désobeissante

 

« Paris est pollué, crasseux, ou endômé, et il s’étend, misérable, sous des cieux charbon, dans une atmosphère étouffante hiver comme été. On vit dans la clim ou dans la soufrière. Et les publicités obstruent les perspectives, bouchent les réflexions, fatiguent les neurones. Peintes sur les trottoirs, immenses sur les écrans, projetées dans les cieux opaques de pollution sitôt le soleil couché. C’est le dernier coup de rein d’un système moribond depuis plus d’un siècle. »

 

Il y a quelque chose d’assez fascinant à plonger dans ce roman qui annonce et dénonce tout à la fois ce que notre monde pourrait devenir si on continuait à ce point à marcher sur la tête et à oublier l’essentiel. Fascinant et effrayant aussi, il faut bien le dire.

 

Paris en 2050 est une cocotte minute. A tout moment, tout peut basculer. Dans la violence, dans l’horreur, dans le combat perdu d’avance contre une nature qui rend les armes et asphyxie ceux qui l’ont toujours copieusement malmenée. Dans un monde déshumanisé, plongé dans la misère et le chômage, que l’hyper-connexion a totalement asservi…

 

Paris se meurt. Air vicié, chaleur insoutenable, pluies acides, alors que les plus pauvres survivent tant bien que mal, la classe moyenne aisée se paye des shoots d’oxygène à prix d’or et les privilégiés se réfugient sous des dômes qui les protègent de l’extérieur. Un extérieur pourri par les néons des publicités omniprésentes et les flashs infos en continu qui agressent et s’insinuent dans les cerveaux asservis par l’Exilnox…

 

C’est dans ce monde gangréné que Bulle découvre qu’elle est enceinte. Autour d’elle, le chaos. Garder cet enfant serait une aberration. Mais le garder, ça serait aussi refuser de se soumettre…

 

La première partie de ce roman m’a complètement captivée, convoquant certaines images découvertes il y a peu dans l’excellent Shangri-La. Univers horriblement réaliste que l’on a aucune peine à imaginer, descriptions brillantes d’une société asphyxiée dans tous les sens du terme, engluée dans une totale absence de liberté. Si la révolte ne gronde pas, quelques esprits libres tentent pourtant d’envisager un autre monde. Bulle en fera partie. J’avoue avoir été un peu moins emballée par cette seconde partie du roman, quand les esprits s’éveillent, se rebellent à leur façon, s’activent à construire un monde meilleur. Non que je n’y ai pas cru mais ce tournant là de l’histoire n’en est pas vraiment un. Trop attendu, trop utopique sûrement, même si ce petit rayon d’espoir offre au lecteur une respiration salutaire. Mais je chipote. J’ai été emportée par ce roman d’anticipation, par les questions qu’il soulève, par la plume précise de Jennifer Murzeau. A découvrir !

 

Les avis de Au pouvoir des mots, Charlotte, Léa Touch Book, Mylène

 

Éditions Robert Laffont (Janvier 2017)

263 p.

 

Prix : 18,50 €

ISBN : 978-2-221-19292-4

 

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Millésime 2017, chez Laure !


12 commentaires

Mo · 23 février 2017 à 06h26

Bel article. Pourtant là, je ne m’y sens pas. Peut-être une vision peu trop étouffante, ou pessimiste -et même si on va droit vers ce qui est posé (dans les grandes lignes en tout cas, du chômage, du réchauffement climatique…). Je ne me sens pas d’aller vers ce roman-là

Aifelle · 23 février 2017 à 07h06

J’ai l’impression que cette littérature là est en train de se développer à la vitesse grand V. Il faut dire que notre actualité a de quoi titiller l’imagination et pas dans un sens très positif !

Emma · 23 février 2017 à 07h30

Ce n’est pas le genre que j’affectionne, mais l’extrait et ce que tu écris sur la première partie pourrait bien me faire passer la pas.

Mylene · 23 février 2017 à 07h59

j’ai passé un superbe (et effrayant) moment avec ce roman qui fait à la fois froid dans le dos mais garde un peu d’espoir tout de même 😀

Sandrine · 23 février 2017 à 08h29

Ça m’a l’air bien classique tout ça : il faut espérer que l’intrigue soit prenante car le contexte ne semble guère original…

L'Irrégulière · 23 février 2017 à 11h33

Ce n’est pas du tout le genre de lectures qui m’intéressent, mais ton article donne presque envie !

livresetbonheurs · 23 février 2017 à 14h23

Je me laisserai peut-être tenter un de ces jours…

Nicole G · 23 février 2017 à 15h08

L’anticipation, de temps en temps, j’aime bien… J’avais bien accroché au précédent roman de Jennifer Murzeau, alors je vais peut-être me laisser tenter.

Léa Touch Book · 23 février 2017 à 19h27

J’ai beaucoup aimé ce livre 🙂

A_girl_from_earth · 24 février 2017 à 00h52

Ah dommage pour la 2è partie. J’aime beaucoup les romans d’anticipation un peu noir et pessimiste (c’est fou quand j’y pense, tellement rien de feel-good là-dedans) mais le côté « happy end » m’agacerait je pense.

luocine · 24 février 2017 à 18h31

je laisse passer ce roman car je ne veux pas être trop triste et surtout je n’ai plus le temps lire ce que je note.

jerome · 25 février 2017 à 08h48

Tu ne m’en voudras pas si je fais l’impasse, hein :p

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