens de le terminer et partage complètement ton avis. Sensible, pudique, bouleversant… tellement bouleversant que j’attends un peu d’avoir digéré tout ca pour faire ma chronique

Margotte · 9 mai 2016 à 07h34

Un billet sensible, à l’image de ce livre semble-t-il…

manU · 9 mai 2016 à 20h50

Depuis que je l’ai entendu la première fois dans les médias, je la trouve très attachante, je serai curieux de la lire…

Alex-Mot-à-Mots · 10 mai 2016 à 14h47

Une lecture qui donne envie de faire des gros câlins, génial !

Camilla · 12 mai 2016 à 11h16

Un roman touchant que j’aimerais beaucoup découvrir… 🙂

Nadael · 13 mai 2016 à 16h36

Tu en parles bien, je note!

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