La ballade d’Hester Day – Mercedes Helnwein

hester_dayHester Day n’a pas tout à fait dix-huit ans. Bientôt, la remise du diplôme de fin d’études, un diplôme auquel personne ne croyait, ses parents les premiers. C’est qu’Hester n’est pas du genre à vouloir se couler dans le moule… D’ailleurs, c’est uniquement pour faire « plaisir » à ses parents et ne pas faire (trop…) de vagues qu’Hester accepte de se plier au jeu des sourires factices et des compliments surjoués. Mais le bal de promo, là c’est vraiment trop pour elle…

 

D’ailleurs Hester a d’autres projets. Plutôt qu’aller à la fac et faire des études qui ne lui serviront pas, elle va adopter un enfant. Voilà. C’est bien ça un enfant, ça donne un sens à la vie… Mais pour adopter, il faut avoir dix-huit ans et être mariée. Qu’à cela ne tienne, Hester se dégote donc un mari, Philosophie Man alias Fenton Flaherty, qu’elle ne cesse de croiser à la bibliothèque où elle passe le plus clair de son temps. Fenton, un apprenti poète aux grandes aspirations qui voit dans la demande saugrenue d’Hester des possibilités nouvelles d’inspiration…

 Mais alors comment ces deux là vont-ils se retrouver à tracer la route dans un vieux camping-car brinquebalant avec un mioche de dix ans à l’arrière… ça c’est une autre histoire…

 

 

En voilà une histoire pas banale ! Hester est un personnage atypique quelque peu difficile à suivre. Impulsive, caractérielle, complètement excessive, on comprend toutefois ses débordements et ses avis tranchés quand on regarde d’un peu de plus près la famille qu’elle supporte tant bien que mal. La fuite parait être la seule porte de sortie… Mais Hester ne fuit pas seule… Elle s’encombre d’un mari factice et d’un petit cousin obèse et tout de suite l’aventure prend un tournant rocambolesque et imprévu…

 

Un sacré personnage Hester… Toute en contradictions et en violence contenue, tour à tour exaltée et dépressive, névrosée, paumée, en colère, amoureuse et finalement très vulnérable. Elle m’a fait sourire et m’a aussi profondément agacée. Son épopée sans but je l’ai observée d’un œil dubitatif, et si j’ai compris son profond désir d’indépendance, j’ai souvent eu l’impression qu’on tournait en rond.

 

Ce roman m’a vraiment décontenancée… Autant j’ai adoré le style de l’auteur bourré d’humour et de trouvailles, les dialogues souvent hilarants et les coups de gueule de l’héroïne, autant j’ai eu du mal à croire à cet enchainement incroyable de coïncidences et de rencontres…

Je regrette d’ailleurs de ne pas avoir réussi à m’attacher davantage à Hester, sûrement le personnage le plus barré qu’il m’ait été donné de rencontrer.

Il faut dire qu’après le sublime et lumineux Dieu me déteste, j’avais hâte de découvrir le deuxième titre de cette toute nouvelle maison d’édition qui propose des romans pour adultes dont les héros sont des adolescents. Si ce n’est pas un coup de cœur, La ballade d’Hester Day m’a fait passer par tellement d’émotions contradictoires que je ne peux que vous en recommander la lecture. Une chose est sûre, Hester ne vous laissera pas indifférent…

 

 

Une lecture que je partage avec Jérôme, Karine, La sardine et Stephie

L’avis de Cathulu

 

 

Premières phrases : « Mes parents m’ont appelée Hester Louise Day. Hester en mémoire d’une sœur décédée, Louise en mémoire d’une tante décédée, et Day en mémoire de l’homme, décédé il y a longtemps, qui fonda cette famille quelque part en Europe, au cours d’une nuit noire et fougueuse.

 

Petite enfance
J’ai du mal à m’en souvenir, pour être honnête. Ça devait être chiant. Tout ce que je parviens à me rappeler, c’est un papier peint jaune avec des ours, un parapluie à la main ; et une couverture épaisse, avec des coussins rugueux assortis, imprimés de motifs tout aussi insipides.

 

Vie sociale (événements marquants)
À cinq ans, j’ai remporté un prix à l’école pour avoir fabriqué un collier de haricots.
À neuf ans, j’ai définitivement compromis ma réputation en cassant le nez d’un élève. Je ne sais plus pourquoi exactement, mais ça avait un rapport avec une gomme. Après ça, on ne m’a plus jamais tout à fait regardée de la même façon.
À quinze ans, devant la bibliothèque municipale, un garçon a maté mes jambes, puis il a levé les sourcils quand j’ai croisé son regard. J’ai passé la nuit suivante à me demander comment prendre un compliment.

 

Amis
J’en ai eu un, quand j’étais petite. Un garçon qui portait toujours des chapeaux de cow-boy et qui aimait bien se battre contre les meubles. Il s’appelait Marc et il habitait notre rue. Il envisageait de devenir cow-boy, mais j’ai découvert par hasard que ses parents avaient déjà prévu d’en faire un avocat. Je ne le lui ai jamais dit.
On s’est retrouvés assis côte à côte à l’âge de quatre ans, un jour d’automne, dans la cour de récréation. On s’est dévisagés avec d’immenses yeux dénués d’expression. Et puis il m’a demandé pour combien d’argent je serais prête à manger un orteil humain. On est devenus amis sans plus de cérémonie.
À treize ans, Marc a déménagé à Kansas City et m’a laissée seule avec ma famille et ma puberté. Son abandon m’a bouleversée, mais je ne m’étais jamais rendu compte à quel point ça avait été terrible jusqu’à ce que je prenne du recul. J’ai compris alors que je n’avais été capable d’y survivre que parce que j’avais treize ans à l’époque. »

 

Au hasard des pages : « Je pris appui sur mes coudes et fixai de toutes mes forces ses traits tranquilles. On s’était mariés sur la base de certaines règles tacites qui constituaient les solides fondations de notre existence. On ne s’aimait pas; on se contentait d’apprécier d’apprécier la fascination qu’exerçait sur nous cette foire aux monstres quotidienne dont nous étions l’un pour l’autre l’attraction phare. Des billets gratuits à vie, c’était tout ce qu’on demandait. Il n’y avait aucune passion entre nous et il n’y en aurait jamais; nous n’étions que les personnages d’un livre médiocrement intitulé « Greffe de cœur ». Et curieusement, pour l’un comme pour l’autre, c’était davantage de bonheur que nous n’en avions jamais espéré. Nous n’étions pas humains, c’était ça le truc génial. Nous étions probablement les deux seule personnes à la surface de cette terre à troquer joyeusement l’amour contre l’indifférence. Selon moi, les histoires d’amour constituaient une trop grande source d’emmerdes pour que je m’en encombre. » (p. 200)

 

 

Éditions La belle colère (15 Mai 2014)

366 p.

15 commentaires sur “La ballade d’Hester Day – Mercedes Helnwein

  1. Je vais passer sans rien noter et pour la deuxième fois aujourd’hui chez toi . Décidément c’est un comble . Je me plains plutôt du contraire d’habitude ! :))

  2. Après l’avoir vu chez Karine, je le retrouve chez toi et suis tout autant intriguée. La politique éditoriale de cette jeune maison d’éditions me plait bien. Il va falloir que j’y regarde de plus près.

  3. je suis d’accord, tout est assez incroyable et je comprends ton oeil dubitatif… mais elle m’a plu à moi, cette Hester! elle est énervante, c’est vrai! mais une fois embarquée à ses côtés, j’ai trouvé un côté presque jubilatoire à tout ça et le côté barré, je l’ai vraiment apprécié!

    • J’ai trouvé des longueurs à leur folle cavalcade… J’avoue même m’être parfois ennuyée… C’est dommage, ça démarrait sur les chapeaux de roue !

  4. Je te trouve plus charitable que Jérôme sur ce titre quand même, moi les narrateurs adolescents ne sont pas faits pour moi, je suis énervée avant même de commencer ma lecture…

    • C’est parce que mister Jérôme est un vilain ! 😉 Plus sérieusement, je n’ai rien contre les narrateurs adolescents, surtout que là la fameuse gamine a quand même 18 ans. Elle est agaçante oui, mais elle a des idées… et de la suite dans les idées aussi…!

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