Le Président du Monde – Germano Zullo / Albertine

president_monde_RVB-270x378Lois, Secrets d’état, Important, Confidentiel, Urgent, Prioritaire… Le bureau du Président du Monde croule sous les dossiers de toutes sortes à traiter dans la seconde. Le téléphone sonne sans arrêt et les mauvaises nouvelles pleuvent sur la tête de l’homme le plus débordé – ou incompétent à vous de voir – du monde… Grèves, épidémies, chômage, famine, bourse… la planète tourne de travers et le Président du Monde ne sait plus où donner de la tête…

 

Autour de lui, ses conseillers ont tous un avis sur la question ou une solution à tout, la promotion n’est peut-être pas loin si on avance ses pions avec intelligence… Reste à savoir quoi répondre aux journalistes qui le pressent de questions. Au fond du lac de Tout-Là-Haut, une montagne de dossiers embarrassants, gênants ou trop sensibles s’accumulent. Et ce monstre surgi du fond des eaux jusqu’alors paisibles pourrait bien faire remonter à la surface toutes ces vérités qu’on ne veut pas voir… L’affaire pourrait faire grand bruit. Que faire…? Paniqué, le Président du Monde appelle sa maman…

 

« La guerre est déclarée entre Ici-tout-près et Là-bas-un-peu-plus-loin, Monsieur le Président ! »

 

Un album absurde-pas-si-absurde sur la politique, le pouvoir et ses travers. Une fable qui fera rire les enfants et les parents qui en auront une tout autre lecture.  Le dessin coloré et énergique d’Albertine est bourré d’humour et truffé de jolies trouvailles. Il colle à merveille à l’humour subtil et cruel de Germano Zullo qui n’a pas son pareil pour critiquer le système politique et ces hommes qui nous gouvernent. Une caricature grinçante on ne peut plus d’actualité par les temps qui courent..! 

 

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Éditions La Joie de Lire (Septembre 2016)

52 p.

 

Prix : 15,90 €

ISBN : 978-2-88908-333-6

 

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L’enfant qui – Jeanne Benameur

l'enfant quiLes mots de Jeanne… Une consolation, et une évidence, encore…

 

Ces silences, cette vibration intime et essentielle. Ces émotions qui entrent en résonance, tout ce qui se cache, se dit ou ne se dit pas….

 

« On ne sait jamais comment alléger la tristesse des mères qui disparaissent. La tristesse, elle, ne disparaît pas. »

 

L’enfant qui fait ressurgir l’enfance. Une enfance qui tâtonne, cherche les réponses et expérimente la douleur de l’absence. La mère n’est plus. Elle a disparu comme elle était venue. Sans bagages, dans un bruissement de jupon rouge terni par le temps. Volatilisée, sans un bruit, sans même un soupir. On passe sa vie à chercher la mère, la clé, l’insondable mystère de cette filiation que l’on n’a pas choisi…

 

L’enfant marche dans la forêt et ressent la béance avec force. Il l’habite là, profond, incisif, le manque… Il se terre sous la peau, fait ressentir sa piqure, se réveille souvent, intense et douloureux. Elle n’avait pas les mots la mère. Juste des chants et cette langue venue d’ailleurs qui rendait le père fou de rage parfois. Elle n’avait pas les mots mais elle était là, discrète présence au monde, même si les bras n’enserraient pas. Elle lui a légué le mystère, le mouvement et la liberté. Elle lui a légué le silence…

 

« Ta bouche d’enfant est une caverne. Les mots, là, dans un repli. »

 

Le père renonce. A comprendre la vagabonde qui lui avait volé son cœur d’un seul regard trouble. A saisir l’insaisissable et l’amour volatile. A oublier les corps qui s’épousent sans mots dans la profondeur de la nuit. Elle est partie sans bruit, la maison vide bruisse encore de son absence. La mémoire parfois se réveille, le désir encore fait mal…

 

La grand-mère observe. Peut-être a-t-elle certaines clés, sans le vouloir. Cette vagabonde elle ne l’aimait pas beaucoup. Mais il y a eu l’enfant. Et l’enfant était tout….

 

Des pages tissées dans l’étoffe du souvenir et au plus proche de l’émotion. Des mots à la mère, des mots d’enfance, l’intime qui se ressent plus qu’il ne se dit. Et l’écriture, épurée et charnelle, terrienne et puissante, touche au sublime. Elle puise dans l’imaginaire de l’enfance, cherche et trouve le chemin du cœur, s’affranchit du monde pour mieux le dessiner, brut et sensuel. Elle le réinvente, vibre des mots contenus, du silence assourdissant de la mémoire et de la langue secrète des mères…

 

L’enfant qui… un roman d’une rare force qui relie au monde. Essentiel ♥

 

« Les mains ouvertes des mères sont des livres d’images.

Et l’enfance apprend le souci de la vie qui se perd. »

 

Éditions Actes Sud (Mai 2017)

112 p.

 

Prix : 13,80 €

ISBN : 978-2-330-07898-0

 

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Verte – Marie Desplechin / Magali Le Huche

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Prénom : Verte

 

Age : 11 ans

 

Centre d’intérêt numéro Un : Soufi…

 

Rêve : être normale, tomber amoureuse et se marier un jour

 

Le hic… : Verte est l’héritière d’une longue, très longue lignée de sorcières…

 

 

« Rien n’est plus fatigant qu’une mère. »

 

 

Rien n’est vraiment simple dans la vie de Verte. A commencer par le prénom idiot dont a cru bon de l’affubler sa mère à sa naissance… Mais ce n’est pas le pire. Elle s’est aussi mis en tête que sa fille serait une sorcière, comme toutes les femmes de la famille depuis des générations. Et Ursule n’en démords pas, d’ailleurs, qu’elle le veuille ou non, Verte sera une sorcière, même si ses pouvoirs semblent encore curieusement en sommeil. Et à son âge, il serait plus que temps qu’elle les réveille, ou du moins qu’elle montre un tant soit peu d’intérêt pour la sorcellerie. Et vu que Verte ne semble pas vouloir suivre les pas de sa mère, elle ira prendre des cours chez sa grand-mère tous les mercredis. Verte et Anastabotte s’entendent à merveille, avec un peu de chance, cette dernière arrivera à lui transmettre ses talents pour la sorcellerie…

 

Et Verte dans tout ça…? L’adolescente a beau adorer sa grand-mère, ces cours de sorcellerie ne lui disent rien qu’y vaille. L’atelier d’Anastabotte est rempli de choses immondes et gluantes, de mandragores en conserve, de chauve-souris éventrées et autres joyeusetés qui mijotent, grouillent, suintent et empestent. Pas follement engageant. Verte ne veut qu’une chose : être normale, tenir la main de Soufi dans la sienne et savoir qui est son père… Et surtout pas, non surtout pas ressembler à sa mère.

 

« Je ne veux pas de nez pointu, pas d’yeux de chat, pas d’attirail ridicule, pas de pouvoirs encombrants. Je veux seulement rester moi-même. »

 

Un régal que cette adaptation du roman de Marie Desplechin qui ne prend pas une ride ! Très fidèle au roman devenu un grand classique de la littérature jeunesse, seule la narration à quatre voix a dû être abandonnée pour coller au format BD. Les personnages, eux, sont toujours aussi savoureux et les dialogues toujours aussi drôles. Et quel bonheur de voir s’incarner Verte, Ursule, Anastabotte et Soufi sous les pinceaux de Magali Le Huche ! Elle y met son humour, son impertinence et un brin de magie qui rendent toute cette tribu furieusement attachante. A tel point qu’on les quitte à regret une fois la dernière page tournée. Il n’y a plus qu’à espérer que les deux auteures se lancent dans l’adaptation des deux autres volets de la trilogie, Pome et Mauve…!

 

Les avis de Antigone, Bouma, Clarabel, Livresse, Mylène, Sabine, Soukee, Un amour de BD

 

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Éditions Rue de Sèvres (Mars 2017)

72 p.

 

Prix : 14,00 €

ISBN : 978-2-36981-195-4

 

 

BD de la semaine saumon

… chez Moka

Osez… 20 histoires d’infidélité

OsezJ’avais juré qu’on ne m’y reprendrais plus. J’ai pourtant succombé à la tentation et craqué pour le dernier né de la collection Osez… Mais j’ai une excuse, et une bonne. J’étais particulièrement curieuse de découvrir les nouvelles écrites par miss Stephie et Serena de Lyoncourt, notre Irrégulière préférée. Particulièrement curieuse aussi de les voir aborder ce thème rebattu de l’infidélité où l′amant se cache nu dans le placard quand le mari débarque à la maison…

Rassurez vous, on en est loin, et je dois bien reconnaître que le recueil est plutôt réussi et que les copines s’en sortent haut la main. Les vingt histoires sont croustillantes, amorales, joyeusement débridées, piquantes voire même très épicées. Et il y est surtout question d’être fidèle, oui, mais uniquement à ses désirs. Les personnages que l’on croise ici, amants d’un jour, femmes infidèles, ne s’embarrassent pas d’inutiles cas de conscience…

 

Une femme mariée s’encanaille avec un ami de son fils, une autre s’offre une parenthèse brûlante dans les toilettes d’un restaurant avec un mystérieux inconnu alors que son époux l’attend sagement derrière son assiette sans se douter de rien, une femme choisit elle-même celles avec lesquelles son mari aura le droit de la tromper, une autre s’inscrit un peu par hasard (tss tss…) sur un site spécialisé dans les rencontres extra-conjugales entre personnes mariées. Et de fait, pour ce nouveau recueil, la collection « Osez 20 histoires » s’associe avec Gleeden, « le premier site de rencontres extra-conjugales pensées par des femmes ». Si, si, rappelez vous cette fameuse campagne d’affichage aux slogans plus que directs, vous n’avez pas pu les louper ! (Et si vous êtes curieux, actualisez régulièrement la page d’accueil du site et vous verrez le nombre d’inscrits augmenter à vue d’œil, dingue !)   

 

Allez, avouons-le, je n’ai pas boudé mon plaisir. Il est très agréable de piocher dans ce recueil où les nouvelles ne manquent pas de piquant. Toutes très courtes, elles offrent une jolie variété de situations et évitent le côté répétitif un brin barbant. Les clichés y sont habillement détournés, les chutes bien senties, c’est coquin, voire franchement hot. Mention spéciale aux délicieuses nouvelles des copines - Les insoumis de Serena de Lyoncourt et La promesse faite au marin de Stephie -  et à leurs plumes assumées et assurées, l’érotisme leur va si bien…!

 

Éditions La Musardine (Avril 2017)

Collection Osez…

252 p.

 

Prix : 8,20 €

ISBN : 978-2-84271-970-8

 

mardi c'est parmis

By Stephie

Pause – Fabcaro

pause

« Bonjour, je vous appelle parce qu’il se trouve que je n’ai pas de nouvelle de mon inspiration depuis plusieurs semaines, je commence à m’inquiéter… Alors en attendant je fais des saynètes autobios mais bon…

« Pouvez-vous me donner votre nom et votre numéro d’ordre ? »

« Caro, Fabrice, n°92303… »

« Ah oui, effectivement, on a un petit souci avec votre inspiration… »

 

Voilà. C’est tout le problème quand on pond une bande dessinée à succès. C’est que le lecteur est exigeant voyez vous. Il veut rire et pas qu’un peu. Il veut de l’absurde, de l’intelligent, du grinçant, du qui pique, du qui gratte, du drôle, du foutraque. En gros, il veut du Zaï Zaï Zaï Zaï… Aïe… 25 bouquins en 10 ans… sans compter les travaux de commande écrits sous pseudo… On fait comment pour se renouveler tout en faisant du Fabcaro pour ne pas décevoir ses fans ? « S’affranchir et se désaliéner des gens qui ont aimé le dernier bouquin et qui s’attendent à ce qu’on fasse le même »… vous voyez le genre ? Autant tenter de résoudre la quadrature du cercle. Et si on faisait… une pause ?

 

« Tu es sur quoi en ce moment ? »

 

Pause. A la fois journal de bord de l’auteur en mal d’inspiration, chronique du quotidien et joyeux fourre-tout de strips hilarants mêlant anecdotes personnelles, questionnements existentiels et réflexion sur les conséquences du succès, Fabcaro s’offre une thérapie drolatique tout en pointant du doigt par effet de ricochet nos divers défauts. Et c’est peu dire que le lecteur se réjouit de le suivre dans ses pérégrinations d’auteur débordé tendance hypocondriaque-sous pression devenu « bankable ». Plongé dans les méandres de l’esprit d’un Fabcaro aussi impertinent que lucide, on se délecte des trouvailles de génie (mention spéciale à l’inspiration intérimaire et au fameux bandeau de couverture, gloussements garantis !), du rythme qui ne faiblit pas et de cette capacité à faire évoluer un dessin apparemment simplissime dans tout un tas de directions différentes. Du tout bon !

 

Un album décalé… et inspiré ! (…par l’auteur de Zaï Zaï Zaï Zaï – oups – non – un peu too much les bandeaux de couverture… ! :-D ) J’ai ri. Et pas qu’un peu !

 

Une lecture revigorante qui offre une parenthèse bienvenue… que je partage avec joie avec Mo’ qui m’a fait découvrir ce chenapan de Fabcaro..!

 

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Éditions La Cafetière (Avril 2017)

Collection Corazon

64 p.

 

Prix : 13,00 €

ISBN : 978-2-84774-025-7

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Mo’

Sauveur & fils (saison 3) – Marie-Aude Murail

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« Je suis un psy, pas forcément à la con mais un psy. C’est comme ça que je me défends. Je généralise, je théorise, j’essaie de comprendre. J’ai besoin que les choses aient un sens. »

 

♥ Bonheur ♥

 

Sauveur & fils ou la série doudou par excellence… Celle qui vous réconcilie avec le genre humain, oui, rien que ça. Celle qui fait tellement de bien qu’elle devrait être remboursée par la sécurité sociale. Celle qu’on a déjà hâte de retrouver pour une nouvelle saison parce que oui, ouf, il y en aura bien une !

 

Sauveur, je l’aime d’amour. Voilà, c’est dit. J’aime sa vraie-fausse assurance, sa belle humanité, son envie folle de réconcilier l’inconciliable, sa façon de mettre des mots sur les maux, ou de ne pas les mettre d’ailleurs. J’aime sa façon de se prendre les pieds dans le tapis, de tâtonner, de prendre parfois les mauvaises décisions quand il s’agit de sa vie personnelle. J’aime son inconscience et son manque flagrant de professionnalisme quand il décide de laisser parler son cœur plutôt que sa raison de praticien. J’aime sa façon de croire profondément en l’être humain. Et par dessus tout, j’aime sa famille foutraque et rapiécée parce qu’elle ressemble à la vie, la vraie…

 

« Regardant la tablée où se promenait Bidule et autour de laquelle s’entassaient, outre Louise, Alice, Paul et Lazare, un légionnaire plus ou moins gangster, un pianiste déséquilibré et un Elfe de la nuit déscolarisé, Sauveur eut le sentiment que le 12 rue des Murlins prenait bel et bien ces derniers temps l’allure d’un établissement pour dingos. »

 

Trois saisons et une galerie de portraits qui s’étoffe. Autant de patients qui défilent dans le cabinet de Sauveur, les véritables patients n’étant pas toujours ceux que l’on croit d’ailleurs… Des êtres cabossés, abîmés, incompris, inadaptés ou à côté de la plaque qui trouvent en Sauveur une oreille attentive. Et des adolescents auxquels on s’attache sensiblement, inévitablement…

 

Trois saisons et une famille qui se construit sous nos yeux. Une maison de mecs… et Louise. Beaucoup d’amour, de chassés-croisés, d’incompréhension aussi parfois quand la vie professionnelle de Sauveur envahit un peu trop la sphère privée. Ouf, Sauveur est faillible, nous voilà presque rassurés…! Marie-Aude Murail, toujours aussi perspicace et juste, nous régale et on en redemande ! (Vite, vite, la suite !!! )

 

Une série chouchou-doudou-qui-fait-du-bien… franchement, vous auriez tort de vous en priver ! Et une délicieuse pépite jeunesse que j’ai pris un plaisir fou, encore, à partager avec mon complice Jérôme.

 

« Mon Dieu, (…) est-ce que les parents ont idée du fatras qu’il y a

dans la tête de leurs enfants ? »

 

Les avis de Cuné, Pépita, Thalie

 

Mon avis sur la saison 1 et la saison 2

 

Éditions École des Loisirs (Mars 2017)

320 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-211-23239-5

 

pepites_jeunesse

Aquarium – David Vann

Je ne suis pas une inconditionnelle de l’auteur au point d’avoir lu toute sa bibliographie mais j’ai reçu une grande claque à la lecture de Sukkwan Island, magistral de tension psychologique. Desolations m’avait laissée beaucoup plus mitigée mais là encore impossible de ne pas lui reconnaitre un don pour mettre en scène l’angoisse. Inconcevable donc de ne pas craquer pour ce nouveau roman au titre si énigmatique…

 

Aquarium m’a prise dans ses filets dès les premières lignes. Là encore, David Vann se plait à radiographier de l’intérieur les fêlures d’une famille en disséquant au scalpel les émotions, les petites bassesses, les grandes blessures, les folies et les frêles espoirs de personnages qui tous se débattent principalement contre eux-mêmes. Rien de très glorieux non, du sombre, du noir, tout semble encore et toujours sans issue. Le couteau s’enfonce dans la plaie encore suintante, les fissures s’agrandissent… et le lecteur, totalement hypnotisé, regarde leur petit monde vaciller.

 

Les relations perverses qui peuvent s’installer dans une famille, les affres du passé, l’impossibilité du pardon, la question de la résilience. David Vann a ses marottes et bon sang ça bouscule…

 

« Tout est possible avec un parent. Les parents sont des dieux. Ils nous font et nous détruisent. Ils déforment le monde, le recréent à leur manière, et c’est ce monde-là qu’on connaît ensuite, pour toujours. C’est le seul monde. On est incapable de voir à quoi d’autre il pourrait ressembler. »

 

Caitlin a douze ans. Elle habite Seattle avec sa mère Sheri dans un appartement de banlieue tout ce qu’il y a de plus modeste. Pas de père à l’horizon. Tous les jours, sa mère s’échine dans un boulot d’homme sur les quais. Elle rentre épuisée et peine à joindre les deux bouts. Mais elles se tiennent les coudes, soudées comme peuvent l’être une mère et sa fille, chacune étant la béquille de l’autre. Chaque jour après l’école, Caitlin se rend à l’aquarium où elle a un pass annuel. Sa soupape quotidienne, sa bouffée d’air frais… En attendant que sa mère vienne la récupérer à la fin de sa journée de travail, elle plonge ses yeux dans les bassins, observe ce monde marin qui la fascine et rêve d’autres horizons. C’est là qu’elle fera la rencontre qui fera tout basculer. Un vieil homme, passionné comme elle, qui deviendra un ami, un confident. Une amitié aussi inattendue qu’improbable qui plongera sa mère dans une colère noire et fera remonter à la surface des secrets bien enfouis…

 

Le grain de sable dans l’engrenage déjà bien fatigué… On a beau savoir que le vernis va vite se ternir, on est loin de s’imaginer ce que l’auteur réserve à ses personnages. Il y a quelque chose de brut dans ce roman, de sauvage. Les émotions sont sans filtre, on s’embourbe, on sort la tête de l’eau, on replonge encore. Tragédie banale d’une famille qui s’enlise, Aquarium asphyxie le lecteur même si cette fois, ouf, l’espoir est tout de même permis. Une timide rédemption que permettra peut-être l’innocence et la persévérance de Caitlin, incroyable de résistance et d’amour…

 

Fascinant, dérangeant… en un mot, brillant !

 

Les avis de Cajou, Fanny, La fée lit, Laure, Léa Touch Book, Luocine

 

Éditions Gallmeister (Octobre 2016)

Collection Nature Writing

280 p.

Traduit par Laura Derajinski

 

Prix : 23,00 €

ISBN : 978-2-35178-117-3

 

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41/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

Chaussette – Loïc Clément / Anne Montel

chaussette

« Chaussette est une vieille dame qui vit à côté de chez moi. C’est pas son vrai nom, mais quand j’étais petit, je savais pas bien prononcer « Josette »… et finalement, c’est resté. »

 

Un joli potager, une cuisine qui sent bon la soupe de légumes, un vieux gramophone, des plantes vertes, un plaid bien douillet jeté sur le fauteuil, un transistor sans âge, quelques tableaux au mur… la petite maison de Josette lui ressemble et elle s’y sent bien. A ses pieds ou à ses côtés, fidèle comme une ombre, le bon vieux Dagobert dégage une énergie et une bonne humeur sans failles. Et elle est belle la vie auprès de Josette, chaque jour ressemble au suivant et c’est très bien comme ça…

 

Et tous les jours, Merlin, leur petit voisin, observe le petit couple au rituel bien huilé. Chaque jour, Josette dite Chaussette et son chien Dagobert suivent un parcours bien rodé sans jamais sans écarter. Armée de son cabas à roulettes, la vieille dame se rend au parc où elle « lit et relit des vieux bouquins qui craquent quand elle les ouvre plus fort » pendant que son chien s’amuse à courser les canards. Ensuite, direction la boucherie pour y acheter des saucisses, la librairie-papeterie-tabac-presse où elle n’achète jamais rien, la mairie pour y détailler consciencieusement les petites annonces, la boulangerie où elle achète invariablement la moitié d’un pain de mie tranché et ressort avec du pain de la veille qu’elle file distribuer aux moineaux dans le terrain vague près de chez elle. Quand Chaussette rentre chez elle, la matinée s’est écoulée tranquillement. La journée continue, faite de rituels et d’habitudes rassurants. Et la vie va…

 

Mais ce matin-là, quelque chose semble perturber la routine de la vieille dame. Dagobert n’est pas à ses côtés et Chaussette a un comportement plus qu’étrange. Bien décidé à comprendre ce qu’il se passe, Merlin se met à la suivre discrètement…

 

Une merveille de douceur que cet album là ! Impossible de ne pas tomber sous le charme de Chaussette et de son chien Dagobert. Il y a beaucoup de tendresse dans cet album, beaucoup d’amour aussi.

Léger et doux comme une caresse, délicat et mélancolique comme une mélodie qui ravive les souvenirs, cet album est un bijou qui aborde avec tendresse le temps qui passe, la solitude, la vieillesse et l’absence de ceux qui nous sont chers. On a un peu les yeux qui picotent à la fin de l’album oui, elle est tellement belle et touchante cette fin. Et que dire du dessin de Anne Montel… j’adore ! Une mise en couleurs d’une grande douceur, des bouilles à croquer, des scènes du quotidien plus vraies que nature, un trait d’une grande délicatesse… tout de suite, le lecteur se retrouve enveloppé dans un cocon… Un vrai bonheur et un régal pour les yeux ! Coup de cœur ! ♥

 

Un petit bijou dont je suis ravie de partager la lecture avec Mo’, conquise elle aussi !

 

Le blog d’Anne Montel

Le blog de Loïc Clément

 

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Éditions Delcourt Jeunesse (Avril 2017)

32 p.

 

Prix : 10,95 €

ISBN : 978-2-7560-7526-6

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Stephie

Rage – Orianne Charpentier

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« Si « Rage » est un nom, alors elle le veut bien. Elle veut bien s’en vêtir, pour un temps peut-être, comme un nouvel habit, comme une seconde peau – en attendant une autre mue. »

 

Elle a tout laissé derrière elle. Son pays, sa famille, sa vie d’avant… son prénom. Ici, elle est Rage. Un prénom qui claque et lui colle à la peau, un mot-colère, un mot-blessure qui dit l’horreur qu’elle a vécue, la violence des hommes et tout le chemin parcouru. 

 

Elle a tout laissé derrière elle et fait tout pour oublier. La fuite éperdue vers l’ailleurs, la course à la survie, la lente et douloureuse adaptation à la vie d’ici. A présent elle avance à tâtons. Tente de se recréer une bulle. Réfugiée en France, son amie Artémis est son seul repère, sa seule béquille, son seul lien avec sa vie d’avant l’exil.

 

Rage est une boule de solitude et de souffrance, autour d’elle, des barrières infranchissables. Rien ne semble pouvoir fendiller l’armure. Jusqu’à ce qu’une nuit, sa route croise celle d’une chienne. Une chienne pitbull aux abois, traquée, blessée, maltraitée. Pour Rage, la sauver revient peut-être à se réparer elle-même…

 

« Elle avance d’un pas.

Elle se met à chuchoter comme elle l’a fait la première fois, il n’y a que quelques heures, lorsqu’elle a vu ce fauve surgir de la nuit. A ce moment-là, elle n’a pas vu un monstre, elle a vu une survivante. Elle n’a pas vu une bête, elle a vu son reflet. Elle s’est vue elle-même. »

 

Un court récit qu’on lit en retenant son souffle. Avec Rage, l’auteure réussit un périlleux exercice d’équilibriste sans filets. Tendu à l’extrême, son texte à vif dit l’urgence, le désespoir et la rage de vivre. Au plus près de l’émotion, au plus près de l’essentiel, la plume d’Orianne Charpentier est d’une justesse et d’une puissance qui laissent sans voix. Un texte dense, brut et resserré où chaque mot compte. Un texte comme une déflagration où la maltraitance animale fait écho à la condition d’exilée de la jeune fille. Un texte qui malgré tout laisse la porte ouverte à la résilience et à une timide mais possible reconstruction.

 

Une seule nuit pour tout changer… Un texte coup de poing qui résonne longtemps… et une pépite jeunesse percutante comme on aime les partager avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…

 

Éditions Gallimard jeunesse (Mars 2017)

Collection Scripto

103 p.

 

Prix : 7,00 €

ISBN : 978-2-07-508255-6

 

pepites_jeunesse

Natures mortes – Oriol / Zidrou

NATURESMORTESOù Zidrou arrive encore à me surprendre…

 

Par son talent certain pour raconter des histoires. Par son audace et sa liberté qui n’ont rien de feintes. Par son choix de parler d’un artiste totalement méconnu. Par son don, encore et toujours, de s’entourer des meilleurs…

 

Natures mortes raconte la vie mystérieuse du non moins mystérieux Vidal Balaguer, considéré comme l’un des prodiges du modernisme catalan, disparu à l’aube du XXe siècle. Un artiste de l’ombre qui ne connaîtra jamais le succès de son vivant et peine encore aujourd’hui à obtenir la reconnaissance qu’il mérite.  Un homme insaisissable et troublant dont on ne sait que peu de choses aujourd’hui et à qui Zidrou et Oriol ont choisi de redonner vie.

 

Barcelone, 1899. Joaquin Mir et Vidal Balaguer sont amis et peintres. Ils fréquentent tous les deux le fameux cabaret-galerie Els Quatre Gats. Balaguer vivote. Criblé de dettes, il fait de la peinture « alimentaire » en vendant quelques natures mortes ou en répondant à de rares commandes qui laissent son talent en sommeil. Il pourrait, pourtant, voire sa carrière s’envoler. Il suffirait pour cela qu’il accepte de vendre le portrait qu’il a fait de Mar, son amour, disparue quelques mois plus tôt sans laisser la moindre trace… Le tableau est le seul souvenir qu’il lui reste d’elle, et qu’importe si son comportement éveille les soupçons d’un inspecteur de police persuadé qu’il est pour quelque chose dans son étrange disparition. Possible même qu’il soit aussi responsable d’autres disparitions elles aussi fort troublantes…

 

Quarante ans plus tard, Joaquin Mir se souvient…

 

« Les fantômes n’ont un nom que pour ceux qui les ont pleurés. »

 

Chaque vignette de cet album est un tableau. Graphisme virtuose, couleurs éclatantes, personnages énigmatiques aux contours parfois aussi flous que leur âme, courbes sensuelles, Oriol est à son meilleur. Il nous plonge avec grâce dans une atmosphère de fin de siècle arrivant même à rendre vivants les tableaux de ces artistes bohèmes. Tout est absolument somptueux, à commencer par cette couverture effet toile de maitre dont l’aspect tissu glisse avec délice sous les doigts… Merveille…

 

C’est peu dire que le dessin sublime l’histoire imaginée par Zidrou. L’auteur aux multiples talents brode sur la biographie de cet artiste maudit, y ajoutant une histoire d’amour sensuelle et tragique et un soupçon de mystère qui rendent le tout aussi fascinant qu’envoutant.

 

Magnifique album et magnifique coup de cœur… Chapeau messieurs !

 

Les avis de Jacques et Yvan

 

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Éditions Dargaud (Mars 2017)

64 p.

 

Prix : 14,99 €

ISBN : 978-2-505-06801-3

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

          cartes postales     jamais je n'aurai 20 ans    FOURREAU-BRODECK-02.indd    les jours sucrés

                     Sabine                              Saxaoul                          Amandine                             Sita

 

 

          lulus1     Macaroni     Juliette     piano oriental

                      Mylène                            Fanny                              Antigone                             Laeti

 

 

          Pierre papier Chicon     le maitre d'armes     pepper carrot     anuki4

                        Mo’                               Jérôme                              Bouma                           Sophie

 

 

 myrmidon dragon      Martha et alan      ms marvel     chroniques de jerusalem

                  Sophie                                  Sylire                            Caro                             Soukee

 

 

          geisha    s'enfuir    Pereira-prétend    Ce-quil-faut-de-terre-à-lhomme

              Un amour de BD                  Sandrine                          Natiora                           Karine

 

 

                black-clover-1-kaze     idéal-standard    voyage des pères

                           Syl                             Stephie                              Alex