Les incendiés – Antonio Moresco

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« En ce temps-là, j’étais complètement malheureux. dans ma vie, j’avais tout faux, j’avais tout raté. J’étais seul. Je l’avais compris tout à coup, par une nuit de pluie battante où je n’arrivais pas à dormir, et ça m’avait anéanti. Il n’y avait pas de liberté autour de moi, il n’y avait pas d’amour. Tout n’était qu’aridité, asservissement, vide, la vie ressemblait à la mort.

Le pays où je vivais était foutu, le monde entier était foutu. Il n’y avait que des structures s’affrontant pour sucer ce qui restait de la moelle du monde. »

 

Premières lignes du nouveau roman d’Antonio Moresco. Et elles donnent le ton… Le personnage principal est un homme qui n’a plus foi en l’humanité. Un homme perdu, vidé, qui cherche désespérément sa place dans un monde sans lumière et sans porte de sortie. Un homme sans amour et sans avenir…

De peur que tout ce noir finisse par le gangrener, il décide de fuir son existence. Tout laisser derrière lui. Partir loin…

 

Dans les toutes premières pages des Incendiés, j’étais en terrain connu. Elle était là la petite musique si particulière à Antonio Moresco. Une langue pure et délicate qui arrive à dire les heures les plus sombres d’un homme qui n’en est presque plus un. Presque hypnotique… Et puis très rapidement, j’ai perdu pied. Je n’ai peut-être pas saisi toutes les nuances, sûrement pas perçu la symbolique… Pourtant, je m’attendais à un basculement, je ne savais juste pas vers quoi…

 

L’homme qui fuit sa vie se réfugie dans un hôtel très vite cerné par un gigantesque incendie. A l’abri sur une falaise le long de la côte, il observe le feu qui enflamme tous les alentours. Jusqu’à ce qu’une mystérieuse femme se rapproche de lui…

 

« Impossible de décrire l’émotion que j’ai éprouvée en la voyant tout à coup. Elle ne disait rien, elle me regardait simplement, paisiblement, ses yeux et son visage illuminés par l’éclat du feu, avec cette confiance totale qui peut naître entre des êtres qui se trouvent face à un incendie, même s’ils ne se sont jamais vus auparavant dans leur vie. »

 

Une femme qui lui dit…

 

« Regarde… j’ai incendié le monde pour toi ! »

 

A partir de là, je crois que j’ai perdu pied… Et pourtant… J’ai aimé toutes ces belles phrases sur l’amour fou, sur ces moments rares où tout bascule. J’ai aimé cette démesure dans les sentiments, ces descriptions des corps qui s’embrasent au delà du possible. Cette femme est à la fois un rêve et un cauchemar. Une femme dont il ne sait rien, même pas le prénom, mais qui est toute sa vie. Elle disparait et réapparait comme si elle surgissait de nulle part, insaisissable, énigmatique… et débarque en pleine nuit sur un parking pour le sauver, en robe du soir une mitraillette à la main… La suite est un déluge de violence à la sauce Kill Bill dans un monde fantasmé qui a tout de l’enfer. On y croise des esclaves sexuelles, un dangereux prédateur psychopathe, un chauffeur muet et un ballet de fantômes…

 

Non, je n’étais pas à l’aise dans ce texte. Je n’ai pas ressenti ce bien-être qui m’avait envahi à la lecture de La petite lumière… Pourtant, on retrouve cette fusion entre la vie et la mort, le beau et le laid, le réel et le fantastique. On retrouve aussi ce questionnement presque métaphysique sur l’homme et son errance. Reste la langue ciselée, cette voix si particulière et de très beaux passages sur l’amour comme celui ci…

 

« C’est difficile à faire comprendre avec des mots. Ça ne vous est jamais arrivé de rencontrer une personne inconnue, dans un moment de la vie où vous n’étiez plus présents à vous-mêmes, où vous ne coïncidiez plus avec vous-mêmes, et d’éprouver pour elle un bouleversant sentiment de proximité et de fusion, comme si pendant un instant s’était ouverte, on ne sait où, une fissure qui vous a fait voir une réalité complètement différente, que vous aviez sous les yeux mais que vous n’arriviez pas à voir jusqu’à l’instant d’avant ? »

 

Des passages qui me font dire que je relirai Moresco mais que ce roman là n’était peut-être tout simplement pas fait pour moi…

 

Les avis de Alex et Hélène, désarçonnées elles aussi…

 

Éditions Verdier (Août 2016)

Collection Terra d’altri

192 p.

Traduit de l’italien par Laurent Lombard

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-86432-885-8

 

 

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5/18

Challenge 1% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

15 commentaires sur “Les incendiés – Antonio Moresco

  1. Je devrais le lire bientôt. C’est vrai que l’auteur nous désarçonne par ses mots, la crudité quelque fois, mais toujours la petite lumière de poésie.

  2. Les extraits du début du roman que tu as mis dans ta chronique m’avaient donné envie de découvrir cette histoire; mais la suite de ta chronique me rebute… Un roman qui n’est pas fait pour moi je crois 😉

  3. Rien lu de cet auteur (je sais, je sais, il fo 😉 ) mais ce que tu en dis, bref, je commencerai par sa petite lumière :-p qui a l’air bien plus à ma portée !
    Bon we copine <3

  4. Je viens juste de terminer La petite lumière, et j’ai été emballée par le texte et le style. J’avais très envie de découvrir ce nouveau titre, mais tu me refroidis je dois dire …

  5. Comme Eimelle, je n’ai rien lu de cet auteur. Cependant ce que tu décris m’est déjà arrivé. ça démarre bien puis même si le texte est très bien écrit, on n’en perçoit pas le sens, on décroche.

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