Nos cœurs tordus – Séverine Vidal / Manu Causse

« Les genoux qui se cognent, mes os qui me tiennent mal, mes pieds en dedans, mes mouvements désordonnés, tout le haut de mon corps qui se cabre à chaque pas, comme si je tombais à nouveau, et ma canne qui rythme ma marche lente d’un « clac, clac » assez rock.

C’est donc moi, Vladimir Duchamp, quinze ans dans deux mois, handicapé de naissance, pantin un peu désarticulé, admis dans l’ULIS du collège Georges Brassens pour l’année, la langue bien pendue, des rêves de cinéma plein la tête et, depuis un quart d’heure, une Lou dans les pattes. »

 

Une jolie « famille » comme je les aime. Une belle galerie de personnages un peu bancals qui tentent de pousser droit. Avec Nos cœurs tordus, Séverine Vidal et Manu Causse ont réalisé le casting parfait. Des personnages cabossés, des écorchés vifs aussi atypiques qu’attachants pour lesquels on a du mal à ne pas fondre d’amour. Tous gravitent autour de Vlad. Vlad aimante, un peu malgré lui. Solaire, charismatique, il attire autour de lui une bande de doux dingues qui ont tous, à des degrés divers, des comptes à régler. Avec la vie. Avec eux-mêmes. Avec les autres. Au fil des mois d’une année scolaire un peu particulière, il vont faire front commun. Apprendre à s’accepter. A être soi. A se dépasser. A s’aimer. A renoncer. A avancer. A grandir…

 

Mon premier est un mini roman de Séverine Vidal paru dans le magazine Je bouquine sous le titre de Un cœur en équilibre. Mon second est la naissance des voix des copains de Vlad, imaginées par Manu Causse. Mon tout est Nos cœurs tordus, un roman choral doudou bourré d’énergie positive qui fait un bien fou. Comme dans une vraie famille qui ne s’est pas vraiment choisie, le lecteur se régale des liens qu’il voit se tisser parfois en silence. De ces complicités qui naissent entre des êtres qu’à priori rien ne rapproche. De cette intimité qui s’impose comme une évidence entre Saïd le mal aimé, Mathilde « la moitié morte », la belle Lou, les jumelles Théa et Charlie, Dylan le rêveur… et Vlad, colonne vertébrale de tout ce petit monde.

 

« Il y a, dans la vie, des moments parfaits. »

 

… Et ce roman en est un ! L’histoire est belle et forte, drôle et tendre, positive et sensible. On y parle de handicap, des combats du quotidien, des rêves qui donnent des ailes et permettent d’abattre toutes les barrières. On en ressort gonflé d’amour avec en sourdine la nostalgie des souvenirs des années collège, des passions partagées, des premières amours et des amitiés intenses de l’adolescence. Un roman irrésistible qui a récolté cette année le Prix Gulli et un joli coup de cœur que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

L’avis de Mylène

 

Le blog de Séverine Vidal

Le blog de Manu Causse

 

Éditions Bayard jeunesse (Mars 2017)

224 p.

 

Prix : 13,90 €

ISBN : 978-2-7470-6862-8

 

pepites_jeunesse

La petite souriante – Zidrou / Springer / Lambour

Nuit d’encre. Quelques autruches à l’oeil goguenard. Un pick up à l’arrêt dans une plaine déserte. Gros plan sur un homme qui assassine sa femme sauvagement à coups de massue. Visage fracassé, corps démantibulé dans une robe à fleurs ensanglantée, il ne reste plus grand chose de reconnaissable de Dora. Le devoir accompli, Pep charge le corps de sa défunte épouse à l’arrière du véhicule, termine le job quand elle se met à parler dans des borborygmes indistincts et balance froidement la récalcitrante dans un puits. Trois molaires ramassées en guise de trophée, Pep peut annoncer la bonne nouvelle à sa maîtresse…

 

Josep Pla, dit Pep, éleveur d’autruches depuis 20 ans, vient enfin de se débarasser de son encombrante épouse, cauchemar de ses jours et de ses nuits depuis 13 ans. Enfin peinard. Et libre d’aimer et de se taper au grand jour sa belle-fille Isabela, à l’origine de ce sanglant carnage. Une pluie providentielle lavant les traces de la tuerie, il ne lui reste plus qu’à mettre le feu à ses vêtements souillés et à rentrer au bercail où les hurlements de la mégère ne risquent plus de lui vriller les tympans. Pep passe la porte, s’étonne de la lumière restée allumée dans la cuisine… et y découvre sa femme, bigoudis sur la tête, qui lui réclame du beurre… L’histoire ne fait que commencer…

 

Etonnant Zidrou ! A mi-chemin entre un court-métrage de série Z et un thriller horrifique à haute teneur en hémoglobine, le scénariste joue la carte du trash assumé et de l’humour de mauvais goût dans un album noir très serré. Débauche de sang et de violence, gros plans bien gores on ne peut plus explicites, l’heure n’est pas à la suggestion. Ca gicle, ça éclabousse, ça tache… et ça ne fait pas semblant.

 

Passé l’instant de surprise, le lecteur s’étonne de naviguer presque normalement dans un univers qui lui est loin de l’être. Des morts qui ne le sont pas ou qui ne comptent pas le rester, des mises à mort sanglantes qui en entraînent d’autres… on finit par ne plus trop se poser de questions tant il ne semble pas y avoir d’explication rationnelle à un tel chaos. Violence, cruauté, stupidité crasse, folie, vulgarité… Benoît Springer s’y entend pour mettre en images l’histoire ô combien sordide imaginée par son acolyte. Le trait est gras et grossier, les personnages laids et odieux, tout est poisseux, visqueux et dégueulasse. Une impression accentuée par des cadrages cinématographiques on ne peut plus réussis qui rendent le tout d’un extrême réalisme.

 

Le lecteur, embarqué sans ménagement, hésite entre rire jaune et nausée, écarquille les yeux, les ferme tout aussi soudainement… et finalement s’amuse de cette parenthèse horrifique où les deux auteurs s’en sont visiblement donné à coeur joie. Après Le Beau voyage et L’Indivision, le duo Zidrou – Springer ne fait pas dans la dentelle en brodant sur la comptine La petite souriante que l’on retrouve dans le cahier graphique en fin d’ouvrage. Un bien bel ouvrage d’ailleurs, à la couverture effet vieilli très réussie. Les fans de Zidrou risquent d’être divisés sur ce nouvel opus, j’en ressors personnellement étonnée et conquise tant le scénariste touche-à-tout continue de me surprendre.

 

Une découverte hors des sentiers battus que je partage avec Mo’

Editions Dupuis (Février 2018)

56 p.

 

Prix : 14,50 €

ISBN :  978-2-8001-6859-3

BD de la semaine saumon

… chez Stephie

Philibert Merlin, apprenti enchanteur – Glwadys Constant

Chez les Merlin, personne n’a de doute concernant les incroyables talents de Philibert, septième et dernier enfant de la famille. Philibert a forcément un don, comme ses parents, ses six frères et sœurs tous virtuoses dans leur domaine. Un don un peu trop caché et qui tarde à voir le jour. Un don que chacun s’emploie à débusquer par tout un tas de stratagèmes. Las. Philibert semble n’avoir aucun talent. Pire, à force de tenter de trouver ce qui le rendra aussi exceptionnel que ses illustres aînés, le benjamin multiplie les catastrophes…

 

Philibert serait-il un petit garçon normal, sans une once de talent ? Est-il possible que lui, le septième fils sur lequel tous les espoirs reposent, ne révèle aucun don magique..?

 

Quel réjouissant petit roman ! Dans cette famille exceptionnelle qui compte une ribambelle de génies, Philibert tente de trouver sa place et de savoir qui il est. Philibert tâtonne, expérimente, teste les talents de tous ses prédécesseurs mais aucun ne lui convient. Non, Philibert n’a pas la bosse des maths, n’a aucun talent musical et ne sera pas le prochain Goncourt. Aucune chance non plus que ses toiles soient un jour exposées dans les plus grandes galeries du monde ni qu’il devienne le prochain Bill Gates. Normal. Philibert est désespérément normal. Vraiment ? Et si pour trouver son don il ne fallait tout simplement pas le chercher ? Et si pour se découvrir il fallait juste laisser faire le temps, le hasard ou les opportunités ?

 

L’écriture de Glawdys Constant est un délice (à découvrir, si ce n’est pas déjà fait, La révolte des personnages). Sous couvert de légèreté, elle aborde la difficulté de trouver sa place et d’être soi, ce sentiment d’être différent dans une tribu qu’on peine à « égaler ». Dialogues savoureux, jolie communauté de personnages généreux et aimants, habile mélange d’humour et de tendresse, ce petit roman est un régal qui ravira tous les jeunes lecteurs dès 9 ans… tout en les faisant réfléchir sur cette voie qu’ils sont les seuls à pouvoir tracer.

 

Une bien jolie pépite jeunesse que je partage comme chaque mardi avec Jérôme.  

 

Éditions du Rouergue (Janvier 2018)

Collection Dacodac

107 p.

Illustrations de Juliette Barbanègre

 

Prix : 9,50 €

ISBN : 978-2-8126-1505-4

  pepites_jeunesse

L’homme gribouillé – Serge Lehman / Frederik Peeters

Chers lecteurs, méfiez-vous…. Il y a fort à parier que vous ne pourrez pas lâcher L’homme gribouillé une fois que vous aurez fait sa rencontre. Ou que ce soit lui, finalement, qui ne souhaite pas vous relâcher… Possible aussi que vous vous demandiez longtemps quel genre d’histoire vous êtes en train de lire. Enquête ou voyage initiatique ? Thriller horrifique ou saga familiale subtilement teintée de fantastique ? Une seule chose est certaine. Vous risquez bien de rester vissé à votre fauteuil jusqu’à la fin de cet épais roman graphique en hésitant sans cesse entre explications rationnelles et d’autres qui le sont beaucoup moins… mais qui bizarrement sont tout aussi plausibles…

 

Qui est donc cet étrange personnage qui se fait appeler Max Corbeau et s’invite avec fracas dans les vies jusque là plutôt tranquilles des femmes Couvreur ? Que veut ce maître-chanteur qui cultive son apparence d’oiseau de mauvais augure avec son masque au nez crochu, son chapeau à larges bords et son manteau à plumes ? Quel sombre dessein poursuit cette créature qui semble issue d’un mauvais rêve..?

 

Alors que des trombes d’eau détrempent le bitume de la capitale, Betty et sa fille Clara vont se lancer à corps perdu dans une chasse effrénée dont elles sont loin de deviner les véritables enjeux. Une course poursuite qui va les emmener à faire des découvertes fracassantes sur le passé de cette famille où les hommes ont toujours été aux abonnés absents : Maud, la grand-mère, auteure reconnue de livres horrifiques pour enfants. Betty, sa fille, éditrice célibataire frappée de crises d’aphasie quand elle traverse une période de stress. Clara, le fille de Betty, adolescente vive et bavarde qui semble avoir hérité de sa grand-mère un certain don pour raconter et inventer les histoires. Trois femmes et une mystérieuse dette à payer. Trois femmes contre un personnage étrange qui semble n’avoir rien d’humain…

 

Le duo Lehman / Peeters a sorti l’artillerie lourde. Dès les premières planches, le lecteur est pris dans les filets d’un scénario d’une grande richesse qui se nourrit du thriller tout en allant subtilement déloger quelques légendes ancestrales, superstitions et autres créatures fantastiques jusque là paisiblement endormies. Baignée dans une aura d’étrangeté, l’histoire se déploie sur plus de 300 pages dans un noir et blanc intense et hypnotique. Entre chausse-trappes et fausses pistes, le récit se fait labyrinthe et réveille l’imaginaire. En convoquant les forces telluriques et les figures mythologiques des histoires qui traversent les siècles, Serge Lehman et Frederik Peeters réaffirment le pouvoir de la fiction pure. Et vous racontent une histoire…. Brillant ♥

 

Un coup de coeur XXL que je partage avec Jérôme et Mo’ !

 

L’avis de Jacques

 

Éditions Delcourt (Janvier 2018)

327 p.

 

Prix : 30,00 €

ISBN : 978-2-7560-9625-4

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

 

           

           Stephie                            Audrey                           Natiora                             Moka

 

 

           

               Mo’                            Jérôme                              Blondin                        Blandine

 

 

           

             Enna                            Karine                            Mylène                        Amandine

 

 

              

                  Sabine                                         Marion                                          Iluze

 

 

           

         Sandrine                          Aurore                           Saxaoul                              Fanny

 

 

           

             Caro                       Un amour de BD                    Khadie                          Hélène

 

 

  

                                                Azi Lis                                                                       Hilde

 

 

           

           Nath                           Bouma                              Alice                            PatiVore

 

 

           Soukee

Mon grand soir – Audrey Demaury

« Dans ma vie, parfois, on se croirait dans un film qui fait un peu pleurer. »

 

Seule à la maison pour la soirée, Lola a du mal à profiter de l’aubaine. Dehors, une tempête de neige fait rage. Et dans sa tête, ça se bouscule aussi… Des mois que leur vie de famille est entre parenthèses. Qu’ils marchent sur des œufs et qu’ils croisent les doigts très fort. Qu’ils espèrent cet appel de l’hôpital pour leur annoncer que Mano a enfin un nouveau cœur qui l’attend…

 

Jour J. Sa mère tourne en rond comme un lion en cage en attendant l’ambulance qui va venir chercher Mano. Son père les rejoindra directement à l’hôpital. Ce soir, Lola a le champ libre. Libre d’écouter Mickael Jackson à tue-tête. Libre de se déchaîner sur sa batterie. Libre de ne penser qu’à elle puisque personne n’a le temps pour ça. Libre d’oublier pour une fois le cœur de son frère qui fait la loi dans la maison. Libre de mettre de côté cette angoisse sourde qui pèse sur sa poitrine pour profiter de cette solitude providentielle…

 

« Je peux vous dire que ce n’est pas si facile que ça de s’en sortir seule avec ce compte à rebours qui fait Tic-Tac dans la tête. (…) La maison entre en hibernation avec moi. Je me laisse tomber sur le lit de mon frère. J’ai beau avoir une dizaine à mon âge, je n’ai pas encore tiré un trait sur tous les monstres du monde, il y en a un paquet qui viennent de prendre possession des lieux et la froussarde qui sommeille en moi scrute sous le lit pour essayer de les déloger. »

 

Le premier roman de Audrey Demaury se lit d’une traite. La voix de Lola sonne juste. Sur un sujet anxiogène, l’auteure dose à la perfection l’humour et la légèreté. Le jeune lecteur ne peut que s’identifier à cette adolescente livrée à elle même pendant ce fameux grand soir qui a tout du saut dans le vide. D’un côté, l’ivresse de la liberté, de l’autre, l’épée de Damoclès qui pèse de tout son poids…

 

On imagine la lourdeur de la vie de famille. Ces respirations qu’on retient, ces joies qu’on s’interdit, ces pensées et ces attentions logiquement tournées vers Mano et son combat pour la vie. On ressent tout l’amour de Lola pour son petit frère tout comme on comprend son besoin viscéral d’air, de liberté et de lâcher prise. Constamment sur le fil, Lola s’autorise à être pour une fois un peu égoïste… Mais c’est le grand soir, celui de tous les dangers, de tous les espoirs aussi. Alors que la tempête rugit dehors et paralyse le pays tout entier, Lola guette la sonnerie du téléphone. Une nouvelle vie peut commencer. Ou s’arrêter…

 

Une nouvelle pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Éditions Thierry Magnier (Janvier 2018)

Collection Grands romans

128 p.

 

Prix : 9,90 €

ISBN : 979-10-352-0133-3

 

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La tristesse de l’éléphant – Nicolas Antona / Nina Jacqmin

Il y a parfois des petits miracles dans la vie. Des instants comme suspendus. Des purs moments de grâce…

Des belles rencontres…

 

Et il y a La tristesse de l’éléphant

 

« La vie, c’est des étapes…

La plus douce, c’est l’amour.

La plus dure, c’est la séparation.

La plus pénible, c’est les adieux.

La plus belle, c’est les retrouvailles. »

 

Il a le visage rond des rêveurs et le regard un peu perdu de ceux qui ne se pensent pas à leur place. Le corps lourd et malhabile, les gestes empêchés, il avance la tête courbée pour ne pas affronter les quolibets et les insultes de ses compagnons de chambrée. Parfois, des parents en mal d’amour franchissent les grilles de l’orphelinat en espérant y faire la rencontre de leur vie. Las, il a pris l’habitude de voir partir ceux qu’on a envie de chérir. Il grandira ici, seul, c’est écrit…

 

Elle a le corps gracile et la grâce des ballerines. Élevée dans un cirque itinérant au milieu d’une faune colorée et de joyeux saltimbanques, elle irradie d’une joie naturelle que rien ne semble pouvoir altérer. Fluette et légère comme une plume, elle virevolte auprès des éléphants qu’elle dresse avec sa mère. Bercée par les applaudissements qui résonnent sous le chapiteau, sa vie sera faite de lumière et de belles rencontres, c’est écrit…

 

Il s’appelle Louis. Elle s’appelle Clara. Leur rencontre improbable va bousculer les barrières et s’imposer comme une belle évidence. Des regards d’abord. Puis les mots, les rires et les secrets partagés. L’amitié vraie et forte de l’enfance. L’attente, les lettres et les promesses échangées quand le cirque s’éloigne pendant quelques mois. Et la certitude, viscérale, d’avoir trouvé son essentiel…

 

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

 

La tristesse de l’éléphant fait partie de ces petits bijoux qu’on voudrait égoïstement garder pour soi. A tel point qu’il est difficile de trouver les mots qui évoqueraient au mieux les montagnes russes d’émotions qu’il provoque… On entre à pas feutrés dans cette bulle de douceur et de finesse. On s’attendrit des balbutiements timides de l’idylle naissante. On admire leur amour solide qui semble pouvoir s’affranchir de tous les obstacles. Oui, c’est ça La tristesse de l’éléphant. Une histoire d’amour belle et simple qui vous attrape et ne vous lâche pas. Vous fait sourire, vous émeut et vous bouleverse pour finir par vous tirer ces larmes que vous seriez bien en peine de retenir… Vous essore le cœur tout en le faisant battre plus fort…

 

Sur ce scénario profondément touchant et d’une magnifique simplicité de Nicolas Antona, le crayonné sensible et élégant de Nina Jacqmin touche au sublime. Une évidence. La palette de gris est impressionnante de contrastes, rehaussée de ci de là par ces touches de couleur qui illuminent les planches. Le plus beau des écrins pour un premier album remarqué et remarquable qui entre directement dans mon petit panthéon personnel…

 

Un beau et grand coup de cœur que j’ai un plaisir fou à partager avec Saxaoul

 

Les avis de Fanny, Géraldine, Laure, Mo’, Moka, le petit carré jaune, Stephie, Yvan

 

Éditions Les Enfants Rouges (Janvier 2016)

80 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-35419-082-8

BD de la semaine saumon

… chez Moka

Sauveur & fils (saison 4) – Marie-Aude Murail

« La cuisine, le petit déjeuner sur la grande table, Sauveur mal rasé, les deux garçons jacassant, les hamsters et les cochons d’Inde, l’odeur du pain grillé, Gabin qui débarque, des épis plein les cheveux, Jovo qui sent la cigarette… »

 

 

Cher Sauveur,

 

Je crois bien avoir pris une des meilleures décisions de ma vie quand j’ai poussé la porte de votre cabinet de psychologue pour la première fois. Je ne pouvais évidemment pas deviner que nous ferions tout ce chemin ensemble. Presque deux ans depuis notre première rencontre, je m’en souviens comme si c’était hier…

 

Il y en avait du monde dans votre salle d’attente ce jour là. Un ballet incessant d’adolescents et de parents cabossés qui espéraient trouver une oreille attentive, parfois même des réponses aux questions qui ne se posaient même pas. Peut-être que vous avez un don…  Celui de tourner vers nous un miroir, celui de nous révéler à nous mêmes. Plusieurs fois j’ai rêvé de pouvoir espionner ce qui se passait dans l’intimité de votre cabinet. D’entendre les confidences de vos patients et votre façon si particulière de percer à jour leurs moindres failles, leurs forces qu’ils ignorent aussi. Peut-être que j’étais un peu jalouse, oui, de tout ce temps passé avec d’autres. Pas facile de vous partager… C’est sûrement ce que doit se dire votre compagne d’ailleurs, et je la comprends. Si par hasard elle en vient à se lasser de cette situation…. enfin non, oubliez…

 

Sauveur, on peut se dire Tu…? Je voulais juste te dire merci. Ces moments passés avec toi ont été inoubliables. De vraies parenthèses, du bonheur à l’état brut. Et surtout, ils m’ont fait du bien. Ça me fait drôle de te quitter tu sais. De me dire que je ne pousserai plus la porte de ce cabinet. Elles vont me manquer tes petites piques d’humour. Il va me manquer le son de ta voix. Ton regard, ta bienveillance, et cette façon si particulière de dénouer les fils… Il parait que les bonnes choses ont une fin. Tu sais, je n’en suis pas si sûre. Je crois que j’ai encore besoin de quelques consultations. Histoire de me sentir moins orpheline…

 

Bon. Rassure toi, tout va bien, je ne suis pas triste. Au contraire, je suis plus qu’heureuse d’avoir pu croiser ta route. Je vais te laisser à Louise, à ta tribu de p’tits gars, à ta jolie famille rapiécée et à tes bestioles en tous genres. Ils ont besoin de toi. Par contre, attends toi de temps en temps à me voir roder autour du 12 rue des Murlins pour feuilleter les albums souvenirs… ♥

 

Ta dévouée Noukette, fan number one et admiratrice inconditionnelle

 

Une fin de saga culte que je ne pouvais que partager avec Jérôme

 

♦ Et lire, relire et offrir… les saisons 1, 2, et 3

 

♦ Elles t’adorent aussi (mais moins que moi…!) Canel, Cuné, Moka et Pépita

 

Éditions École des Loisirs (Janvier 2018)

Collection Medium

320 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-211-23560-0

 

pepites_jeunesse

Le jardin du dedans-dehors – Chiara Mezzalama / Régis Lejonc

Dedans

 

Un jardin luxuriant. Des fontaines et un étang. Des arbres immenses, des herbes folles. Des fleurs, des fruits, des oiseaux de paradis. Des tas de recoins secrets, les fantômes des princes et des princesses des temps d’avant, la liberté… de courir, de jouer, de grandir…

 

Dehors

 

Des coups de feu, des explosions, des cris. Des fumées noires et des gens tristes. Des soldats qui font peur. Du rouge, du noir, du sang, des larmes. Et la ville-monstre qui s’étend, tentaculaire, emprisonnant ses habitants dans ses filets…

 

 

Dedans, Chiara et son petit frère sont à l’abri. Derrière les hauts murs du palais, la vie s’étire dans un silence ouaté. Des jeux d’enfants loin de la fureur du monde, des rêves de mômes loin du fracas de la guerre que se font les grands. De ce pays lointain où la famille est venue s’installer, les enfants ne savent pas grand chose. Du dehors, ils n’entendent que les bruits lointains, et parfois, les sirènes assourdissantes qui s’invitent dans les cauchemars…

 

Jusqu’au jour où le dehors s’invite dans le dedans… Un petit garçon qui escalade le mur du jardin. Une main tendue. Une langue que Chiara ne comprend pas. Des cheveux ébouriffés, des yeux foncés, et un grand sourire qui inonde. Le petit garçon du dehors sera le secret de Chiara. Dans le royaume du Dehors-Dedans, tout devient possible…

 

En 1979, le père de Chiara Mezzalama est nommé ambassadeur d’Italie à Téhéran. Devenue adulte, Chiara n’a rien oublié. Et elle raconte. Les sons et les odeurs, les rêves et les contes, son amitié improbable avec son prince persan venu du dehors…

 

Ici ou ailleurs, maintenant, avant… peu importe. Le jardin du dedans-dehors est une bulle de douceur préservée de la furie des hommes. A l’extérieur, tout se brise, tout explose, rien ne fait sens. A l’intérieur, les amitiés se tissent, les liens se nouent, les souvenirs se construisent. L’album bijou de Chiara Mezzalama et Régis Lejonc dit l’essentiel. L’enfance rêvée, les oasis de paix, les rencontres d’une vie, les murs qu’il faut franchir, les frontières qui s’effacent… Le texte poétique et nostalgique de l’auteure italienne trouve dans le dessin de Régis Lejonc un écrin à sa mesure. Grandiose. Virtuose. Furieusement beau ♥

 

PRIX SORCIÈRES 2018 – catégorie « Carrément Beau Maxi »

 

L’avis de Nadael

 

Les éditions des Éléphants (Septembre 2017)

28 p.

 

Prix : 15,00 €

ISBN : 978-2-37273-033-4

 

Un funambule – Alexandre Seurat

On referme les pages de ce court roman dans un état assez indéfinissable. A mi chemin entre une gueule de bois carabinée, une longue nuit d’insomnie et une plongée en apnée. Un peu groggy, un brin nauséeux. Mal à l’aise. Perdu…

 

On le referme et on observe la couverture autrement. Un homme seul dans un genre de labyrinthe dont il ne semble pas trouver l’issue. Des allées sombres où peine à percer la lumière. Il s’en dégage une étrange sensation d’égarement, de solitude et de tristesse. De fait, le personnage de ce roman est un errant. Errant dans son propre esprit, étranger à son propre corps, il avance sans repères dans un monde apparemment devenu hostile. Un funambule. En équilibre instable entre cette vie qui n’est pas la sienne, ce monde qui n’est pas le sien, ses proches qui se tiennent à distance et ceux qui l’ont abandonné.

 

Dans la maison de vacances de ses parents où il s’est réfugié, le temps s’arrête. Mais dehors, tout se délite, tout se brise, rien ne fait sens… Hors-cadre. Étouffé par des codes qu’il ne comprend pas, assommé par des rêves dont il ne décode pas les signes, troublé par l’invasion des souvenirs et la violence du monde qui l’entoure, il avance à l’aveugle dans un tunnel sans fin.

 

« Un funambule, s’il s’apprête à marcher sur son fil, doit basculer le poids de son corps du pied qui est sur le rebord au-dessus du vide, et il ne peut le faire qu’en ayant une confiance absolue dans le vide. Il ferme les yeux, il se concentre, prend sa respiration, et tout à coup peut-être, il sent l’appel du fil, et il avance : il marche, et tout est simple, peut-être, tout est lumineux. Peut-être. »

 

L’écriture d’Alexandre Seurat est troublante. Elle tranche à vif, va à l’essentiel, révèle les fêlures en épousant les angoisses, les pensées intimes et les sentiments de son personnage principal. Elle s’étire, s’élance, se resserre, dérive, déroute. Impossible de lâcher ce roman une fois commencé. On y ressent l’urgence. On y perçoit la violence sourde et lancinante. On touche du doigt la folie qui s’installe, insaisissable et perverse…

 

La maladroite m’avait bluffée par sa narration et sa construction imparable. J’avais retrouvé avec bonheur cette plume froide et distanciée, ce regard impitoyable sur les évènements, cette capacité à dire l’indicible dans L’administrateur provisoire. Tendu, intense, troublant, Un funambule confirme tout le talent de l’auteur pour créer une atmosphère et faire naître l’émotion.

 

L’avis de Jostein

 

Éditions du Rouergue (Janvier 2018)

Collection La Brune

96 p.

 

Prix : 12,00 €

ISBN : 978-2-8126-1508-5

La guerre de Catherine – Julia Billet / Claire Fauvel

C’est à travers l’objectif de son appareil photo que Rachel aime voir le monde qui l’entoure. Capturer l’instant parfait, jouer sur les ombres et les contrastes, capter la lumière, attendre que les clichés s’imposent d’eux-mêmes… Des parenthèses enchantées où elle se réfugie pour oublier qu’elle est loin des siens dont elle n’a plus aucune nouvelle.

 

Nous sommes en 1941 et c’est à l’internat de la Maison des Enfants de Sèvres que Rachel vit et étudie. Un lieu un peu hors du temps, comme épargné du fracas du monde, où le personnel avant-gardiste se donne sans compter pour éveiller et éduquer ses pensionnaires. Nombreux sont ceux qui, comme Rachel, leur ont été confiés par sécurité. A l’heure où les lois anti Juifs se durcissent et font de plus en plus de victimes, la maison de Sèvres est un refuge providentiel…

 

« D’un clic, arrêter le temps. »

 

Mais la guerre ne s’arrête pas au portail de l’internat. Très vite, il devient urgent de mettre en sécurité les pensionnaires qui ailleurs devraient porter l’étoile jaune. En lien avec un réseau de résistants, la direction de l’école organise leur fuite. Un autre prénom, un autre nom, une autre identité… Devenue Catherine Colin, Rachel Cohen va vivre sa guerre la bandoulière de son appareil photo autour du cou. Fixer le moindre moment. Capturer tous les visages rencontrés sur sa route. Capter les changements du monde. Plus tard, Rachel pourra tout raconter…

 

« Tu pars ? Prends des photos, collecte des images, et rapporte-nous tout ça à la fin de la guerre. Va, regarde le monde avec des yeux d’artiste, de citoyenne de la République des Enfants. Ne perds rien. Nous aurons besoin de ces témoignages quand la guerre sera finie. »

 

La guerre de Catherine est l’adaptation du roman éponyme de Julia Billet qui s’inspire de l’histoire de sa propre mère, pensionnaire à la Maison de Sèvres sous l’occupation. L’œil de Rachel. C’est à travers lui que le lecteur va vivre cette période sombre de l’Histoire. Sur son parcours, des obstacles, des dangers… mais aussi de belles rencontres, certaines déterminantes. Fixés sur pellicule, des visages, des instants et des lieux impossibles à oublier. La guerre de Catherine. Sa façon de résister. Un témoignage à hauteur d’enfant qui restitue avec précision le contexte de la France occupée en se concentrant sur la vie quotidienne de tous ces hommes et ces femmes pris dans la tourmente.

 

Sur un scénario sans fausse note, le dessin sensible de Claire Fauvel fait merveille. Le trait est doux, rond, les aquarelles lumineuses, les visages expressifs. Un régal pour les yeux tant l’illustratrice arrive à capter les ambiances. Petit à petit, au travers des photographies de Rachel qui parsèment le récit et grâce aux mots de son journal, une époque se révèle.

 

La guerre de Catherine a logiquement obtenu le Fauve Jeunesse à Angoulême cette année, une réussite !

 

Les avis de Antigone, Bouma, Clarabel, Gambadou, Saxaoul, Stephie

Éditions Rue de Sèvres (Mai 2017)

160 p.

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-36981-362-0

 

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