Kevin-Powers-Yellow-birdsLa guerre fait-elle de vous un homme ? Fait-elle ressortir le meilleur de vous ? Ouvre-t-elle les yeux sur l’essentiel…? C’est en tous cas ce que croyait le jeune John Bartle, 21 ans, en s’engageant dans l’armée à l’insu de sa mère pour fuir la paisible Virginie qui l’a vu grandir. En ligne de mire, l’Irak et une ville inconnue, Al Tafar, à « libérer »… et la certitude de défier la mort…

 

Quelques mois avant le départ, lors du camp d’entraînement, il fait la connaissance de Daniel Murphy, tout juste 18 ans, un gamin… Un gamin que le sergent Sterling lui confie. Un gamin sur qui sa propre mère lui demande de veiller puisqu’elle ne pourra plus le faire. A cette mère démunie, Bartle promet de lui ramener son fils sain et sauf…

 

Mais Bartle reviendra seul. La tête en vrac, pourrie par des images qui ne cesseront de le hanter nuit et jour. Accueilli en héros national, Bartle se sent imposteur. La vie est insoutenable. Les remords tenaces. Les secrets lourds à porter. Les horreurs, les atrocités de la guerre… et le visage de Murphy, impossibles à oublier…

 

Yellow birds est un premier roman époustouflant de maîtrise. Son jeune auteur, ancien soldat en Irak, y a visiblement mis toutes ses tripes, Dieu sait d’ailleurs quelle part de lui-même il a pu laisser là-bas… Revient-on intact d’un tel carnage ? Le retour à la vie est-il seulement possible ? La guerre qui naît alors en vous n’est-elle finalement pas plus difficile à mener que celle que vous avez livrée là-bas sans vraiment comprendre…?

Yellow birds est un roman qui bouscule. C’est brutal, douloureux, extrêmement réaliste… mais c’est aussi étonnamment poétique. Kevin Powers a un don, celui de transfigurer l’indicible. On ressent dans sa chair le nouveau combat que doit mener le jeune soldat de retour au pays. Brisé, rongé de l’intérieur, perdu… comme tant d’autres. La construction du roman est à ce titre très efficace, alternant les souvenirs d’avant départ, les épisodes irakiens et ceux évoquant l’impossible retour…

Un roman remarquable et remarqué par la critique, finaliste du prestigieux National Book Award… Un roman appelé à devenir un incontournable…!  

 

Une lecture coup de poing, coup de coeur que j’ai le plaisir de partager avec Jérôme, Leiloona et Cryssilda

 

Les avis de Clara, Saxaoul, Jostein et Titine 

 

Premières phrases : « La guerre essaya de nous tuer durant le printemps. L’herbe verdissait les plaines de Ninawa, le temps s’adoucissait, et nous patrouillons à travers les collines qui s’étendaient autour des villes. Nous parcourions les herbes hautes avec une confiance fabriquée de toutes pièces, nous frayant, tels des pionniers, un chemin dans la végétation balayée par le vent. Pendant notre sommeil, la guerre frottait ses milliers de côtes par jour en prière. Lorsque nous poursuivions notre route malgré l’épuisement, elle gardait ses yeux blancs ouverts dans l’obscurité. Nous mangions, et la guerre jeûnait, se nourrissant de ses propres privations. Elle faisait l’amour, donnait naissance, et se propageait par le feu. »

 

Au hasard des pages : « Un cadavre piégé », dit-il. Nous nous immobilisâmes. Il était impossible de dire qui était l’homme et comment il était arrivé là ; on n’a jamais assez de temps pour expliquer une tragédie lorsqu’on est partie prenante. Le chagrin est un mécanisme concret, et nous ne pleurions que ceux que nous connaissions. Ceux qui nous étaient étrangers et mouraient à Al Tafar s’intégraient au paysage, comme si quelque chose avait semé dans cette ville des graines qui faisaient sortir de terre, de la poussière, ou des pavés, des corps tels des fleurs après le dégel, desséchées et flétries sous un soleil froid et lumineux. » (p. 140)

 

Éditions Stock (Février 2013)

Collection La Cosmopolite

264 p.

 

 

prix-relay-logo-copie-1.png

Livre en lice dans la sélection du mois d’avril

 

 

Defi-Premier RomanNouvelle lecture pour le challenge de Anne !

 

 

Challenge-petit-bac-2013.jpgEt une nouvelle participation au challenge Petit Bac

chez Enna !

Catégorie ANIMAL

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-yellow-birds-kevin-powers-117094861.html

Catégories : Littérature étrangère

26 commentaires

Commentaire n°1 posté par Leiloona · 16 avril 2013 à 07h53

Dire l’indicible de façon poétique, oui, c’est exactement cela. 🙂

    Noukette · 22 avril 2013 à 23h49

    Ce roman m’a bousculée !

Commentaire n°2 posté par Valérie · 16 avril 2013 à 12h53

Décidément, vous vous liguez pour qu’on craque. 😉 C’est bizarre que ce ne soit pas ce roman qui ait été choisi pour avril. 

    Noukette · 22 avril 2013 à 23h50

    Je ne peux pas vraiment me prononcer, je n’ai pas encore lu tous les titres mais celui ci a clairement quelque chose !

Commentaire n°3 posté par sylire · 16 avril 2013 à 13h17

Il fait vraiment l’unanimité, je n’ai pas encore lu d’avis mitigé.

    Noukette · 22 avril 2013 à 23h50

    Et pourtant, il y en a…! 🙂

Commentaire n°4 posté par jerome · 16 avril 2013 à 13h38

Une tuerrie ce roman. Sombre, crépusculaire, désespéré et poétique, j’ai juste adoré !

    Noukette · 22 avril 2013 à 23h51

    Crépusculaire… Joli choix d’adjectif ! Je n’aurais pas dit mieux ! 😉

Commentaire n°5 posté par saxaoul · 16 avril 2013 à 17h31

Bien écrit, poétique : je suis d’accord. Mais ce n’est quand même pas le genre de livre que j’apprécie. Trop dur pour moi !

    Noukette · 22 avril 2013 à 23h51

    J’ai vu ça oui… Je ne pensais pas aimer autant un récit parlant de la guerre… et pourtant…!

Commentaire n°6 posté par kathel · 16 avril 2013 à 21h58

On voit partout ce premier roman… je ne l’ai pas encore noté, mais je vais finir par le faire ! 

    Noukette · 22 avril 2013 à 23h52

    Il faut, il faut ! Ce Kevin Powers ira très loin !

Commentaire n°7 posté par keisha · 17 avril 2013 à 08h22

J’hésite, pas trop dur? J’ai bien aimé le roman de Ben Fountain, mais là on était très peu en Irak.

    Noukette · 22 avril 2013 à 23h53

    J’avais envie de découvrir le ben Fouintain mais maintenant j’hésite… Le ton est clairement très différent, je crois que j’ai aimé ce côté très réaliste ici…

Commentaire n°8 posté par Catherine · 17 avril 2013 à 14h58

Rhaaa, je l’ai vu à la Fête du livre de Bron et depuis, je veux le lire ! Déjà que je n’ai pas pu avoir de livre dédicacé car il a terminé les dédicaces tôt (alors je n’ai pas acheté le livre).

    Noukette · 22 avril 2013 à 23h57

    Quel dommage…! Allez, il est encore temps…! 😉

Commentaire n°9 posté par clara · 17 avril 2013 à 16h35

Pour un premier roman, chapeau bas, oui !

    Noukette · 22 avril 2013 à 23h57

    Il ira loin ce garçon !

Commentaire n°10 posté par Manu · 25 avril 2013 à 21h52

Oui, bon, j’ai compris : noté, renoté, souligné et surligné en gros gras et fluo

    Noukette · 8 mai 2013 à 00h04

    J’espère bien ! Tu as eu le temps de te le procurer…?

Commentaire n°11 posté par Choupynette · 29 avril 2013 à 09h43

je viens de l’ajouter à ma gigantesque pal. je ne lis pas souvent des romans de guerre, mais celui-là a l’air particulièrement bon!

    Noukette · 8 mai 2013 à 00h09

    Je ne lis JAMAIS de romans de guerre… et j’ai adoré celui-là !

Commentaire n°12 posté par Coccinelle · 25 juin 2013 à 01h03

Oh, Noukette, quelle belle note de lecture ! Tu donnes très envie de lire ce roman et c’est tant mieux ! Je vais rajouter ton lien à ma note de lecture (qui me semble bien palotte à côté de la tienne). Bonne semaine.

    Noukette · 26 juin 2013 à 00h22

    Tss tss tss… Ton billet n’est pas palot du tout ! Un très beau premier roman oui !

Commentaire n°13 posté par Anne · 8 août 2013 à 11h13

Je ne l’ai toujours pas lu… 

    Noukette · 10 août 2013 à 00h09

    … et pourtant je suis sûre qu’il te plairait ! C’est un sacré premier roman !!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *