Le vase où meurt cette verveine – Frédérique Martin

Le-vase-ou-meurt-cette-verveine-copie-1.jpgCinquante-six ans que Zika et Joseph s’aiment d’un amour tendre et exclusif. Un amour qui reste intact après toutes ces années, toujours aussi pur, toujours aussi passionné. Des années que les vieux amants ont traversé ensemble, sans jamais se quitter une seule seconde, partageant leurs habitudes, leurs rituels rassurants…

Quand il apparaît que Zika doit se faire soigner le coeur, ils n’ont d’autre choix que de laisser leurs enfants décider pour eux. Isabelle habite seule un petit appartement à Paris mais elle est proche d’un hôpital et de spécialistes qui pourront prendre en charge sa mère. Le temps de son traitement, Zika habitera donc chez elle pendant que Joseph sera hébergé chez leur fils, Gauthier, à Monfort. Une séparation qu’ils peinent à envisager et qu’ils espèrent la plus courte possible…

 

Pour tenter d’oublier les kilomètres qui les séparent, Zika et Joseph s’écrivent. Des lettres à la fois douces et enflammées qui disent tout l’amour qu’ils se portent. Des lettres qui disent le manque… atroce, l’absence… douloureuse. Des lettres comme des bouteilles à la mer, des appels au secours…

Des lettres où se révèlent petit à petit les failles de ces enfants qu’ils pensaient connaître. Des lettres où pointent les frustrations des uns, les reproches des autres, les colères étouffées et les vieilles rancoeurs…

 

Ce roman m’a littéralement chamboulée… C’est une lecture dont on ne ressort pas indemne tant elle vient vous chercher loin…

J’ai tout de suite aimé ces deux amants, qui, au crépuscule de leur vie, s’aiment comme au premier jour. Touchant, rassurant… J’ai aimé leurs vibrantes et fougueuses déclarations d’amour, leurs petites querelles d’amoureux, leurs emportements d’adolescents jaloux pour qui l’amour ne peut être qu’exclusif… Un amour dont leur fille Isabelle s’est toujours sentie exclue… Et même si l’on sent le drame qui se noue insidieusement, on est loin de s’imaginer les dégâts que cet amour a pu engendrer autour de lui…

Oui, ce roman chamboule… Il égratigne le sacro-saint amour que se doivent parents et enfants, il remue profondément, dérange et lacère le coeur…

Il y aurait tant à dire sur ce roman qui parle magnifiquement bien de la vieillesse, du couple, de la famille, des responsabilités des uns et des autres, des souffrances contenues…

Tant à dire sur ces choix que l’on fait, cet amour que l’on croit donner et ces erreurs qui finissent fatalement par nous exploser au visage… Tant à dire sur cette cruauté, larvée, qui ne dit pas son nom…

Mais je n’ai pas les mots… Sachez seulement que ce roman est un énorme coup de coeur, rare et précieux, que je porterai longtemps en moi… Mille mercis Frédérique Martin…!

 

Une lecture que j’ai le plaisir de partager avec Lucie et Leiloona, toutes deux KO..!

 

Les avis de Stéphie, Clara, George, Laure, Jacky, Aifelle, Fransoaz, Gambadou, Sabeli, Emma, Caroline

 

Le site de l’auteure

 

Premières phrases : « Ma très chère femme, Comment a débuté ce grand bazar ? J’ai l’impression d’avoir vécu sans prendre les bonnes décisions et d’avoir été roulé sur soixante-dix sept ans comme un vulgaire caillou. A part notre mariage, tout s’est décidé sans moi. Je me revois travailler la terre des autres en rêvant de posséder la mienne, sarcler, dépierrer, semer et récolter, toujours comme une brute, tête baissée. Le pli est pris, et aujourd’hui encore je suis incapable de me redresser alors qu’une colère sourde voudrait me faire lever le poing pour réclamer des comptes. Est-ce ma faute si je suis né pauvre ? Est-ce ma faute si je suis devenu vieux ? Et puis je voudrais abattre mon bras et fendre la table où je t’écris. Mais je la boucle, je serre les dents. Tais-toi, Joseph, ne va pas faire d’histoires. C’est là toute mon éducation. »

 

Au hasard des pages : « Dans leurs premières années, les enfants ont un don pour nous pardonner. Sans leur bienveillance, nous ne traverserions pas l’épreuve d’être parents. Ils ignorent nos faiblesses, nous croient sur parole et espèrent en nous, plus que nous-mêmes. Sans lucidité, cette loyauté finit par les asservir, ou bien elle les écrase et dévore toute leur capacité de confiance. Il faudrait dire aux enfants qu’ils ont des attentes démesurées, que les hommes sont trop vulnérables pour se hisser à l’égal d’un dieu. Les prévenir pour qu’ils puissent passer à autre chose et laisser derrière eux les indésirables. Les éparpiller comme des petits poulets en leur criant : je ne suis pas celui que tu vois ! Jeter le grain plus loin que soi. Mais, pour cela, il faudrait s’armer d’un courage immense et renoncer à se sentir merveilleux. » (p. 64)

 

« Je suppose qu’à un moment on tombe de l’enfance, on s’en écrase comme d’un pommier trop haut quand on se rend compte que vieillir, c’est une manière lente de disparaître. » (p. 70)

 

« Voilà, ainsi va la vie, on se tourne vers le passé, on se projette vers l’avenir, impuissants à savourer le moment présent. Cette brise sur ma joue surgie par le fenêtre ouverte, le crissement du papier, le rire doux de Rosalia, toutes ces sensations devraient s’ancrer là, maintenant, durant leur brève existence, avant de disparaître à jamais. Il faudrait laisser leur place, donner leur poids à chaque mot, chaque seconde, demeurer dans la présence simple et attentive, demeurer et vivre, vivre. Mais non, à la place, on espère ou on se souvient, c’est regrettable sans doute, mais c’est ainsi. » (p. 124)

 

« C’est rude de comprendre à mon âge qu’on ne connaît vraiment personne, ceux qu’on aime sans doute moins encore que les autres. Le coeur s’installe dans les yeux pour nous aveugler, on lui laisse prendre ses aises. Est-ce que dans toute relation, on rêve seulement qu’on est deux, est-ce qu’on jette une grande partie de ses forces pour maintenir l’illusion et ne pas avoir à découvrir qu’on est seul, absolument seul chacun de son côté, à s’embraser pour un autre qui n’a pas de réalité ? Eh bien, même si c’était seulement ça, aimer, il faudrait le prendre, nous n’avons rien de meilleur à proposer. » (p. 146)

 

Éditions Belfond (Août 2012)

220 p.

 

Une nouvelle lecture

pour le challenge 1% rentrée littéraire !

Challenge 1% littéraire 201213/14

 

Challenge-petit-bac-2013.jpgEt une nouvelle participation au challenge Petit Bac

chez Enna !

Catégorie OBJET

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23 commentaires sur “Le vase où meurt cette verveine – Frédérique Martin

  1. Contrairement à toi, je n’ai pas réussi à aimer Zika dont je n’aurais pas aimé être la fille tant elle est concentrée sur son seul vériatble amour  tellement au centre de sa vie que les autres autour d’elle se sentent souvent exclus. A part ça , c’est un beau roman qui  a tout pour plaire. 

    • Tu n’en as pas parlé non…? Je ne crois pas avoir vu ton billet…

      Zika se révèle au fur et à mesure du roman, j’avoue lui avoir préféré son mari… Joseph m’a émue, beaucoup…!

    • Non, on ne risque pas de l’oublier celui là ! Et on va s’empresser de le partager, de l’offrir… et de le relire aussi ! 😉

    • Je crois que c’est chez toi que j’avais noté ce roman pour la première fois. Je l’avais acheté très vite, et puis le temps est passé… Quelle bonne idée j’ai eu de le sortir de mes étagères !

      Je comprends que les avis divergent… La fin est brutale et met mal à l’aise…

    • C’est moi qui vous remercie… Votre roman est un cadeau ! Je l’ai lu en apnée… et j’en suis encore sous le choc !

    • Merci à toi, j’aime beaucoup beaucoup ton billet…!

      Je comprends ce que tu veux dire, offrir cette verveine en cadeau, c’est quelque chose… Mais comment s’en priver…?

    • C’est un petit bijou, de ceux qui donnent le sourire, font réfléchir et égratignent profondément… A lire, vraiment…!

    • C’est un roman très particulier, il bouscule, il dérange, il émeut… J’espère qu’il saura te toucher…!

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