L’importun – Aude Le Corff

importunC’est l’histoire d’une drôle de rencontre….

 

C’est l’histoire d’une maison…

 

C’est l’histoire de deux solitudes qui se télescopent un peu par hasard, s’observent de loin, s’affrontent et s’apprivoisent plus par nécessité que par réelle envie. Parce qu’il faut avancer, composer avec l’Autre, briser ses chaînes pour vivre, enfin. Parce qu’il y a des réponses qu’on ne peut trouver seul, des questions qu’on n’ose se poser par crainte de ce qu’on pourrait découvrir…

 

La narratrice écrit. Quand elle se retranche dans cette nouvelle maison loin de tout, elle ne s’attend pas à devoir composer avec la présence en pointillés de l’ancien propriétaire qui n’a jamais choisi de partir. Ici, Guy est chez lui… et fait comme chez lui, sans se soucier de l’indésirable occupante des lieux. C’est à se demander qui tolère l’autre… N’osant intervenir, la narratrice l’observe tailler ses rosiers, se faire son café ou bricoler à la cave au milieu de ses livres poussiéreux, finissant même par attendre et espérer le bruit caractéristique de sa clé dans la serrure. De rares mots échangés puis finalement, l’essentiel. Des fardeaux qu’on délaisse, des portes qu’on ouvre, de l’espace qu’on libère pour une bouffée d’oxygène plus que salvatrice. Guérir de ses blessures, à deux, c’est peut-être mieux…

 

Une parenthèse de lecture comme je les aime… et des retrouvailles très attendues avec Aude Le Corff qui m’avait cueillie avec son délicieux et si poétique premier roman Les arbres voyagent la nuit.

Il y a dans L’importun tout ce que j’aime : une douceur qui n’a rien de factice, une belle idée du chemin à parcourir pour accepter et regarder le passé en face, des variations délicates et subtiles sur la place du père, les blessures de l’enfance et la difficulté du pardon. Des personnages cabossés qui piétinent par peur d’avancer avec lesquels s’installe instantanément une vraie connivence… Une réflexion en filigrane sur le métier d’écrire… Et bien plus encore…

 

Un très joli roman-miroir qui fait du bien, sans esbroufe ni effets de manche. Du bonheur à l’état brut !

 

 

Les avis de Charlotte, Clara, Delphine, le petit carré jaune, Meelly, Mirontaine, Séverine, Un autre endroit pour lire

 

 

Premières phrases : « En périphérie d’une ville portuaire, dans une maison de pierre aux fenêtres encadrées de briques, vivait un vieil homme retranché du monde. Il était né et pensait finir ses jours dans ces lieux peuplés de souvenirs, mais la vieillesse ne lui laissa pas le choix. Lorsqu’il se mit à oublier ses œufs sur le feu et son portefeuille chez l’épicier, ses filles prirent ce qu’elles pensaient être la meilleure décision. Elles l’installèrent dans un appartement médicalisé, un logement blanc et sans âme dans lequel les personnes âgées s’éteignent à tour de rôle. »

 

Au hasard des pages : « Une maison, ça endure tout, même les sautes d’humeur de ses habitants, une maison, ça ne part pas, c’est l’ultime cocon quand il n’y a plus personne. Une maison nous connaît mieux que quiconque. Elle nous voit pleurer, menacer, rire, penser, rêver, déambuler nus ou habillés, elle connaît nos amis, notre famille, voit nos enfants grandir, les protège. » (p. 127)

 

 

Éditions Stock (Avril 2015)

Collection Framboise

198 p.

 

Prix : 17,50 €

ISBN : 978-2-234-07994-6

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