Le premier été – Anne Percin

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Deux mois déjà que j’ai terminé ce roman et il m’en reste encore des tas d’images, des sensations émues…

 

Le premier été est un très bon roman, écrit avec une réelle finesse d’écriture. De nombreuses critiques élogieuses ayant circulé sur les blogs et ailleurs, je sentais que ce roman pouvait me plaire, je m’étais d’ailleurs fait une idée très précise du fameux « secret » de la narratrice si lourd à porter…

 

J’étais bien loin du compte et heureusement… J’ai pu savourer ce petit bijou par petites lampées, apprécier ce petit goût sucré de l’adolescence même s’il nous laisse sur une certaine amertume…

 

« Quand il était là, tout était simple et beau et rien n’avait plus d’importance, ni les conventions, ni les tracasseries pénibles de l’adolescence auxquelles j’avais toujours voulu échapper. Quand il était là, il n’y avait plus rien que la vie, surgissant avec la brutalité de l’évidence. »

 

A la suite du décès de leurs grands-parents, Angélique et Catherine, deux soeurs, se retrouvent dans la maison de leur enfance. Leurs parents n’ayant guère de place pour récupérer les meubles, c’est à elles que revient la tâche de vider la maison désormais en vente. Les cartons se remplissent et même si la maison ne ressemble plus en rien à celle dans laquelle elles passaient tous leurs étés, les souvenirs ressurgissent. Catherine, la narratrice, a beaucoup de mal à revenir sur les traces de son passé, dans ce village qu’elle prend soin d’éviter depuis des années. Elle a également beaucoup de mal à se sentir proche de cette soeur qu’elle idolâtrait enfant, cette soeur dont elle s’est petit à petit éloignée… Peut-être depuis ce fameux été de ses 16 ans, celui qui l’a marquée au fer rouge, celui qu’elle n’a jamais pu oublier. Un été dont elle n’a jamais parlé à quiconque. Ce secret qui la hante, peut-être est-il enfin temps de le confier….

 

Ce roman est une longue confession, celle de Catherine à sa soeur aînée. Revenue 15 ans en arrière, elle revit cet été dont le souvenir douloureux l’obsède et la hante. La mémoire, parfois, peut être cruelle. C’était pourtant l’été de l’insouciance, celui des premières boums, celui des fêtes de village où l’on retrouve les garçons de la colo, celui des virées à la piscine municipale pour échapper à la tendresse étouffante de grands-parents qui veulent bien faire. Un été brûlant où l’on se goinfre de fruits et de bonbons Kréma, où l’on passe son temps à lire des revues pleines de potins de stars et où l’on écoute en boucle le dernier tube de Madonna. Mais c’est aussi l’été de la déchirure où Catherine, résignée, observe sa grande soeur minauder et grandir loin d’elle.

Et puis il y a cette rencontre, inattendue, presque irréelle. Une rencontre qu’il faut garder pour soi, une de celles qui changent tout, qui font sortir de l’enfance, qui font naître le désir. Et qu’elle est belle cette rencontre, si douce, si délicate mais aussi si sensuelle…! Ce personnage masculin qui déboule sans prévenir est un gros coup de coeur, un de ces personnages qu’on peine à oublier. L’issue de cette « belle » histoire n’en est que plus cruelle, la blessure n’en est que plus douloureuse…

 

J’ai tout aimé dans ce roman. Anne Percin a un talent indéniable pour dépeindre cette période douce-amère de l’adolescence. Les émotions ressenties, les balbutiements des amours adolescentes, l’ambivalence des sentiments… tout cela est extrêmement bien rendu. L’écriture est subtile, délicate et l’on est pris dans ces souvenirs en ayant parfois la curieuse impression de revivre une part de sa propre adolescence, si tant est que l’on ait grandi dans les années 80. Une bien jolie pépite que ce roman…

 

Les avis de Sara, Cuné, Clara, InColdBlog, Sylire, Nina, Sandrine, Gwenaëlle, Cathulu, A propos de livres, Saxaoul, Cathe, Un autre endroit pour lire, Aifelle, Enna, Laure, Bladelor, Argali, Krol, Brize, Canel, Gambadou, Anne, Eidole, Delphine, Praline, Constance, Isa, Fleur

Celui de Val qui a attisé malgré lui la polémique…

 

Premières phrases : « C’est une croix, plantée à la sortie du village. Je l’ai encore vue ce matin, en allant à la déchetterie. Elle est toujours là, au bord de la route.Longtemps, je n’ai pas osé tourner la tête de ce côté-là de la départementale. Lorsqu’on arrivait au village, je fixais les champs, la montagne un peu plus loin, le ciel, la vieille publicité Dubon, Dubon, Dubonnet peinte en bleu sur le pignon d’une maison. Cette fois je me suis arrêtée tout près d’elle, sans sortir toutefois de la voiture, laissant le moteur tourner. J’ai regardé les fleurs, toujours les mêmes à en juger par leur usure. »

 

Au hasard des pages : « Il avait les yeux fermés. Comme un blessé, à qui les coquelicots faisaient des blessures en fleurs. Mais celui-là vivait, il vivait de toutes ses forces. Je voyais ses côtes se soulever au rythme de se respiration. Sa peau était dorée, d’une couleur de pain qui sort du four. Son visage était souriant et calme. Sans doute, ce n’était pas un homme. J’avais pu le croire, de loin, à sa silhouette trapue, à ses membres noueux de cheval de course. Mais c’était encore un garçon. Ça se voyait à son visage, sans pli, sans ombre. Je le voyais respirer ; son buste renversé, presque exagérément tendu en extension, soulevait sa poitrine. De larges mamelons bruns dessinaient sur elle des cercles qui avaient l’air de fleurs. A présenter les choses ainsi, je sens bien que cela donne envie de sourire. Et pourtant, s’il y a bien une chose dans cet été-là qui ait encore un sens, et que je ne veuille pas voir salie, c’est ce souvenir. Tout le reste, c’est un gâchis, mais pas ça. » (p. 56)

 

Éditions du Rouergue (Août 2011)

Collection La brune

162 p.

 

 

Rentrée littéraire 201117/21

(3%)

 

Challenge-amoureux_saison2.jpgEt une nouvelle lecture pour

le challenge amoureux d’Irrégulière

Catégorie libre…

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20 commentaires sur “Le premier été – Anne Percin

    • C’est vraiment un très bon roman, je ne m’attendais pas à un tel « secret », cruel, oui, mais finalement si tristement banal…

    • J’ai lu un roman jeunesse d’elle aussi dans la foulée, Comment (bien) râter ses vacances, c’est très bon ! Je suis sûre que ça te plairait ! Il faut d’ailleurs que je pense à rédiger mon billet ! 😉

    • Je vois très bien de quels romans jeunesse tu parles, j’ai beaucoup aimé aussi ! Dommage pour celui ci, j’ai vraiment beaucoup aimé, le style, l’histoire, les non-dits…, tout !

    • Ca prouve que c’est un roman que l’on oublie pas si vite… Et puis j’ai corné tellement de pages…! 😉

    • Tellement de tentations, si peu de temps…, on est tous dans le même bateau ! 😉 Cela dit, celui ci vaut vraiment la peine que tu lui consacres un peu de temps…!

    • Je suis persuadée que tu passeras un excellent moment et que ce roman te hantera pendant longtemps après lecture…

  1. Ca donne sacrément envie, même si je n’avais pas été complètement conquise en lisant Bonheur Fantôme. Je vais aller lire la critique de Val dont Manu parle pour avoir connaissance d’un son de cloche moins enthousiaste, ça me dissuadera peut-être de dépenser mes sous temporairement… 😉

    • J’ai beaucoup aimé ce roman, j’ai du coup très envie de découvrir Bonheur fantôme entre autres, même si certains sont effectivement moins enthousiastes… A voir ! 😉

  2. Bonjour! 🙂

    Je crois que c’est un de mes romans favoris! C’est le seul que j’ai relu 3 fois avec plaisir! 

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