martin

« Il avait vécu, lui, il avait frémi, il avait aimé ; c’était un gars qui avait roulé sa bosse, qui s’était ri des pesanteurs de la vie, avait mouillé sa chemise dans les postes d’équipage, foulé des territoires inconnus et mené sa bande de durs à cuire au combat ; un gars qui avait pris peur en entrant pour la première fois dans une bibliothèque et qui avait su ensuite dompter les livres ; un gars qui avait passé des nuits blanches avec un éperon pour compagnon et avait lui-même écrit des livres. »

 

Si j’ai le coup de cœur facile, mes coups de foudre littéraires se comptent eux sur les doigts de la main… Ma rencontre avec Martin Eden fait partie de ces rares moments de grâce et de temps suspendu, ceux qui nous font savoir avec certitude pourquoi lire est un bien si précieux. Et pourquoi parfois cette envie d’écrire nous titille, même si on n’ose se l’avouer…

 

Après Confiteor l’année dernière, Martin Eden était mon Everest de cet été. Le nombre de pages n’était pas en cause, non. Mais je présentais que cette lecture allait faire date. Me bousculer. Me séduire. Me capturer. Et figurer en bonne place dans mon petit panthéon personnel de textes inestimables…

 

C’est l’histoire d’un homme balloté par les mers et les vents. Des escales qui ne durent jamais bien longtemps et un besoin viscéral de ces autres rivages. Sur terre, Martin Eden n’est pas vraiment à son aise. Il l’est encore moins au milieu de ces gens bien nés, si loin de sa modeste condition. C’est pourtant parmi eux qu’il croisera le regard de Ruth…

 

C’est l’histoire d’un homme et d’une prise de conscience brutale. Pour avoir une chance de lui plaire, il va lui falloir s’extraire des bas-fonds dans lesquels il patauge. Honteux de sa mise, de son phrasé, de ses mauvaises manières et de ses piètres connaissances, Martin Eden décide de saisir le monde à bras le corps, pour « vivre au milieu des livres, des tableaux, des belles choses ». Il apprendra tout, sans relâche, avide de savoir même si la faim le tenaille… Et les mots seront son refuge. Son seul espoir. Sa porte de sortie et son ticket pour l’avenir….

 

Il écrirait. Il serait les yeux qui font voir le monde,

les oreilles qui le font entendre, le cœur qui lui donne l’émoi.

 

 

Tombée en amour pour ce rêveur profondément seul dont les grandes espérances se réaliseront bien trop tard… Autodidacte, ambitieux mais avant tout curieux, tenace et passionné, Martin Eden s’instruit sans relâche pour tenter de toucher son rêve du doigt. Écrire, vivre et devenir quelqu’un… Mais les étoiles du succès brilleront tard, trop tard…

Je pourrais écrire et réécrire ce billet vingt fois qu’il ne me satisferait toujours pas. Il est impossible et vain de tenter de rendre compte en quelques lignes maladroites de toute la richesse de ce roman brillant étonnamment moderne. Martin Eden est une vraie leçon de littérature. Il résonne fort, il réveille, il révèle… Et il reste là, gravé… ♥

 

 

Les avis d’Hélène, Krol, Mior et Moka

 

Éditions Phébus (Novembre 2010)

Collection Libretto

439 p.

Traduit par Francis Kerline

 

Prix : 11,80 €

ISBN : 978-2-7529-0553-6

 

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14 commentaires

Stephie · 8 septembre 2016 à 07h28

On n’en finit pas hein avec tous vos incontournables 🙂

Hélène · 8 septembre 2016 à 08h38

C’est toujours plus compliqué de parler d’un livre qui nous a émues..

framboise · 8 septembre 2016 à 09h05

Je l’ai commandé hier hein ! Oui, comme dit Stéphie, y en a marre de vos incontournables, on a une vie nous !!!!
Bisous copine <3
Il est beau beau beau ton billet <3

keisha · 8 septembre 2016 à 09h21

Fanja m’en parlait récemment, là je crois qu’il va falloir lire – ou du moins tenter;

luocine · 8 septembre 2016 à 11h50

je suis si contente de voir que ce roman traverse les âges ! Il m’avait bouleversée à mon adolescence qui est déjà lointaine. Tu ne trouves pas qu’il est en plus très beau Jack London?

Jerome · 8 septembre 2016 à 13h07

La soif de culture et de connaissances de Martin Eden restera à jamais gravé dans ma mémoire. Et puis cette fin, cette fin quoi…
Pour quelqu’un qui ne pensait pas être capable d’en parler, tu t’en sort merveilleusement bien (ce qui ne me surprend pas le moins du monde, tu t’en doutes – et tu connais mon incorruptible objectivité 😉 )

Alex-Mot-à-Mots · 8 septembre 2016 à 14h52

Confiteor avait été mon Everest il y a quelques étés. Je note celui-ci pour l’été prochain.

Saxaoul · 8 septembre 2016 à 15h48

Je n’ai même pas lu Confiteor et tu ajoutes un autre pavé dans mes envies…. Pffffff !

Moka · 8 septembre 2016 à 18h28

Je suis tellement heureuse qu’il ait croisé ta route et qu’il ait eu cet effet sur toi. <3

Nathalie · 8 septembre 2016 à 19h47

J’ai lu Martin Eden il y a quelques années et j’ai eu le coup de foudre pour Jack London. Par contre, les livres que j’ai lus de cet auteur par la suite m’ont plus ou moins déçue. Je n’y ai pas retrouvé l’effervescence de Martin Eden.

krol · 8 septembre 2016 à 20h29

Je garde ce livre en mémoire pour longtemps je pense, pour moi aussi, il a été une riche expérience de lecture.

LaFée · 8 septembre 2016 à 22h39

Un billet tout en sensibilité qui donne une folle envie de decouvrir ce titre❤️❤️

Nicole G · 9 septembre 2016 à 19h35

C’est bien de prendre le temps de se plonger dans un classique (ou tout comme), faire une petite pause dans l’actualité chaude. Ton billet me donne envie de l’inscrire à mon programme.

Asphodèle · 13 septembre 2016 à 11h04

Depuis le billet de Moka, j’en ai une folle envie mais je vais attendre le bon moment, ne pas gâcher cette rencontre que je pressens (aussi) très forte…;)

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