Une dernière fois la nuit – Sébastien Berlendis

Une-derniere-fois.jpgDans un ancien sanatorium en ruines, un homme se meurt et se souvient. Il a fait une longue route depuis l’Italie pour rejoindre ce lieu rempli de souvenirs. Dans cette chambre délabrée, ce corps qui lui a toujours échappé se rappelle à lui, ce corps « qui tousse, qui s’essoufle et qui s’asphyxie », sans relâche…

 

Une enfance rythmée par l’asthme, tenace, des nuits sans sommeil, le parcours du combattant d’hôpital en maison de repos « forcé »… Une enfance passée au 10 chemin de la Résistance dans le petit village de Bracca entouré d’un père épuisé et d’une mère inquiète. « Les années de Bracca sont des nuits de patience, des années étriquées alors que le monde alentours me semble immense. »


Avec l’adolescence, les crises s’espacent mais restent intenses. « Chaque mois, deux nuits durant, le sang ne circule pas, les bronches suffoquent, la toux au début fine et presque silencieuse enraye les rêves. Et l’angoisse accélère le rythme cardiaque. » Rien, absolument rien, ne calme ce corps plié de douleur. Mais 17 ans, c’est aussi la découverte du corps accueillant des femmes, c’est Simona, l’évidence. Simona, la peau pâle et le coeur qui s’essouffle. Simona, le visage de l’amour. Simona, cette bouffée d’air qui lui manquait… Coeurs amoindris, corps asphyxiés, amours éphémères…

 

Une dernière fois la nuit est un texte fort qui vient nous chercher loin. Un texte court, intime et pudique où chaque mot, choisi, ciselé, est à sa place. Un texte sensuel et empreint de poésie qui va à l’essentiel, sans fioritures, sans en faire des tonnes. Un texte qu’on lit d’un souffle, ébloui par la beauté des mots qui nous claquent au visage et nous laisse sans voix. Un texte au goût d’inéluctable dont on reste prisonnier longtemps après la dernière page tournée. Et dire que c’est un premier roman…! Coup de coeur !

 

Un immense merci à Jérôme le tentateur qui s’est empressé de m’envoyer ce diamant pour me sortir de ma léthargie livresque, bonne pioche !

L’avis du Petit carré jaune, sous le charme…

Le blog de l’auteur

 

Premières phrases : « C’est une dernière fois l’été au dix, chemin de la Résistance sur le plateau d’Assy. L’ancien sanatorium de Martel de Janville est en voie de destruction. Une fois les décombres enfouis et le sol aplani, il sera remplacé par un hôtel de luxe.

C’est une dernière fois l’été en ce matin de brumes et de pluie, de sapins sombres et de chemins boueux. Le thermomètre avoisine les onze degrés et mon corps peine à respirer. Depuis la fenêtre de la chambre, on peut voir la mer de glace dont la neige grise, sale, presque cendrée, lèche la route d’Italie. »

 

Au hasard des pages : « Dans la chambre du chemin de la Résistance, je me demande combien de temps ça prend un coeur qui cesse de battre. Je n’ai pas de nostalgie, je ne souffre pas d’un manque d’enfance et les bouffées du dehors ne me sautent pas à la gorge.

Je n’avale rien, je souhaite entendre une voix, je ne sais pas laquelle. Une musique à cet instant. Mais le sang est inerte et tout est débranché. » (p. 32)

 

« Dans la chambre du chemin de la Résistance, je suis plus vieux que mon âge. Le corps agité de tremblements, ma toux et mes lèvres réclament l’acidité des agrumes.

Ce n’est pas le corps tendu et pressé des matins d’octobre, dans les eaux et les chambres de Trieste. La mer m’échappe. Dehors les chiens et les chèvres fouillent les buissons et grattent la porte. Je pense aux crêtes d’écume, à la vie qui se consume. » (p. 50)

 

Éditions Stock (Février 2013)

Collection La Forêt

96 p.

 

 

Defi-Premier RomanNouvelle lecture pour le challenge de Anne !

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-une-derniere-fois-la-nuit-sebastien-berlendis-118680458.html

13 commentaires sur “Une dernière fois la nuit – Sébastien Berlendis

  1. « Un texte au goût d’inéluctable », c’est joliment dit. Si tu savais à quel point je suis ravi de découvrir ton avis sur ce titre. C’est rare mais il arrive que l’on tombe sur des pépites qu’il est impossible de garder pour soi. On pense alors à ceux avec lesquels on aimerait partager une telle découverte. Et voilà… 

  2. Noukette… mon « dieu ». Ton billet est tout simplement magnifique. Je n’ai pas respiré ou juste d »un souffle dès que je l’ai entamé. Ce petit bijou est juste un coup au coeur, un battement martelant de mots, de poésie qui nous prennent là, au ventre. Tu l’as si bien retranscrit que j’en ai des larmes dans les yeux. 

  3. Bonsoir,
    je viens de lire vos mots sur mon premier texte (très en retard certes), et je suis très très touché. votre texte est très beau. C’est (entre autres) pour ce genre de mots que j’écris!
    alors merci encore pour votre soutien, et au plaisir d’échanger
    Sébastien berlendis

    • Bonsoir Sébastien, c’est moi qui suis très touchée de lire vos mots inattendus aujourd’hui… Ils me vont droit au cœur, sincèrement… Merci encore pour ce très beau roman, il est encore très présent en moi..!

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