Madame – Jean-Marie Chevrier

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Curieusement, sur la foi d’une quatrième de couverture alléchante et intrigante, et sans rien connaître de son auteur, Madame était un des romans de la rentrée qui me tentait le plus. Je m’attendais à être embarquée dans une histoire prenante, à l’atmosphère pesante et inquiétante… Las…

 

J’ai mis presque un mois à arriver au bout de ces 200 pages. Péniblement. J’aurais pu l’abandonner mais non, j’ai persisté. Parce que la langue est belle, parce que j’avais quand même l’infime espoir que tout ça décolle enfin. Et puis à force d’attendre, il faut bien se rendre à l’évidence : même quand il se passe enfin quelque chose, on l’avait senti venir, tout le long. La dernière page de ce roman, je l’ai vécue comme une délivrance, c’est dire…

 

Mais qui est donc Madame de la Villonière, baronne de la Terrade ? Une vieille dame désargentée qui vit dans un genre de manoir laissé plus ou moins à l’abandon. Une veuve qui semble enfermée dans le passé et vit encore comme au siècle dernier…

Pour ses voisins, Madame passe pour une gentille excentrique, pas bien méchante, un peu foldingue, solitaire. Pour les fermiers qui travaillent sur ses terres, elle est celle qui s’immisce un peu trop dans leur vie privée en s’accaparant leur fils Guillaume qu’elle s’obstine à surnommer Willy et à couvrir de cadeaux. L’adolescent, fasciné par Madame, a pourtant l’air d’y trouver son compte. Puisque Madame a décidé de faire son éducation, il devient pour elle le « disciple » parfait qu’elle peut modeler à sa guise. A lui de se couler dans le moule et d’évoluer comme si de rien n’était dans cet univers suranné. A lui d’ingurgiter, tous les mercredis, les leçons de mathématiques et de poésie qui d’après Madame feront de lui « quelqu’un »… Qu’importe après tout s’il lui rappelle son fils Corentin, mort accidentellement le jour même de sa naissance…

 

Étrange roman. J’aurais pu l’adorer. J’aurais voulu l’adorer… Tous les ingrédients étaient là. Ce côté intemporel qui fait qu’on se demande sans cesse à quelle époque se passe réellement le roman, ces personnages si diamétralement opposés qui « s’adoptent » et ne peuvent finalement vivre l’un sans l’autre, ce drame qu’on sent planer tout au long du roman, qu’on attend, qu’on espère presque, et cette atmosphère douce amère de fable…

Pourtant je me suis ennuyée. La beauté des phrases n’a pas suffi. Et la fin, je l’avais vue venir depuis le début… La lecture en a perdu de sa saveur, dommage…

Quand je lis les avis de Nadael et Océane, je me dis que ce roman, joli, bien écrit et à l’atmosphère si particulière, trouvera son public, et je m’en réjouis. En ce qui me concerne, je l’aurais très vite oublié… 

 

 

Les avis de Cajou et de Lystig, mitigées… 

 

 

Premières phrases : « – Alors, mon petit Willy, où vas-tu le poser, ton s ? Où est le complément ? Avant, après ?
Elle tapote la table d’une baguette en bambou. Elle rythme sa phrase de ce battement qui ajoute au trouble de l’enfant. Il ne voit plus les mots sur lesquels il est penché. Il n’entend que la baguette qui rebondit sur la table. Il préférerait qu’elle le frappe, tout de suite, éprouver la douleur cuisante du coup qui va lui cingler l’oreille plutôt que d’avoir à accorder ce participe.
– La règle, Willy, tu la connais. Mille fois je te l’ai répétée.
Les lignes dansent, se chevauchent, se brouillent sous ses yeux. Il pose un s. L’enlève. Qu’on en finisse. Il ferme les yeux. Le coup ne vient pas. La baguette a cessé de frapper le tambour de la table. Il n’entend qu’un souffle méprisant et excédé qui frôle son dos.
– Pauvre Willy… À défaut d’intelligence tu aurais pu être favorisé par la fortune. Ce s, tu avais une chance sur deux en le posant ou ne le posant pas… Pauvre Willy…
Elle se contente de lui passer la baguette dans les cheveux, en une caresse dédaigneuse, résignée, consolatrice. Il reste sans bouger, le crayon à la main, attendant d’être autorisé à se lever, à partir, à mettre un terme à cette attente insupportable. Elle dit : regarde-moi. Elle lui prend le visage entre les mains, plonge ses yeux dans les siens… Elle a le pouvoir d’aller fouiller en lui, au plus profond, où lui-même n’atteint pas. Il lui ouvre le passage de son âme, il lui en facilite l’entrée, les yeux écarquillés. Il sent ses longs doigts sur ses joues, qui le palpent comme une main d’aveugle, de longs doigts maigres qui, bien que durcis par les tâches rudes de la campagne, gardent la douceur d’une main d’aristocrate.
Elle porte une bague à l’annulaire. Une alliance. C’est son seul bijou. Elle laisse descendre sa caresse jusqu’au col, fait mine de l’étrangler. Elle dit : va.
Il attend encore un peu, fixe le visage de cette femme pour garder en lui son image, pour l’accrocher dans la sombre galerie où ses ancêtres nobliaux affichent leurs portraits en de hautaines attitudes. »

 

 

Éditions Albin Michel (Août 2014)

208 p.

 

ISBN : 978-2-226-25826-7

Prix : 16 €

 

 

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14/18

 

19 commentaires sur “Madame – Jean-Marie Chevrier

  1. Un coup de coeur pour moi! (merci pour le lien). J’ai aimé cette intemporalité, cette langueur, cette écriture classique mais si belle, oui il n’y a pas de suspense, on se doute de la fin, mais ce livre m’a transportée…

  2. Un roman que je n’avais de toute façon pas noté car le thème ne me disait rien… mais je jetterai un œil à la fin, par curiosité !

  3. Je suis désolée que tu te sois ennuyée mais je suis contente de voir qu’une fois de plus, nos goûts en matière de lecture sont tellement similaires 😀
    Des gros bisous,
    Cajou

  4. Il a tout pour me plaire pourtant… Je suis en retard de lecture des billets, je vais aller lire celui de Nadael, nous avons souvent des goûts communs, alors qui sait ? Mais, bon, rien ne presse, ma PAL dodeline du chef, prête à m’écraser un pied si je passe trop près, ce serait dommage ! 😉

    • Ta PAL doit ressembler à la mienne alors, elle menace de s’effondrer et pourtant je m’obstine à lui en rajouter régulièrement… 😉
      Si tu rajoutes celui ci à ta pile, il ne sera pas bien lourd, et puis il se lit vite, alors tu me diras 😉

  5. Un avis mitigé dis donc ^^ mais je eux comprendre, j’ai moi-même balancé avant de décider que j’aimais vraiment bien ! c’est un livre à maturer je dirais 🙂

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