Nagasaki – Eric Faye

Nagasaki-copie-1.jpgCe petit roman m’intriguait depuis un bon moment déjà. Couronné par le Grand Prix de l’Académie Française en 2010, sa sortie en poche tombait à point nommé pour la piètre lectrice que je suis en ce moment : un roman court, vite lu, à l’atmosphère somme toute assez particulière…

Au bout du compte, cette lecture m’a fait du bien, c’est un livre dans lequel on pénètre comme sur la pointe des pieds et dont on ressort un brin troublé…

 

Shimura-san est un homme seul qui mène une vie droite et sans surprises. Météorologue de métier, toutes ses journées se ressemblent et il a prit son parti d’être invisible aux yeux de la plupart des gens qui l’entourent. Shimura-san ne déborde pas du cadre qu’il s’est lui-même fixé, une vie ordonnée, disciplinée, sans fioritures, sans aspérités qui ma foi lui convient très bien. Sa maison est à son image, lisse et bien rangée, chaque chose à sa place, au millimètre près.

Puis l’impensable, le grain de sable dans cet engrenage si bien huilé : des objets qui semblent s’être déplacés, une bouteille de jus de fruits au niveau curieusement bas, un filet de poisson qui se volatilise, des yaourts qui manquent dans le frigo… Si la maison n’est pas hantée, c’est que quelqu’un se sert et que ce quelqu’un a pénétré par effraction chez lui. Inconcevable. Une idée qui le révulse et qu’il assimile ni plus ni moins à un viol. Dès le lendemain, Shimura-san fait l’acquisition d’une webcam qu’il installe dans sa cuisine. De son bureau, il pourra donc épier son domicile et peut-être bien prendre l’intrus sur le fait. L’attente n’est pas bien longue, très vite, une silhouette se déplace à l’écran, une femme, plus très jeune, évolue tranquillement dans l’appartement comme si elle se trouvait chez elle…

 

Eric Faye nous apprend en préambule que ce roman est tiré d’un fait divers japonais qui avait fait grand bruit en 2008. Et on comprend pourquoi. Si le personnage de Shimura-san ne m’a pas plus enthousiasmé que cela, j’avoue avoir été fascinée par le destin de cette femme dont on ne connaîtra jamais le nom. Une femme qui finalement ressemble beaucoup à l’homme dont elle partage en quelque sorte le quotidien : une femme seule à qui la vie n’a pas fait de cadeaux, une femme qui trouve un refuge providentiel dans cette maison qui n’est pas la sienne. Une femme qu’on aime d’emblée et qu’on aimerait connaître plus. Mais le récit est court et finalement on ne saura pas grand chose d’elle. Si j’ai pu le regretter au départ, je me dis que c’est peut-être une bonne chose que l’auteur ne se soit pas trop attardé sur des détails. Le récit va à l’essentiel, suggère plus qu’il ne dit et finalement nous en apprend beaucoup sur ces deux personnages…

Contrairement à de nombreux lecteurs avant moi, j’ai aimé la fin du roman, je l’ai même trouvée belle. Alors oui, ne vous attendez pas à un suspense ébouriffant en vous lançant dans cette lecture où finalement il ne se passe pas grand chose. L’essentiel est ailleurs, le récit est subtil, l’histoire originale, le propos intelligent, et à aucun moment on ne s’ennuie… Que demander de plus ?

Une bien jolie surprise qui me donne envie de poursuivre ma découverte de cet auteur…

 

Les avis de Cynthia, Calepin, Choco, Cachou, Mango, Jérome, Calypso, Canel, Géraldine, Zarline, Cathulu, Bénédicte, Enna, Kathel, Cathe, Alinéa, EstelleCalim, L’encreuse, Nadael

 

Bonus : l’interview de l’auteur par Géraldine

 

Premières phrases : « Il faut imaginer un quinquagénaire déçu de l’être si tôt et si fort, domicilié à la lisière de Nagasaki dans son pavillon d’un faubourg aux rues en chute libre. Et voyez ces serpents d’asphalte mou qui rampent vers le haut des monts, jusqu’à ce que toute cette écume urbaine de tôles, toiles, tuiles et je ne sais quoi encore cesse au pied d’une muraille de bambous désordonnés, de guingois. C’est là que j’habite. Qui ? Sans vouloir exagérer, je ne suis pas grand-chose. Je cultive des habitudes de célibataire qui me servent de garde-fou et me permettent de me dire qu’au fond, je ne démérite pas trop. »

 

Au hasard des pages : « Mais aujourd’hui, ceinture de chasteté ou autre lien du mariage, la caméra n’est rien de tout cela. De l’intérieur du buffet vitré auquel je l’ai greffée, elle dévoile un panorama glaçant sur ma solitude et me donne des frissons si je m’y attarde. Heureusement, le téléphone sonne et un collègue me consulte, j’affine des cartes de météo marine : mon métier consiste à sauver des pêcheurs par anticipation, de Tsushima-to à Tanega-shima et plus loin encore. A mesure que la matinée avance, les cigales persévèrent. Je suis une pelote de nerfs ensorcelés par les cigales. Elles feraient avouer n’importe quel suspect. L’appartement n’avoue toujours rien. » (p.22)

 

Éditions J’ai Lu (Octobre 2011)

94 p.

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-nagasaki-eric-faye-97903420.html

18 commentaires sur “Nagasaki – Eric Faye

    • Voilà, je suis assez d’accord avec ça, ce petit roman me donne en tous cas envie de découvrir le reste de l’oeuvre de l’auteur !

    • Bah, c’est pas bien grave, celui ci est tellement court et vite lu que tu peux facilement l’intercaler entre deux lectures ! 😉

  1. Un livre que j’ai adoré, tellement contemporain dans le sujet. Et l’on se dit que si vivions dans un monde plus communautaire, ces deux solitudes auraient pu s’apporter autant l’une qu’à l’autre.

    Si tu veux faire plus ample connaissance avec l’auteur, je t’invite à venir relire l’interview que j’ai fait de lui en décembre.

    • J’ai lu ton interview dè sa mise en ligne ! Je suivrais cet auteur en tous cas, c’est sûr ! J’ai beaucoup ailé cette première rencontre avec cet auteur !

  2. Moi aussi, c’est un ivre qui m’intrigue mais par contre, je n’ai pas encore l’occasion de l’emprunter à la biblio (c’est que je trouve toujours un titre plus récent à prendre !). Mais je vais le surligner pour les moments où je cherche des livres plutôt courts !

    • C’est un petit roman qui se lit très vite, qui laisse une impression de torpeur… Il ne s’y passe pas grand chose mais j’ai aimé cette atmosphère…

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