pour la peau

 

 

« Comment passe-t-on de l’indifférence au mépris à la curiosité, puis au désir, et enfin, au sentiment amoureux ? A quel moment ai-je commencé à regarder E. ? A quel moment E. a-t-il commencé à me plaire ? A quel moment ai-je eu l’impression foudroyante de le « voir », en entier, et d’en être bouleversée ? A quel moment a surgi le désir fou d’appartenir à cet homme à n’importe quel prix, comme jamais je n’avais désiré auparavant appartenir à quelqu’un, appartenir tout court, pour pouvoir me désintégrer et m’annuler à lui, oublier que j’existe, et, simplement, essentiellement, veiller sur son corps, prendre soin de lui ? A quel moment suis-je tombée ? »

 

 

Une chute. Une fulgurance qui dévaste tout, détruit, déconstruit… reconstruit… A peine un signe, juste l’indifférence qui fait qu’on ne se méfie pas. Rien ne prépare à un tel cataclysme, à une passion aussi pleine et entière, aussi violente, aussi dévastatrice. C’est au-delà de la raison, une question de peau, de désir, quelque chose qui vibre et qui exige, le souffle court, le cœur qui bat, le manque d’air, la vie qui palpite…

 

Une collection de souvenirs précieux. Depuis cet instant où l’idée même de l’autre n’existe pas… jusqu’à celui où il est pleinement là, à jamais gravé, indélébile. Jusqu’à celui où tout s’arrête.

 

« Je ne sais pourquoi j’ai besoin d’écrire cela, comme si j’étais en deuil. Pourquoi cette nécessité absurde de dire, de peindre, de retrouver ? De sauver.

Personne n’est mort. Pourtant, je vis cela comme une disparition. Il me semble avoir perdu une partie de moi. En avoir été amputée. »

 

Écrire l’autre. Le faire revivre en faisant ressurgir les souvenirs. Se libérer doucement de leur emprise, de l’émotion encore vive, de l’amour encore vivace, du désir fou qui prend en otage… « Terminer ce livre. Finir de déposer pour oublier. » C’est l’histoire d’un amour, celui d’une vie. L’histoire d’Emma et de cet homme qu’elle n’aurait jamais dû aimer. Un homme qui la bouleverse, l’émeut, la fait rire, jouir, exister. Un homme fragile, imparfait. Un homme qui finit par la quitter peut-être parce qu’il l’aime trop…

 

Je suis rentrée sur la pointe des pieds dans ce roman profondément intime et troublant. L’impression d’être de trop, témoin ou voyeur indiscret d’une histoire trop personnelle… Et puis petit à petit, ces fulgurances d’écriture… Cet amour mort dans l’œuf qui n’empêche pas d’espérer, ces tâtonnements, ces hésitations, ces doutes, ces brûlures, ce mal qui ronge, ces peaux qui s’épousent, ce manque de l’autre qui déchire et qui vrille, cette évidence… Des phrases qui bousculent, des mots qui osent, et l’amour partout, intense et puissant…

Alors ce roman devient aussi le nôtre, ça pique, ça gratte, ça fouille loin dans les souvenirs. C’est douloureux, délicat, sensuel, violent, cru, malsain, toxique. Typiquement le genre de roman qu’on aime ou qu’on déteste, sans demi mesure, sans entre-deux. Qui remue ou qui indiffère. Qui touche ou qui agace. Mais qui ne laissera certainement pas indifférent…

 

 

Les avis de Clara, Thalie, Valérie

 

 

Premières phrases : « Le premier grain du rosaire est une image. index et pouce capturant mon poignet droit – une seconde. Un anneau sur ma peau, une menotte. Ensuite il y en aura plein d’autres, précieuses, fugaces, chacune m’étant devenue cicatrice et toutes sur un temps très court ramassées… »

 

Au hasard des pages : « Je ne cherchais plus de justification à la futilité de vivre, je trouvais un plaisir vif dans les choses les plus infimes, tourner mon visage vers le soleil, flâner, se faire un restaurant, essayer des vêtements dans les magasins, dès lors que c’était avec toi. Je respirais mieux. J’avais l’impression d’être enfin moi-même. Tous mes moi-même je pouvais les vivre avec toi. Il me semblait que c’était vrai aussi dans l’autre sens. Tout devenait si facile et si gai. Tu étais un accident, une rencontre complètement improbable et encore plus à ce moment, tu étais un accident mais tellement heureux. Je me sentais bien. Je me sentais libre. » (p. 119)

 

 

Éditions de l’Olivier (Janvier 2016)

218 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-8236-0794-9

 

 

Challenge-Rentrée-littéraire-janvier-2016


34 commentaires

Delphine-Olympe · 25 février 2016 à 03h11

Ce n’est a priori pas un sujet vers lequel j’irais spontanément. Mais l’écriture semble valoir la peine…

    Noukette · 6 avril 2016 à 23h55

    Je conçois que c’est un roman qui puisse agacer… moi j’ai beaucoup aimé…!

Framboise · 25 février 2016 à 09h19

ahahaha ben moi figure toi que je suis entre les deux ! L’ai lu, parce qu’il fallait, erf, suis restée ou passée un peu à côté même si finalement g réussi à accrocher au texte, à cette écriture et à cette histoire (que je n’aurai jamais fini sans toi !) . Trop de distance, de froideur et en même temps bien trop d’intimité peut être pour que j’adhère totalement… Mais suis ravie de l’avoir lu et je le présenterai aux étudiants parce que justement cette écriture (je reprends tes mots) « quasi chirurgicale » est drôlement intéressante !
Bisous ma copine et un joli jeudi enneigé à toi <3

    Noukette · 6 avril 2016 à 23h56

    Tu as écrit un mini-billet, tu es parfaite ! 😉 Et ton avis complète à merveille le mien je trouve, difficile de rester indifférent à ce roman en tous cas !

Pr. Platypus · 25 février 2016 à 12h16

Je l’ai lu pour la référence à la (très belle) chanson de Dominique A. que contient le titre. J’ai aussi été séduit par l’écriture très réflexive d’Emmanuelle Richard, mais en dehors de ça je trouve le résultat finalement trop banal pour être convaincant…

    Noukette · 6 avril 2016 à 23h57

    Le côté « banal » est intéressant du coup je trouve… Une histoire qui pourrait être celle de monsieur et madame tout le monde, une histoire atemporelle…

Jerome · 25 février 2016 à 12h20

Clairement pas pour moi mais j’ai trouvé les quelques extraits que tu m’as fait lire très beaux.

Gambadou · 25 février 2016 à 15h20

Une passion qui ne laisse pas indifférente… Pourquoi pas ?

Léa Touch Book · 25 février 2016 à 15h24

Merci pour cette découverte 🙂

Paméla Gourde · 25 février 2016 à 16h24

Tiens, il y a une chanson de Dominique A qui s’appelle Pour la peau (très belle d’ailleurs). Les extraits que tu cites me plaisent bien, à voir si je le trouve en bibliothèque.

    Noukette · 7 avril 2016 à 00h01

    Oui, l’auteur a tiré son titre de cette fameuse chanson… (magnifique oui…)

Océane · 25 février 2016 à 17h22

J’hésite beaucoup à le lire ! ça fait partie de ces romans dont le côté intimiste justement m’effraie : peur de m’emm****er ou d’être plus agacée que touchée.

    Noukette · 7 avril 2016 à 00h03

    C’est le risque oui, va savoir si tu le prendras 😉

clara · 25 février 2016 à 21h12

Ton billet est un uppercut de sensibilité !MERCI !!!!!!

Alex-Mot-à-Mots · 26 février 2016 à 17h03

Une lecture qui ne laisse pas indifférent ? Me voilà tentée.

L'or rouge · 26 février 2016 à 21h46

Je me sens de plus en plus tentée par ce roman au fil des lectures de vos billets ;0) Le tien me convainc particulièrement, les extraits me touchent aussi, je vais rajouter un petit coeur dans mon carnet à LAL ;0) Bises

Sophie Hérisson · 28 février 2016 à 13h56

Je n’arrive pas à me décider pour ce roman, j’ai peur d’être du côté qui déteste, et dans le doute pour le moment je reste au loin… Si je le croise à la médiathèque on avisera…

    Noukette · 7 avril 2016 à 00h06

    J’ai hésité longtemps aussi… mais je n’ai pas été déçue d’avoir succombé !

Cristina · 29 février 2016 à 09h06

Diiiiissssssssssss tu as finis de me tenter !!! La vache celui là il me le faut lollll

Merci Noukette 😉

« Quitter l’autre parce qu’on aime trop » … Le genre de chose qui m’agace rahhhhhhhhhhhh

    Noukette · 7 avril 2016 à 00h06

    Comme je te comprends….!!!! Alors ? Tu le lis quand dis ? 😉

Laure · 5 mars 2016 à 09h30

Ce n’est pas le genre de livre que j’aime en général, mais là, j’ai adoré !!

Une ribambelle · 10 mars 2016 à 20h58

Je le trouve très tentant mais il faut réussir à l’aimer aussi fort que la forte émotion qu’il transmet. Affaire à suivre.

    Noukette · 7 avril 2016 à 00h09

    Un roman qui m’a laissée une forte impression en tous cas…

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