Treize alligators – Gaetaño Bolan

Treize alligatorsBon, je n’irai pas par quatre chemins… J’avais adoré La boucherie des amants, premier roman de cet auteur né de père chilien et de mère française. J’avais été subjuguée par la beauté de la plume de Gaetaño Bolan qui, il faut le rappeler, écrit en français. Une écriture toute en délicatesse, en finesse et en poésie, une écriture qui touche en plein coeur. Et puis quelle histoire…!

Bref, tout ça pour dire que je me suis précipitée sur le deuxième roman de cet auteur, sans même chercher à savoir de quoi il était question. Je m’étais préparée à recevoir un uppercut en plein coeur, oui, oui, à ce point…

La dernière page tournée, le verdict est sans appel… : je suis passée totalement à côté de cette lecture ! Pire, je crois même que je n’ai pas aimé du tout. Tout cela est bien embêtant, d’autant que ce petit roman était l’occasion d’une première lecture commune avec mon chouchou Jérôme

 

La présentation de l’éditeur annonce un roman « drôle et grinçant, entre fable et film de gangsters : une poignante histoire d’amour, de chute et de rédemption. » Soit. Le problème, c’est que tout cela part dans tous les sens pour finir par ne plus vouloir rien dire. Notre « héros », Manuel est un ancien boxeur reconverti par la force des choses en assistant dentaire. Un boulot qui ne paye pas des masses mais qui fait vivre sa petite famille, composée de Mama, sa mère, de son petit frère Pombino et de Lucia, sa petite amie toute siliconée très portée sur la chose. Un boulot qui permet aussi de se payer une nouvelle dentition, le métier de boxeur ayant laissé des traces. Du coup, Manuel, pas bien malin il faut bien le dire, se permet quelques petits écarts, des petites magouilles de ci de là, pour arrondir ses fins de mois. Mais quand il cherche à se venger (de façon fort infantile et complètement débile…) de Mendès le dentiste véreux, les choses tournent mal. Forcé de quitter la ville avec toute sa smala encombrante, Manuel rejoint Valparaiso où les choses vont aller de mal en pire. Mauvaise idée de s’acoquiner avec le caïd du coin. Très mauvaise idée. Surtout quand celui ci trempe dans des trafics douteux de cocaïne, de caïmans et d’organes humains…

 

Bien. Par où commencer… Je suis déçue, déçue, déçue… Très vite, j’ai eu la désagréble sensation que ce roman n’était pas écrit par celui qui avait réussi à m’émouvoir aux larmes avec La boucherie des amants. Vous me direz, un auteur a le droit de changer de registre. Mais quel virage ! Oubliées l’émotion, la poésie, la naïveté, place à une écriture froide, au cynisme, à l’ubuesque et même à l’horreur. Le côté déjanté du début a tout de même réussi à me faire sourire… mais si peu. Rien n’est cohérent dans ce bouquin, encore moins crédible. Impossible d’y croire une seule seconde, trop c’est trop ! Et puis cette fin n’est pas celle que j’attendais. Ça y est, je boude… c’est malin…!

 

Une lecture que j’oublierai très vite et que je regrette presque d’avoir faite. Sur ce, je retourne au dernier Benameur…!

 

Laure et Clara sont conquises. La plume sensitive est mitigée. Marion n’a pas aimé…

Et Jérôme ?  Mon petit doigt me dit qu’il n’a pas accroché non plus…

 

Premières phrases : « – Aaahhh ! Le cri du patient venait d’emplir la pièce. C’était un cri sourd, rauque, venu du profond de la gorge. Manifestement, le gars avait très mal.

– Ne criez pas si fort, ça me perturbe ! Je ne peux pas me concentrer sur mes gestes…

Le docteur Mendès avait prononcé ces mots d’un ton détaché, presque froid. C’était sa manière, comme toujours, de traiter avec condescendance les patients de son cabinet dentaire. Façon toute personnelle de faire comprendre qu’ici on se devait de souffrir en silence. Mieux : on devait affecter de ne pas souffrir. »

 

Au hasard des pages : Ça faisait déjà quarante-huit heures qu’on était à la pension. Il me fallait trouver rapidement un gagne-pain. J’avais trois bouches à nourrir, sans compter la mienne, ainsi que les frais de location à assumer. Je pouvais laisser tomber mes livres de médecine, ce n’étaient pas mes rudiments de technique dentaire qui allaient m’aider. Non, il me fallait de l’argent facile, un gros paquet d’argent. Le genre de gros paquet qu’on se fait en plongeant les mains dans le cambouis. L’heure du business était revenue ! Pour ce faire, j’avais mon idée : traîner dans les bouges les plus sordides de la ville, jusqu’à dénicher des débauchés qui sauraient me proposer un trafic juteux. Mon flair ferait le reste… » (p. 53)

 

Éditions Livre de poche (Novembre 2012)

128 p.

Première parution en grand format aux éditions La Dragonne (Mars 2009)

 

 

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15 commentaires sur “Treize alligators – Gaetaño Bolan

    • J’aurais tendance à dire effectivement que celui ci est loin d’être indispensable… Cela dit, tu peux tout de même tenter, sait-on jamais ! 😉

    • Cela dit, ce n’est que mon avis… Mais je n’ai pas retrouvé ce qui m’avait tant touchée dans La boucherie des amants…

    • La boucherie des amants était un merveilleux roman… Celui ci est très différent, autant du point de vue de l’histoire que de l’écriture, ce qui en fait est le plus dommage…

    • Je t’avoue que je n’avais pas lu la présentation de l’éditeur, je l’ai acheté sur le nom de l’auteur, j’avais tellement aimé son premier roman…

  1. Comme tu le dis, mon avis sur ce roman est mitigé. Je suis déçue que l’auteur n’ait pas su conserver son parti pris loufoque et décalé jusqu’à la fin mais j’apprécie le cynisme… Je m’étais dis que je ne réitèrerai pas l’expérience « Bolan » mais ton avis sur la boucherie des amants me fait presque changer d’avis ! 

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