Elle le posa sur la table. C’était un jeune mâle malmené par l’existence qui venait du marché de Sonora. Après une heure de stress en compagnie d’Elodia dans un autobus cahotant, le pauvre animal était plongé dans un état semi-catatonique. Il semblait en outre anémié et malade. Ramón éprouva une sympathie immédiate pour le volatile dégarni. La cage sentait le papier journal et la tomate blette.

– On m’a dit qu’il parlait beaucoup, c’est pour ça que je l’ai pris, expliqua Elodia qui exultait. On va lui apprendre à me crier dessus quand vous aurez envie de parler.

L’idée était saugrenue, car contrairement aux chiens, les perroquets n’ont jamais fait office de guides. Si un chien peut aider un aveugle, il parait improbable qu’un perroquet devienne le porte-voix d’un muet.

Quand Benito entre dans la vie de Ramón, celui ci est au trente-sixième dessous. À cinquante ans, sa vie vient se s’écrouler à l’annonce d’une forme rare de cancer qui attaque sa langue. L’espoir de guérison est mince mais passe par son ablation. Déjà sonné par la nouvelle, Ramón doit également tirer un trait sur sa brillante carrière d’avocat où il excelle. L’orateur de génie se voit privé de son outil de travail… L’idée même qu’il soit obligé d’emprunter de l’argent à son frère pour faire vivre sa famille est un crève-cœur.

Prise d’empathie et voulant bien faire, Elodia, l’employée de maison de Ramón, s’entiche d’un volatile déplumé et l’offre à son patron. L’animal est plutôt farouche, pas très bien embouché et possède à son vocabulaire toute une bordée d’injures salaces. Ramón l’aime instantanément. Au grand dam de sa femme qui craint que la bestiole ne véhicule tout un tas de bactéries dangereuses pour son mari. Mais l’animal, oreille attentive et confident inattendu des pensées intimes de son maitre, fait du bien à Ramón. Tout comme Teresa, sa psy amatrice de space cakes, qu’il accepte de consulter pour que sa femme lui fiche un peu la paix. Le temps lui est compté, Ramón n’a pas l’intention de quitter cette vie sans un dernier coup d’éclat…

Surprise dès les premières lignes de la tournure inattendue des évènements, j’ai pris grand plaisir à cette parenthèse étonnante offerte par ce premier roman mexicain ! Peu habituée à ce genre de littérature, j’en ai apprécié l’audace et le cynisme impeccablement distillés. Un avocat muet qui gamberge du ciboulot, un perroquet un peu trop bavard, une psy qui file de la marijuana à ses patients, un médecin aux dents longues, une femme de ménage bigote et volubile… tout est savoureux dans ce roman. Et on se surprend à réfléchir, aussi, à ces chemins que la vie prend parfois, à ce qui fait sens, au charme acide de l’inattendu. Une bien jolie découverte !

 

Les avis de Laure et Véro

 

Éditions Les Escales (Août 2019)

206 p.

Traduit de l’espagnol (Mexique) par Isabelle Gugnon

 

Prix : 19,90 €

ISBN : 978-2-36569-449-0

 

By Hérisson


7 commentaires

Vero · 14 septembre 2019 à 08h25

Un livre étonnant, n’est-ce pas ? J’ai moi aussi pris du plaisir à le découvrir, totalement surprise par cette lecture.

krol · 14 septembre 2019 à 09h27

J’avais reçu une proposition d’envoi de ce livre à laquelle je n’ai pas donné suite, puis je l’ai vu dans une librairie et maintenant tu en parles avec enthousiasme. Je vais peut-être revenir sur mes premières impressions…

Stephie · 14 septembre 2019 à 09h43

Je devrais peut-être tenter et sortir de mes lectures habituelles. J’ai envie de nouvelles choses en ce moment 🙂

Kathel · 15 septembre 2019 à 08h06

Pourquoi pas, il semble original !

gambadou · 15 septembre 2019 à 10h24

Parfait pour sortir des sentiers battus. Noté !

Jérôme · 15 septembre 2019 à 17h21

Il y a de très bonnes choses dans la littérature mexicaine actuelle, je suis ravi que tu la découvres avec ce roman !

Alex-Mot-à-Mots · 16 septembre 2019 à 15h15

Je suis complètement passée à côté de l’humour de ce roman. Et je n’ai en plus pas compris la fin….

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