Meursault, contre-enquête – Kamel Daoud

mersault_contre_enqueteJe n’ai pas lu L’Étranger d’Albert Camus, ou alors, si c’est le cas, il ne m’en reste aucun souvenir… Pourtant, il y a déjà quelques mois que ce roman de Kamel Daoud, réécriture en forme d’hommage au roman culte, a atterri sur mes étagères. J’ai tendance à croire ma libraire sur parole quand elle ne tarit pas d’éloges sur un coup de cœur. Depuis, Meursault, contre-enquête a récolté le Prix Mauriac et Prix des cinq continents de la Francophonie. Et fait partie du carré final pour le Goncourt, rien que ça… De quoi me donner envie de voir de quoi il retourne.

 

Meursault, contre-enquête est évidemment un roman à tiroirs. Et il est évident que n’ayant pas lu L’Étranger il me manque certaines clés… Qu’importe après tout, j’ai aimé découvrir cette histoire sous cet angle là, original, différent. J’ai aimé la plume de Kamel Daoud, limpide et en tous points sublime. Certains passages sur la langue française, l’Algérie, la religion, la solitude, l’amour ou sur Camus lui-même sont d’ailleurs somptueux… La voix qui s’élève est celle d’Haroun, le frère de « l’Arabe » tué par Meursault. Un frère qui souhaite donner enfin un nom à celui qui n’est jamais nommé dans le roman. Dans ce bar d’Oran, il dit tout à cet universitaire qui lui prête une oreille attentive. Soixante-dix ans après les faits, il est enfin temps de sortir Moussa de l’anonymat et de raconter son histoire.

 

Oui, certaines pages sont réellement sublimes dans ce court roman. La voix de ce vieil homme, hanté par le souvenir d’un frère qu’il a finalement très peu connu, s’égare dans un passé qu’il s’efforce de reconstituer. L’histoire de son frère, c’est celle qu’on lui a racontée, celle qu’il a vécue avec ses yeux d’enfant, celle portée par sa mère comme un fardeau. Souvent, le lecteur s’y égare aussi. S’il pense au départ en savoir un peu plus sur ce qui a réellement poussé Meursault à tirer sur « l’Arabe », il comprend vite que l’histoire racontée par le frère de la victime n’en est qu’une variation. Et qu’elle est finalement plutôt l’histoire du frère. Une histoire dans l’histoire, celle d’un frère ayant grandi dans l’ombre de celui qu’il remplaçait malgré lui, du moins dans les yeux de sa mère… Une mère qui a placé en lui tous ses espoirs de vengeance.

 

Meursault, contre-enquête est un beau roman. Un beau roman et une autre histoire, finalement, que les amoureux de Camus et les autres découvriront chacun à leur façon. Avec leurs attentes, leurs questions. J’en retiens une vision fascinante de l’Algérie d’hier et d’aujourd’hui et une langue lumineuse qui me parle et me séduit…

 

 

Une lecture que j’ai le plaisir de partager avec Jérôme

 

Les avis de Cécile, Maryline

 

 

Première phrase : « Aujourd’hui, M’ma est encore vivante. »

 

 

Au hasard des pages : « J’admire ta patience de pèlerin rusé et je crois que je commence à bien t’aimer ! Pour une fois que j’ai l’occasion de parler de cette histoire… Elle a pourtant quelque chose d’une vieille putain réduite à l’hébétude par l’excès des hommes, cette histoire. Elle ressemble à un parchemin, dispersé de par le monde, essoré, rafistolé, désormais méconnaissable, dont le texte aura été ressassé jusqu’à l’infini – et tu es pourtant là, assis à mes côtés, espérant du neuf, de l’inédit. Cette histoire ne sied pas à ta quête de pureté, je te jure. Pour éclairer ton chemin, tu devrais chercher une femme, pas un mort. » (p. 61)

 

 

Éditions Actes Sud (Mai 2014)

152 p.

 

ISBN : 978-2-330-03372-9

Prix : 19,00 €

 

 

Challenge premier roman

Et une nouvelle participation au challenge Premier roman

chez Fattorius !

21 commentaires sur “Meursault, contre-enquête – Kamel Daoud

  1. Je vais bientôt commenter ce roman que j’ai apprécié. J’aime bien que quelqu’un qui n’a pas lu Camus se laisse prendre à ce roman qui est une forme de pastiche de « L’étranger »

  2. Quant à moi, je retiens ta dernière phrase sur cette lecture qui fut l’une de mes plus marquante de l’année. C’est tellement dommage de la réduire à la réécriture de  » L’Etranger « 

  3. Je ne comprends pas pourquoi un roman paru en mai concourt pour les prix littéraires de la rentrée… mais tant mieux pour lui, bien sûr ! Je lis de nombreux avis positifs sur ce roman, je le lirai sans doute un jour.

  4. On m’a déjà parlé de ce roman ce week-end ! Ecrire un contre pied à l’étranger est un pari risqué mais réussi apparemment ! J’espère qu’il aura le Goncourt ! Encore en livre que j’aimerais lire…

  5. Pour moi qui ai lu « L’étranger » en long, en large et en travers à la fac, l’effet miroir a fonctionné à plein régime. Ma (relative) déception vient du fait que je m’attendais à découvrir une histoire un peu différente. Mais l’écriture de Kamel Daoud est vraiment magnifique !

  6. Avec ton enthousiasme et les différents avis on ne peut qu’avoir envie de découvrir ce roman et l’auteur.
    J’hésite à lire l’étranger avant du coup :/ . Et nonje ne l’ai jamais lu ^^

  7. J’hésitais parce que je ne sais plus si j’ai lu L’Etranger (si c’est le cas c’est comme toi, lointain) ; bon tu me rassures, je peux donc l’ouvrir.

  8. C’est intéressant d’avoir le point de vue de quelqu’un qui n’a pas lu l’Etranger. De mon côté, et bien que ce ne soit vraiment pas mon roman préféré de Camus, ma lecture a été largement parasitée par l’original, que Daoud lit, me semble-t-il, totalement à contresens. J’ignore si j’aurais apprécié si j’avais été dans ta situation, mais je trouve au final cette contre-enquête largement surestimée…

    • Du coup, je ne peux pas me prononcer sur ce contresens dont tu parles…
      Je retiens plusieurs choses de cette lecture, une atmosphère, une plume, une certaine vision de l’Algérie… Pour tout ça, je suis ravie de la découverte !

  9. Alors là, moi, « L’étranger », je ne peux plus, trop lu, trop étudié, et puis-je l’avouer … Je n’ai jamais compris l’intérêt de ce roman, honte à moi sûrement … Par contre, les nouvelles de Camus sont solaires, tragiques et belles à en pleurer … Tu attises du coup ma curiosité pour ce roman, qui semble revisiter une histoire « essorée ».

    • Oui, c’est un bon roman, que certains trouveront peut-être trop élitiste, trop littéraire… Qu’importe… La plume est belle et on est à certains moments complètement hypnotisés 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *