C’est étrange, parfois, la rencontre avec un livre…

Une couverture, un titre, et puis ces mots de votre libraire qui vous intime de le lire. De faire cette rencontre là, la même qu’a fait l’auteure quand elle est partie à la recherche de Clémence. Le feuilleter, être surprise de la forme et de l’urgence qui s’en dégage et penser immédiatement à Sabine en se disant que ce roman qui n’en est pas un est fait pour elle. Le lire d’une traite selon la prescription et comprendre. Être contente de cette rencontre là où il faut lire entre les lignes et où un monde tu se dessine. Et se rendre compte que oui, forcément, Sabine l’avait lu et aimé…

Clémence Janet est née le 2 septembre 1879 à Tournus (Saône-et-Loire). Sa mère était couturière et son père tailleur de pierres. Elle était ouvrière en soie. Elle s’est mariée le 27 février 1897 à Lyon (5e arrondissement) et a donné naissance à deux enfants, Antoine (29 août 1897-14 septembre 1897) et Louis (13 février 1900 – 23 juin 1977). Elle est morte à Lyon (2e arrondissement) le 15 janvier 1901.

Voilà tout ce que l’on sait de Clémence. Cinq phrases extraites d’un état civil, des faits bruts, administratifs, sans âme, sans relief, presque sans conséquences. Juste cinq phrases qui disent une vie. Celle de Clémence, ouvrière, morte à l’âge de vingt et un ans au début du vingtième siècle.

Mais Michèle Audin veut savoir. Consciencieusement, de façon presque chirurgicale, elle décortique chaque mot de chaque phrase, un par un, et tente de lever le voile sur ce petit bout de monde qui a vu naître Clémence. A chaque mot, petit à petit, l’enquête avance. Et tout renait. Une époque. Une ville. Un arbre généalogique. Une vie… C’est un travail de fourmi qui détricote chaque information pour la relier aux autres. Et la petite histoire, l’intime, l’insignifiante, celle qu’on aurait pu oublier… se tisse à la grande. Celle d’un pays, d’une époque, du monde ouvrier et de ses rêves brisés.

Il y a peu d’ouvriers dans la littérature du siècle de Clémence, et pratiquement pas d’ouvrières. Oui, Germinal, mais des ouvrières du textile ? La Fantine des Misérables (seule ouvrière de tout le roman), couturière puis ouvrière en verroterie, meurt prostituée. Fantine, Rosanette… seule la prostitution permet à une ouvrière de devenir une héroïne de roman.

Clémence n’est pas une héroïne de roman.

Tout est si simple que c’en est bouleversant. Il ne faut pas oublier Camille. Elle a vécu et vit encore dans les souvenirs de celle qui décide de la faire renaître. Le portrait que dresse Michèle Audin à partir des faibles informations laissées à l’état Civil laissera une trace, enfin…

 

L’avis de Sabine, comme une évidence…

Éditions Gallimard (Octobre 2018)

Collection L’arbalète

67 p.

 

Prix : 10,00 €

ISBN : 978-2-07-282117-2


10 commentaires

Alex-Mot-à-Mots · 4 avril 2019 à 13h57

Tu en parles si bien. Merci à ton libraire.

Saxaoul · 4 avril 2019 à 19h42

Tu me donnes envie de le découvrir.

A_girl_from_earth · 5 avril 2019 à 00h48

Ooh ça je suis convaincue que ça me plaira. J’avais lu Mademoiselle Haas de Michèle Audin (le nom m’a tout de suite parlé !), et j’en garde un très beau souvenir.

Clara · 5 avril 2019 à 08h29

Tu m’intrigues …

gambadou · 5 avril 2019 à 17h43

Difficile de ne pas le noter après un tel post !

Jerome · 6 avril 2019 à 15h27

J’aime beaucoup ce genre de portrait littéraire. Et puis il faut reconnaître que tu le vends bien 😉

Violette · 6 avril 2019 à 17h26

ah tiens? tu titilles ma curiosité. Je rejoins tous les autres, on ne peut être que convaincu 🙂 !

Sandrine · 7 avril 2019 à 06h39

C’est une démarche qui me plait beaucoup. Depuis ma lecture du livre de l’historien Alain Corbin, « Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot », j’ai toujours eu envie d’extirper un(e) inconnu(e) des archives pour lui redonner vie. Il y a un peu de cette démarche dans « Eux sur la photo » d’Hélène Gestern.

Delphine-Olympe · 7 avril 2019 à 16h18

Je l’ai, celui-ci, et il faudrait que je le lise. D’autant que j’avais trouvé son précédent, Comme une rivière bleue, admirable.
C’est fascinant, je trouve, de se dire que toute une vie peut tenir dans quelques petites lignes, et d’essayer de lui rendre sa vraie dimension, celle d’un être qui a travaillé, aimé, enfanté, souffert, connu des joies…

Moka · 22 avril 2019 à 09h25

Il ne faut jamais oublier les Camille. Parole de Moka.

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