Les arbres voyagent le nuit – Aude Le Corff

Les arbres voyagent la nuit« Dans la rue, ne jamais, même du bout du pied, marcher sur les traits du trottoir (…), dans le jardin, caresser les chats deux fois sur la tête, puis cinq fois sur le dos, en respectant bien cet ordre. S’ils ronronnent, c’est très bon signe. »

Un rituel que Manon s’applique à exécuter à la perfection, et ce tous les jours depuis que sa maman est partie de la maison. Depuis, rien n’est plus pareil. La maison aux stores baissés est devenu un dépotoir jonché de bouteilles de bière vides et son père se morfond dans son fauteuil en cuir, absent, incapable de la consoler…

 

Tous les jours en rentrant de l’école, Manon prend un livre sur ses étagères, le foulard oublié de sa mère et court se réfugier sous son bouleau fétiche. Là, entourée de chats, elle parle aux fourmis et au vent et s’évade aussi loin qu’elle le peut…

 

Et tous les jours, Anatole, professeur de français à la retraite, bourru et solitaire, s’interroge sur cette petite fille bien trop sérieuse qui ne rit jamais… Aussi curieux que cela puisse paraître, Manon l’intimide. Elle lui fait penser au Petit Prince… C’est avec ce livre qu’il va tenter de l’apprivoiser. Une lecture qui les emmènera loin, aux portes du Maroc, pour tenter de retrouver la trace de la mère disparue…

 

J’ai aimé découvrir ce premier roman sans trop savoir de quoi il parlait. L’amie libraire qui me la mis entre les mains m’a juste dit qu’il était question d’une petite fille solitaire qui se réfugie dans ses livres et qui parle aux fourmis, qu’on y croisait un vieux monsieur et le Petit Prince… Elle en parlait avec le sourire, ça m’a suffit… Et puis j’ai trouvé le titre beau…

Un premier roman… c’est quelque chose tout de même. Je ne cesserai jamais d’être épatée par ces jeunes auteurs qui se jettent dans la gueule du loup. Du coup, je me jette avec gourmandise et fébrilité sur une plume et un univers que je ne connais pas. L’aventure en somme…

 

Avec Aude Le Corff, le charme a opéré dès les premières pages. Un vieux monsieur qui n’attend plus rien de la vie, une petite fille qui persiste à attendre, un père qui n’y croit plus, une tante bienveillante… Un quatuor dissonant et peu banal qui m’a plu d’emblée. Et quand ces quatre là se lancent sur la route pour tenter de comprendre pourquoi Anaïs a voulu changer de vie, ils n’imaginent pas à quel point leur propre vie va changer…

Beaucoup de très jolies choses dans ce premier roman… Une plume agréable, des personnages attachants, une ode délicate et sensible à l’enfance confrontée à un monde adulte souvent incompréhensible, à la littérature aussi… Oui, c’est un joli conte… bourré de tendresse, doux et émouvant, qui aborde d’une façon très juste des thèmes un peu moins folichons…

 

Un bien joli voyage… et un auteur à suivre !

 

Les avis de Sabeli, L’or rouge, Delphine, Séverine

 

Premières phrases : « La porte se referme plus fort qu’elle ne l’aurait voulu. Manon reste figée dans l’entrée, à l’affût d’un bruit. Elle n’entend pas la télévision, pourtant elle sait que son père est là, dans le salon.

En évitant les lignes du parquet, elle pose ses ballerines l’une à côté de l’autre, sous le porte-manteau. Un imperméable y est suspendu, effleurant l’aquarelle d’un voilier solitaire perdu sur une mer d’huile. Sur une console, des fleurs se décomposent dans un vase dont l’eau s’est évaporée depuis longtemps. Tout autour, les pétales décolorés se mêlent à la poussière.

Chaque soir, après l’école, dans leur appartement du deuxième étage, Manon parcourt les mêmes pièces, dans le même ordre, à la même heure. »

 

Au hasard des pages : « Cette petite fille qui s’est sentie impuissante quand sa mère est partie, quand son père a sombré, il a fallu qu’il la prenne sous son aile. Pour lui, c’est trop tard, mais pour elle, il refuse la fatalité. Manon ne sera pas une femme attirée par les hommes qui souffrent, meurtrie par l’abandon, tiraillée entre la peur de trop aimer et la crainte de ne pas être assez aimée, rejouant toute sa vie le rôle qu’elle n’a  su mener à bien avec sa mère, puis avec son père, dans un monde qui lui tournera le dos. » (p. 71)

 

Éditions Stock (mars 2013)

Collection La Bleue

304 p.

 

Defi-Premier Roman

Nouvelle lecture pour le challenge de Anne !

14 commentaires sur “Les arbres voyagent le nuit – Aude Le Corff

  1. Tu en parles si joliment (comme de l’aventure qu’est l’incursion dans un premier roman, d’ailleurs) que tu nous donnes envie de partir en voyage à notre tour avec ces personnages :).

  2. ça m’a l’air vraiment très chouette. Ou alors c’est ton billet qui est trop bien écrit et qui me donne envie de courir chez libraire, au risque d’être déçu…

  3. C’est vrai que tu en parles très bien, trop sûrement, presque jusqu’à tenter quelqu’un qui sait très bien que ce n’est pas son genre de lecture.

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