L’été des noyés – John Burnside

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Thriller ? Roman policier ? Roman d’ambiance ? Impossible de cataloguer ce nouveau roman de John Burnside, qui est en l’occurrence ma première incursion dans son univers. Un univers où la réalité est sans arrêt parasitée par les ombres d’un autre monde, un univers où le surnaturel côtoie de très près le tangible et le « croyable », sans jamais vraiment prendre le pouvoir. Assez déstabilisant par moments je dois bien en convenir… Fascinant aussi.

 

Nous sommes sur Kvaløya, une petite île perdue au large de la Norvège, au-delà du cercle polaire. Une île habitée par une petite poignée de gens en quête de solitude et visitée de temps à autres par des touristes curieux désireux de jouer les ermites.

 

 

C’est sur cette île que vivent Liv et sa mère, la célèbre peintre Angelika Rossdal, autant connue pour ses œuvres que pour sa mystérieuse vie de recluse. Un seul voisin, Kyrre Opdahl, qui est aussi le seul ami de la jeune Liv. Depuis qu’elle est toute petite, le vieil homme la berce à coup de légendes nordiques. Farfadets, trolls, fantômes ou autres lutins ont tant nourri son enfance qu’elle a encore parfois du mal à faire la part des choses. Cette fameuse « huldra », jeune femme étrange qui attire les jeunes gens par sa beauté, dangereuse créature maléfique, elle pourrait presque croire qu’elle existe vraiment… Est-elle la cause de ces noyades inexpliquées ayant causé la mort de deux jeunes frères ? Dix ans après, Liv se souvient de l’été de ses dix-huit ans et tente de donner sa version des évènements…

 

Pas d’enquête proprement dite sur ces mystérieuses disparitions. C’est par la voix de Liv que le lecteur se retrouve plongé dans cet étrange été. Et de fait, c’est de Liv et de sa mère que nous serons les plus proches. Une drôle de vie que celle de ces deux femmes cherchant à tout prix la solitude et l’isolement. Elles se croisent, se parlent peu, s’évitent même, chacune menant dans son coin une petite routine bien réglée. Tout à son art, Angelika ne sort de son atelier que pour recevoir ses « prétendants », tous les samedis, autour d’un thé. Moment que choisit généralement Liv pour fuir et retrouver son ami Kyrre. Des vies diamétralement opposées qui se rejoignent rarement mais dont Liv et sa mère semblent s’accommoder au mieux…

 

Étrange roman, vraiment. On oscille sans arrêt entre froide réalité et fantasmes les plus insensés. Et nos questions, elles, restent sans réponses. L’intérêt est ailleurs… Si j’ai par moments trouvé des longueurs à ce roman, je suis plus que charmée par la plume de John Burnside et sa capacité à poser une ambiance. Cette île, à elle seule, vaut le détour. Le cadre idéal pour dérouler le fil fantastique… Nuits blanches de l’été arctique, nature sublimée, légendes inquiétantes… Tout y est possible, tout… Même l’impossible…

Dommage que l’auteur, à force de s’enfermer dans un schéma sans réel code, finisse par tourner en rond, ne sachant visiblement pas quelle route prendre… On aimera ce roman pour son ambiance et son indéniable poésie. On pourra aussi passer à côté si la perméabilité entre les frontières du réel et du surnaturel nous laisse de marbre. A vrai dire, je ne saurais personnellement trancher…

 

Une lecture inclassable que je partage une nouvelle fois avec Jérôme

 

Les avis de Cryssilda et Jostein

 

 

Premières phrases : « Fin mai 2001, une dizaine de jours après que je l’avais vu pour la dernière fois, on remonta Mats Sigfridsson du fond du détroit de Malangen, plus bas sur la côte, à quelques kilomètres d’ici. On dit qu’il avait dû tomber à l’eau à Skognes, puis redescendre avec le courant jusqu’à la jetée proche de Straumsbukta, non loin de l’endroit où il vivait… et je me plais à penser que la mer prit en pitié le pauvre enfant qu’elle avait tué, et s’apprêtait à le déposer chez lui quand un pêcheur en aperçut la tignasse caractéristique, presque blanche, dans le crépuscule de l’été, sur quoi, avec le soin, la tristesse qui s’imposent, et la compétence de l’habitude, il le ramena sur la grève. »

 

 

Au hasard des pages : « J’étais encore un peu embrumée quand je me levai et allai à la fenêtre, or tout ce qui se passa ensuite semble contredire ma version des faits – néanmoins je vis ce que je vis. Je n’imaginai rien de tout ça et je ne suis pas folle. Je le croirais volontiers, si je le pouvais, car ce serait l’explication, pour ainsi dire, d’une chose par ailleurs impossible à expliquer. Je vis ce que je vis, cette nuit-là, de même que je vis ce que je vis plus tard, quand la huldra vint prendre sa dernière victime, mais j’ai beau essayer de trouver une explication, je n’y arrive pas, c’est impossible. » (p. 255)

 

 

Éditions Métailié (28 Août 2014)

336 p.

Traduit de l’anglais (Écosse) par Catherine Richard

 
ISBN : 978-2-86424-960-3
Prix : 20 €
 
 

challengerl2014

Et une nouvelle lecture pour le Challenge 1% Rentrée littéraire

chez Hérisson !

3/6

25 commentaires sur “L’été des noyés – John Burnside

  1. Bonjour Noukette, j’avais découvert Burnside avec La maison muette (remarquable), puis j’ai continué avec Scintillation qui m’est tombé des mains. J’hésite pour celui-ci surtout qu’il ne semble pas que tu aies eu un coup de coeur (sauf erreur de ma part). Bonne journée.

  2. Inclassable, c’est ça. Je ne me suis pas vraiment laissé embarquer, je suis même resté à quai mais je reconnais à l’auteur une belle capacité à installer une ambiance particulièrement étrange.

  3. Comme je disais chez Jérôme, moi je l’aime pour son style, peu importe le thème, je suis direct embarquée… Un des auteurs contemporains les plus étonnants à mon avis !

  4. J’avais beaucoup aimé « scintillation », qui laisse le lecteur se débrouiller également avec un certain nombre d’interrogations, mais quelle écriture .. je ne sais pas si je me relancerai dans une autre lecture de lui, c’est quand même très particulier.

  5. Un des premiers que j’ai noté sur ma LAL de cette rentrée littéraire. Cette étrangeté, cette ambiance m’attire très fortement. Et malgré vos petits bémols à toi et à Jérôme je reste très très attirée par cette lecture. Bonne rentrée Noukette

    • Je ne vais pas te dire le contraire, c’est aussi ce qui m’a donné envie de le lire… Après, il ne faut pas être déprimé pour se lancer dans une telle lecture ! 😉

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