La désobéissante – Jennifer Murzeau

désobeissante

 

« Paris est pollué, crasseux, ou endômé, et il s’étend, misérable, sous des cieux charbon, dans une atmosphère étouffante hiver comme été. On vit dans la clim ou dans la soufrière. Et les publicités obstruent les perspectives, bouchent les réflexions, fatiguent les neurones. Peintes sur les trottoirs, immenses sur les écrans, projetées dans les cieux opaques de pollution sitôt le soleil couché. C’est le dernier coup de rein d’un système moribond depuis plus d’un siècle. »

 

Il y a quelque chose d’assez fascinant à plonger dans ce roman qui annonce et dénonce tout à la fois ce que notre monde pourrait devenir si on continuait à ce point à marcher sur la tête et à oublier l’essentiel. Fascinant et effrayant aussi, il faut bien le dire.

 

Paris en 2050 est une cocotte minute. A tout moment, tout peut basculer. Dans la violence, dans l’horreur, dans le combat perdu d’avance contre une nature qui rend les armes et asphyxie ceux qui l’ont toujours copieusement malmenée. Dans un monde déshumanisé, plongé dans la misère et le chômage, que l’hyper-connexion a totalement asservi…

 

Paris se meurt. Air vicié, chaleur insoutenable, pluies acides, alors que les plus pauvres survivent tant bien que mal, la classe moyenne aisée se paye des shoots d’oxygène à prix d’or et les privilégiés se réfugient sous des dômes qui les protègent de l’extérieur. Un extérieur pourri par les néons des publicités omniprésentes et les flashs infos en continu qui agressent et s’insinuent dans les cerveaux asservis par l’Exilnox…

 

C’est dans ce monde gangréné que Bulle découvre qu’elle est enceinte. Autour d’elle, le chaos. Garder cet enfant serait une aberration. Mais le garder, ça serait aussi refuser de se soumettre…

 

La première partie de ce roman m’a complètement captivée, convoquant certaines images découvertes il y a peu dans l’excellent Shangri-La. Univers horriblement réaliste que l’on a aucune peine à imaginer, descriptions brillantes d’une société asphyxiée dans tous les sens du terme, engluée dans une totale absence de liberté. Si la révolte ne gronde pas, quelques esprits libres tentent pourtant d’envisager un autre monde. Bulle en fera partie. J’avoue avoir été un peu moins emballée par cette seconde partie du roman, quand les esprits s’éveillent, se rebellent à leur façon, s’activent à construire un monde meilleur. Non que je n’y ai pas cru mais ce tournant là de l’histoire n’en est pas vraiment un. Trop attendu, trop utopique sûrement, même si ce petit rayon d’espoir offre au lecteur une respiration salutaire. Mais je chipote. J’ai été emportée par ce roman d’anticipation, par les questions qu’il soulève, par la plume précise de Jennifer Murzeau. A découvrir !

 

Les avis de Au pouvoir des mots, Charlotte, Léa Touch Book, Mylène

 

Éditions Robert Laffont (Janvier 2017)

263 p.

 

Prix : 18,50 €

ISBN : 978-2-221-19292-4

 

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Millésime 2017, chez Laure !

12 commentaires sur “La désobéissante – Jennifer Murzeau

  1. Bel article. Pourtant là, je ne m’y sens pas. Peut-être une vision peu trop étouffante, ou pessimiste -et même si on va droit vers ce qui est posé (dans les grandes lignes en tout cas, du chômage, du réchauffement climatique…). Je ne me sens pas d’aller vers ce roman-là

  2. J’ai l’impression que cette littérature là est en train de se développer à la vitesse grand V. Il faut dire que notre actualité a de quoi titiller l’imagination et pas dans un sens très positif !

  3. Ah dommage pour la 2è partie. J’aime beaucoup les romans d’anticipation un peu noir et pessimiste (c’est fou quand j’y pense, tellement rien de feel-good là-dedans) mais le côté « happy end » m’agacerait je pense.

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