La Grammairienne et la Petite Sorcière – Alain Bonnand

grammairienneLa plume d’Alain Bonnand est un délice. Gracieuse, virevoltante, piquante. Une plume qui dit à merveille les femmes de sa vie. Qui plonge dans le passé, nostalgique, pour déterrer les amours d’antan, toujours bien vivants dans les souvenirs de l’auteur…

 

A la faveur d’un mail d’une enseignante-chercheuse souhaitant lui consacrer une étude, l’écrivain se remet à faire ce qu’il fait de mieux, parler d’amour… Dans une malle, il retrouve des lettres jamais envoyées à Sylvie, la « petite sorcière » qui lui avait ravit son cœur et bien plus encore quelques années auparavant et à qui il avait consacré un livre au bien joli titre, Je vous adore si vous voulez. Ce sont ces lettres et ces poèmes oubliés, empreints de douceur, de séduction et de délicate sensualité qu’Alain va partager avec Adeline, la « grammairienne », pour la séduire à son tour…

 

« Rire, se promener, se jouir, se faire la lecture, se ficher bien du reste. »

 

On savoure les mots d’Alain Bonnand, ciselés, poétiques, délicieusement teintés d’ironie… C’est d’une rare élégance, d’un raffinement presque désuet. Et ça me parle, beaucoup…

Dans ce roman épistolaire qui n’en est pas un, les lettres de l’écrivain à la jeune universitaire et à celle qu’il surnomme sa petite sorcière n’appellent pas de réponses, même si on les devine. L’écriture se fait jeu, parade. On se frôle, on se cherche, on imagine. C’est qu’Alain Bonnand n’a « jamais écrit une phrase que ce ne soit par esprit de caresse. » 144 pages dont on se délecte et qu’on aimerait pouvoir faire durer encore et encore…

 

J’avais été séduite par Il faut jouir, Edith, du même auteur. Je le découvre dans un autre registre et j’aime toujours autant. Une bien jolie lecture que je partage avec Jérôme.

 

 

Premières phrases : « Chère Madame, je m’aperçois, votre petit nez, qu’un de mes amis, David di Nota, écrit des livres tout exprès pour vous : Apologie du plaisir absolu, Petit traité des élégances, Festivité locale… Sa collaboration vous irait mieux que la mienne. Est-ce que je peux vous adresser à lui ?

Votre visage apparaît en haut de vos courriels, en médaillon. (L’époque est entremetteuse, méfions-nous ! Il n’y aura bientôt plus, à force d’électronique, ni secret ni hasard.)

Vous voir insister est bien agréable mais, vraiment, je ne veux pas être sujet d’étude. Dirigez donc vos travaux vers mon jeune ami di Nota ; il est publié dans L’Infini, vous n’y perdrez pas. »

 

Au hasard des pages : « Mon stylo-plume fonctionne mal. Sauf quand je dois t’écrire. L’encre alors vient sans difficulté. Avec un peu de précipitation dans le débit même.

Tu me pousses aux sentiments.

Tu es une sorcière.

Tu lèves les yeux, tu commets la grande faute de toi ; tu les baisses, c’est pire encore. » (p.109)

 

« Quand tu t’y mets, tu es souveraine dans l’ordre des belles choses. » (p. 111)

 

« Écris moi. La lettre de toi qui n’arrive pas, c’est ce que je voudrais le plus au monde. Envoie dix lettres si en écrire une est une trop lourde responsabilité… » (p. 117)

 

 

Éditions Serge Safran (Mai 2015)

144 p.

 

Prix : 15,90 €

ISBN : 979-10-90175-33-4

11 commentaires sur “La Grammairienne et la Petite Sorcière – Alain Bonnand

  1. Je ne suis pas hyper fan des histoires d’amour, même épistolaires, même poétiques (rapport au fait que j’ai le coeur sec), mais je reconnais de jolies formules dans les extraits que tu cites.

    • C’est un roman épistolaire très atypique pour le coup, on ne lit que les lettres de l’auteur. Et j’ai aimé ça, ça laisse la place à l’imaginaire ! 😉

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