Les parapluies d’Erik Satie – Stéphanie Kalfon

parapluies satie

« On n’envie jamais les gens tristes. On les remarque. On s’assied loin, ravis de mesurer les kilomètres d’immunité qui nous tiennent à l’abri les uns des autres. Les gens tristes sourient souvent, possible oui, possible. Ils portent en eux une musique inutile. Et leur silence vous frôle comme un rire qui s’éloigne. Les gens tristes passent. Pudiques. S’en vont, reviennent. Ils se forcent à sortir, discrets faiseurs d’été…. Partout c’est l’hiver. Ils ne s’apitoient pas : ils s’absentent. Ils disparaissent poliment de la vue. Ils vont discrètement se refaire un monde, leur monde, sans infliger à personnes les désagréments de leur laideur inside. Ils savent quoi dire sans déranger. C’est tout un art de marquer les mémoires d’une encre effaçable… »

 

Il se dégage un charme indéfinissable de ce premier roman qui n’en est pas vraiment un. Une petite musique qui séduit dès les premières lignes. Qui enrobe et qui envoûte…

 

Ce n’est qu’en écoutant un peu sa discographie que je me suis rendue compte que je connaissais ces airs. De l’homme par contre, je ne savais rien. Et j’ai fait une belle rencontre. J’ai aimé ce tempo particulier dans l’écriture, cette alternance de moments doux et de déferlantes qui rend si bien la complexité du personnage. Ces instants de grande solitude et ces accès de révolte, cette insoumission viscérale et ce refus de rentrer dans le rang. J’ai été touché par cet être aux dehors fantasques et au cœur piétiné, bien à l’abri des regards et des autres…

 

« Difficile de ne pas devenir fou, à force de collectionner les absences. »

 

Préférer les chemins de traverse, les tortueux, les escarpés… plutôt que les routes balisées où l’on s’ennuie à mourir. Erik Satie ou l’artiste par excellence. Excessif, brillant, méconnu, passionné, insoumis et désespérément seul. Végétant dans une chambre sordide de banlieue où il vivra coincé entre deux pianos désaccordés et quatorze parapluies noirs identiques. Jusqu’à sa mort.

 

Erik Satie aura toujours condamné l’absence d’originalité de la société musicale de ce début de XXe siècle balbutiant et étriqué. De l’air, de l’air…! Dans son premier roman, Stéphanie Kalfon rend un bel hommage à cet homme « taillé pour l’exil » qui s’est toujours défié des règles et des carcans. Sa partition sans fausses notes brosse un portrait tout en nuances d’un éternel insatisfait qui aura finalement laissé son empreinte, comme « une suite désordonnée de petits murmures »

 

Les avis de Charlotte, Joëlle et Sabine

 

Éditions Joëlle Losfeld (Février 2017)

211 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-07-270634-9

 

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Millésime 2017, chez Laure !

14 commentaires sur “Les parapluies d’Erik Satie – Stéphanie Kalfon

  1. Une belle rencontre, c’est vrai. Personnellement j’ai surtout été séduite par l’écriture, le rythme, la petite musique que Stéphanie Kalfon parvient à installer pour coller à la singularité de son sujet. Un premier roman qui mérite vraiment le coup d’œil !

  2. Comme toi, je connais les airs les plus célèbres de ce compositeur, mais j’ignore tout du personnage. J’ai très envie de le découvrir. J’espère que ces parapluies seront un des tout prochains livres que je recevrai dans le cadre des 68…

  3. J’hésite. Ce que vous en dites, Sabine et toi, aurait tendance à me convaincre mais de prime abord, je ne serais pas vers ce roman. Pas certaine que ce soit pour moi cette histoire

  4. J’avais entendu parlé de ce roman à sa sortie en librairie. Il m’intriguait déjà à l’époque, tu me fais penser qu’il faut absolument que je me le procure ! J’adore Satie, alors un roman qui lui rend hommage ; je ne peux pas passer à côté !

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