En attendant Bojangles – Ingrid Chabbert / Carole Maurel / Olivier Bourdeaut

J’ai ouvert cet album avec gourmandise et fébrilité. En mémoire, les notes égrainées de Nina Simone, cette histoire d’amour belle et fantasque et ce cocktail enivrant de poésie, d’inventivité et de douce folie. Si le premier roman d’Olivier Bourdeaut résonne encore, Ingrid Chabbert et Carole Maurel lui offrent une virevoltante adaptation…

 

L’aube est à peine levée que la musique emplit déjà l’appartement. Sur l’air de Mister Bojangles, un couple danse et irradie de bonheur. Fusionnel, amoureux, seul au monde. Dans l’embrasure de la porte, un petit garçon tout juste réveillé observe d’un œil rieur et attendri ses parents qui semblent ne jamais vouloir grandir. Ce matin encore, il sera en retard à l’école.

 

C’est que la vraie vie est ailleurs… Dans les éclats de rire et les bulles de champagne, dans les lampions de fête qui enchantent les journées banales, dans les pas de danse qui font oublier les contraintes du quotidien, dans ces vacances impromptues dans un vrai château en Espagne. Et qu’importe la pile de courrier dans laquelle on peut sauter pieds joints comme dans une montagne de feuilles mortes, qu’importe le lierre qui colonise tout l’appartement, qu’importe les nuits qui s’étirent et empiètent sur les jours. Quelques notes de musique et une bonne dose d’amour suffisent à réenchanter le monde…

 

« Je jure devant Dieu que toutes les personnes que je suis vous aimeront éternellement.

Je jure devant le Saint-Esprit d’aimer toutes celles que vous serez, jour et nuit. Et de vous accompagner toute votre vie, partout où vous choisirez d’aller. »

 

Retrouver instantanément cette saveur incomparable qui laisse en bouche un goût doux amer… Se plaire à reconnaître sous les crayons virtuoses et élégants de Carole Maurel les traits qu’on avait imaginés pour ces êtres de papier qu’on avait tant aimés, entendre pulser les mots d’Olivier Bourdeaut sous la plume toute en délicatesse d’Ingrid Chabbert, se surprendre à fredonner l’air de Nina Simone… Il y a tout dans cette belle adaptation. Le tendre et le doux, le joyeux et le fou, l’extravagance et la sombre réalité, les sourires et les larmes. On referme l’album le sourire aux lèvres, bercés par la jolie partition concoctée par un duo de talent dont on sent d’instinct la complicité. Bravo mesdames ♥

 

Une lecture bijou que je partage avec Mo’

 

Des mêmes auteures sur le blog, le somptueux Écumes… ♥

Éditions Steinkis (Novembre 2017)

104 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-36846-109-9

 

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… chez Moka

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Les optimistes meurent en premier – Susin Nielsen

Dans la famille De Wilde, je demande la mère. Libraire à tendance dépressive, elle se soigne en adoptant une ribambelle de chats qu’elle nomme d’après des héros de la littérature jeunesse. Gruffalo, Heidi, Stuart Little, Maman Moumine et Elmer ont donc pris leurs quartiers dans la maison, nourrissant l’obsession de leur maitresse et évitant qu’elle se plonge sous sa couette avec une boite de mouchoirs et de sinistres pensées.

 

Dans la famille De Wilde, je demande le père. Un job de bureau pas très folichon pour lequel il se donne pourtant bien plus que de raison, préférant y passer ses soirées et une partie de ses weekends plutôt que de se retrouver en tête à tête avec une tribu de chats non désirés, des kilos de croquettes à acheter, des souvenirs, une femme et un chagrin difficiles à gérer.

 

Dans la famille De Wilde, je demande la fille. Pétula, 16 ans, phobique tendance névrosée, prudente à l’extrême et collectionneuse de faits divers racontant des morts toutes plus absurdes les unes que les autres. Le pire pouvant subvenir sans prévenir, mieux vaut s’y préparer. Alors Pétula est prête, d’ailleurs, le pire, elle l’a déjà vécu. Depuis la tragédie, elle s’emploie à parer à toute éventualité tout en essayant de maintenir sa famille à bout de bras. Pas évident quand on est soi-même brisée au dedans. Et ce n’est pas l’obligation de se rendre dans ce « Club des Tarés », pardon, dans cet atelier d’art-thérapie du lycée, qui l’aidera à recoller les morceaux. Jusqu’à ce que Jacob, « l’homme bionique » pousse la porte de l’atelier…

 

« Il y avait des jours où c’était épuisant de tâcher de faire

comme si nous étions une famille normale. »

 

Je crois bien que j’ai tout aimé dans le dernier roman de Susin Nielsen. Les optimistes meurent en premier est impossible à lâcher une fois commencé, un cocktail savoureux à mi-chemin entre un très bon John Green et un excellent Marie-Aude Murail, rien que ça ! L’auteure n’a pas son pareil pour dépeindre la planète adolescente, le tout avec finesse, humour, tendresse, émotion et un sens aigu de la psychologie. Et quel régal !

Comment ne pas succomber à cette galerie de personnages, imparfaits, faillibles, drôles, émouvants, parfois borderline, souvent inadaptés, toujours humains… Une distribution parfaite de personnages cabossés, un casting idéal d’écorchés vifs pour lesquels on fond littéralement d’amour, une magnifique et belle « famille » de potes aussi atypiques qu’attachants qui prouvent que les épreuves de la vie, si elles laissent des cicatrices indélébiles et forcent à grandir, peuvent aussi parfois offrir le meilleur. Avec en cerise sur le gâteau, une des plus belles descriptions du premier amour que j’ai pu lire…

 

Coup de cœur XXL pour ce roman vivifiant qui vous fera passer du rire aux larmes en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Une véritable pépite jeunesse et un grand bonheur de lecture que je partage avec Jérôme ♥

 

Les avis de Blandine, Pépita

 

Éditions Hélium (Août 2017)

192 p.

Traduit de l’anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec

 

Prix : 14,90 €

ISBN : 978-2-330-07940-6

 

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Belle merveille – James Noël

Un premier roman qui avait tout pour me plaire d’un auteur haïtien connu jusque là pour ses œuvres poétiques. Un titre des plus énigmatiques quand on sait qu’il sera question entre ces pages du séisme ravageur de janvier 2010. Et pourtant, il s’explique assez vite ce titre là. Elle est là la beauté, dans les mots du poète, dans cette étrange alliance entre le chaos et cette langue étonnante, crue, brutale, ciselée qui scande, psalmodie, virevolte…

 

Sept ans après le séisme, un homme revient en pensée dans son pays ravagé, à défaut de pouvoir encore y remettre les pieds. A bord de l’avion qui le transporte vers Rome, aux côtés de cette femme qu’il aime qui cherche à le détourner de ses souvenirs assiégés, le survivant se souvient des trente cinq secondes fatidiques qui ont propulsé son pays dans l’horreur, l’espace d’un battement d’aile. « Trois cent mille morts en catastrophe. Trois cent mille. Une hécatombe. Une subite explosion démographique dans le monde des trépassés. »

 

« La terre a tremblé à gauche. La terre a tremblé à droite. La ville a dégueulé toutes ses gammes, elle est secouée dans ses entrailles… sol la si do…  Je n’avais pas de mot quand ça tremblait. Je recevais la mort en musicien. Je fredonnais. Autour de moi, j’écoutais se fracasser l’univers, ma ville recevait le coup en plein cœur, elle bondissait et voltigeait dans tous les sens. Elle tremblait jusqu’au vertige avant de craquer comme une fille dans les bras d’un brigand. »

 

Étonnant premier roman, déstabilisant même. D’un côté le souffle poétique et cette langue si novatrice, de l’autre une intrigue qui se perd souvent dans des méandres difficiles à suivre. L’auteur virtuose jongle avec les mots, se fait tour à tour ambassadeur d’un pays endeuillé, amoureux transi et critique virulent d’une aide internationale dont il y aurait beaucoup à redire. Belle merveille, « extraordinaire » en Haïti. Pour qui est peu habitué à sortir des sentiers battus, la lecture peut s’avérer déconcertante. Si j’ai eu du mal à y entrer totalement, perturbée par le canevas apparemment décousu du roman, je ne peux que saluer l’audace et le talent de James Noël. A découvrir…!

 

Éditions Zulma (Août 2017)

160 p.

 

Prix : 16,50 €

ISBN : 978-2-84304-801-2

By Hérisson

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Balzac et la petite tailleuse chinoise – Freddy Nadolny Poustochkine (d’après le roman de Dai Sijie)

Années 70. Ma et Luo ont 17 et 18 ans. Tous deux « fils d’une classe différente, des privilégiés, des réactionnaires, des ennemis du peuple », ils sont envoyés dans la province du Sichuan pour se faire « rééduquer ». Filer droit, courber l’échine, passer ses journées dans le ventre de la terre et le reste du temps à suer sang et eau dans les rizières à flanc de montagne. Aucun répit pour les intellectuels qui s’élèvent contre le régime malgré quelques parenthèses dues aux talents des deux amis : Ma joue du violon, Luo est un conteur né, tous deux arrivent sans peine à captiver leur auditoire, y compris le chef du village peu enclin à lâcher du leste…

 

Et puis il y a elle. La fille du tailleur du village voisin. De l’or dans les doigts. La grâce incarnée. Elle sait écouter, panser les plaies d’un simple regard, attiser le désir sans même en avoir conscience. Ma et Luo en tombent tous deux amoureux mais seul Luo en deviendra l’amant. Ma taira ses sentiments et se contentera de lire dans ses yeux ses envies d’ailleurs. Des envies accentuées par la lecture d’un roman de Balzac volé au Binoclard, un autre « rééduqué » du village voisin. Un livre interdit qui provient d’une valise cachée rempli d’autres romans des plus grands auteurs occidentaux du XIXe siècle. Rolland, Hugo, Flaubert, Stendhal, Dostoïevski, Balzac… Autant de promesses et de portes ouvertes vers la liberté…

 

« Ma, crois moi. Cette valise en cuir est remplie

d’une odeur de littérature occidentale. »

 

Je garde un souvenir très fort de ce roman autobiographique de Dai Sijie, lu pourtant il y a bien des années, du film réalisé par l’auteur aussi. Cette adaptation très fidèle réussit le pari fou de restituer toutes les émotions de la lecture en accentuant encore plus les révolutions intimes des différents personnages. Tout est là, les désirs et les rêves enfouis, les révoltes intérieures, les colères endormies, les prémisses de l’amour, l’entêtement des jeunes années à se penser invincible et cette envie un peu folle de faire doucement bouger les choses et de transformer les êtres aimés. Un vent de liberté qui souffle jusque dans le graphisme élégant de l’auteur. Les vignettes aux contours flous s’affranchissent des cadres allant jusqu’à les faire disparaître, le texte comme le décor se font souvent minimalistes, balayant le superflu et focalisant l’oeil du lecteur sur l’essentiel : les récits, rêveries et désirs de liberté des personnages. Brillante idée !

 

Merveilleuse ode à la littérature et à l’imaginaire, à ces livres qui font rêver, grandir et permettent de s’évader vers un Ailleurs, cette adaptation ravira les fans de l’œuvre originale et donneront envie aux autres de la découvrir. Une très belle réussite !

 

Le site de l’auteur

 

Éditions Futuropolis (Octobre 2017)

320 p.

 

Prix : 32,00 €

ISBN : 978-2-7548-1133-0

 

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À quoi tu ressembles ? – Magali Wiéner

Théo, Mario, Yohan, Maël, Yannis, Antonin, Jeff, Mika, Benjamin et Diane. Neuf garçons et une fille embarqués dans la même galère de l’adolescence. Des questions, des révoltes intimes, des brûlures qui rongent, des révélations qui dévastent tout, des regrets, des remords … mais aussi des désirs et une flopée de petits bonheurs. La vie en somme.

 

Dix adolescents qui se racontent. Avec pudeur et rage. Sans filtre. Tour à tour, mois après mois tout au long de cette année de 3e, ils prennent la parole et disent leur envie profonde de ne ressembler à personne… et surtout pas à leurs parents. Des parents envahissants, possessifs, intrusifs ou simplement imparfaits dont il faut s’affranchir pour vivre librement ses rêves. Loin des chemins que les adultes entendent tracer. Loin de ces cocons ouatés qui pourraient se transformer en prison.

 

« J’aimerais qu’on puisse ranger nos bouts de vie dans des tiroirs. Des tiroirs verrouillés à double tour. Qu’ils enferment dans leur ventre sombre ce qu’on ne peut comprendre, entendre, supporter. Qu’ils nous laissent libres. Libres d’oublier, d’effacer les images. »

 

Dix instants, dix moments clés qui mettent l’adolescence à nu. Dix nouvelles pour voir la vie en grand et autant de façons de grandir. Des voies à trouver, des choix à faire, des angoisses à faire taire, des idoles à faire basculer de leur piédestal. Des personnages criants de vérité qui hésitent, bafouillent, se cherchent… Magali Wiéner n’a pas son pareil pour dessiner les contours de cette période aussi instable que décisive. Avec justesse, elle relie ces dix pièces de puzzle qui sont autant d’éclats de vie et questionne les liens familiaux, l’identité à construire et la difficulté à être soi.

 

Une bien jolie pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

L’avis de Pépita

 

Éditions du Rouergue (Septembre 2017)

Collection DoAdo

144 p.

 

Prix : 10,70 €

ISBN : 978-2-8126-1441-5

 

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L’esprit de Lewis, acte 1 – Bertrand Santini / Lionel Richerand

« 30 novembre 1898.

Cette nuit, maman est morte. »

 

Sous un ciel chargé d’orage, Lewis Pharamond fait ses adieux à sa mère. Le cimetière est bondé mais le jeune homme, le visage ruisselant de larmes, semble seul avec sa douleur. Son père étant aux abonnés absents, Lewis se retrouve seul héritier mâle de la fortune familiale qui compte des terres et plusieurs propriétés. A lui de s’occuper financièrement de ses trois sœurs jusqu’à leur mariage. Mais Lewis n’a que faire de toutes ces propriétés, seul l’intéresse le manoir de Childwickbury, empli de ses souvenirs d’enfance. Devant un notaire effaré, Lewis signe l’acte accordant la jouissance des autres propriétés à ses sœurs…

 

Dès le lendemain, Lewis prend la route pour le manoir familial en compagnie de sa chienne Tania. Un voyage de quatre jours en calèche et en bateau pour rejoindre les lieux de son enfance. A son arrivée, la douce et ronde Martha qui sent la tarte aux pommes. Rien n’a changé. Empli de souvenirs et des trouvailles ramenées de ses expéditions par son explorateur de père, le lieu est idéal pour tenter de dompter sa peine, « retrouver » sa mère et tenter de se mettre à l’écriture de son premier roman mettant en scène un marin et le fantôme d’une noyée.

 

« On raconte que le chagrin, la solitude et le chien

sont les meilleurs compagnons de l’écrivain. »

 

Les jours passent et l’inspiration se fait attendre. Lewis a beau explorer les environs, s’imprégner de l’ambiance gothique du manoir, fouiner dans l’immense bibliothèque ou dans le laboratoire de son père, ses feuilles restent désespérément blanches. Jusqu’à ce que des phénomènes étranges se produisent… Transe ou rêve éveillé, Lewis semble projeté dans un monde irréel peuplé de créatures aussi effrayantes que surnaturelles. Derrière ces apparitions, une femme. Ou plutôt son fantôme… Une femme qui se cherche et trouve en Lewis une réponse aux questions qu’elle ne se posait pas. Une femme qui pourrait apporter la réponse aux questions que Lewis se pose…

 

« Les fantômes m’émerveillent… »

 

Bluffée ! J’ai toujours su que Bertrand Santini avait un petit côté sorcier, ou magicien… voire même les deux. Une alliance subtile entre la fantaisie la plus pure et la poésie la plus décalée, un mélange efficace de drôlerie et d’intelligence, une association inattendue entre frisson, humour et tendresse. Une recette imparable qui a donné naissance à des bijoux comme Le Yark, Hugo de la nuit ou notre adorable Gurty

 

Quel bonheur de le voir se lancer dans la bande dessinée, qui plus est avec son comparse Lionel Richerand avec qui il avait écrit L’étrange réveillon, une merveille d’album inclassable ! Les auteurs donnent avec ce premier tome d’un diptyque qui s’annonce incontournable la pleine mesure de leur talent. On écarquille grand les mirettes face aux planches absolument sublimes de Lionel Richerand, un dessin torturé et élégant, angoissant et travaillé qui s’imprime durablement sur la rétine et ne peut laisser indifférent. Associé aux mots et à l’esprit facétieux et joueur de Bertrand Santini, c’est de l’or en barre…! Le scénario est brillant, l’intrigue truffée de références et de dialogues qui font mouche, l’imaginaire foisonnant. A noter quelques scènes absolument cultes qui font crier au génie. Oui, rien que ça !

 

BIJOU ! Messieurs, vivement la suite…! ♥

 

Éditions Soleil (Octobre 2017)

Collection Métamorphose

72 p.

 

Prix : 16,95 €

ISBN : 978-2-302-06394-5

 

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Roméo, moustique sympathique – Luc Blanvillain

« Les humains n’aiment pas les moustiques.

 

Sans me vanter, je ne suis pourtant pas le pire représentant de mon espèce. Mes six pattes élancées, mes jolies ailes nervurées, mon abdomen frémissant, mes beaux yeux à facettes, mon vol vigoureux m’ont toujours valu un certain succès auprès des moustiquettes. Ce mot n’existe pas officiellement, c’est Camille qui l’a inventé et j’espère qu’il trouvera sa place dans le dictionnaire, comme j’ai désormais la mienne chez elle. »

 

La vie d’un moustique est loin d’être un long fleuve tranquille. Accueillis par un concert de claquements de mains à chacune de leur approche, pas facile pour ces bestioles de voleter sereinement même quand on est un mâle et qu’on ne pique pas. Ce qui est le cas de Roméo. Non seulement il ne fait pas partie de la horde des moustiquettes assoiffées de sang frais, mais en plus il a appris à aimer les humains dont il comprend la langue (en plus de parler couramment grenouille, araignée, mouche et même chat et chien, ça peut toujours servir…)

 

C’est qu’à traîner ses esgourdes près des humains, il a appris à mieux les connaître, à tel point qu’il est devenu l’ami de Camille, une grand-mère accro aux Flammes de la passion, série romantique au long court. Installé confortablement dans le creux de son oreille près de son sonotone, Roméo échange avec elle des considérations hautement philosophiques sur les relations compliquées qui unissent les nombreux personnages de leur soap préféré. Bien à l’abri derrière les moustiquaires qui couvrent toutes les issues de la maison, Roméo a une vie paisible qui le fait passer pour un traitre aux yeux de ses congénères. Mais Roméo n’en a que faire. Jusqu’à ce que Clélia, la petite-fille de Camille, vienne passer ses vacances chez sa grand-mère et oblige le jeune moustique à s’aventurer dans le vaste monde…

 

« Les vraies amitiés, à mon avis, sont souvent les plus inattendues. »

 

Poulpe fictions est un nouveau label de romans qui vise la tranche des 8 – 12 ans et propose déjà plusieurs titres drôles et décalés. Une collection qui se rapproche visuellement de la collection Pépix chez Sarbacane : mise en page aérée, police adaptée aux plus jeunes, nombreuses illustrations qui apportent du pep’s à l’histoire. Recette testée et approuvée par les lecteurs un peu frileux ravis de se plonger dans ces romans ludiques, modernes et attrayants.

 

Bonne pioche avec ce roman de Luc Blanvillain, auteur dont j’avais déjà apprécié les précédents romans, qui se met pour l’occasion dans la peau de Roméo, un moustique domestique éminemment sympathique ! Mention spéciale à la galerie de personnages secondaires qui donnent tout son sel au roman : Bernard le chat joueur, croisement entre un ours et un mérou, Thelma et sa horde de moustiquettes affamées, Joseph le retraité énamouré fan de rap, Clélia la petite-fille allergique aux piqûres d’insectes, sa mère Corinne sorte de GI baraquée au crâne rasé, Suzie la Juliette de Roméo… L’auteur s’amuse comme un petit fou, joue avec les mots et en profite pour glisser pas mal d’infos sur ces petites bêtes mal aimées. Une collection à suivre dont je vais m’empresser de commander quelques titres pour mes collégiens…!

 

Et une nouvelle pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Du même auteur sur le blog : Crimes et jeans slim Opération Gerfaut

 

Éditions Poulpe fictions (Septembre 2017)

183 p.

 

Prix : 9,95 €

ISBN : 978-2-37742-012-4

 

 

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Imago – Cyril Dion

Les personnages de Cyril Dion sont en cage. Enfermés dans leurs croyances, prisonniers de leurs souffrances, empêtrés dans des logiques politiques qui les dépassent… Parfois vient l’opportunité de briser les carcans, de rompre les chaînes et de s’échapper. Pour plus de liberté, ou au contraire, pour se voir condamné à la peine maximale. Pas de juste milieu…

 

Nadr, Khalil, Fernando et Amandine. Quatre personnages. Quatre destins. Quatre chemins. Quatre révolutions intimes… Là où les uns choisissent des voies sans retour, les autres tentent de s’extraire d’un destin qui semble tout tracé. Quitte à prendre des risques, quitte à se perdre, quitte à oublier l’essentiel et à se mettre entre parenthèses. Mais à chaque fois il sera question de survie, des racines qui nous lient, de renaissance même…

 

De Rafah, dans la bande de Gaza, à Paris, les fils de vies se tissent, s’entrecroisent, s’unissent. Ils dessinent en creux le portrait d’un monde en colère où se débattent des êtres en guerre contre leur propre humanité…

 

« Chacun d’entre nous vit avec sa propre prison, plus ou moins large.

Et fait ce qu’il peut pour en sortir… »

 

Éminemment politique et engagé mais aussi profondément humaniste, le premier roman de Cyril Dion nous plonge dans une réalité brutale et violente. A la croisée des chemins, ses personnages se débattent dans un monde qui n’est plus le leur et ne l’a peut-être jamais été. On les observe, on les comprend, on les juge, on les condamne… Si la lecture n’est pas douloureuse, si des trouées lumineuses viennent parfois éclaircir le sombre portrait de notre époque, il n’est pour autant pas permis au lecteur de reprendre son souffle et de s’installer confortablement entre ces pages. On y ressent la rage, la colère, l’incompréhension, la révolte. Aux portes de notre monde, l’auteur touche du doigt l’essentiel et réussit le pari difficile de s’approcher au plus près de l'(in)humain…

 

Imago est un premier roman lumineux, tragique et nécessaire qui réussit le pari fou d’insuffler de la poésie et du beau au cœur du chaos… Une belle réussite et une voix à suivre de près. Et une lecture que j’ai pris grand plaisir à partager avec ma copine Framboise.

 

Éditions Actes Sud (Août 2017)

 224 p.

 

Prix : 19,00 €

ISBN : 978-2-330-08174-4

 

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Sweet Tooth – Jeff Lemire

« Mon papa dit qu’il y a très peu d’enfants qui sont nés après l’accident, alors Dieu a décidé d’en faire des êtres spéciaux. Du coup, on a eu de la fourrure, ou une queue, ou des bois.

Il dit que je suis le dernier. En dehors des bois, il y a le feu et l’enfer. Alors, on reste ici, où on est à l’abri. Il dit que les arbres empêchent le feu de nous brûler pour l’éternité. Et si on attend ici et qu’on prie très fort, un jour, on montera jusqu’au ciel et on sera réunis avec maman… C’est ce que mon papa dit… »

 

Ne jamais sortir des bois. Au-delà de la limite, il y a des choses qui font peur et des « méchancetés ». Surtout ne pas aller les braver. Dix années que le monde est tombé malade. Et encore aujourd’hui ceux qui ne sont pas encore morts ne sont qu’en sursis. Mais sur Terre, depuis cette mystérieuse pandémie, il y a une nouvelle espèce, des gosses hybrides, mi-hommes, mi-animaux qui eux résistent au virus… Comme Gus, l’enfant-cerf. Gus a 9 ans et ne connaît du monde qui l’entoure que ce que son père a bien voulu lui transmettre.  Gus connaît aussi par cœur les cinq règles sacrées : numéro cinq, ne jamais faire de feu pendant la journée. Numéro quatre, n’approcher personne d’autre que son père. Numéro trois, prier Dieu de ne pas tomber malade à son tour. Numéro deux, prier pour sa maman, disparue trop tôt. Et numéro un, ne jamais, en aucun cas, quitter les bois…

 

Abandonné et livré à lui-même à la mort de son père qui l’a toujours protégé, Gus doit pourtant prendre une décision. Continuer de respecter les règles, quoi qu’il lui en coûte… ou partir au devant de son destin, quitte à réveiller les « méchancetés » et les chasseurs tapis dans l’ombre des bois…

 

J’ai suivi Gus au cours de son voyage à travers une Amérique exsangue et j’ai eu bien du mal à le quitter une fois la dernière page de ce bon gros pavé retournée. Mon drame, c’est que je n’ai pas les deux autres tomes sous la main. Et que je suis complètement ferrée par cette histoire. Un comics, tendance post-apocalypse, pas franchement ma zone de confort pourtant… C’est sans compter le talent du scénariste et dessinateur canadien Jeff Lemire que je découvre avec cette série qui à n’en pas douter fera date !

 

Il y a tout dans Sweet Tooth. Une vraie histoire, des personnages complexes dont on est loin d’avoir découvert toutes les subtilités, des méchants et des gentils qui ne le sont peut-être pas tant que ça, un Candide dont l’innocence sera mise à mal, une réflexion plus profonde qu’il n’y parait sur la religion et les liens qui relient les êtres. Côté graphisme, tout est cohérent. Le trait est âpre, souvent abrupt et tourmenté, et dessine en creux l’ambivalence de l’âme humaine. Rien de douillet ou de confortable là-dedans mais on s’y glisse sans difficultés, surpris même de ne pas sursauter devant tant de violence. Original, puissant, en un mot… incontournable !

 

Les avis de Amandine, Jérôme, Krol, Mo’, Yvan

 

 

Editions Urban Comics (Décembre 2015)

Collection Vertigo Essentiels

279 p.

Couleurs de José Villarrubia

 

Prix : 22,50 €

ISBN : 978-2-36577-714-8

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

                      

                       Maël                               Mo’                                   Fanny                             Moka

 

 

                      

                       Jérôme                         Antigone                         Mylène                         Amandine

 

 

                      

                          Syl                              Nathalie                          Blandine                          Azi Lis

 

 

                       

                    Sabine                              Caro                             Bouma                            Stephie

 

 

                      

                    Jacques                         Soukee                         Sandrine                         Karine

 

 

              

                       Khadie                            Khadie

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T’arracher – Claudine Desmarteau

« J’évite les miroirs. Je me fais peur. A quel point j’ai une sale gueule, je le lis dans le regard des autres même s’ils ne disent rien. J’ai l’impression d’être à poil quand ils me dévisagent, ces cons. Me font chier. Tous. Rien à leur dire. J’arrive plus à faire semblant.

 

Cette envie de chialer qui monte sans raison particulière. Elle est passée où, Lou ?

C’est qui cette loque transparente ?

Je suis en train de sombrer et ça crève les yeux. »

 

La douleur est lancinante… Elle cogne, sourde, dans les tripes et dans le cœur. Tout de lui est encore là, tatoué sous la peau. Son odeur, sa voix, ses gestes. Les parenthèses de bonheur. Les promesses en majuscules… Toi. Toi. Toi. Toi….

 

Ça fait mal l’absence. Ça fait mal et ça imprègne tout. Lou est dévastée depuis qu’il l’a quittée. Exsangue. Et plus rien n’a d’importance. Sa famille, ses amis, son quotidien de lycéenne, le bac qui approche à grands pas, son avenir. Oublier. Il faut oublier. Oublier sa peau. L’urgence des sentiments. La rage du désir. Détruire les souvenirs. Arracher l’amour…

 

« Non je suis pas guérie et je vous emmerde tous. J’arrive pas à l’éteindre, le feu que tu as allumé en moi. Ça brûle et ça fait mal. Chaque fois que j’avale ma salive. J’aimerais que ça s’arrête. J’aimerais pouvoir le décider d’un claquement de doigts mais ça se contrôle pas. Plus j’essaie d’arrêter de t’aimer moins j’y arrive. »

 

Le texte de Claudine Desmarteau est un uppercut. Il frappe fort et résonne longtemps. Court, cru, intense, entêtant, T’arracher incarne avec une justesse rarement égalée les affres du chagrin amoureux. Dans une langue âpre et sans concessions, l’auteure brosse le portrait troublant de réalisme d’une adolescente qui s’enlise et perd pied. Rythmés par une bande son torturée qui épouse à merveille les tourments intimes de Lou, les mots disent la colère, la violence du sentiment d’abandon, l’immense douleur, l’impossible guérison… et la résilience, enfin.

 

Claudine Desmarteau prête sa voix à Lou et le temps s’arrête. Tout est là, dans le monologue cru et à fleur de peau de cette adolescence en plein vertige rongée par la douleur. Aucune mièvrerie, pas de faux semblants. Loin de la bluette pour ados, les mots claquent, sincères, bruts, sans artifices. Un roman coup de poing qui ne peut laisser indifférent… et une pépite jeunesse qui fait « outch » que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

L’avis de Pépita

 

Éditions Thierry Magnier (Août 2017)

160 p.

 

Prix : 13,80 €

ISBN : 979-10-352-0076-3

 

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