C’est une chose de lire un auteur qu’on aime, c’en est une autre de l’entendre parler des livres qu’on a aimés. Je ne suis pas une habituée des rencontres littéraires. Finalement, je suis une lectrice assez solitaire, j’aime m’enfermer avec les livres qui comptent même si je finis toujours par partager mes impressions parce que paradoxalement c’est important pour moi de laisser une trace, quelle qu’elle soit. J’ai par contre beaucoup de mal à parler aux auteurs que j’aime, à quelques rares exceptions près. Mais j’aime les écouter parler de leurs errances, de leurs marottes, de leurs failles et de leur désir d’écrire. C’est fascinant tant ça révèle. Et le roman que vous avez lu, aimé, prend une toute autre dimension…

Début janvier, je suis donc allée écouter Laurent Gaudé parler de sa Salina dans ma librairie préférée. Elle était pleine à craquer. Au premier rang, mon exemplaire bourré de post-it, j’ai écouté le comédien Hugues Quester en lire les deux premiers chapitres. Quelle incroyable résonance… Et quand on sait que Laurent Gaudé écrit pour la voix, on comprend toute l’importance des mots posés qui donnent vie au roman. Il y a une dizaine d’années, Salina était une pièce de théâtre. Le personnage, l’ambiance, le lieu… sont revenus s’imposer à l’auteur. Et c’est le fils qui raconte l’histoire de Salina, lui qui n’apparaissait qu’à la fin de la pièce. C’est lui qui est dépositaire de l’histoire de sa mère, de sa mémoire, de son exil. Malaka dit sa mère, la mère aux trois fils, la femme aux trois exils. Le récit devient légende. Et Malaka se fait écrivain… En route vers l’île cimetière où elle reposera, il raconte sa mère pour qu’elle échappe à l’oubli.

Malaka sait alors qu’il est temps de raconter qui fut sa mère. Il sait qu’il est temps de prononcer ce vieux nom de Salina qui n’existe plus que pour lui et qu’il a gardé comme un bien précieux. Et c’est comme si, tout à coup, un autre monde surgissait dans la douceur du soir, un monde sec, aride, fait de sang, de blessures et empli de l’odeur épaisse des hyènes.

Il y a des motifs dans l’écriture de Laurent Gaudé. Il y est question de transmission, de voyage, d’exil, de marche. De ce passage aussi entre le monde des vivants et celui des morts. De leur intime connexion. Par glissements progressifs, par petite touches, un autre monde apparait. Un monde qui allie fable, mythologie et tragédie antique. Un monde où les héroïnes ont la force qu’on voudrait leur renier. Un monde où il faut trouver sa place, l’endroit juste où reposer enfin. Un monde où la parole, toujours, (re)donne vie…

Salina est une merveille. A lire, à écouter, à vivre. On y sent le souffle du désert, le cœur battant des mères et la rage qui guide les pas des exilés ♥ ♥ ♥

 

Les avis de Gambadou, Loupbouquin, Virginie

 

Éditions Actes Sud (Octobre 2018)

160 p.

 

Prix : 16,80 €

ISBN : 978-2-330-10964-6


7 commentaires

dasola · 15 mars 2019 à 08h26

Bonjour Noukette, je n’ai lu et entendu que du bien sur ce roman. Je l’ai noté et c’est vrai de rencontrer un écrivain est souvent enrichissant. Bonne journée.

Autist Reading · 15 mars 2019 à 11h31

Une merveille, rien que ça ?! 😉 Si le texte est à la hauteur de la beauté de la photo de couverture (et à t’en croire, il l’est), ce pourrait être une bonne occasion de relire cet auteur.

Martine Écri'Turbulente · 16 mars 2019 à 07h01

Je viens de le terminer : une lecture en apnée du début jusqu’à la fin… Et ton billet est tout à fait à l’image de ce que j’ai ressenti !
Oui, sublime !

Delphine-Olympe · 17 mars 2019 à 09h35

Je n’ai lu qu’un livre de Gaudé, mais la langue était effectivement riche et empreinte de finesse. Il faudra que je revienne à cet écrivain…

gambadou · 17 mars 2019 à 11h58

Coup de coeur pour moi. Quelle écriture !

Alex-Mot-à-Mots · 18 mars 2019 à 12h51

Je suis comme toi : une lectrice solitaire (presque un lonesome cowboy…) qui sait rarement quoi dire à un auteur. Son texte est tellement plus important.

Jerome · 18 mars 2019 à 14h02

Oups, je suis reparti du salon sans mon exemplaire samedi^^ Je vais réparer cette erreur très vite, t’inquiète 😉

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