Les étrangers – Eric Pessan / Olivier de Solminihac

C’est l’histoire d’une rencontre. Celle de deux auteurs et celle de jeunes gens qui n’auraient peut-être jamais dû se croiser. Une nuit, une gare désaffectée, un adolescent un peu paumé, d’autres qui le sont encore plus… Le cadre est posé. A tour de rôle, Olivier de Solminihac et Eric Pessan prennent la plume et font rebondir l’histoire sans savoir où leurs personnages vont les mener. En cela, ils leur ressemblent…

 

L’écriture est tendue à l’extrême. Une ambiance sombre et pesante annoncée dès la couverture où le titre s’étale en lettres oranges comme dans le générique d’un film de genre. L’intrigue est quant à elle bien ancrée dans le réel. Ces étrangers, ce sont ceux qu’on ne veut pas voir, ceux qu’on ignore. Ceux dont on parle à la télévision et dans les journaux sans les connaître vraiment…

 

« On peut fermer les yeux pour ne pas voir, se boucher les oreilles pour ne pas entendre, mais penser ? On fait comment pour ne pas penser ? »

 

Ce soir là après sa dernière journée de cours au collège, Basile ne rentre pas directement chez lui. Sans réel but, parce qu’il a besoin de faire le vide et d’oublier ses soucis, ses pas le mènent vers un quartier de la ville qu’il n’a pas pour habitude de fréquenter. Dans cette ancienne gare, il reconnaît Gaëtan, ce garçon un peu à part qui fréquentait son école et qu’il a depuis longtemps perdu de vue. Et Basile reste. Au milieu des bâtiments en ruine et des wagons rouillés, il partage avec lui un repas de fortune après avoir envoyé un message rassurant à sa mère.

 

Et ils arrivent. Ils sont quatre. Pas bien vieux. Des bougies à la main. Craintifs et sur la défensive. Gaëtan les rassure. Basile est un ami… Nima, le plus âgé, en impose, Basile le surnomme le Prince. Le Ténébreux, le Veuf et l’Inconsolé l’accompagnent, leurs mines de « Desdichados » disent tout de leur exil et de leur calvaire. Depuis qu’ils ont fui le centre pour mineurs isolés, ils se cachent de la police. Gaëtan est une des rares balises sur leur route…

 

« C’est incroyable, je dois être à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau de ma chambre et j’ai l’impression de me trouver sur une autre planète. Pourtant, je ne suis pas idiot ou sans conscience : je sais que de nombreux migrants passent dans la région, je sais les camps, je sais les trafics, je sais les jeunes gens qui s’accrochent sous des camions et en meurent parfois, je sais les guerres au loin. Je sais tant et tant de choses qui jusqu’à présent me concernaient si peu. »

 

Court roman a quatre mains qui séduit avant tout par son atmosphère. Concentrée sur une seule nuit, l’intrigue attrape le lecteur dès les premières lignes. Une atmosphère de songe éveillé dont on se réveille brusquement quand on comprend le chemin que prennent les auteurs. Au cours de cette nuit si particulière dont il dira plus tard qu’elle a duré mille ans au moins, Basile prend conscience d’une manière assez brutale de la condition de ces migrants « invisibles ». Alors cette nuit là, au milieu des fantômes et aidé par quelques anges gardiens, Basile va lui aussi prendre des risques et choisir son camp…

 

Les étrangers aborde par un biais original un sujet on ne peut plus d’actualité. Porté par une belle galerie de personnages et « une » plume efficace qui ne surjoue jamais, il soulève nombre de questions tout en éveillant les consciences. Un sujet brûlant qu’on commence à rencontrer de plus en plus en littérature jeunesse mais que j’aurais tout de même souhaité voir développé davantage. Un goût de trop peu sans doute, ce qui ne m’empêchera pas de proposer ce roman intelligent et bien mené à des adolescents chez qui il devrait trouver un écho.

 

Une lecture que je partage avec Jérôme

 

L’avis de Yv

 

D’autres romans d’Eric Pessan sur le blog : Aussi loin que possibleDans la forêt de Hokkaido

 

Éditions École des Loisirs (Avril 2018)

Collection Médium plus

125 p.

 

Prix : 13,00 €

ISBN : 978-2-211-23683-6

 

pepites_jeunesse

4 commentaires sur “Les étrangers – Eric Pessan / Olivier de Solminihac

  1. Intéressant, quand c’est écrit à 4 mains. cela ne se sent pas?
    Sinon, oui, je suis intéressée par ce thème (les mineurs isolés ne sont pas vraiment entourés, parfois)

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