fils-du-feu-par-buy-boleyJ’ai terminé ce premier roman il y a quelques jours et je peine encore à savoir ce qui a fait que je suis passée à côté du coup de cœur…. L’histoire, le phrasé si particulier de l’auteur, la langue scandée et presque lancinante sont pourtant de ceux qui me touchent en temps normal. J’aime les plumes poétiques qui suggèrent plus qu’elles ne disent. J’aime imaginer un monde derrière des mots. J’aime ce côté diamant brut non taillé qui donne à ce genre d’écriture une aura toute particulière…

« Les scansions de l’enclume forgent l’alexandrin, les rythmes des marteaux sont ceux du cœur humain, ça cogne, ça tape, ça claque, ça broie, ça bat, et déjà l’on pressent, lorsque l’on a cinq ans, qu’on n’en a pas fini avec nos ventricules, nos lyrismes hugoliens et nos histoires d’amour, tant qu’il restera de la braise et du coke en fusion au creux de nos veines caves, tant qu’on aura la force de forger des armures pour protéger l’adulte, ce roitelet débonnaire sommeillant sous l’enfance. »

Et de fait, dès les premières lignes, j’ai été saisie par la puissance et la grâce des mots de Guy Boley. D’emblée, les odeurs et les sons qui enivrent. Une atmosphère comme hors du temps où les personnages se dessinent comme les héros d’une fable atemporelle. Des figures comme esquissées qui dansent le plus beau des ballets. Le feu et le souffle de la forge, la force brute et animale des hommes qui tentent de les dompter, l’odeur du linge qui sèche en plein air, la constance et la beauté de ces femmes qui triment du soir au matin sans prendre le temps de se poser. Et ce petit garçon qui observe depuis son muret, s’abreuve des sons et des odeurs, admire la puissance et la vigueur de ces hommes, assis sous les grands draps blancs et frais qui se balancent au bout de leur corde…

« Je n’en demandais pas plus, dans le fond, à la vie. »

La scène d’introduction est peut-être une des plus belles scènes d’ouverture qui m’ait été donné de lire. Il y aura d’autres belles scènes dans cette histoire finalement tragique de la fin de l’enfance. Des scènes marquantes où coulent les larmes des personnages sans pour autant provoquer une véritable peine chez le lecteur. L’empathie, je crois qu’il m’a manqué l’empathie…

La faute peut-être à une quatrième de couverture bien trop bavarde qui dévoile des éléments de l’histoire qui n’apparaissent pourtant que bien tard dans le roman. La faute peut-être à une construction non linéaire qui fait que la mort du petit-frère, juste évoquée en passant au début du roman, ne soit vraiment détaillée qu’à sa toute fin, de même que la défaillance du père ou l’attitude de la mère face à ce deuil inacceptable. La faute peut-être à un narrateur difficile à cerner tant ses préoccupations intimes se noient dans une histoire familiale complexe…

Mais oui, la langue est belle, sublime même, même si elle m’a parue par moment un peu trop ampoulée pour pouvoir provoquer une émotion vraie… Reste que cet auteur, dont c’est le premier roman, est une plume à suivre. Ils sont peu nombreux à posséder une telle grâce, une telle élégance et une telle force d’évocation…

Les avis de Albertine, Eimelle, Jérôme, Joëlle, Laure, Leiloona, MicMelo, Moka, Sabine, Sylire, Tiben

 

Éditions Grasset (Août 2016)

160 p.

Prix : 16,50 €

ISBN : 978-2-246-86211-6

68

 

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28/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout » réussi

chez Hérisson et Léa Touch Book


13 commentaires

Kathel · 3 novembre 2016 à 08h29

Je ne suis pas tentée, je trouve (dans l’extrait) le style un peu trop lyrique… en tout cas, je note, au cas où, de ne pas lire la quatrième de couv. !

framboise · 3 novembre 2016 à 09h09

Il est beau ton billet copine <3
Trop ampoulé ce 1er roman, bon, bon, malgré tes bémols ce que tu dis sur ce début de roman donne envie 😉 on verra s'il passe par moi (là je vais tenter une sombre histoire de nonne héhé que tu as déjà lu !)
Des bisous <3

zazy · 3 novembre 2016 à 12h12

Ce qui me dérange c’est le « un peu ampoulé », mais bon, s’il passe entre mes mains, je l’ouvrirai.

Jerome · 3 novembre 2016 à 13h09

J’étais certain que tu adorerais. Comme quoi, je ne te connais pas si bien que ça (ce qui est plutôt rassurant, il n’y a rien de pire que les certitudes, non ?) 😉

Alex-Mot-à-Mots · 3 novembre 2016 à 13h10

Que de compliments pour ce roman. J’espère qu’il croisera ma route.

Saxaoul · 3 novembre 2016 à 20h07

Je suis incapable de dire si c’est un roman pour moi ou pas. Mais je le,lirai forcément puisqu’il fait partie des 68 !

clara · 4 novembre 2016 à 16h19

J’ai abanndonné car j’ai trouvé l’écriture trop travaillée ( ça sonnait faux)

krol · 4 novembre 2016 à 19h17

Ah ces quatrièmes de couverture qui en disent trop ! Rrrrr !

gambadou · 5 novembre 2016 à 17h15

Je l’ai demandé pour Noël, et je ne lis jamais les 4ème !

Géraldine · 6 novembre 2016 à 12h34

Le sujet de ce roman ne me tente pas, même si je trouve la couv sublime. Et puis, tu émets tout de même pas mal de petits bémols…

Laure · 7 novembre 2016 à 19h42

Même si ce n’est pas un coup de coeur, je vois qu’il t’a quand même sacrément plu, et j’en suis bien contente 🙂

Moka · 8 novembre 2016 à 08h19

J’ai détesté le lire au début, souvent reposé. Puis, j’ai fini par apprécier mais ce n’était pas gagné !

sylire · 12 novembre 2016 à 23h40

J’ai préféré la seconde partie à la première mais je lui ai attribué un coup de coeur car j’ai vraiment été emportée et la langue est superbe.

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