Profanes – Jeanne Benameur

Profanes1.jpgOuvrir Profanes et se sentir bien. Lire les premières lignes et savoir que ça y est, on est chez nous, « à la maison »… Tourner les pages lentement, s’imprégner des mots, accueillir la musique, comprendre à demi-mots, se faire du bien… Une fois de plus, la magie a opéré…

 

« J’ai besoin d’autres être humains, comme moi, doutant, s’égarant, pour m’approcher de ce que c’est que la vie. Parce que je suis vieux. Les religions ne m’intéressent pas. Ceux qui sont sûrs d’un dieu ou de l’absence d’un dieu ne me sont d’aucune aide. J’ai besoin de confronter mon doute à d’autres, issus d’autres vies, d’autres coeurs. J’ai besoin de frotter mon âme à d’autres âmes aussi imparfaites et trébuchantes que la mienne. Je ne cherche à être sûr mais je veux trouver la forme juste de mon doute. Simplement cela. Humblement. Je ne suis pas un grand philosophe. Je ne cherche rien pour les autres. Juste une façon de rester vivant. Ma façon. »

 

Profanes est l’histoire d’un homme. Un homme qui a choisi de croire en l’homme plutôt qu’en Dieu. Un homme qui a choisi de confier sa vie à quatre inconnus choisis avec soin… A 90 ans, Octave Lassalle n’a plus grand chose à perdre, sa vie, maintenant, est derrière lui. Lui restent les souvenirs des actes manqués, les regrets et une immense douleur qui ne cicatrise pas. Marc, Hélène, Yolande, Béatrice, ces quatre là ne se connaissent pas, ne feront que se croiser à l’intérieur de la grande maison où ils viendront à tour de rôle s’occuper du vieil homme. Quatre personnalités différentes, quatre destins cabossés, quatre intimités que l’on découvre au fil des pages… Entre eux se tisse un lien qui ne dit pas son nom, une certaine connivence, une étrange complicité. Entre eux et Octave, une délicate osmose faite de silences, quelques mots échangés, si peu en fait… Entre ces cinq personnes, un fil tendu vers la vie, vers la guérison, qui sait…? Et trouver la paix… enfin…

 

« Les mots de l’amour il faudrait se contenter de les dire au-dessus de l’eau qui coule, dans le vent au bord de la mer. Qu’ils soient portés loin. L’amour, on ne devrait jamais l’enfermer, ni dans les bouches, ni dans les coeurs. C’est trop vaste. »

 

Difficile de résumer un tel livre… Profanes est un roman que l’on reçoit avec son coeur, son vécu, avec sa part la plus intime, la plus secrète. On y entre sur la pointe des pieds, doucement, délicatement… Et comme à chaque fois, avec une incroyable justesse et une belle simplicité, Jeanne Benameur trouve les mots pour parler à chacun de nous…

Je n’en reviens toujours pas. Comment parvient-elle à chaque fois à me toucher si profondément…? L’écriture, aérienne, poétique, est de toute beauté, elle va à l’essentiel, sans s’embarrasser de fioritures inutiles. Elle révèle. Elle emporte. Elle soulage. Elle imprègne. Elle met au monde… Un livre cadeau à lire et à relire…

 

Les avis de Géraldine, Clara, Nadael, Jostein, Un autre endroit pour lire

 

Premières phrases : « Ils sont là, derrière la porte. Il ne faut pas que je rate mon entrée. Maintenant que je les ai trouvés, tous les quatre, que je les ai rassemblés, il va falloir que je les réunisse. Réunir, ce n’est pas juste faire asseoir des gens dans la même pièce, un jour. C’est plus subtil. Il faut qu’entre eux se tisse quelque chose de fort. Autour de moi, mais en dehors de moi. »

 

Au hasard des pages : « Rien ne remplace le vivant. Il faut bien accepter qu’il n’y a rien. A l’intérieur de lui, une terre arasée. Il a besoin de poésie, c’est tout. Il a besoin à nouveau du calme des haïkus. Tout ce blanc entre les mots, tout ce vide qu’on ne comblera jamais. Et puis un mot, un seul, et le monde qui bat, fragile, éphémère, tenu par un seul mot. Ca, c’est quelque chose. Il y croit encore, allez savoir pourquoi. On a beau être un profane, la foi, elle va se loger où elle peut. Pourquoi pas dans les mots ? » (p. 122)

 

Éditions Actes Sud (Janvier 2013)

240 p.

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30 commentaires sur “Profanes – Jeanne Benameur

  1. J’ai les demeurées dans ma PAL depuis tellement d’années que je ne sais même plus combien exactement. Et puis, depuis quelques mois, à voir fleurir des avis positifs sur Benameur, et bien, ça commence à me titiller… La curiosité, l’envie reviennent. Merci pour ce billet, tu vas faire ressusciter un de mes livres endormis:)

  2. ô honte, je crosi n’avoir jamais ouvert un livre de cette auteure… A toutes vous entendre, c’est un erreur à réparer très rapidement… Néanmoins quand j’ai dit à ma libraire que je ne lisais que des avis enthousiastes sur ce livre elle m’a dit ‘ouais bof’… Si je ne devais en lire qu’un lequel me conseillerais-tu ?

    • Il y en a tellement… Les demeurées, Les reliques, Les mains libres, Les insurrections singulières… Tu as l’embarras du choix !

  3. « J’ai besoin d’autres êtres humains comme moi, doutant, s’égarant… » Dans les insurrections singulières, déjà, le héros exprimait le besoin de se confonter au doutes des autres pour pouvoir avancer. Je partagerai assez cette façon de voir les choses et  je vais plus volontiers vers ceux qui cherchent que vers ceux qui ont déjà trouvé. Puisque la lecture de Profanes est un cadeau je vais aussi me l’offrir.

    Merci pour ton bel article.

    • J’ai fais pareil avec quelques autres livres que je me garde « au chaud »… On a toujours besoin d’un petit Benameur pas loin en cas de déprime…! 😉 Hâte de lire ton avis en tous cas !

  4. Quelle justesse dans tes mots pour parler de ce livre ! Tu as raison, il est à lire et surtout à relire, je le referme pour la première fois sachant déjà que ce ne sera pas la dernière…

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