Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier – Patrick Modiano

ModianoJe connais finalement très peu Modiano… J’ai lu et aimé Rue des boutiques obscures. Des années après, j’en garde un souvenir flou mais néanmoins très fort. Une écriture, une atmosphère, sûrement cette fameuse « petite musique » qu’on associe généralement à l’auteur. Pourtant depuis, rien. J’ai beau regarder la liste de ses œuvres, je ne crois pas en avoir lu d’autres. Ou alors ils n’ont pas laissé de traces…

 

Mais j’ai eu envie de découvrir Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier. Même si je savais ne pas détenir toutes les clés pour l’appréhender totalement. Une plongée dans le vide pour moi, une lecture assez chaotique d’ailleurs, qui m’a, je dois bien l’avouer, souvent perdue… Ils seront sûrement nombreux ceux qui découvriront Modiano avec ce roman. Nobel oblige. Pas sûr pourtant que ce soit la meilleure porte d’entrée vers son univers…

 

Drôle de voyage que nous offre là Modiano… Un voyage sinueux au pays flou des souvenirs. Ces souvenirs, ce sont ceux de Jean Daragane, un vieil écrivain qui ne sort que rarement de son appartement parisien. Jusqu’à ce coup de fil aussi étrange qu’inattendu. Jusqu’à ce qu’un inconnu retrouve son carnet d’adresses égaré. Jusqu’à ce que des noms, tombés dans les méandres de l’oubli, ne refassent surface… Jean Daragane se retrouve, bien malgré lui, plongé dans le passé. Un passé qui le ramène à son enfance, à cette maison de Saint-Leu-la-Forêt et surtout à cette femme, maman de substitution, dont il avait oublié jusqu’au nom…

 

Étonnant voyage oui. La quête personnelle s’apparente presque à une enquête policière. On cherche à glaner des indices, on se perd en suppositions, on tâtonne, on rebrousse chemin. Les souvenirs du narrateur, imprécis, fugaces, fuyants, remontent petit à petit à la surface. Et se rappeler est toujours une épreuve, un chemin douloureux…

Tout ne fait pas toujours sens pour le lecteur novice, les repères manquent, les questions, nombreuses, restent pour la plupart sans réponses. Mais c’est le jeu avec Modiano, on le sait, on ne s’en étonne pas. Les zones d’ombre, on s’en accommode, sans chercher à combler les vides, ce serait d’ailleurs bien illusoire.

Ce texte, que j’imagine pourtant ne pas être le meilleur de l’auteur, fascine inexplicablement. Je serais tout de même curieuse de savoir ce que les vrais amateurs de Modiano pensent de ce titre qui se démarque des précédents tout en jouant la même partition… Tout comme j’ai hâte de lire l’avis de Jérôme, plus connaisseur que moi, avec qui je partage cette lecture aujourd’hui.

 

 

Premières phrases : « Presque rien. Comme une piqûre d’insecte qui vous semble d’abord très légère. Du moins c’est ce que vous vous dites à voix basse pour vous rassurer. Le téléphone avait sonné vers quatre heures de l’après-midi chez Jean Daragane, dans la chambre qu’il appelait le «bureau». Il s’était assoupi sur le canapé du fond, à l’abri du soleil. Et ces sonneries qu’il n’avait plus l’habitude d’entendre depuis longtemps ne s’interrompaient pas. Pourquoi cette insistance ? À l’autre bout du fil, on avait peut-être oublié de raccrocher. Enfin, il se leva et se dirigea vers la partie de la pièce près des fenêtres, là où le soleil tapait trop fort. »

 

Au hasard des pages : « Mais pourquoi donc était-il entré dans l’intimité de Gilles Ottolini et de cette Chantal Grippay ? Autrefois, les nouvelles rencontres étaient souvent brutales et franches – deux personnes qui se heurtent dans la rue, comme les autotamponneuses de son enfance. Là, tout s’était passé en douceur, un carnet d’adresses perdu, des voix au téléphone, un rendez-vous dans un café… Oui, tout avait la légèreté d’un rêve. Et les pages du « dossier » lui avaient aussi procuré une sensation étrange : à cause de certains mots, et surtout celui d’Annie Astrand, et de tous ces mots tassés les uns sur les autres sans double interligne, il se trouvait brusquement en présence de certains détails de sa vie, mais reflétés dans une glace déformante, de ces détails décousus qui vous poursuivent les nuits de fièvre. » (p. 58-59)

 

 

Éditions Gallimard (Octobre 2014)

Collection Blanche

160 p.

 

ISBN : 978-2-07-014693-2

Prix : 16,90 €

 

 

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29 commentaires sur “Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier – Patrick Modiano

  1. J’ai décidé de le reprendre depuis le début, justement à cause de ce que tu expliques aujourd’hui. J’ai lu les premiers, mais oublié cette atmosphère si particulière qu’il a développée de livre en livre. Je ne crois pas que l’on puisse le lire sans connaître un peu son univers d’abord, ou alors on passe à côté. (la rediffusion du documentaire de Pivot sur lui était fort utile pour l’appréhender mieux).

  2. Avec quelques jours de recul, je ne ressens pas grand chose. Oui peut-être faut-il avoir lu tout Modiano pour en percer le mystère. La sensation que j’ai moi pour ce roman, c’est…le flou…

  3. J’en ai lu pas mal des Modiano. Il faut reconnaître qu’il écrit un peu toujours le même livre (ça c’est la petit musique propre à Modiano). Il est vrais aussi que malheureusement ou heureusement après avoir fermé le roman il ne reste pas grand chose du contenu des romans, l’on retient uniquement un parfum, un souvenir vague et fort à la fois. Les plus beaux romans de Modiano sont Dora Bruder (déchirant et poignant)
    http://livresdemalice.blogspot.fr/2010/12/patrick-modiano-dora-bruder.html
    Pedrigree : http://livresdemalice.blogspot.fr/2010/12/patrick-modiano-un-pedigree.html
    C’est une autobiographie magnifique plus réussit que le livret de famille que je viens de lire.

    • Dora Bruder sera mon prochain de l’auteur… Je pense relire Rue des boutiques obscures aussi… Et Pedigree, même si c’est un texte différent, devrait me plaire aussi…

  4. J’ai lu un ou deux Modiano qui m’ont plu mais ne m’ont pas laissé un souvenir impérissable, il faudrait que je m’y mette plus sérieusement

  5. J’ai lu pas mal de romans de Modiano. J’en retiens une chose : une petite musique au ton un peu suranné, assez agréable. Mais c’est tout. C’est déjà pas mal…

  6. C’est un de mes préférés ! je le trouve plus précis, plus « autobio », peut-être plus sincère…un réel plaisir pour moi à sa parution (lu le jour de sa sortie en librairie, les fans n’attendent pas !) et l’atmosphère, la poésie modianesque, flottent encore autour de moi ;o) Au temps dire que je suis ravie du Nobel !

    • Le côté « autobio » m’a forcément échappé, vu le peu de connaissance que j’ai de l’auteur… Du coup, il faudrait effectivement que je reprenne tout depuis le début, histoire de comprendre les allusions et autres petits cailloux blancs semés par l’auteur 😉

  7. Comme toi et comme beaucoup je n’en ai lu qu’un, j’essaie d’en relire un depuis deux jours mais j’ai du mal avec son style, pourtant j’avais aimé (en son temps) Rue des boutiques obscures… Il faudrait tout reprendre au début, comme le dit Aifelle, une oeuvre ça se suit… mais bon ! 😉

  8. Bonjour Noukette, moi qui n’ai encore rien lu de Modiano, je vais commencer par Dora Bruder. En tout cas, 6 ans après Le Clézio, c’est bien que la littérature française soit à l’honneur au niveau international. Bonne fin d’après-midi.

    • Dora Bruder fait partie des titres qui me tentent le plus. Il m’attend sur mes étagères, ainsi que L’herbe des nuits… Et j’aimerais relire Rue des boutiques obscures aussi… On a le choix il faut dire, son œuvre est immense !

  9. Je n’ai jamais lu Modiano mais par principe, je respecte beaucoup les Prix Nobel… je suis curieuse du coup, mais je ne sais pas du tout du tout par lequel commencer. Il faut que j’en parle à ma libraire !

  10. J’ai acheté le livre parce qu’il est prix Nobel, je ne connaissais pas l’auteur avant, par-contre je n’ai pas pu le finir, il m’a ennuyé à mort.

    • Modiano est Prix Nobel pour son œuvre, pas pour ce roman en particulier. La plupart des lecteurs qui ne connaissent pas Modiano se précipitent sur son dernier pour le découvrir, ce n’est à mon sens pas le roman qui permet d’appréhender au mieux son univers… Essayez Rue des boutiques obscures, vous changerez peut-être d’avis 😉

  11. Je pense vraiment que ce texte ne peut être compris et apprécié que par des lecteurs qui connaissent très bien l’oeuvre de Modiano, parce qu’il a tellement tout épuré qu’il faut des clefs pour l’apprécier. Espérons que les libraires fassent leur travail sur ce coup, parce que pour quelqu’un qui n’a jamais lu Modiano, ça reste un halo un peu flou alors que pour d’autres (dont je suis) c’est un admirable texte à tiroirs….

    • Oui, il faut des clés, je ne peux qu’être d’accord avec toi. Malgré tout, je ne regrette pas le moins du monde de m’être lancée dans cette lecture. J’en ai aimé l’atmosphère, les non-dits, ce fameux côté flou…
      Et j’attends toujours ton billet…! 😉

  12. Jamais lu Modiano et je ne risque pas de commencer par celui-là du coup….mais prix nobel oblige, va falloir que je le lise ce grand Monsieur. Mon libraire m’a conseillé « La place de l’étoile » , à voir…j’hésite avec Dora Bruder aussi….

  13. Mon premier Modiano (l’effet prix Nobel…)
    Je me suis accroché, (j’aurais pas du!), ça doit se lire tranquillement plutôt, les yeux mi-clos, avec une pause toutes les 4 lignes, se souvenir de ses souvenirs, reprendre la lecture, fermer les yeux, rêvasser, manger un carré de chocolat…Je n’avais pas le mode d’emploi…alors, tant pis.
    Ce livre retournera en poussière avant l’heure, il m’a usé, désabusé, fatigué comme après les courses au super-marché! j’en attendais trop, il m’a tout donné mais je n’ai rien pigé …sinon que l’auteur s’ennuie et nous emmène se promener avec lui dans son univers glauque et vide pour se distraire sans doute…

    • Mon premier Modiano aussi… et je pense sincèrement que ce n’est pas le roman idéal pour le découvrir. J’ai aimé cette petite musique, je relirai cet auteur…!

  14. C’est pour moi le 1er roman que je lis de lui.
    En effet, il n’est pas abordable pour quelqu’un qui ne connait pas son univers..
    J’ai du relire 4 fois les 40 premières pages avant de « rentrer » dans l’histoire.. Cela ne m’était jamais arrivé auparavant!!! Tout es dans la subtilité, et si la fatigue vous empêche l’intercepter au fil des lignes, vous êtes complètement perdus!
    Je ne pourrais pas dire que le livre m’ait plu, peut être dirais-je que je ne l’ai pas apprécié..
    Ce flou, ce mystère qui persiste, l’incompréhension.. Tout cela me laisse un « goût » désagréable..
    Néanmoins, au vu des commentaires que je viens de lire, je me dit qu’en fait, il faut avoir le palais expérimenté pour pouvoir apprécier son oeuvre.
    Je vais donc me procurer ses premiers ouvrages pour me faire une idée plus précise de son oeuvre.

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