Sauf les fleurs – Nicolas Clément

CLEMENT - Sauf les fleurs.inddUn gros coup de cœur de cette rentrée littéraire… Un premier roman bouleversant, magnifique, essentiel… Tout ça en 75 pages. Mince, il est fort ce Nicolas Clément.

J’ai pensé à Bobin, j’ai pensé à Keegan, j’ai pensé à Benameur, c’est dire… Bluffée par les mots, par cette fulgurance d’écriture qui va à l’essentiel et touche en plein cœur.

 

Je n’ai cessé de noter des passages de ce livre tellement les phrases sont belles. La poésie est partout et peut surprendre tant l’histoire est sordide… Cette histoire, c’est celle de Marthe, privée d’enfance par un père violent. Une enfance fauchée par les coups. La honte d’avoir une maman battue… Marthe et son petit frère Léonce auraient pu être heureux dans cette ferme. Au lieu de ça, ils sont « pris au piège du sommet jusqu’au puits en passant par la case se taire. »

 

Il m’est difficile de parler de ce roman. L’écriture de Nicolas Clément est une vraie révélation, chaque phrase est ciselée comme un bijou précieux, alliant à la perfection la finesse à l’éclat. On se laisse porter par les mots, ébahis par tant de virtuosité, peu habitués, il faut bien le dire, à tant de beauté…

Un merveilleux écrin pour une histoire ô combien difficile… Il y aurait tant à dire sur ce roman. Impossible d’oublier la voix de Marthe qui se surprend à avoir envie de frapper pour se mettre à la place de ce père violent et tenter de comprendre. Impossible d’oublier ses rêves d’une vie enfin à l’abri. Impossible d’oublier cette belle histoire d’amour, bouée de sauvetage salutaire qui la mènera à Baltimore, au moins pour un temps…

 

Je ne sais quoi vous dire de plus si ce n’est… lisez ce livre. Acceptez d’être bousculés dans vos habitudes, retenez votre respiration, laissez couler les mots et prenez les en plein cœur… Sauf les fleurs marquera, c’est sûr, ma vie de lectrice. Je l’ai déjà relu…

 

Une lecture que j’ai le plaisir de partager avec Maryline, Stephie et Jérôme

 

Les avis de Clara, Cristie, Laure, Canel, Stéphanie, Jack

 

Premières phrases : « Nous étions une famille de deux enfants, plus les parents. Je m’appelais Marthe, mon frère s’appelait Léonce, né un mensonge après moi. Nous habitions une ferme éloignée du village, dans une vallée de cèdres où l’hiver nous empêchait parfois d’aller à l’école. Maman nous réveillait à sept heures, préparait le petit déjeuner pendant que j’habillais mon frère, les escaliers sentaient le pain grillé, Léonce s’accrochait à la rampe pour ne pas tomber. (…) Aujourd’hui, il me reste peu de mots et peu de souvenirs. J’écris notre histoire pour oublier que nous n’existons plus. »

 

Morceaux choisis : « Notre famille a fondu depuis longtemps, mais elle existe encore en lettres, sur l’étiquette du journal, le relevé des compteurs. Depuis des lustres, Papa ne prononce plus nos prénoms, se jette sur le verbe, phrases courtes sans adjectif, sans complément, seulement des ordres et des martinets. Dans mon dictionnaire, je cherche la langue de Papa, comment la déminer, où trouver la sonnette pour appeler. Mais la langue de Papa n’existe qu’à la ferme hélas. Il nous conjugue et nous accorde comme il veut. Il est notre langue étrangère, un mot, un poing, puis retour à la ligne jusqu’à la prochaine claque. » (p. 13)

 

« Il fut mon prince, celui que je charmais, le dimanche soir, avec un livre d’images (il se taisait déjà mais j’entendais sa voix). (…) Il est à présent mon ennemi juré, celui qui frappe sans vergogne et désosse le visage de Maman. Chaque soir, je prie pour qu’il meure. Cependant, Maman répète C’est votre père, Et vous devez l’aimer. » (p. 14)

 

« Je voulais une mère avec des épaules pour poser mes joues brûlantes. Je voulais un père avec une voix pour m’interdire de faire des grimaces à table. Je voulais un chien avec un passé de chat pour ne pas oublier qui j’étais. Je voulais un professeur pour me surprendre. Je voulais des livres pour construire une cabane à la cime des arbres. Je voulais être un homme pour sentir ce que ça fait d’être une histoire. Je n’ai pas eu tout ce que je voulais mais je suis là, avec mes zéros, ma vie soldée du jour qui vaut bien ma vie d’absente d’avant. Je tombe rond ; mon compte est bon. » (p. 63)

 

Éditions Buchet-Chastel (Août 2013)

Collection Qui Vive

75 p.

 

Rentree-litteraire-2013.png

Nouvelle lecture pour le challenge 2% Rentrée littéraire

chez Hérisson !

 8/12

 

Defi-Premier Roman

Nouvelle lecture pour le challenge de Anne !

 

39 commentaires sur “Sauf les fleurs – Nicolas Clément

    • Nous sommes d’accord…! Finalement, cette lecture commune aura révélé bien des surprises, des avis discordants… J’aime ça finalement, ça prouve que ce livre ne laisse personne indifférent…!

      • Je suis en train de lire mon premier d’elle: trois femmes puissantes. Je l’avais jamais lu jusque la parce que les critiques decrivent toujours sa maitrise parfaite de la langue et ses phrases longues et alambiquees. J’avais peur que ce soit de style Proust (qui m’endort…). Mais, non, pas du tout. Oui, ses phrases sont longuement et meticuleusement construites et cela trouble au debut. Mais, une fois qu’on s’est habitué a son style, c’est … puissant! Des metaphores qui se filent et se tissent jusqu’a en prendre consistence et passer de magie a realite. (Et moi qui ait beaucoup lu Rushie a une époque n’ait jamais vu ailleurs une telle maitrise de la transition au bizarre – mais ce n’est que moi, cela ne veut rien dire) Des histoires et des personnages qui s’entrelacent et s’entrecroisent sans se se voir ni meme se chercher, encore moins se trouver. Des psyches qui prennent substance par le devoilement progressif de leur secrets inconscients mais plus encore par les details les plus embarassants de leur manifestation physiques sur le corps des narrateurs. J’en suis qu’a la moitie encore mais j’en suis profondement troublee.

          • Non, c’est bien plus facile de squatter les blogs des autres :-) Puis, l’envie de m’exprimer n’est que tres sporadique chez moi.

          • Merci, Noukette! Que je commente ou pas, je repasserai sur ton blog de toute maniere. C’est la ou je viens a chaque fois que je cherche de l’inspiration sur quoi lire de nouveau.

  1. Je le note… dans le récap. Trop d’avis dithyrambiques, ça me donne plutôt envie d’attendre tranquillement que je croise le bouquin, alors on verra (je sais, je casse l’ambiance !) ;-)

    • Finalement, tu as vu, il n’y a pas que des avis dithyrambiques… Que ça ne t’empêche pas de découvrir ce roman, je suis presque sûre qu’il est fait pour toi…!

  2. euh…. si je vous dis que je suis tentée.. ça vous étonne??? dommage que les librairies soient fermées à cette heure!!! Moi je voterai bien pour l’ouverture des bibliothèques et des librairies la nuit! ( et dire que ma médiathèque est dorénavant fermée le mercredi matin parce que le maire de ma vie a décidé de mettre en oeuvre la semaine de 4,5 jours dans les écoles grrrrrrrrrrrrrrrrrr!)

    • Aller à la bibliothèque la nuit ? Rhooooo, et elles dorment quand les pauvres bibliothécaires…? Blague à part, je te comprends ! Ce genre de lecture n’attend pas, vite, vite, vite !!!

    • Finalement, je pense que les billets sur les coups de cœur sont les plus difficiles à écrire… On a envie de dire « lisez-le »… et puis c’est tout ! Il est tellement beau ce roman !

  3. sacrebleu, j’ai pleuré, j’ai pleuré et ce matin suis encore toute remuée ! merci merci pour ce si joli instant de poésie et d’émotion, merci merci pour ces petites merveilles d’écriture qu’on ne découvre que sur vos blogs !
    des baisers chamboulés !

  4. sacrebleu, j’ai pleuré, j’ai pleuré et ce matin suis encore toute remuée ! merci merci pour ce si joli instant de poésie et d’émotion, merci merci pour ces petites merveilles d’écriture qu’on ne découvre que sur vos blogs !
    des baisers chamboulés !

    • Ce roman est une merveille, cet auteur est un diamant brut, à suivre !! J’ai pleuré aussi, cette fin sacrebleu…!
      Et des bisous pour me suivre toi aussi depuis le début, pour venir ici si souvent…! C’est moi qui suis toute émue !

  5. Et voilà pourquoi les éditions de poche sont si utiles ! Celle ci me permet de rejoindre le club des éblouis par Sauf les fleurs… J’ai déjá des exemplaires supplémentaires prêts à offrir. Histoire de partager l’éblouissement…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>