Skoda – Olivier Sillig

Skoda.jpgPour mon premier roman de cette rentrée littéraire, je crois que je suis merveilleusement bien tombée. Ce livre m’a prise aux tripes et au coeur dès ses premières lignes, impossible de le lâcher par la suite…

Un grand merci à ma Stéphie pour le prêt de ce petit bijou qui restera sans aucun doute parmi mes meilleurs souvenirs de lecture, un roman comme je les aime, qui n’en fait pas trop, mais qui va à l’essentiel.

 

« L’enfant ouvre un oeil.

Stjepan lui dit : « Salut, toi. »

Évidemment, l’enfant ne répond pas.

Stjepan estime que le bébé a trois ou quatre semaines,

mais il n’y connaît absolument rien.

« Et tu t’appelles comment ? »

 

Quand Stjepan reprend conscience, il pense d’abord qu’il est mort. Autour de lui, du sang, plein de sang, et les cadavres de ses amis. Tous des soldats, comme lui. Un peu plus loin sur la route déserte, une voiture à l’arrêt, le chauffeur et sa passagère n’ont pas survécu. Et à l’arrière, Stjepan voit l’enfant, un nouveau-né, encore accroché au sein de sa mère, endormi, paisiblement, inconscient du drame qui l’entoure. Stjepan le regarde, puis se détourne, cherche dans le coffre de la voiture de quoi se changer et s’apprête à s’en aller, seul. Les soldats arriveront bien assez tôt, ils sauront bien quoi faire de lui… Mais Stjepan fait demi-tour et prend l’enfant avec lui, sans vraiment réfléchir. Sans savoir si le bébé est un garçon ou une fille, il le surnomme Skoda, du nom de la voiture dans laquelle il se trouvait. Skoda, ça ne sonne pas si mal.

Le jeune homme et l’enfant partent sur la route, il faut survivre, coûte que coûte, chercher refuge. Stjepan improvise, l’enfant a faim, il pleure, il faut le calmer, le nourrir. Sur sa route, il rencontrera la violence, connaîtra la haine, même si finalement il ne faut jamais cesser d’espérer et de croire au bonheur… Et la vie continue.

 

Ce petit roman m’a complètement chamboulée ! Le lecteur ne saura jamais où se déroule cette histoire, ni de quelle guerre il s’agit, ni même si elle a vraiment existé d’ailleurs, après tout, est-ce bien important ? La guerre est là, implacable et violente, inutile et absurde. Elle tue sans sourciller, sans états d’âme. Dans ce paysage tourmenté, l’enfant est finalement la seule lueur d’espoir, la seule petite fenêtre entrouverte sur un possible ailleurs. Et Stjepan s’y raccroche à cet enfant, comme à une bouée de sauvetage. Lutter pour le garder en vie, c’est un peu lutter pour sa propre survie, comme si devenir le père de cet enfant était la seule façon de croire à nouveau en l’humanité.

Tout au long de ce roman, qui ne souffre pas qu’on le pose, on prie pour que l’enfant vive, pour que Stjepan s’en sorte. L’émotion est partout, les larmes ne sont d’ailleurs jamais bien loin. On repose ce roman sonné tant la fin est poignante… Coup de coeur !

 

Premières phrases : « Après le coucher du soleil, le bruit des cigales couvre tout. La chaleur, au lieu de descendre, écrasante, s’inverse rapidement et monte du sol, étouffante. Partout, à perte de vue, c’est la garrigue ; de la bruyère, rase mais dense, parsemée d’herbes aromatiques sauvages et vivaces ; quelques arbres, petits et trapus, essentiellement des arbousiers ou des chênes de différentes espèces. Il y a une route. C’est une piste de terre battue. Stjepan est juste au-dessus, étendu de tout son long sur le ventre. »

 

Au hasard des pages : « Skoda n’a pas peur, il dort tranquillement dans sa main. Il peut dormir. Stjepan le ramène contre son flanc. La chair de ma chair. Il se remet à tourner. Il dit : « Nous resterons ensemble. » Ensemble. Stjepan ignore comment, mais ils resteront ensemble jusqu’à ce que Skoda ait l’âge de Stjepan – maintenant, là, il sent qu’il n’est plus un gamin, que pour lui tout ça est terminé. Jusqu’à ce que Skoda ait son âge. Dans un monde qui sera peut-être un peu moins fou. » (p. 92-93)

 

Les avis de Stéphie, Antigone, Clara, Cathulu.., d’autres à venir, sûrement !

 

Éditions Buchet-Chastel (Août 2011)

110 p.

 

Rentrée littéraire 2011Challenge 1% Rentrée Littéraire

organisé par Hérisson

1/7

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-skoda-olivier-sillig-83952894.html

20 commentaires sur “Skoda – Olivier Sillig

    • J’espère que tu le liras un jour ! En tous cas, j’attends ton avis sur L’enfant-rien, c’est aussi un très beau petit roman !

  1. Sans les blogs amis comme le tien qui l’encensent, je serais certainement passée à côté de ce livre puisque je ne suis attirée ni par le titre, ni par la couverture ni même à vrai dire par le sujet. La guerre,toujours la guerre mais vous êtes toutes si convaincantes que je le note sur ma liste aussi.

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