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Prix du meilleur roman des lecteurs de Points 2018… mon bilan !

Deuxième expérience de jurée pour le Prix du meilleur roman des lecteurs de Points après mon expérience d’il y a deux ans. Neuf romans reçus entre septembre 2017 et avril 2018, un jury composé de 40 lecteurs et de 20 libraires sous la présidence de l’écrivain Lydie Salvayre… et un gagnant qui a été dévoilé dernièrement et qui me ravit !

 

Une bouche sans personne de Gilles Marchand succède donc à L’enfant qui mesurait le monde de Metin Arditi, bravo à lui ! ♥

 

Neuf romans donc au lieu des douze annoncés. Six romans en langue française, trois romans traduits (Chine, Italie, USA), trois premiers romans dont deux déjà découverts dans le cadre des 68 premières fois… et un seul roman écrit par une femme ! Une sélection évidemment très éclectique mais où je dois reconnaître m’être moins retrouvée qu’il y a deux ans. Deux romans sortent vraiment du lot, deux me sont presque tombés des mains… et au milieu, un ventre mou de lectures qui je le sais ne resteront pas gravées dans ma mémoire même si certaines m’ont procuré un vrai plaisir de lecture. Toujours cette satisfaction par contre d’aller à la rencontre d’auteurs et d’univers à priori assez loin de mes lectures habituelles.

 

Comme il y a deux ans, je n’ai pas souhaité écrire des billets au fur et à mesure de mes lectures. Après la lecture in extenso de toute la sélection, j’ai eu besoin d’un peu de recul pour établir mon classement… même si mon chouchou s’est très vite imposé. Voici donc mon classement « inversé »… du roman qui m’a le moins plu à celui qui pour moi méritait de gagner ce prix (et qui l’a gagné…!)

 

 

9. Nous dormirons quand nous serons vieux de Pino Corrias

 

Je n’ai pas été loin d’abandonner ce roman tant il m’a agacée… Je suis tout de même allée au bout, en survolant parfois certains passages affreusement ridicules pour m’éviter une trop grande punition. Pourtant, je partais confiante. Une aventure délirante dans le monde sulfureux et pourri du cinéma italien, les romans réellement drôles se faisant de plus en plus rares, sur le papier c’était plutôt alléchant. Sauf que non. Langue trop parlée, vulgarité, suspense vite émoussé, enquête inintéressante, personnages risibles et caricaturaux… ce premier roman a été une grosse déception.

 

 

8. Pékin pirate de Xu Zechen

 

Je ne connais pas du tout la littérature chinoise et j’étais plutôt contente d’y mettre les pieds grâce à ce roman qui avait reçu pas mal de bons échos à sa sortie. L’histoire d’une rencontre entre deux marginaux qui tirent le diable par la queue et cherchent les moyens de tirer leur épingle du jeu en vendant des DVD pirates. L’écriture n’est pas désagréable, l’histoire pas inintéressante non plus et le roman permet de découvrir un aspect méconnu de la capitale chinoise. Deux mois après lecture, il ne m’en reste pourtant aucun souvenir…

 

 

7. Lucie ou la vocation de Maëlle Guillaud

 

J’avais lu ce premier roman à sa sortie grâce aux 68 premières fois. Je me souviens y être entrée à reculons pour finir par être complètement happée par cette lecture aussi fascinante que dérangeante. Un roman sans concessions qui décrit un monde qui semble régi par des règles d’un autre temps. Un monde où on s’oublie, un monde cruel théâtre de toutes les bassesses. Une lecture édifiante qui m’a permis de découvrir une jeune auteure de talent même si certains aspects et certaines personnalités auraient pu être plus approfondies.

 

 

6. Six degrés de liberté de Nicolas Dickner

 

De la littérature québecoise comme j’aime ! Je n’en attendais rien de particulier et je dois avouer que ce petit roman m’a procuré un vrai plaisir de lecture ! Original, plein d’humour, inattendu… si on ne lit pas la quatrième de couverture qui a le très mauvais goût de dévoiler toute l’intrigue ! Quel dommage ! L’histoire de Nicolas Dickner est profondément ludique quand on s’amuse à comprendre les liens entre les personnages et leurs véritables ambitions. Il y est question de piratage informatique, de containers maritimes, de désir de liberté, d’amitié… et vous n’êtes pas aux bouts de vos surprises !

 

 

5. Éclipses japonaises de Eric Faye

 

Très contente de trouver un roman de Eric Faye dans la sélection, auteur que j’avais découvert avec le très beau Nagasaki. Là encore, l’auteur s’attache à une réalité historique et fait naître des personnages qu’on a du mal à quitter quand on apprend à les connaitre. J’ignorais tout de ces femmes japonaises arrachées à leur vies et à leur pays pour être formées à devenir des espionnes pour le compte de la Corée du Nord. Des femmes fantômes obligées de mener des missions qu’elles n’ont pas choisies avec cet espoir un peu fou de pouvoir retrouver leurs vies volées. Passionnant.

 

 

4. Derniers feux sur Sunset de Stewart O’Nan

 

J’ai un faible pour Fitzgerald, un auteur que je connais bien pour l’avoir étudié. Loin de connaître toute sa vie, j’ai tout de même quelques repères en tête ce qui m’a permis de ne pas être perdue dans ce récit fictif des dernières années de sa vie, celle de sa lente chute après sa fulgurante ascension. Des repères qui peuvent avoir manqué à un certain nombre de lecteurs et je le comprends. Je reste séduite par le roman qu’en a fait Stewart O’Nan, découvert à l’aveugle avec Les joueurs. Une lecture qui fait écho au magnifique Alabama song de Gilles Leroy.

 

 

3. Histoire du lion Personne de Stéphane Audeguy

 

Un des tous premiers romans reçus et logiquement un des tous premiers lus. Encore aujourd’hui, c’est un roman qui me reste en tête. Fable animalière, conte philosophique… qu’importe après tout. La langue est belle et élégante et l’histoire, étonnante, nous entraîne sur les traces du lion Personne qui vécut entre 1786 et 1796 au Sénégal, puis en France. Et on se régale d’une telle simplicité, d’une telle délicatesse, d’une telle intelligence des mots. Magnifique et intemporel.

 

 

2. Avant que les ombres s’effacent de Louis-Philippe Dalembert

 

Impossible de lâcher ce roman une fois commencé ! Il y a d’abord la langue de Louis-Philippe Dalembert que je découvre, une langue pure, charnelle, imagée et généreuse qui enveloppe et plonge d’emblée le lecteur dans un temps qui n’est pas le sien. Romanesque dans le bon sens du terme, cette fresque foisonnante nous emmène d’Haïti à Paris en suivant le destin incroyable d’un juif polonais réfugié à Port-au-Prince. Le tout est tellement savoureux et bien écrit qu’il n’est pas étonnant que ce roman cumule déjà de si belles récompenses. Une vraie belle découverte !

 

 

1. Une bouche sans personne de Gilles Marchand

 

Une évidence. Le premier roman de Gilles Marchand, découvert à sa sortie, fait partie de ces pierres blanches dans ma vie de lectrice. Le genre de rencontre qui laisse des traces, qui fait éclore des sourires tout en faisant naître des larmes, qui dit le monde tout en le réinventant… Des silences, des secrets tus, une intimité que l’on partage… et cette histoire qui finit par se raconter et par relier les hommes. Je l’aime d’amour ce roman. Il est mon gagnant de cœur… et le grand gagnant de cette sélection ♥

 

 

Presque maintenant – Cyril Bonin

Regardez-les, tous les trois, sur la couverture… Ce qui les lie se passe de mots. Ce genre de rencontre qui marque et qui s’ancre, l’évidence, la fusion, le coup de foudre peut-être. Anna, Alexis et Félix sont devenus amis un peu par hasard et sûrement parce qu’il n’y avait pas d’autre chemin possible. La musicienne, l’aspirant écrivain et le jeune étudiant en biotechnologies se trouvent sans se chercher, accordent leurs pas et vivent leur drôle d’amitié avec en tête cet interdit de franchir les lignes…

 

L’union est solide, l’accord tacite. Le trio inséparable ne sera pas un triangle amoureux. La musique, les mots, ceux qu’on dit et ceux qu’on ne dit pas, suffisent à l’harmonie. Mais la vie est joueuse. Et les hasards taquins. Si Alexis n’ose pas et choisit de ne pas rompre l’équilibre du trio alors que son cœur lui crie le contraire, Félix prend le risque et ressort vainqueur de ce duel qui n’en était pas un…

 

Anna et Félix ensemble, Alexis s’éloigne du couple en mettant des kilomètres entre eux. Le couple est heureux, épanoui, se marie et rêve de fonder une famille. Alors que Anna rentre à l’Orchestre National de France, Félix poursuit ses recherches sur les nanoparticules dans le corps humain et participe à la mise au point des Nanopills, des pilules qui une fois ingérées peuvent renseigner en temps réel sur l’état de santé du sujet. Obsédé par la mort de son père des suites d’un cancer qu’il pense qu’il aurait pu prévenir, Félix se met à régenter la vie d’Anna de peur de la perdre…

 

J’aime infiniment la façon qu’a Cyril Bonin de parler d’amour… Rien n’est jamais simple, rien n’est écrit d’avance. Il y a les choix qu’on pense faire, ceux qu’on évite de prendre, ceux qui s’imposent à nous. Les réticences, les pas de côté, les petits coups de pieds au destin, ce grand écart aussi entre l’amour qui enveloppe sans contraindre et celui qui protège en enfermant… Ici, le triangle amoureux n’est évidemment qu’un prétexte. L’amour et ses contradictions, la jeunesse, le temps qui passe, la vie qu’on voudrait retenir… Cyril Bonin déroule le fil d’un thème qu’il connaît bien et qui lui va à la perfection. Le lecteur, lui, tombe « amoureux » de chacun des trois personnages et voudrait ne jamais avoir à les quitter…

 

Voilà, c’est dit. Cyril Bonin fait partie de mes chouchous. J’aime son univers, sa finesse, son intelligence et son trait que je reconnaitrais entre mille. Délicat, élégant, épuré… il n’a pas son pareil pour esquisser les contours des personnages, révéler leurs failles et leurs zones d’ombres, sublimer leurs émotions et les liens qu’ils tissent entre eux ♥

 

Du même auteur sur le blog : QuintettChambre obscure L’homme qui n’existait pasThe Time beforeLa délicatesseAmorostasia tome 1Amorostasia tome 2 Amorostasia tome 3

 

Le blog de Cyril Bonin

 

Éditions Futuropolis (Juin 2018)

72 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-7548-2452-1

 

BD de la semaine saumon

… chez Moka

Amir et Marlène. Coup de foudre en 6e – Ingrid Thobois

Marlène a des taches de rousseur, des cheveux en pagaille, quelques kilos en trop et une vie tout ce qu’il y a de plus normale entre un grand frère un peu lourdaud, un père prof de judo qui surveille les calories englouties et une mère envahissante et ultra anxieuse qui la couve plus férocement qu’une louve. Une petite vie tranquille qui s’écoule doucement dans son petit village paumé du Languedoc Roussillon où elle n’a jamais pu s’échapper des pattes de sa mère qui y dirige la classe unique. Autant dire que Marlène est plutôt ravie de sa rentrée en 6e qui s’annonce, à quelques kilomètres de bus loin de son petit cocon et du périmètre de sureté du regard de sa mère. Une rentrée qui tourne pourtant au cauchemar quand sa mère lui annonce quelques jours avant qu’elle l’a finalement inscrite dans un collège plus éloigné qui obtient de meilleurs résultats au brevet… et dont la principale est une de ses amies. Un collège où elle ne connaîtra personne…

Une rentrée sous les rires et les moqueries qui fera d’elle « Marlène la baleine »… Jusqu’au jour où Amir, « le plus beau garçon de la Terre », débarque dans sa classe. Il arrive de Homs, un village de Syrie ravagé par la guerre, parle un français très approximatif et a un sourire qui lui fait battre le cœur un peu plus fort…

 

J’avoue, j’ai complètement fondu pour cette histoire toute fraîche et pleine de pep’s qui parle de la naissance des premiers émois sans mièvrerie et avec une touchante justesse. Un vrai plaisir de lecture qui m’a ramenée des dizaines d’années en arrière à l’âge des premières amours, des amitiés profondes et des premiers pas balbutiants dans l’adolescence. J’ai aimé la plume d’Ingrid Thobois, drôle et enlevée, son regard tendre sur ses personnages, sa perception très juste de ce petit monde où les émotions sont décuplées, les colères XXL et les prises de conscience violentes. Simplement, à hauteur d’enfant, Ingrid Thobois aborde des sujets délicats avec intelligence. La dose idéale pour éveiller les consciences sur le monde qui nous entoure tout en racontant une belle histoire qui met des papillons dans le ventre. A recommander chaudement à tous les collégiens !

 

En partenariat avec l’association Amnesty International

 

Une lecture bonbon que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Éditions Sarbacane (Mars 2018)

Collection Pépix

240 p.

Illustrations de Gaël Henry

 

Prix : 10,90 €

ISBN : 978-2-37731-072-2

 

pepites_jeunesse

Moins qu’hier (plus que demain) – Fabcaro

« – Et avec Philippe, ça va ?

 

– Oui, super ! J’ai enfin trouvé quelqu’un d’enveloppant, de rassurant… On partage beaucoup de choses, on lit, on va au ciné, on adore marcher dans la forêt, main dans la main… On fait la cuisine ensemble, on écoute la radio… C’est une relation très tendre, très complice…

Et toi avec Bruno, ça va ?

 

– Oui, nous aussi on s’emmerde. »

 

Moral en berne ? Envie d’un petit remontant ? J’ai ! De l’absurde, de l’intelligent, du grinçant, du qui pique, du qui gratte, du drôle, du foutraque… en bref, du Fabcaro ! Après Et si l’amour c’était aimer ?, gloussements garantis avec ce nouvel OVNI qui dézingue la vie de couple. Oui, encore. Et on se régale !!

 

Vous rêvez d’une idylle fusionnelle et exaltante, d’une connexion parfaite qui se passe de mots, d’un quotidien euphorisant loin des courses du samedi matin dans un super U bondé, des reproches larvés sur l’éducation des enfants et des guerres ouvertes contre les dimanches passés chez belle-maman ? Vous rêvez de confessions intimes les yeux dans les yeux, de l’amour, du vrai, celui qui met des papillons dans le ventre et fait voir la vie en rose bonbon ? Aie… Possible que Fabcaro ne vous donne pas envie de vous précipiter devant monsieur le maire pour convoler en justes noces avec l’amour de votre vie. Possible aussi qu’il vous fasse regarder d’un œil torve l’homme avachi dans le canapé ou la femme qui vous accable de reproches quand vous ne baissez pas la lunette des toilettes. Lancer Fabcaro sur le sujet du couple et de l’amour, c’est un peu comme lâcher un éléphant dans un magasin de porcelaine… ça piétine, ça saccage, ça envoie valdinguer dans tous les sens. En gros, ça fout le bordel… !

 

Et là où c’est génial, c’est que tout est fait pour focaliser l’attention du lecteur sur les dialogues hilarants et les situations complètement ubuesques et drôlissimes dans lesquelles se retrouvent les personnages à l’insu de leur plein gré. Dessin simplissime, zéro décor, gaufrier de six cases quasi identiques qui se succèdent, traits des personnages tout juste esquissés, les gags s’enchainent dans des saynètes qui présentent plusieurs couples dans leur vie quotidienne. Exagéré, caricatural…? Si peu. Cynique, acide, méchant, décalé, poussé à l’extrême… oui, mais inutile de gratter très profond pour y découvrir quelques vérités sur la vie à deux.

 

Pour le meilleur… et pour le rire. Du bon, du très bon Fabcaro à consommer sans aucune modération ! Régalade assurée !

 

L’avis de Jérôme

 

Éditions Glénat (Mai 2018)

Collection GlénAAARG !

64 p.

 

Prix : 12,75 €

ISBN : 978-2-344-02579-6

 

BD de la semaine saumon

D’autres bulles à découvrir chez…

 

 

           

            Mo’                           Jacques                         Nathalie                            Aurore

 

 

           

          Blandine                           Karine                             Mylène                              Enna

 

 

       

    Petit carré jaune                   Jérôme                                      Hélène

 

 

           

            Brize                              Maël                            EstelleCalim                       Madame

 

 

           d

          Caroline                            Soukee                            Alice

Mon cœur en confettis – Fanny Vandermeersch

En quelques minutes, le petit monde d’Axelle vole en éclats. Non seulement ses parents divorcent mais sa mère a décidé de déménager sans la consulter pour s’installer à Arras, loin de ses habitudes, loin de ses amis, et surtout loin d’Inès. Comment ses parents peuvent-ils lui faire ça…? Qu’ils se séparent, passe encore, Axelle en serait presque soulagée de laisser derrière elle cette sale ambiance qui planait sans arrêt dans la maison. Mais devoir reprendre ses marques dans un lycée immense où elle n’a pas ses repères, ça, elle ne le digère pas…

 

Ses parents ont pourtant tout organisé dans son dos. Dans quelques jours, Axelle et sa mère aménageront chez Lorenzo, un collègue de sa mère qui accepte de les dépanner le temps qu’elles trouvent un appartement. Un collègue… voilà qui ne fleure rien de bon…

 

Arrivée dans son nouveau lycée, rien ne se passe comme prévu. Non seulement l’adaptation risque de prendre du temps mais Axelle ne perçoit que des ondes négatives autour d’elle… On la regarde comme une bête curieuse, elle se met à dos son professeur de français et une bande de filles l’a visiblement dans le collimateur. Mais il y a Yassine. Un voisin squatteur aussi énigmatique que magnétique qui entre dans sa vie de façon tout à fait imprévue. Une rencontre qui ne sera pas du tout du goût d’Alicia, la peste du lycée, qui compte lui mettre le grappin dessus depuis des années…

 

Après Phobie, Fanny Vandermeersch change de registre avec cette jolie petite romance pour adolescents qui a véritablement tout pour leur plaire. En bonne observatrice de leur petite planète, l’auteure leur offre des personnages qui leur ressemblent. Rien d’artificiel dans les dialogues, les situations, les désirs et les rêves de ces ados. Tout sonne juste. En évitant les clichés, en jouant avec les codes de la romance contemporaine et en abordant à la marge des sujets plus sensibles, Fanny Vandermeersch nous replonge dans nos années lycée avec sa clique de gamines insupportables, son cortège d’amourettes avortées et ses amitiés indélébiles. Une ambiance « cours de récré » qui parlera assurément aux adolescents dès le collège et fera ressurgir les souvenirs des grands nostalgiques que nous sommes.

 

Une jolie pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Le blog de Fanny Vandermeersch

 

Éditions Ravet-Anceau (Avril 2018)

128 p.

 

Prix : 13,00 €

ISBN : 978-2-35973-699-1

 

pepites_jeunesse

Ar-Men. L’enfer des enfers – Emmanuel Lepage

Il y a véritablement quelque chose dans le dessin d’Emmanuel Lepage… Une force incroyable, un vrai souffle, une puissance qui laisse sans voix. Quelque chose de charnel et de violent, de viscéral et de profondément humain…

 

Qu’il parle de la nature, imprévisible, ou de la mer, indomptable, Emmanuel Lepage ne parle en fait que de l’Homme. Celui qui rêve, celui qui bâtit, celui qui détruit, celui qui construit, celui qui répare… Face à une nature sauvage et puissante qu’il peine à apprivoiser, l’homme s’expose à la colère des éléments et fait ce qu’il peut. En témoigne la construction du mythique phare d’Ar-Men, au large de l’île de Sein. Situé en pleine mer sur un bout de roche battu par les flots, il est surnommé « L’enfer des enfers« …

 

« Ar-Men. C’est là où je me suis posé, adossé à l’océan. Loin de tout conflit, de tout engagement, je suis libre. Ici, tout est à sa place… et je suis à la mienne. »

 

Germain, dernier gardien d’Ar-Men. Solitaire, secret, rongé par des démons qui ne laissent pas en paix, il a trouvé dans la furie de la mer un écho à ses tourments le plus intimes. Moïzez, l’enfant perdu qui deviendra un des bâtisseurs du phare et son tout premier gardien. Une histoire que Germain va découvrir par hasard un siècle plus tard. Une histoire qui va l’habiter comme celles des légendes dont il a bercé l’enfance de sa fille… Une histoire, des histoires, où les fantômes ne cessent de côtoyer les vivants…

 

Je ne saurais dire ce qui m’a le plus séduit dans cet album stupéfiant de beauté… Ces aquarelles somptueuses, la puissance des légendes bretonnes, cette immersion saisissante dans la construction épique de ce phare de l’extrême ou le fait que le scénario mêle les faits réels, la fiction et les mythes avec tant de bonheur… Emmanuel Lepage nous raconte une histoire, des histoires, et il nous emmène loin, là où le cœur des hommes bat plus fort. Impossible de ne pas être saisi par cet album, son atmosphère, sa puissance narrative. Un voyage graphique inoubliable ♥

 

Les avis de Antigone, Blandine, Brize, Caro, Eimelle, Hélène, JérômeKathel, Leiloona, Mo’, Nathalie, Sandrine, Saxaoul

 

Éditions Futuropolis (Novembre 2017)

96 p.

 

Prix : 21,00 €

ISBN : 978-2-7548-2336-4

 

BD de la semaine saumon

Chez Mo’

 

Mamie gâteau s’emmêle le tricot – Gwladys Constant / Gilles Freluche

Côme est un petit garçon bavard et curieux à l’imagination débordante. Dans sa tête, ça se bouscule, et dans sa bouche, les mots se mélangent. Un ciel qui pleure, des voitures qui applaudissent… c’est mignon, poétique même, mais Barbara sa maman commence à s’inquiéter qu’il n’apprenne pas comme les autres enfants. Elle qui élève seule son enfant a déjà suffisamment de soucis avec ses journées de travail à rallonge. Alors s’il faut y rajouter des rendez-vous avec la maitresse ou chez le pédopsychiatre… Heureusement qu’il y a mamie Madeleine pour s’occuper de Côme tous les mercredis et tous les jours après l’école avant qu’elle ne vienne le récupérer parfois à la nuit tombée…

 

Depuis qu’il est tout petit, Côme adore aller chez mamie Madeleine. Même s’il aimerait bien qu’elle arrête de l’appeler « bébé », à quatre ans et demi, on est grand ! Et puis mamie est un peu bizarre dernièrement. Elle dit tout le temps qu’elle perd le temps, égare ses pics à tricoter, retrouve ses pelotes de laine dans le frigo, et ne lit plus son journal depuis que ses « chaussettes » ont disparu. Tout ça à cause d’une fantôme facétieux qui s’amuse à lui cacher ses affaires…

 

Quel attachant petit duo que celui de ce petit garçon et de sa grand-mère ! Dans un court texte très astucieux, Gwladys Constant déroule le fil d’une histoire toute simple à hauteur d’enfant. Un petit garçon qui grandit en même temps que sa mamie vieillit, un petit bonhomme haut comme trois pommes et une vieille dame qui ont chacun des raisons bien précises de s’emmêler les pinceaux. Comme Barbara, le petit lecteur se focalise sur les « problèmes » de langage de Côme et ne voit pas pas tout de suite que c’est en fait mamie Madeleine qui « s’emmêle le tricot »…

 

L’écriture de Glawdys Constant est un savoureux mélange de drôlerie et de tendresse, idéal pour parler de la maladie et de la vieillesse aux plus jeunes. Un petit texte tout doux et une façon originale et maligne d’aborder la maladie d’Alzheimer, Mamie gâteau s’emmêle le tricot devrait plaire aux petits lecteurs dès 7 ans.

 

Une lecture que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

De Gwladys Constant sur le blog : La révolte des personnagesPhilibert Merlin, apprenti enchanteur

 

Le site de Gwladys Constant

Le site de Gilles Freluche

 

Les avis de Nathalie, Thalie

 

Éditions Oskar (Février 2018)

Collection Ottokar

62 p.

 

Prix : 8,95 €

ISBN : 979-10-214-0574-5

 

pepites_jeunesse

Chaque jour Dracula – Loïc Clément / Clément Lefèvre

« Peu de gens le savent, mais avant d’être un grand vampire mondialement connu, Dracula a été un enfant (presque) comme les autres. »

 

Tous les matins, chaque jour de la semaine, Dracula se réveille la boule au ventre avec l’envie de rester pelotonné dans son cercueil douillet. Comme tous les petits garçons de son âge, Dracula doit aller à l’école. Mais Dracula n’aime pas du tout, du tout l’école… Sa maîtresse madame Stocker est pourtant gentille et bienveillante et ses résultats sont plutôt bons. Mais à l’école, il y a aussi cette bande de gros durs qui passent leurs temps à l’embêter. Dès que la maitresse a le dos tourné, dans les recoins de la cours de récréation, ils ne laissent jamais passer une occasion de le harceler, de rire de lui… ou même pire. Des yeux trop rouges, des canines trop pointues, un teint trop pâle, un langage trop châtié… Dracula est original, différent et ça ne leur plait pas. De l’ail glissé dans son repas à la cantine, de l’eau bénite rajoutée dans son verre, les caïds ne manquent pas d’imagination pour humilier celui qui est devenu leur cible favorite.

 

Alors chaque soir, Dracula rentre chez lui un peu plus triste, incapable de se confier à son papa de ce qu’il subit au quotidien à l’école. Jusqu’au jour où les évènements dérapent et où Dracula refuse de remettre les pieds à l’école…

 

Quelle belle idée que celle de Loïc Clément et Clément Lefèvre ! Loin de sa Transylvanie natale, mais vivant tout de même dans un château peuplé de fantômes, le jeune Dracula évolue dans notre monde, ce qui accentue ses différences aux yeux de ses camarades de classe.

 

Simplement, à hauteur d’enfant, l’histoire décortique tous les mécanismes du harcèlement en montrant comment une situation tristement banale peut vite évoluer en quelque chose de plus grave. Tout aussi simplement, l’album décrit d’une façon très juste la spirale du harcèlement du point de vue de la victime. Dracula s’enfonce petit à petit dans une tristesse, un silence et un mutisme profonds, incapable d’exprimer ses sentiments sur ce qu’il vit…

En imaginant l’enfance d’une figure de l’imaginaire populaire, Loïc Clément invente un Dracula fragile et on ne peut plus humain. Si le scénario imaginé par le papa de Chaussette et du Voleur de souhaits est subtil et délicat, le dessin l’est tout autant et séduit d’emblée. L’univers de Clément Lefèvre (L’épouvantable peur d’Épiphanie Frayeur) est doux et accueillant et truffé de petits clins d’œil au folklore vampirique. Cerise sur le cadeau, on se régale de la galerie de portraits de vampires célèbres qu’il imagine en fin d’ouvrage dans laquelle on découvre Carmilla, Lestatate ou encore Edward Cuculen.

 

Un très bel album, intelligent et doux, à glisser dans toutes les petites mains et à mettre d’urgence dans toutes les bibliothèques et CDI.

 

Éditions Delcourt jeunesse (Avril 2018)

40 p.

 

Prix : 10,95 €

ISBN : 978-2-413-00166-9

 

BD de la semaine saumon

… chez Stephie

Les étrangers – Eric Pessan / Olivier de Solminihac

C’est l’histoire d’une rencontre. Celle de deux auteurs et celle de jeunes gens qui n’auraient peut-être jamais dû se croiser. Une nuit, une gare désaffectée, un adolescent un peu paumé, d’autres qui le sont encore plus… Le cadre est posé. A tour de rôle, Olivier de Solminihac et Eric Pessan prennent la plume et font rebondir l’histoire sans savoir où leurs personnages vont les mener. En cela, ils leur ressemblent…

 

L’écriture est tendue à l’extrême. Une ambiance sombre et pesante annoncée dès la couverture où le titre s’étale en lettres oranges comme dans le générique d’un film de genre. L’intrigue est quant à elle bien ancrée dans le réel. Ces étrangers, ce sont ceux qu’on ne veut pas voir, ceux qu’on ignore. Ceux dont on parle à la télévision et dans les journaux sans les connaître vraiment…

 

« On peut fermer les yeux pour ne pas voir, se boucher les oreilles pour ne pas entendre, mais penser ? On fait comment pour ne pas penser ? »

 

Ce soir là après sa dernière journée de cours au collège, Basile ne rentre pas directement chez lui. Sans réel but, parce qu’il a besoin de faire le vide et d’oublier ses soucis, ses pas le mènent vers un quartier de la ville qu’il n’a pas pour habitude de fréquenter. Dans cette ancienne gare, il reconnaît Gaëtan, ce garçon un peu à part qui fréquentait son école et qu’il a depuis longtemps perdu de vue. Et Basile reste. Au milieu des bâtiments en ruine et des wagons rouillés, il partage avec lui un repas de fortune après avoir envoyé un message rassurant à sa mère.

 

Et ils arrivent. Ils sont quatre. Pas bien vieux. Des bougies à la main. Craintifs et sur la défensive. Gaëtan les rassure. Basile est un ami… Nima, le plus âgé, en impose, Basile le surnomme le Prince. Le Ténébreux, le Veuf et l’Inconsolé l’accompagnent, leurs mines de « Desdichados » disent tout de leur exil et de leur calvaire. Depuis qu’ils ont fui le centre pour mineurs isolés, ils se cachent de la police. Gaëtan est une des rares balises sur leur route…

 

« C’est incroyable, je dois être à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau de ma chambre et j’ai l’impression de me trouver sur une autre planète. Pourtant, je ne suis pas idiot ou sans conscience : je sais que de nombreux migrants passent dans la région, je sais les camps, je sais les trafics, je sais les jeunes gens qui s’accrochent sous des camions et en meurent parfois, je sais les guerres au loin. Je sais tant et tant de choses qui jusqu’à présent me concernaient si peu. »

 

Court roman a quatre mains qui séduit avant tout par son atmosphère. Concentrée sur une seule nuit, l’intrigue attrape le lecteur dès les premières lignes. Une atmosphère de songe éveillé dont on se réveille brusquement quand on comprend le chemin que prennent les auteurs. Au cours de cette nuit si particulière dont il dira plus tard qu’elle a duré mille ans au moins, Basile prend conscience d’une manière assez brutale de la condition de ces migrants « invisibles ». Alors cette nuit là, au milieu des fantômes et aidé par quelques anges gardiens, Basile va lui aussi prendre des risques et choisir son camp…

 

Les étrangers aborde par un biais original un sujet on ne peut plus d’actualité. Porté par une belle galerie de personnages et « une » plume efficace qui ne surjoue jamais, il soulève nombre de questions tout en éveillant les consciences. Un sujet brûlant qu’on commence à rencontrer de plus en plus en littérature jeunesse mais que j’aurais tout de même souhaité voir développé davantage. Un goût de trop peu sans doute, ce qui ne m’empêchera pas de proposer ce roman intelligent et bien mené à des adolescents chez qui il devrait trouver un écho.

 

Une lecture que je partage avec Jérôme

 

L’avis de Yv

 

D’autres romans d’Eric Pessan sur le blog : Aussi loin que possibleDans la forêt de Hokkaido

 

Éditions École des Loisirs (Avril 2018)

Collection Médium plus

125 p.

 

Prix : 13,00 €

ISBN : 978-2-211-23683-6

 

pepites_jeunesse

Scherbius (et moi) – Antoine Bello

C’est avec gourmandise que je me suis lancée dans le nouveau roman d’Antoine Bello. Gourmandise, appétit et impatience. Cette fois ci, je pensais savoir à peu près où je mettais les pieds. Avoir compris un peu le petit jeu de l’auteur. Il m’avait bernée une fois, puis une seconde… je n’allais pas me laisser embobiner aussi facilement une troisième fois…

 

Sauf que. Dès les premières lignes, impossible de ne pas reconnaître que l’auteur maîtrise à merveille l’art de l’intrigue. S’il joue aux échecs, il doit être un redoutable tacticien. Et si par hasard il est adepte du poker, je ne m’assiérais jamais à la même table que lui. Trop dangereux. Bien trop dangereux. C’est assez bluffant finalement quand on y réfléchit. On se fait avoir et on en redemande. On entre bille en tête dans le piège en pensant pouvoir en trouver la sortie. Mais tout se tient. Et l’auteur déploie ses filets de façon brillante, ferre sa proie son lecteur et ne le lâche plus…

 

Vous avez entre les mains un livre, celui que Maxime Le Verrier, psychiatre, consacre à celui qui sera le patient et l’obsession de sa vie. Alexandre Scherbius, menteur chronique, imposteur pathologique et arnaqueur de génie, s’invente des vies qui ne sont pas les siennes. Un cas étonnant et extrême de trouble de la personnalité multiple que le psychiatre tente de décortiquer et d’analyser alors que le monde de la psychiatrie commence tout juste à s’intéresser au sujet. Mais pour guérir, il faut être deux… et bien malin celui qui saura dire qui mène véritablement la danse dans ce jeu de dupe entre thérapeute et patient…

 

« Scherbius existe dans mon regard, comme j’existe dans le sien.

Nous sommes associés, que je le veuille ou non, pour le meilleur et pour le pire. »

 

Vous avez entre les mains un livre… ou peut-être deux… ou peut-être trois… Scherbius, publié en 1978 aux éditions du Sens, devient un best-seller. Une première édition que le psychiatre n’aura de cesse de compléter par de nouvelles éditions à mesure qu’il apprend (ou pense apprendre) à cerner la personnalité complexe de ce patient pas comme les autres. Scherbius fascine, étonne, agace. En face de lui, Le Verrier s’embourbe, dérape, se fourvoie, se persuade d’être dans le vrai mais ne fait pas le poids. Du moins en apparence. Est-ce à dire que les deux personnages ne s’affrontent pas à armes égales ? Que le petit jeu du chat et de la souris est plié d’avance…? Bien malin celui qui arrivera à déterminer qui tire réellement les ficelles. Inutile d’ailleurs de compter sur l’auteur pour vous donner le plus petit embryon de réponse. Antoine Bello déroule le fil de son histoire et on se délecte des mille vies qu’il fait vivre à son personnage. Des vies fictives d’une telle richesse que chaque personnalité de Scherbius pourrait être à lui seul le personnage d’un nouveau roman. Et de fait, Scherbius est un incroyable roman à tiroirs où il serait vain de tenter de démêler le « vrai » du « faux », la « vérité » du « mensonge »… Vivre plusieurs vies… n’est-ce pas le super pouvoir de la littérature ?

 

« Je croyais avoir produit une biographie,

j’ai en fait écrit un roman – pire, le roman d’un autre. »

 

Quel livre est-on en train de lire ? Celui de Maxime Le Verrier sur Scherbius ? Celui que Scherbius inspire à Le Verrier ? Celui que Scherbius veut qu’on écrive sur lui ? Et si le véritable imposteur était l’auteur lui-même..? Vous avez le tournis ? C’est normal. Mais dites vous que ce sera bien pire quand vous vous lancerez dans ce roman addictif que vous serez bien en peine de lâcher. Alors… vous jouez ? 😉

 

Une lecture jubilatoire que je partage avec tout autant de jubilation avec Nicole

 

Du même auteur sur le blog : Les FalsificateursL’homme qui s’envola

 

Éditions Gallimard (Mai 2018)

Collection Blanche

437 p.

 

Prix : 21,00 €

ISBN : 978-2-07-279167-3

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