Le dire dès le début. Ce roman est un uppercut. Un coup de poing littéraire. Un choc.

Le dire dès le début. Ce roman, il faut le lire. Pour se faire une idée. Pour se faire bousculer.

Pour se sentir vivant. Entre les pages. Entre deux respirations. Entre deux mots qui chavirent.

Le dire dès le début. Ce Sujet inconnu ne s’oubliera pas. Se relira. S’offrira. Se partagera.

 

J’avais huit ans et j’ai décidé de partir un jour. J’ai choisi de ressentir.
J’ai choisi de souffrir. A partir de là, je suis condamnée à cette histoire. Celle que je ne voulais pas écrire. Pourtant, j’écris.

La fille a maintenant 18 ans. Elle quitte son « détestable » village de l’Est pour Paris. La maison familiale pour un studio vue Buttes-Chaumont. Un chez soi. Un endroit. Un point de départ.

L’avenir se dressait devant moi, un infini de possibles. Je n’avais pas peur, je ne savais pas à quoi m’attendre. Je n’avais pas peur ; je ne savais pas encore qui j’étais.

Et puis la fac. Un peu. Un ami enfin. Le voisin « mystère », Lucien. Des parents au loin. La mère surtout. Tous les jours au téléphone. Et puis la rencontre. Celle qui modifie. Celle qui métamorphose…

A partir de là, l’histoire commence. Je racontais au passé. L’accord des temps, imparfait. Poser le décor. D’où je viens. D’un point A à un point B. Dans ce club, je suis au point B. Une fille, prénom inconnu. Elle se prépare depuis toujours. Elle ne le sait pas mais sa vie va changer. Elle avait peur. Elle avait raison d’avoir peur. A partir de là, elle est projetée sur terre. Elle sort du ventre de sa mère. Ses poumons se remplissent d’air. Elle va respirer. C’est douloureux la vie. […] A partir de là, c’est trop tard.

Loulou Robert l’annonce clairement. C’est trop tard. Trop tard pour la fille. Trop tard pour le lecteur. On est ferrés. Ensemble. A cause de lui. Le garçon en jean et en marinière. Sans âge. Parfait. Beau. « Magnifique » dit la fille. A cause de lui et à cause de leur histoire. On est attrapés. Elle et nous. Impossible de nous défaire. Le temps nous est compté. Elle. Nous. On ne pourra plus être comme avant.

Je veux te quitter. J’avale un somnifère. Je me rendors dans tes bras. Le lendemain, je ne veux plus te quitter.

Et « c’est bon et douloureux ». C’est très fort et absolument addictif. Loulou Robert écrit à nu, comme est la fille. Sans la peau. A vif. Une écriture sur le fil. Dépouillée et hachée. Scandée. Une écriture d’une étrange beauté. Sombre et intense. Belle et engloutie totalement. Avalée par l’urgence de vivre.

J’ai éprouvé, et contre toute attente, une immense tendresse pour ce personnage de fille, tout cassé, tout fragile et tout fort à la fois. Tout en rage. Tout en talent. Tout en paradoxe et en absence. Tout en vide et en creux. Tout en douleur et en possibles.

Ce roman est à lire ABSOLUMENT !

J’aimais ma famille. J’ai grandi au milieu des cris mais ils ne me dérangeaient pas. C’était ma normalité. Dans certaines familles, les silences se font lourds et les névroses s’y cachent. Chez moi, c’était tout l’inverse. On était clairement névrosés. Pas de secrets. Aucun doute à avoir sur mes origines. Ma famille était à vif, complètement dégénérée. J’avais donc une lourde hérédité mais ce n’était pas grave. C’était même rassurant. Je savais d’où je venais.

Voilà comment j’arrive sur terre. En mars, ma mère tombe enceinte. Après une nuit passée à se déchirer, elle enlève sa culotte. Elle est belle. Il est excité. Ils ne pensent pas à moi. Pendant le sexe, ils continuent la bataille. Ils se font mal. C’est bon et douloureux. Ils jouissent en même temps sur le sol de la cuisine. Mon père se retire et ma mère se rhabille. C’est terminé, elle s’en va.

Voilà comment j’arrive sur terre.
Un mois plus tard, ma mère donne rendez-vous à mon père dans un bar. Elle commande un thé et il comprend. Il soupire et elle sourit.
Voilà comment j’arrive sur terre.
Je suis l’origine des cris. Je suis la rupture. Le début et la fin. Je suis mal partie.

Merci à Rakuten et à ces matchs de la rentrée littéraire de 2018. Merci aux marraines formidables (merci Antigone et à ton billet superbe, à lire ICI, qui m’a donné l’élan pour me lancer dans cette histoire). Merci pour ce roman et cette découverte littéraire dont je sors différente, vidée et toutafé bouleversée !

#MRL18 #Rakuten

 

By Hérisson


11 commentaires

keisha · 18 octobre 2018 à 07h22

Un roman qui vient d’arriver à la bibli, tiens…

Antigone · 18 octobre 2018 à 07h56

Ce roman fait battre tous les coeurs et comme j’en suis contente. Merci pour ce superbe billet !

Noukette · 18 octobre 2018 à 08h29

Je t’avoue que je n’avais jusque là jamais pensé le lire…. Mais plus ça va, plus je me dis que je devrais tenter l’écriture de Loulou Robert que je ne connais pas encore. Merci copine 😊

saxaoul · 18 octobre 2018 à 09h05

Plus j’entends de bien de ce roman et plus j’hésite. J’ai peur de passer complètement à côté.

L'Irrégulière · 18 octobre 2018 à 16h06

Ah oui, un uppercut, clairement !

Violette · 18 octobre 2018 à 21h15

Au début, je me suis dit « Mais qu’est-ce que c’est que ce bouquin »??? ça a duré deux pages et je me suis laissée emporter complètement. Tu convaincs mieux que moi:)

Delphine-Olympe · 19 octobre 2018 à 06h48

Je ne suis pas particulièrement tentée, mais tous ces enthousiasmes pourraient finir par me convaincre…

Alex-Mot-à-Mots · 19 octobre 2018 à 09h46

Une lecture qui bouscule toutafé, donc.

Hélène · 22 octobre 2018 à 13h08

Pas sûre qu(‘il me plaise…

nathaliesci · 22 octobre 2018 à 13h25

Pourquoi pas ? Je ne connais pas cette auteure…

Moka · 28 octobre 2018 à 09h35

Un roman phare de cette rentrée cru 2018!

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