Longtemps, j’ai eu peur de mourir. J’en paniquais la nuit, congelé de frousse et grelottant au fond de mon lit. Est ce que le temps s’arrête quand on est mort ? Dès le déclin du jour, quand le soleil commençait à baisser, l’angoisse me montait. Ça m’a toujours pourri la vie, l’effroi. L’idée de mort me trottait dans la tête, le néant me retournait l’estomac. Tout poisseux de sueurs, j’étais, dans mes draps.
Et puis j’ai compris, Salomé. J’ai compris d’où venait l’épouvante : pas de la mort, la mort qui vient, mais de la vie, la vie qui ne va pas. Elle n’avait pas de sens, ma vie. Ma vie était bête. C’était le sens, qui manquait. J’ai trouvé le sens. Maintenant, je n’ai plus jamais peur.

Ce livre-là, c’est d’abord l’histoire d’une rencontre. Belle la rencontre. Avec Bessora au salon du livre de Toulon. Et puis ce roman qui m’a appelée. Comme pour me dire : « Lis-moi ! Choisis-moi ! ». Moi, je suis une fille facile, j’étais déjà un peu conquise. Sous le charme. Pourtant, le récit est dur, dixit la quatrième de couverture. Bessora m’a même dit : « T’es sûre ?! » Certaine, c’était plus fort que moi ! Je ne lutte jamais contre un livre. Toujours, je cède !

Le Testament de Nicolas est l’itinéraire d’un gamin de 17 ans qui, peu à peu, devient monstre. Hanté par la mort et la vacuité de sa vie, il cherche un sens. Sa quête est sincère. Pourtant, le choix qu’il fait- le dijhad en Syrie, est absolument terrifiant.
Le Testament de Nicolas est une histoire hors du temps. Une histoire de notre temps.

Le voyage avec Lufthansa, la route avec Nour et avec Baba, c’était le générique. Ça donnait le ton, road movie et comédie dramatique. Maintenant le film commence vraiment.

Le Testament de Nicolas est comme un trésor secret, pensé et enfoui. Nous devenons Nicolas. Dans son esprit. Dans sa peau. A l’intérieur. Dans sa douleur. Dans sa détermination. Aveugle. Terrible. Acharnée.
Le texte est très fort. C’est un texte qui cogne sévère. Un roman saisissant. Poétique, simple et direct. Cru. Sensible et grave. Drôle parfois. Ou disons, décalé et ironique. Parce qu’il vaut mieux rire pour ne pas vomir devant ce désenchantement du monde.

Papa et maman me demandent toujours de quoi je me plains. Eux ne se plaignent de rien. Ils ronchonnent un peu, quelquefois, rien de plus. Le monde va comme il va, ils s’en contentent. Il y a toujours plus malheureux que soi. Des fois, j’ai l’impression que de voir des gens crever à la télé, ça les console. Tu vois, ils se disent, on est pas si malheureux. De quoi tu te plains, Nicolas ?

Le gars à la Peugeot doit avoir dans les vingt-trois, vingt-quatre ans, né bien après son modèle de bagnole. Cette vieille caisse, elle en aurait des choses à raconter. Le gras que son maître porte au ventre aussi : un cadeau de sa mère. La mienne n’est pas comme ça, mais il y a des mères qui te gavent, au sens propre et au sens figuré : elles te plombent l’estomac pour que tu ne puisses jamais t’envoler, elles te pompent l’air pour que tu étouffes. Elles te bouffent vivant. Toi, tu les aimes quand même, c’est plus fort que toi. Et tu portes ta bouée de gras en hommage à leur voracité.

A lire. Vraiment. J’ai adoré !

 

Éditions La Margouline (Septembre 2016)

177 p.

 

Prix : 13,00 €

ISBN : 978-2-9539330-5-5


3 commentaires

Alex-Mot-à-Mots · 3 décembre 2018 à 12h10

Une lecture qui a l’air très forte.

Noukette · 3 décembre 2018 à 21h18

Effectivement, tu sais donner envie ! Je ne connais pas cette auteure mais clairement ça m’intrigue !

Violette · 5 décembre 2018 à 16h59

ouh la laaaa, quel thème ! J’adore la couverture, je la repérerai sans mal si je tombe dessus.

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