Sa mère – Saphia Azzeddine

Mon premier de cette foisonnante rentrée littéraire, et non des moindres ! Il faisait partir de mes dix chouchous héhé 😉 J’ai, je crois bien, avalé tous les romans de cette épatante Saphia Azzeddine. Qui écrit comme on parle. Qui écrit comme on frappe. Qui écrit comme on vit…

 

Marie-Adélaïde a 28 ans. Elle porte une toque dans une boulangerie rance en zone industrielle. En attendant mieux.

 

 « Porter une toque à la caisse de La Miche Dorée quand on a une oreille tatouée et l’autre ultra percée, c’est d’une infinie tristesse. Le job ne va pas avec le parcours. Les excentricités corporelles deviennent grotesques dans une boulangerie où, pour deux baguettes achetées, la troisième est offerte. Les excentricités corporelles sont fatales quand, en plus, la miche dore en zone industrielle. »

 

Marie-Adélaïde est née sous X. Une enfance à être bringuebalée de foyers en familles d’accueil moisies. Une « vie au bord des larmes ». Une vie « pleine de bosses » où « les vendredis ressemblent au lundi ». C’est vous dire si elle morfle.

Marie-Adélaïde a un prénom qui détonne. Qui interroge. Qui offre un sursis. Et avec lui, un doudou en toile de Jouy comme seul indice.

Marie-Adélaïde est surdouée et sa lucidité est sa pire ennemie.

Marie-Adélaïde est en colère. Cherche. Se débat. Tombe. Sans cesse. Se relève. Encore. Gamberge jusqu’à l’épuisement. Ne se remet pas « d’avoir été crachée comme un vulgaire morceau de tripes, c’est comme ça que je m’envisage depuis toujours, comme une faute, un délit, un truc illicite qu’un parcours chaotique a fini par confirmer. »

Marie-Adélaïde rêve de savoir d’où elle vient. Pour savoir où elle va. Pour savoir qui elle est.

Et puis la vie va prendre un tournent. Marie-Adélaïde va être « promue », par accident, nounou des enfants de la Sublime. Un nouvel élan ? Vers qui, vers quoi ?

Marie-Adélaïde est une héroïne comme je les aime : déterminée, révoltée, intelligente, maladroite, socialement peu adaptée, drôle voire toutafé féroce, un peu barge, tendre, méchante parfois, bornée, sensible…. Une demoiselle qui a de l’ambition, de la verve et du courage à revendre.

 

Au-delà de la quête de la mère et des origines, ce roman illustre formidablement notre société et ses frontières invisibles. Raconte les colères, les amitiés, les chagrins, les rêves, les douleurs, les remords, les humiliations, les fêlures, les révoltes, les échecs, les envies, les certitudes, les déséquilibres, les abandons, les lendemains…. Dit les oubliés, les modestes, les abîmés. Ceux qu’on ne voit jamais. Ceux qui sont à la marge et qui se cherchent une place… Mais ce roman dit aussi ceux d’en haut, les riches, les dotés, les bourgeois, les privilégiés… Pas complètement mauvais !

A travers des personnages qui dépotent, Saphia Azzeddine tape juste et fort. Et c’est furieusement drôle (voire un peu cruel !) et terriblement réaliste. J’ai adoré ! Un petit bémol peut-être sur le dénouement pour en faire un parfait et total coup de cœur mais ce roman reste un régal. A découvrir absolument.

 

Extraits

 

«  J’ai bien réfléchi et j’en suis arrivée à la conclusion que je viens d’une famille de bourgeois. Pas pour me consoler mais parce que c’est logique. Les gros beaufs bouffeurs de surimi, ils les gardent les gosses, ils ne les abandonnent pas. Plus tard, les torgnoles pleuvent mais bizarrement l’affection est là. Les pauvres ont la mémoire courte parce qu’ils vivent à la petite semaine. Ce qu’ils aiment, ce sont les bébés trognons avec leurs petits petons tout mignons. Ils sont pleins d’espoir parce que c’est bon pour la santé. À défaut de manger des fruits, ils ont la banane et comme de toute façon ça ne sert à rien de tirer la gueule, autant prendre leur vie de merde du bon côté. Donc les pauvres gardent leurs gosses. Ce sont les bourgeois qui se débarrassent des mauvaises branches. Ils n’aiment pas les contraintes, peu importe leur nature, ils ont un projet de vie qu’ils n’envisagent qu’à long terme. Ils sont calmes, posés et réfléchis, les bourgeois, ils prennent du recul et regardent dans le vide pendant des plombes avant de prendre une décision. Mon grand-père a dû trancher comme ça : Tu abandonneras ce bébé et tout redeviendra comme avant. Ça a dû être bref. Comme le soupir qui l’a précédé. Ma mère a dû s’effondrer puis partir en voyage pendant quelques mois chez une tante. Les tantes servent à ça, souvent. Il y a toujours une tante dans un secret de famille. Dans le mien, il y en a une aussi, forcément. De toute façon, je ne m’en remettrais jamais si ça ne s’était pas passé comme ça. Je préfère être une gosse honteuse de la bourgeoisie qu’une morveuse voulue de la France souterraine. »

 

« Une naissance pareille, quelle humiliation. Je m’en serais foutue, moi, de ne pas partir avec les mêmes chances dans la vie ; ce que j’aurais voulu, c’est partir avec elle. Qu’elle me choisisse, qu’elle m’aime n’importe comment, j’aurais voulu être son erreur, son boulet, j’aurais préféré être tout ça à la fois, m’en plaindre mais dans ses bras. Je l’aurais aimée à la rage, à la fureur, je l’aurais aimée de toute mon âme, de tous mes os, je l’aurais fumée d’amour, cette mère, si elle m’avait serrée contre elle comme dans une camisole de force, j’aurais voulu étouffer dans ses bras, sur ses seins, mourir d’amour sur elle, contre elle, mourir sereinement plutôt que de vivre grossièrement. »

 

Éditions Stock (Août 2017)

Collection La bleue

240p.

 

Prix : 19,00 €

ISBN : 978-2-234-08174-1

Prends soin de toi – Grégory Mardon

Prends soin de toi… Ses derniers mots flottent encore dans l’air. Il y a eu un avant. Aujourd’hui, seul, il hésite encore à savoir s’il se laissera des possibilités d’après. Autour de lui les cartons s’entassent. Bientôt, il aura son propre appartement. Un nouveau chez soi à retaper pour essayer de faire fuir ces fantômes qui le hantent. Dans ces murs, avant, une vieille dame qui vient de mourir après y avoir passé presque toute sa vie. Un papier peint fleuri, un vieux linoléum à décoller, des cloisons à abattre. Tout casser pour tout reconstruire. Tout pour ne pas penser. A elle dans d’autres bras. Heureuse…

 

Puis un jour, sous le vieux lino arraché près du pallier, une lettre. Une lettre écrite en 1976 par un certain Tristan Vlanek à Suzanne Cardin, l’ancienne propriétaire de l’appartement qui a toujours vécu seule. Une lettre qui dit l’amour, l’attente et le futur à construire. Une lettre qu’elle n’a jamais reçue dans laquelle il lui propose de le rejoindre à Marseille……

 

« La lettre était comme un fantôme qui m’empêchait d’emménager. »

 

En quelques minutes, sa décision et prise et son sac à dos prêt. Il ira rendre cette lettre à son expéditeur qui semble toujours habiter Marseille. Sur le dos de sa Vespa, cette semaine pour rejoindre le Sud sera l’occasion de faire le point, de se vider la tête, et peut-être, d’avancer…

 

La chronique douce amère d’un homme à la croisée des chemins. En écho avec sa propre peine, la lettre retrouvée agit comme un révélateur et lui donne l’énergie nécessaire pour faire sa propre révolution. Une révolution intime qui l’emmènera sur les routes de France dans un road trip solitaire et salvateur. Les souvenirs ressurgissent, la vie d’avant, la rupture douloureuse… et peut-être, au bout là-bas, la possibilité d’une vie sans…

 

Le dessin de Grégory Mardon fait merveille pour dire le temps qui passe, les blessures intimes et la vie qui va. Son héros est un homme qui nous ressemble, qui lui ressemble aussi peut-être tant l’histoire sonne juste et sent le vécu. Jouant sur les silences, la narration se fait confession grâce à une voix-off émouvante et réaliste. Le trait coloré et moderne l’est tout autant. Il dessine les contours d’un homme meurtri en route vers la résilience, capte les zones d’ombre, accentue la lumière qui peu à peu refait surface. Une bien jolie découverte !

 

Les avis de Jacques et Yaneck

 

Éditions Futuropolis (Mai 2017)

136 p.

Prix : 22,00 €

ISBN : 978-2-7548-1605-2

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

                       

                           Mo’                                Moka                          Amandine                      Caro

 

                       

                         Bouma                          Mylène                              Maël                            Karine

 

 

                      

                         Jérôme                            Fanny                             Sabine                            Faelys

 

 

             

                          Azilis

Tu vois, on pense à toi ! – Cathy Ytak

Clément le grand blond frisé à lunettes. Nolan le petit brun aux yeux bleus. Et Alwena, l’amie d’enfance. Un trio uni par une amitié indéfectible séparé le temps d’un séjour en classe de mer. Si les deux garçons ont la chance de partir dix jours sur l’île Scobier, Alwena est clouée sur un lit d’hôpital suite à un accident de voiture. Mais les trois amis ont passé un pacte. Malgré la distance, ils seront toujours ensemble. Chaque jour, les deux garçons se connectent à l’ordinateur de la maitresse pour raconter leurs journées par le menu. Chacun son rôle : Clément s’y connaît pour manier la plume et se charge d’écrire, Nolan fait le tri dans ce qu’il y a dire et garde l’essentiel. Leur amie sera du voyage, quoi qu’il arrive…!  Quant à Alwena, elle leur a confié une mystérieuse boite avant leur départ. Une boite bien lourde au contenu tenu secret qu’ils ne devront ouvrir qu’en temps voulu. Et leur mission est de taille… 

 

Cathy Ytak a l’art et la manière de parler de ces liens si forts qui peuvent unir dès l’enfance. Dix chapitres courts, dix journées qui se concentrent sur les mails que s’échangent les trois amis. Il y est question de vers luisants, de cailloux aux étranges pouvoirs, d’une femme mi-sorcière mi-sirène, de chats, d’un landau et de lectures au coin du feu. Il y est question d’un rituel magique, du poids de la douleur et des mots qui guérissent. On y arrange un peu la vérité parfois, oui. Mais au bout du compte, seule compte l’amitié.

 

Un joli texte, optimiste et plein de vie, qui plaira aux jeunes lecteurs dès 9 ans. Un texte que Cathy dédicace à Thomas et Gilles et moi ça, ça me plait… ♥

Un roman jeunesse qui inaugure à merveille le retour du rendez-vous des « pépites » que je partage avec Jérôme.

 

Le site de l’auteure

Le blog de l’auteure

 

Éditions Syros (Juin 2017)

Collection Tempo

 80 p.

Prix : 6,35 €

ISBN : 978-2-7485-2312-6

 

pepites_jeunesse

Une mer d’huile – Pascal Morin

Sanary-sur-Mer. Une maison de vacances qui va enfin rouvrir ses portes. Laisser passer l’air du large, les odeurs de Provence et les souvenirs en sommeil. Dans cette maison qui a tout vu, tout entendu, Danielle s’y sent bien. Neurologue à la retraite, elle y passe tous ses étés depuis déjà 45 ans. Dans peu de temps la rejoindront son fils Pierre-Marie, psychiatre, et son petit-fils, Arthur, 19 ans, élève en classe scientifique. Mais cette année quand elle s’avance sur les graviers de l’allée, les lumières sont déjà allumées et un doux fumet s’échappe de la cuisine. Cette année, Danielle a engagé une jeune fille, Prisca, pour l’aider dans les tâches ménagères.

 

Et Prisca, très vite, se rend indispensable. Sans en avoir l’air, naturelle, discrète, solaire, elle ajoute une dose d’imprévu, de piment et de nouveauté dans cette famille très peu habituée à communiquer. Un léger grain de sable, une étincelle qui bouleverse des habitudes bien ancrées par son sourire, sa jeunesse et sa légèreté. Et tous, sans exception, tombent sous son charme…

 

« La machine était enclenchée. C’en était fini du calme sempiternel qui lui pesait comme un fardeau. »

 

Une mer d’huile. Pas un frémissement à la surface de l’eau. Le calme des habitudes, la quiétude des jours sans aspérités ni accrocs. En apparence… En quelques pages, Pascal Morin donne vie à des personnages qui se sont oubliés. Des personnages imparfaits, perclus de désirs inassouvis et de frustrations qui les empêchent d’avancer. L’arrivée de Prisca est un mini évènement qui va déclencher des réactions en chaîne. Incarnation de leurs fantasmes, Prisca trouble et fascine. Par sa seule présence, elle induit un changement dans leurs comportements. Ils s’interrogent, amorcent leur révolution, se révèlent enfin…

 

Le roman de Pascal Morin est une parenthèse lumineuse. L’écriture est sensuelle, presque charnelle. Elle met à jour les rêves enfouis, les désirs étouffés, les choix d’une vie. Un roman tout en douceur qui fait du bien, à savourer au cœur de l’été. Une bien jolie découverte.

 

Éditions du Rouergue (Août 2017)

Collection La Brune

128 p.

Prix : 13,80 €

ISBN : 978-2-8126-1437-8

 

By Hérisson

Une histoire des loups – Emily Fridlund

« Vous savez bien comment vont les étés. On les attend impatiemment, impatiemment, mais il y a toujours quelque chose qui cloche. Où que l’on regarde, les insectes font bourdonner l’air ; les oiseaux, énormes, pillent les arbres ; les feuilles alourdissent les branches. On veut l’entraver, le détruire, casser des choses. Les après-midi sont obèses, interminables. On veut voir si on peut faire quoi que ce soit qui compte. »

 

 

Il y avait peut-être effectivement quelque chose dans l’air… Comme un souffle chaud qui viendrait bousculer les habitudes. Comme un grain de sable qui viendrait petit à petit enrayer la petite machine bien huilée des jours qui s’étirent, se suivent et se ressemblent tous. Sur l’autre rive du lac, une famille s’installe. Un couple dont le père est quasiment tout le temps absent, une mère peut-être un peu trop jeune, et un petit garçon, encore pas très stable sur ses guiboles. Madeline les observe depuis la cabane où elle vit avec ses parents. Un mini évènement, tout a l’air si différent là-bas…

 

La petite famille n’est pas du coin. Des citadins, bien peu habitués au climat sauvage du Minnesota. Les forêts à perte de vue, la chaleur étouffante des étés caniculaire, le froid saisissant des hivers qui jamais ne cessent. Madeline est une fille des Finger Lakes, elle y est chez elle, par la force des choses. Des kilomètres à pieds pour se rendre au collège, étrangère parmi ses semblables pour qui cette rescapée d’une communauté hippie aux vêtements dépareillés reste une énigme. Mais la famille de l’autre côté du lac l’accepte comme elle est, lui demandant même de jouer la baby-sitter auprès du petit Paul. L’occasion d’observer de plus près les habitudes et les rites de cette famille sans tout comprendre de ce qui se joue en sourdine…

 

« Pendant le procès, ils demanderaient sans cesse, « Quand avez-vous compris que quelque chose ne tournait pas rond ? » Et la réponse était probablement : tout de suite. »

 

Le premier roman d’Emily Fridlund aurait pu être un excellent roman. On aurait pu, oui, plonger dans cette atmosphère troublante et oppressante et s’y laisser envelopper. Y avancer pas à pas et sentir peu à peu les mailles du filet se refermer. Ressentir des émotions contradictoires à mesure que les évènements s’enchaînent, anodins, ou peut-être pas tant que ça… Sauf que…

 

On ne peut enlever à l’auteure un talent certain pour poser les ambiances. Ici, point de suspense, le lecteur sait d’emblée que l’été aura été décisif et aura marqué un tournant dans l’adolescence déjà chaotique de Madeline. Dans l’attente de la tragédie que l’on devine trop vite, la voix de la jeune auteure excelle dans les descriptions presque mélancoliques d’une nature sauvage et indomptable. Mais un bel écrin ne suffit pas. Emily Fridlund distille son venin, lentement… bien trop lentement. L’intrigue aurait gagnée à être plus resserrée, à moins s’éparpiller aussi entre les souvenirs et le temps présent. Trop de longueurs. On y perd en tension dramatique et on peine à s’attacher aux personnages qui restent figés dans leur froideur. J’aurais voulu être bousculée, malmenée même, par une écriture plus acérée et moins psychologique. En vain, j’ai attendu un sursaut qui n’est jamais venu…

Best-seller aux États-Unis, annoncé comme un phénomène de la rentrée, je ressors de cette lecture en sachant qu’il ne m’en restera pas grand chose dans quelque temps. Dommage…

 

Une lecture en demi-teinte que je partage avec Jérôme, encore plus féroce que moi, qui lance le début de la rentrée littéraire sur le blog.

 

 

Les avis de Cathulu, Fanny, La fée lit, Lea Touch Book

 

Éditions Gallmeister (Août 2017)

Collection Nature Writing

304 p.

Prix : 22,40 €

ISBN : 978-2-35178-128-9

 

By LéaTouchBook

 

By Hérisson

Un été très livre…!

Des pavés, des livres attendus, des nouveautés, des classiques qu’il faut avoir lu… l’été on a le choix, on prend son temps…. et c’est bon ! Je m’étais fixé des objectifs raisonnables, à quinze jours de la fin des vacances ils sont presque atteints. Reste le deuxième tome de Silo dans lequel je n’ai pas encore mis le nez mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Mais j’ai eu ma dose de romanesque, d’émotion, de suspense et de bonnes surprises. De très bonnes surprises même que j’ai dévorées avec gourmandise en alternance avec ces nouveautés de la rentrée dont je vous parlerai bientôt…! En attendant, avis flashs d’une blogueuse encore en mode farniente sur ces romans qui ont fait mon été…!

 

 

Repéré depuis quelques temps, ce roman est devenu une priorité après l’avis de Violette. Bonne pioche !! A 43 ans, Jeff Winston meurt d’une crise cardiaque… et se réveille dans sa petite chambre d’étudiant à l’âge de 18 ans. En ayant pleinement conscience des années écoulées. Pouvoir revivre sa vie, prendre de nouvelles routes, faire d’autres choix… tout en connaissant les grandes lignes d’un futur qu’il a le pouvoir de redessiner. Effrayant, vertigineux, déroutant mais tellement grisant. Mais il y aura bien d’autres résurrections et bien des chemins à tracer. L’immortalité n’a peut-être pas que du bon…

De l’excellente SF, une intrigue diablement bien ficelée et un coup de cœur inattendu. Foncez !

 

Replay de Ken Grimwood, Points, 1997, 7,95 €, 344 p.

ISBN : 2-02-032126-2

 

 

L’homme qui s’envola m’avait bluffée mais alors là, chapeau…! S’il y a une trilogie dont je vais m’empresser de dévorer la suite c’est bien celle là ! On m’avait prévenue… j’étais bien loin du compte. Antoine Bello a l’art de l’intrigue, déploie ses filets de façon brillante, ferre sa proie son lecteur et ne le lâche pas. Et le pire c’est qu’on en redemande. Une organisation secrète qui falsifie la réalité mais dont les propres acteurs ignorent la véritable raison d’être, d’innombrables ramifications historiques, un savant mélange du vrai et du faux, des supercheries à grande échelle… c’est inventif, totalement fou et complètement addictif.

Monsieur Bello, je crois que nous sommes faits pour nous entendre… Vite, la suite !!

 

Les falsificateurs d’Antoine Bello, Folio, 2008, 9,80 €, 588 p.

ISBN : 978-2-07-035527-3

 

 

Après mon coup de foudre pour Les filles au lion, je ne pouvais pas ne pas me précipiter sur le premier roman de Jessie Burton. Et là encore, j’ai tout aimé ! Foisonnant, romanesque, original, Miniaturiste nous happe dès les premières lignes pour ne plus nous lâcher. Et on suit Petronella dans sa nouvelle vie d’épouse dans l’Amsterdam vibrante et changeante du XVIIe siècle. Atmosphère intimiste, désirs de femme, secrets bien enfouis, puritanisme bien pensant, amours interdites, une certaine aura de mystère… les pans du voile se relèvent peu à peu comme s’entrouvrent les rideaux de cette étrange maison de poupées qui renferme peut-être la clé du mystère. J’ai adoré !

 

Miniaturiste de Jessie Burton, Folio, 2017, 8,20 €, 528 p.

ISBN : 978-2-07-271428-3

 

 

Quelle émotion de retrouver Fedrik sur son île du bout du monde… Les Bottes suédoises est la suite que je n’attendais pas tant Les chaussures italiennes ont marquées ma vie de lectrice. Des images encore intactes, et cette crainte, peut-être, de ne pas retrouver cette lumière et cette simplicité. Elles y sont, mais peut-être avec moins de force… Mais quelle douceur… Il y est question de reconstruction, de résilience, de pardon et de lâcher prise. On y lit les années qui passent, la solitude qui tenaille, les désirs qui fissurent et les regrets d’une vie. On s’y installe doucement, sans faire de bruit et on finit par se poser des questions sur ce qui fait le bonheur et tisse les souvenirs. Et dire qu’on ne lira plus Mankell…

 

Les bottes suédoises de Henning Mankell, Seuil, 2016, 21,00 €, 368 p.

ISBN : 978-2-02-130389-6

 

 

J’étais ressorti franchement mitigée du premier tome de cette saga à succès. Un roman lu rapidement, sans déplaisir mais sans enthousiasme non plus, une sensation de déjà vu, de longues pages d’ennui. Aucune attente particulière donc pour cette suite qu’on m’annonçait pourtant bien meilleure, même si j’ai entamé les plus de 600 pages de ce roman avec une certaine appréhension. Je l’ai refermé deux jours plus tard à 3h du matin complètement conquise. Dans la foulée, je téléchargeais le tome 3 sur ma liseuse… Et dire que je n’avais rien vu venir…. Ok, mea culpa, Elena Ferrante m’a eue en beauté. J’aime. J’adore. Je suis totalement accro… Pitié, dites moi que la suite est aussi bonne !!

 

Le nouveau nom (L’amie prodigieuse tome 2) de Elena Ferrante, Folio, 2017, 8,80 €, 640 p.

ISBN : 978-2-07-269314-4

 

7 ans !

 

7 ans déjà… bébé-blog a bien grandi !

 

Après avoir subi des attaques malveillantes de la part des grand méchants de la cour de récré,

le grand garçon a su faire face et en ressort blindé à bloc !

C’est qu’il s’en est passé des choses en 7 ans…

 

7 ans de lectures, 7 ans de partage, 7 ans de rencontres rares et précieuses…

7 ans de blablas, 7 ans de pépites, 7 ans de rendez-vous incontournables…

7 ans de visites et de fidélité, 7 ans de belles amitiés, 7 ans de connivence…

7 ans de passion, 7 ans de douce folie, 7 ans de coups de ♥

 

Et on continue…!

 

A tous qui avaient rendu ce bel espace si précieux…

L’année dernière, Cajou et Violette recevaient un p’tit colis surprise « made by Noukette ». Cette année encore, je serais ravie de gâter deux d’entre vous après tirage au sort parmi les commentaires de ce billet… Deux personnes qui trouveront un petit quelque chose dans leur boite aux lettres dès que j’aurais fini de cogiter sur le contenu du dit colis (patience, patience…!) Une BD coup de cœur, un roman de la rentrée littéraire, un album bijou, une pépite ado… tout est possible… mais chhuuuutttt…. 😉

 

En attendant, je retourne profiter du soleil et des couleurs de mon île… ♥

Petit programme de lectures estivales…

Prendre le large…

 

Buller, décompresser, s’évader, découvrir, s’enthousiasmer, se perdre…

Et encore de belles pages à venir.

Petit aperçu du programme estival, déjà bien entamé…

 

Depuis le moment où cette photo a été prise, je me suis régalée avec Replay, Les falsificateurs et Miniaturiste…!

Quelques belles découvertes aussi de la rentrée littéraire à venir mais chuutt… Billets à venir courant août.

Et quelques bougies à souffler dans quelques jours…

 

D’ici là, bel été à vous…!

Petit inventaire de chroniques oubliées…

Le temps file, bientôt la trêve estivale… et comme à chaque fin d’année scolaire, des lectures qui s’accumulent et dont je n’ai malheureusement pas eu le temps de parler ici. Juin et son cortège d’obligations-spectacles-kermesses-concerts-réinscriptions et autres réjouissances ont grandement empiété sur mon espace vital, à la trappe donc les billets sur ces romans lus pourtant avec envie voire même avec boulimie. Impossible pour autant de ne pas parler de ces romans qui m’ont transportée dans de bien agréables parenthèses. Zoom donc sur ces quelques titres oubliés qui méritent plus qu’un petit coup de projecteur…!

 

 

le meilleur des amis

Une histoire d’amitié, de temps qui passe et de regrets. Une amitié quasi fusionnelle et Camille… le premier amour, celui qu’on ne peut pas partager. J’ai aimé ces réminiscences d’un temps enfoui, cette langueur et cette atmosphère qui imprègne chaque page. L’écriture précise de Sean Rose est d’une rare élégance. Elle comble les vides, dit à merveille le lien fraternel, la trahison et l’amour passion, épouse la mémoire et les souvenirs. Une jolie parenthèse de lecture que l’on referme en ayant envie de revoir Jules et Jim…

 

Le meilleur des amis de Sean Rose, Actes Sud, 2016, 16,90 €

ISBN : 978-2-330-07271-1

 

 

voyage d'hiverVoyage d’hiver ou ces retrouvailles tant attendues avec l’auteur du sublime et inégalable Confiteor. Un recueil de nouvelles écrites avant ce chef d’œuvre de l’auteur enfin traduites en France. Et déjà, entre les lignes, ces thèmes qui lui sont chers : le temps qui passe, la mémoire et l’oubli, les racines du mal, l’art et la musique.  Quatorze nouvelles de toute beauté et un gros coup de cœur. De vraies fulgurances d’écriture, des liens qui se tissent comme par magie, une poésie et une érudition qui forcent le respect… et au final, un voyage que je ne suis pas prête d’oublier…

 

Voyage d’hiver de Jaume Cabré, Actes Sud, 2017, 22,50 €

ISBN : 978-2-330-07317-6

 

 

Nature exposée

Autres retrouvailles espérées, celles avec l’univers de Erri de Luca, un auteur que j’apprécie de plus en plus à mesure que j’apprends à le connaître. Toujours cette petite musique bien particulière, toujours cette économie de moyens, cette retenue, cette poésie de l’ellipse. Une plume et une vraie voix. Le sujet de La nature exposée n’est pas banal. Il y est question de religion, de sacré, d’art, de sexualité, de nature et de choix de vie. Il y est question de solidarité et de cette aptitude de l’homme à la compassion. Un texte intelligent et universel qui m’a laissée baba d’admiration…

 

La nature exposée de Erri de Luca, Gallimard, 2017, 16,50 €

ISBN : 978-2-07-269791-3

 

marx-et-la-poupée

 

Un Goncourt du premier roman plus que mérité pour ce texte intelligent bourré d’humour et de tendresse sur ces racines qui nous construisent, ces terres qui nous voient grandir, ces abandons qui nous façonnent. La révolution iranienne, un exil à Paris et une petite fille qui pousse entre deux rives, rejette progressivement le pays qui l’a vu naître, en adopte un autre pour finir par réunir, à sa façon, ces deux cultures indissociables dans ce qu’elle est devenue. Un texte profondément attachant, une construction brillante et une voix originale qui fait un bien fou…!

 

Marx et la poupée de Maryam Madjidi, Le Nouvel Attila, 2017, 18,00 €

ISBN : 978-2-37100-043-8

 

tomas kusar

 

Antoine Choplin, un autre de mes incontournables. C’est à se demander ce que je peux encore en dire. Choplin ne ment pas. Il raconte des histoires et n’a que faire des fioritures inutiles. Son écriture fait parler les silences… et elle me va comme un gant. J’ai aimé cette rencontre avec Tomas Kusar, garde-barrière dans la Tchécholovaquie communiste, entré malgré lui dans l’Histoire quand sa route croise celle du futur président du pays. Il y est question d’amitié, d’engagement, de révolution silencieuse et d’espoirs. Et comme à son habitude, Antoine Choplin est impérial. Un texte magnifique et profondément humain.

 

 

Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar de Antoine Choplin, La fosse aux ours, 2017, 18,00 €

                                                  ISBN : 978-2-35707-095-0

 

 

la-fiancee-du-facteurL’année dernière j’avais fait connaissance avec Le facteur émotif. Bilobo, le facteur qui « voyage » par procuration en subtilisant les rares courriers personnels dénichés dans sa tournée et qui les décachette à la vapeur le soir venu dans la solitude de son appartement. Un facteur qui par amour se mettra à écrire des haïkus en usurpant l’identité du véritable expéditeur… Cette suite est tout aussi poétique, décalée et réjouissante. Et au lecteur de s’attacher à la jeune Tania, amoureuse éperdue de ce facteur pas banal dont le cœur penche ailleurs. L’auteur surprend encore avec une fin inattendue qui donne le sourire et boucle la boucle d’une admirable façon. Le facteur émotif vient de sortir en poche, ne vous privez pas de ce joli moment… et foncez lire cette suite !

 

La fiancée du facteur de Denis Thériault, Anne Carrière, 2017, 16,00 €

ISBN : 978-2-84337-855-3

 

 

blackmail bluesCe roman là a une place à part dans mes récentes lectures. Enola game, le premier roman de l’auteure, avait été une déflagration et un énorme coup de coeur. Plusieurs années de silence et Chris Diehl revient dans un tout autre registre, quitte à désarçonner son lectorat fidèle et brûlant d’impatience de la retrouver. Et je crois qu’elle a bien fait… Blackmail blues est un polar d’apparence classique qui a su me prendre dans ses filets dès les premières lignes. Un duo d’enquêteurs attachant, une intrigue bien ficelée, une écriture pleine d’allant, un univers très actuel qui m’a fait penser aux enquêtes de ce cher Cormoran Strike. Espérons qu’elle poursuive les aventures de ce binôme « à l’ancienne » qui ravira les amateurs de polars d’ambiance..!

 

Blackmail blues de Chris Diehl, éditions du Toucan, 2017, 18,00 €

ISBN : 978-2-8100-0761-5

 

 

L-homme-qui-s-envolaL’homme qui s’envola ou ce roman-piège qui m’a rendue complètement associable l’espace de quelques jours. Et ma rencontre, enfin, avec Antoine Bello. Les aficionados de l’auteur vous diront peut-être que ce n’est pas son meilleur. Qu’il faut à tout prix lire sa trilogie des Falsificateurs ou encore Ada. Ils m’attendent et je promets d’ailleurs de leur faire un sort. Alors oui, je n’ai pas fait les choses dans l’ordre mais ce roman là m’a bluffée. Le pot de confiture, quand vous mettez le doigt dedans, vous voyez…? Un homme qui fuit sa vie, un autre qui tente d’arrêter sa course, une réflexion pas si anodine sur le bonheur, le couple, la famille et ses carcans qui nous musellent. Intelligent, haletant, inventif, surprenant… je n’ai pas marché, j’ai couru ! !

 

L’homme qui s’envola de Antoine Bello, Gallimard, 2017, 20,00 €

ISBN : 978-2-07-019738-5

 

Fin de l’inventaire des chroniques oubliées avant de passer aux lectures estivales…! Il va d’ailleurs falloir que je me penche sur la question cruciale du choix des livres à glisser dans la valise. Une sélection toute personnelle que je peaufine encore et que je vous montrerai peut-être dans quelques jours…!

Louis parmi les spectres – Fanny Britt / Isabelle Arsenault

louisInvasion de beau… ♥

 

Louis parmi les spectres ou cet album bijou qu’on referme les yeux embués et le sourire aux lèvres. Oui, tout ça. Sûrement parce qu’il est un peu magique cet album. Il parle à notre âme d’enfant, à nos peurs bien ancrées, à ce besoin de cocon rassurant, à cette envie de grandir pas trop penché, les pieds bien ancrés dans le sol et la tête dans les étoiles.  Il touche ces petits points sensibles, effleure et caresse, insuffle la beauté dans ces instants de rien qui font les plus beaux souvenirs. 

 

L’enfance et ses grandes douleurs. L’enfance et ses petites victoires, ces Everest à grimper à mains nues, ces spectres qui nous entourent et recouvrent de gris les rêves et les espoirs. Louis a onze ans. Une mère qui s’inquiète de tout, un père qui noie son chagrin dans l’alcool et un petit frère Truffe qui vit musique à longueur de journée. Louis a aussi Billie, « une sirène à lunettes, une tempête de pluie, une fontaine à chocolat, une reine muette »… Il l’a tatouée sous la peau, au plus près du cœur. Billie n’a rien à faire, elle irradie de sa seule présence. Elle parle peu, s’enfouit profondément dans ses livres, vit des mots. Elle est Billie et pour Louis elle est tout. Une promesse, un rêve inaccessible qu’on caresse des yeux…

 

« Je ne savais pas que l’amour c’est comme une roche qui nous explose le cœur, qui fait mal autant qu’il fait vivre, et qu’il donne envie de fuir en même temps qu’il nous empêche de le faire. Ce que je savais, c’est que la plupart du temps, ça finit mal. »

 

Il est beau le deuxième album en duo des auteures talentueuses de Jane, le renard et moi. Il est beau et il fait du bien. Il pique un peu les yeux, il chatouille les souvenirs de cours de récré, dit la douleur d’une séparation et la naissance de l’amour. Il dit les peurs et les espoirs, le manque de courage aussi, celui qui tétanise et fait s’envoler ces belles occasions de se trouver enfin…

 

Allez Louis, viens… Oublie ces “spectres” qui te hantent. Elle est jolie la vie tu verras. Parfois elle écorche un peu, parfois elle cogne, mais elle ouvre aussi grand les yeux sur le beau…

 

Renversant et sublime… Un coup de foudre que je partage avec Sabine, elle aussi tombée en amour pour Louis… Mille mercis MoChéwie pour ce précieux cadeau… ♥

 

Antigone, Enna, Mo’… sous le charme

 

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Éditions de la Pastèque (Octobre 2016)

153 p.

 

Prix : 28,00 €

ISBN : 978-2-89777-000-6

 

BD de la semaine saumon

Chez Mo’