Vous irez sonner chez eux un mercredi. Au mois de mai. Vous serez bien habillée, avec ce qu’il faut de sérieux dans votre manière d’être peignée. Vous ressentirez un léger picotement dans le bout de vos doigts. Il vous faudra tourner la tête et projeter votre regard sur le voisinage pour recouvrer votre calme. Ce qui finira par survenir, à la vue des pelouses bien tondues et du soleil qui dessine les contours de chaque chose.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ce premier roman ne laisse pas indifférent. Par sa brièveté, par son style, par l’ambiance étrange dans lequel il baigne dès les premières lignes. Le narrateur s’adresse à la fameuse gouvernante en la vouvoyant… et au futur. Lewis, puisque c’est son nom, a tout prévu dans les moindres détails et déroule point par point le « protocole » auquel elle va devoir se conformer. Les instructions sont précises, détaillées, froides et ne laissent aucune place à l’improvisation.

Et le lecteur, comme hypnotisé, suit à la fois les premiers pas de la gouvernante dans ce coquet pavillon de banlieue et le protocole qui dicte le moindre de ses mouvements, ses répliques, ses sentiments. Le couple aisé qui l’accueille lui fait vite entièrement confiance pour s’occuper de leur petite fille, Elena. Elle est ici chez elle, y a sa chambre et fait tout pour devenir indispensable dans la maison et au sein de leur famille. Une formalité. Le plan est enclenché. La machine est en branle. Et plus rien ne pourra l’arrêter. Du côté du lecteur, la tension s’installe et les questions sont légion…

Attendez. Soyez patiente. C’est votre force. Votre avantage décisif.

Qui est cette jeune femme ? Quel est son rôle ? Pour qui travaille-t-elle ? Est-elle sous emprise ? Silhouette inconsistante, robot sans émotions, impossible de savoir ce que la gouvernante pense. On tourne les pages, on l’observe, on suit le plan à la lettre sans savoir où l’auteur veut nous mener. Est-ce une dystopie ? Une fable philosophique ? Peu importe après tout, le mal est fait, on est pris dans les filets de cette narration si particulière. On attend le dénouement avec avidité… et on s’interroge toujours une fois le livre refermé.

En toute honnêteté, cette fin plus qu’inattendue et étrange m’a perturbée. Je ne m’attendais pas à une révélation fracassante mais j’en suis néanmoins ressortie frustrée. Reste la forme et la plume de cet auteur particulièrement prometteur qui signe sans conteste un premier roman inhabituel et addictif. La preuve, lu il y a un moment déjà il me trotte toujours en tête…

 

Les avis de Clara, Gambadou, Joëlle, Keisha, Laure, Nadège, Sandrine

 

Éditions Rivages (Août 2019)

189 p.

 

Prix : 18,50 €

ISBN : 978-2-7436-4814-5 


9 commentaires

keisha · 12 juin 2020 à 07h12

Exact, plutôt addictif, mais on ressort un peu fristré

Nathalie · 12 juin 2020 à 08h26

Dommage, ça commençait bien ! Mais j’aime qu ‘il y ait une fin…

Jérôme · 13 juin 2020 à 09h14

Mouais… Rien de pire que d’être frustrée, non ? 🙂

luocine · 13 juin 2020 à 11h27

Je crois que je ne lirai pas ce roman mais tu le présentes très bien. Trop ? je sens exactement ce qui me ferait fuir.

A_girl_from_earth · 13 juin 2020 à 21h45

Ce roman était tellement prometteur et la fin si décevante que ça m’a bien énervée.

Sandrine · 14 juin 2020 à 08h03

La fin est étrange, c’est vrai… mais la forme vaut vraiment lecture, c’est original, ça tient éveillé la curiosité, la construction est impeccable. J’ai vraiment aimé !

Alex-Mot-à-Mots · 15 juin 2020 à 16h57

Une lecture qui me tente de plus en plus.

Autist Reading · 16 juin 2020 à 19h59

as sûr d’avoir envie de m’infliger une frustration supplémentaire alors que j’ai déjà tant à faire à gérer les miennes !!! Pourtant, je dois avouer que ce roman m’intrigue depuis sa sortie….

gambadou · 18 juin 2020 à 21h36

oui, addictif, c’est le mot

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