L’espionne de Tanger – María Dueñas

L'espionne de tanger

 

L’été, c’est bien connu, c’est le moment idéal pour se plonger dans un bon gros pavé. L’espionne de Tanger est venue à point nommé et m’a suivi de transat en transat pendant ma petite semaine en Corse.

 

600 pages donc, pour un premier roman, María Dueñas ne fait pas les choses à moitié. 600 pages que je n’ai pas vu passer, complètement dépaysantes et très bien ficelées.

 

Rien d’étonnant à ce que ce roman soit devenu un véritable phénomène éditorial depuis sa parution en 2009 en Espagne : plus d’un million d’exemplaires vendus, une traduction dans plus de 20 langues et l’inévitable adaptation au cinéma et à la télévision, excusez du peu…

 

L’histoire débute en Espagne, au début de la guerre civile. A 20 ans, Sira travaille dans l’atelier de couture de sa mère où elle fait preuve d’un certain talent. Sa vie semble toute tracée, elle s’apprête même à épouser le gentil et attentionné Ignacio, petit fonctionnaire sans ambition qu’elle voit déjà comme le père de ses enfants. Pourtant, sa rencontre avec le ténébreux Ramiro va venir bouleverser sa petite vie. Par amour, elle décide de tout plaquer et de le suivre pour Tanger. Munie d’une grosse somme d’argent hérité d’un père qu’elle n’a pas connu et que sa mère avait gardé sous silence, elle s’apprête à vivre une nouvelle vie, fastueuse, auprès d’un homme qui la couvre de compliments et lui promet l’amour éternel. Un homme qui très vite se révèle être un parfait filou et qui s’enfuit avec tout son argent… sans payer l’hôtel de luxe dans lequel ils vivaient depuis leur arrivée dans le pays. Criblée de dettes, elle se réfugie à Tétouan, alors sous protectorat espagnol. Grâce à la bienveillance du commisaire Vasquez et l’aide providentielle de celle qu’on surnomme « la contrebandière », elle montera un petit atelier de couture pour tenter de rembourser ses dettes et de rapatrier sa mère restée dans une Espagne en guerre. Très vite, son talent fait des merveilles et les belles étrangères ne jurent que par ses doigts de fée capables de créer des merveilles en ces temps troublés. La seconde guerre mondiale éclate, Sira travaille pour de riches expatriées, anglaises, espagnoles et même allemandes et se retrouve bien malgré elle témoin des alliances qui se nouent entre nazis et franquistes… Sa route va alors croiser celle de la pétillante et attachante Rosalinda Fox, une anglaise alors maîtresse de Juan Luis Beigbeder, haut commissaire espagnol à Tétouan. Une rencontre déterminante qui entraînera la discrète Sira dans de complexes affaires d’espionnage pour le compte des Anglais…

 

D’espionnage, il ne sera en fait question que dans le dernier tiers du roman. Les choses se mettent en place doucement, laissant au lecteur le temps de s’imprégner de l’ambiance de l’époque et de comprendre les enjeux qui se jouent alors en Espagne. Une Espagne franquiste qui se relève difficilement d’une guerre civile et qui hésite à s’investir dans une guerre mondiale qui pourrait bien la laisser exsangue… Intéressant de voir ce que les services secrets britanniques ont pu mettre en place pour empêcher un rapprochement entre l’Allemagne d’Hitler et l’Espagne de Franco.

Je ne sais pas ce que j’ai préféré dans ce gros roman foisonnant : l’intrigue romanesque et un brin exotique, l’arrière-plan politique dans une époque que j’affectionne particulièrement, les amitiés et amours tumultueuses de l’héroïne, son parcours atypique et complètement rocambolesque, les personnages secondaires en grande partie responsables de mon plaisir de lecture, cette plongée dans l’univers glamour de la haute couture ou le fait que la petite histoire rejoigne la grande…

Une chose est sûre : j’ai passé un très agréable moment en compagnie de Sira et je n’ai absolument pas vu passer le temps ! María Dueñas a une plume agréable et le roman se lit d’une traite, ne boudez pas votre plaisir !

 

Un grand merci à Christelle des éditions Robert Laffont pour cette parfaite lecture estivale !

 

Premières phrases : « Une machine à écrire à bouleversé mon destin : une Hispano-Olivetti, et j’en fus séparée pendant des semaines par la vitrine d’une devanture. Avec le recul, du haut des années écoulées, j’ai du mal à croire qu’un simple objet mécanique ait pu briser le cours de ma vie et dynamiter en quatre jours tous les plans que j’avais forgés pour la mener à bien. Pourtant, ce fut le cas, et je fus incapable de l’empêcher. »

 

Au hasard des pages : « J’avais obéi aux ordres, j’avais été disciplinée. On m’avait dit de ne pas sortir d’un certain circuit et j’avais obtempéré. J’avais évité l’ordre Madrid, le réel, l’authentique. J’avais restreint mes mouvements dans les limites d’une ville idyllique, refusant de contempler son autre visage : les rues défoncées, les impacts de balles sur les bâtiments, les fenêtres sans vitres et les fontaines asséchées. J’avais choisi d’ignorer les familles entières fouillant dans les poubelles en quête d’épluchures de pommes de terre ; ou bien les femmes endeuillées, avec leur bébé accroché à leur poitrine desséchée, errant sur les trottoirs ; j’avais même refusé d’apercevoir les nuées de gamins sales et pieds nus autour d’elles, les visages couverts de morve, leurs petites têtes rasées et pleines de croûtes, qui tiraient par la manche les passants en les suppliant : pitié, monsieur, une pièce, mademoiselle, s’il vous plaît, donnez-moi une pièce, Dieu vous le rendra. J’avais été une agente parfaite et obéissante des services secrets britanniques. D’une obéissance scrupuleuse. Répugnante. J’avais suivi les instructions à la lettre : je n’étais pas retournée dans mon quartier, je n’avais pas posé le pied sur les pavés de mon passé. » (p. 436-437)

 

Éditions Robert Laffont (Mai 2012)

Collection Best-sellers

598 p.

 

 

Defi-Premier Roman 4/5

 

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Et un pavé pour le challenge de Brize  !

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6 commentaires sur “L’espionne de Tanger – María Dueñas

  1. Et voilà! Je suis comme punie de n’avoir pas lu ta rubrique plus tôt. Ce livre était disponible hier à la bibliothèque et j’ai hésité à le choisir vu son épaisseur et parce que je ne savais encore rien de lui. Si j’avais su que tu l’avais aimé, je n’aurais pas hésité. Qui sait quand je pourrai le retrouver maintenant! 🙁

    • Pas d’inquiétude, tu finiras par mettre la main dessus ! Pas le roman de l’année mais vraiment une lecture plaisante et distrayante !

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