Les reflets changeants – Aude Mermilliod

Elsa a la vingtaine et les rêves qui vont avec. En chemin vers la réconciliation avec elle-même, elle tente sans succès de rompre les liens avec cet homme toxique qui l’aime en pointillés. Un homme charismatique qui se débat avec ses propres démons et ne parvient pas à la rendre heureuse. Il faudrait lâcher prise, vivre large et s’oublier peut-être, pour aller enfin à la rencontre de l’amour…

 

Jean a la cinquantaine et une partie de sa vie qui lui échappe. Pieds et poings liés dans un quotidien routinier que sa fille, Alda, piétine de sa belle insouciance. Un feu follet qui illumine sa vie de célibataire mais lui rappelle constamment ses erreurs du passé. Pour elle, il a troqué l’océan pour la terre ferme. Il faudrait prendre l’air, respirer fort et ouvrir grand les bras peut-être, pour vivre enfin ses rêves de liberté vraie…

 

Émile a presque 80 ans et sa vie belle et pleine est derrière lui. Dans sa tête, une multitude de souvenirs qui se télescopent avec fracas. Près de lui, une femme qui l’aime comme au premier jour et une famille qui tente de l’extraire du monde dans lequel il est enfermé bien malgré lui. Devenu sourd pendant la guerre d’Algérie, Émile navigue en eaux troubles en rêvant de faire taire définitivement le brouhaha assourdissant qui vrombit sous son crâne…

 

Elsa, Jean, Émile. Trois routes, trois chemins de vies. Trois êtres un peu de traviole qui vont se croiser parfois sans se voir, trois solitudes qui vont s’entrechoquer et peut-être enfin réaliser leurs rêves…

 

Bien belle découverte que ce premier album d’Aude Mermilliod qui lui avait logiquement permis de décrocher le prix Raymond Leblanc de la jeune création en 2015 et lui a permis cette année de figurer parmi les 6 finalistes du prix de la BD Fnac. Il y a quelque chose dans cet album. Un petit supplément d’âme. Quelque chose qui touche à l’atmosphère et aux bonnes ondes. Quelque chose qui sent bon l’été et ce besoin viscéral de larguer les amarres. Quelque chose de doux et rugueux à la fois, un peu comme cette vieille couverture rapeuse dont on n’arrive pas à se défaire tant elle rappelle de souvenirs…

 

Et ce titre est si bien choisi… On y lit les choix qu’on fait, les petits pas de côté, les renoncements, les regrets d’une vie. On y lit les envies d’ailleurs, les petites parenthèses de bonheur, les rencontres providentielles et ces petits signes du destin qui viennent enfin mettre un coup de pied dans la fourmilière. On y voit les faiblesses des uns, les fêlures des autres, on les aime, on les comprend… ou pas. Pas des super-héros non, juste des gens normaux pétris de défauts qui rendent cette histoire attachante en diable. Aude Mermilliod vise juste et touche en plein cœur, ses reflets changeants sont ceux d’une jeune auteure de talent qui s’y entend pour dessiner notre monde. Bravo !

 

Les avis de Kathel, Leiloona, Mo’, Sabine, Un amour de BD

 

Éditions Le Lombard (Août 2017)

198 p.

 

Prix : 22,50 €

ISBN : 978-2-8036-7020-8

 

 

CONCOURS FLASH : Si Les reflets changeants faisait un bien beau finaliste, c’est le sublime Betty Boob de Véronique Cazot et Julie Rocheleau aux éditions Casterman qui a cette année récolté le Prix de la BD Fnac ! ♥

La Fnac me permet d’ailleurs de vous faire gagner 2 exemplaires de cet album coup de cœur, ça vous dit ? Un simple commentaire en fin de billet indiquant votre participation suffira ! Fin du concours vendredi 2 février à minuit. Bonne chance !

 

 

BD de la semaine saumon

Chez Mo’

Trouver les mots – Gilles Abier

« Trouver les mots. Les mots justes. Ceux qui rassurent, ceux qui confortent, ceux qui sauvent. Je ne sais pas.

 

Je n’ai jamais su. »

 

Le format court sied décidément à merveille à Gilles Abier. Une petite soixantaine de pages, une narration incroyablement maîtrisée et un condensé d’émotions… Attendez-vous à une mini déferlante. Préparez-vous à une lecture qui « claque », de celles qui bousculent, de celles qui grattent, de celles qui résonnent longtemps…

 

Douze minutes et vingt-trois secondes… C’est à la fois si court et si long. Si anodin et peut-être si déterminant… Et aujourd’hui, ils veulent tous savoir. Ses mots à lui. Et ceux de Julien. Ce qu’ils ont bien pu se dire hier tous les deux pendant ce coup de fil… Mais les mots, ça n’a jamais été le fort de Gabriel. Exprimer ses sentiments, encore moins. Alors expliquer à sa famille et à la police ce que lui et son cousin ont pu se confier pendant ce tout petit quart d’heure, c’est au-dessus de ses forces. Parce que cette fois ci, il aurait mieux valu qu’il les trouve les mots, ils auraient peut-être permis d’éviter le drame…

 

Court et percutant. Gilles Abier se glisse dans les pensées intimes et secrètes de Gabriel et nous donne à voir les racines d’un malaise qui ne cesse de croître. Tout est tendu, fluctuant, mouvant… Les envies qui s’imposent, les désirs qu’on tente d’apprivoiser, les chemins qu’on se choisit, les amitiés qu’on dessine, les barrières qu’on érige malgré soi, les pièges dans lesquels on tombe parfois les yeux grands ouverts… Elle sonne juste la planète adolescente de Gilles Abier. Elle sonne vrai ♥

 

Un nouveau texte de Gilles Abier… qui devient logiquement une nouvelle pépite jeunesse partagée avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Les avis de Fanny, Stephie, Thalie

 

Du même auteur sur le blog : Un de perduLa piscine était videComment je me suis débarrassé de ma mèreJe sais que tu saisTout pour le violon Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire

 

Le site de l’auteur

 

Éditions Le Muscadier (Juin 2017)

Collection Rester Vivant

60 p.

 

Prix : 8,50 €

ISBN : 979-10-90685-96-3

 

pepites_jeunesse

Edelweiss – Cédric Mayen / Lucy Mazel

Edelweiss est un condensé de ce que j’aime trouver en BD. Une histoire belle et simple, des personnages de papier diablement attachants, un dessin lumineux et une fusion parfaite entre scénario et graphisme…

J’ai été frappée par l’univers de Lucy Mazel que je trouve d’une grande élégance. Un petit quelque chose dans les visages et les expressions des personnages, dans la colorisation et le soin apporté à la lumière aussi, qui n’est pas sans rappeler le trait de Jordi Lafebre que j’aime tant… Associé au talent de scénariste de Cédric Mayen dont je découvre le travail, impossible pour moi là non plus de ne pas penser à Zidrou tant il s’attache lui aussi à décrire cette intimité et ces liens qui unissent les hommes. Tous les ingrédients étaient réunis pour que je tombe en amour pour ce couple prêt à tous les sacrifices pour vivre ses rêves…

 

Olympe et Edmond… Toute l’histoire tourne autour de ces amoureux que le lecteur va suivre depuis leur rencontre lors d’une guinguette d’après-guerre. Il suffira d’un simple regard pour qu’Edmond tombe sous le charme d’Olympe. Moderne et indépendante, la jeune fille a hérité du caractère bien trempé et de la passion pour la montagne de sa grande tante aventurière. Faisant fi de la fortune familiale, elle a choisi de travailler comme couturière pour gagner sa vie. Une liberté qui dérange un père aux idées bien arrêtées mais qui séduit et bouscule instantanément le jeune mécanicien chez Renault. L’histoire d’amour aura son lot de soubresauts, de chausse-trappes et de coups du destin mais le couple restera uni par un rêve, une obsession… venir à bout du Mont-Blanc. Un rêve d’Olympe qui deviendra aussi celui d’Edmond, par amour…

 

Happée dès les premières planches par cette histoire romanesque qui se garde bien de tomber dans tous les clichés du genre, même si je déplore que cette magnifique couverture en dévoile un peu trop sur les ressorts de l’intrigue… L’histoire d’amour peut paraître banale et simpliste, il n’en est rien. En filigrane, derrière l’histoire d’un couple, se dessine celle d’une France en pleine mutation. Une France mouvante et nouvelle dont Olympe épouse les métamorphoses en affirmant sans mesure ses désirs et ses envies de femme. Passionnée, sans doute déraisonnable, clairement entêtée, ses rêves et l’amour qu’elle porte à Edmond sont son moteur. Et on l’aime Olympe, profondément…!

 

Et que dire des décors et des paysages sublimes de réalisme et de beauté qui naissent sous les crayons virtuoses de Lucy Mazel ? La jeune auteure impressionne. Finesse et élégance du trait, grandeur de champ et tableaux alpins à couper le souffle, travail sur la lumière, justesse des expressions et des regards… la palette est somptueuse et imprime durablement la rétine. Chapeau bas !

 

Une vraie réussite que cet album en lice pour le Prix de la BD Fnac qui sera décerné aujourd’hui à 20h. Il fait partie de mon top 3 aux côtés du magnifique Betty Boob et du sublime Shi ♥

 

Les avis de Faelys, Jacques, Joëlle, Laure, Leiloona, Moka

 

Éditions Vents d’Ouest (Juin 2017)

96 p.

 

Prix : 17,50 €

ISBN : 978-2-7493-0814-2

BD de la semaine saumon

… chez Stephie

Coupée en deux – Charlotte Erlih

« Petit à petit, on prend l’habitude d’être le balancier d’une pendule et de sonner l’heure de ses parents. Une semaine, chez l’un, une semaine chez l’autre. Les sacs d’un côté, les sacs de l’autre. Les habitudes de Maman, les exigences de Papa, les théories de Maman, les oublis de Papa, les amis de Maman, la famille de Papa, les devoirs avec Maman, les jeux d’échecs avec Papa, les complexes de Maman, les angoisses de Papa, les voyages avec Maman, les vacances dans la maison de famille de Papa, la joie le lundi après l’école de retrouver mon père ou ma mère, la tristesse qui pointe son nez le dimanche matin et qui grignote petit à petit tout l’espace jusqu’au soir, à l’approche du lundi matin et de la séparation. Et ça depuis plus de cinq ans. Je hais les dimanches et les lundis matin. »

 

C’est une machine bien huilée. Cinq ans que Camille refait ses bagages chaque dimanche soir pour rejoindre son père ou sa mère. Cinq ans qu’elle passe de l’un à l’autre depuis qu’ils ont divorcé. Cinq ans qu’elle met entre parenthèses une partie importante de sa vie pour ne se consacrer qu’à l’autre, en essayant de tenir bien en équilibre sur le fil qui continue de les relier…

 

A 14 ans, Camille a pris ses marques et ses habitudes. Une semaine chez maman, une semaine chez papa. Une semaine de tête à tête avec sa mère, une semaine passée avec son père, sa nouvelle compagne et sa toute nouvelle petite sœur qui prend déjà tellement de place. Et à chaque fois, même si le temps a fait son œuvre et arrondi les angles, son cœur se fendille de devoir « abandonner » l’un pour retrouver l’autre. Coupée en deux. Sans aucune possibilité de rejoindre les deux pièces maîtresses de sa vie…

 

Aujourd’hui, l’heure du choix est arrivé. Camille est convoquée au Palais de justice avec ses parents pour faire entendre sa voix avant que le juge ne se prononce. Elle va devoir trouver les mots, choisir, renoncer. Rester à Paris avec son père et sa petite famille ou suivre sa mère dans sa nouvelle vie en Australie…?

 

Dans un texte tendu et resserré dans le temps, la voix de Camille se lève et ponctue cette journée où tout se joue. Le dilemme est à la hauteur de l’amour qu’elle porte à ses deux parents, parts inconciliables de sa vie et pourtant si inséparables. Dans la tête de Camille, la valse des souvenirs, quelques regrets et beaucoup de doutes quant à cet avenir et cet après qu’elle n’arrive pas à percevoir nettement. Les émotions sont d’une grande justesse. Charlotte Erlih a le don de capter la planète adolescente et de lui donner une voix. Celle de son héroïne, une adolescente comme les autres qui cherche ses réponses dans un petit monde vacillant, est criante de vérité, pudique et attachante.

 

Une belle réussite pour cette auteure découverte avec le très beau Highline et une nouvelle pépite jeunesse partagée avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Éditions Actes Sud Junior (Janvier 2018)

Collection Roman Ado

96 p.

 

Prix : 12,50 €

ISBN : 978-2-330-09236-8

 

pepites_jeunesse

Betty Boob – Véronique Cazot / Julie Rocheleau

Croyez-moi… Vous aurez le même sourire que Betty sur votre visage quand vous tournerez la dernière page de ce très bel album…!

 

Un grand sourire oui. De ceux qui irradient. De ceux qui font du bien. Et puis vous aurez envie de le relire cet album, de l’offrir, de le partager, d’en parler aussi, même s’il ne sera pas toujours facile de trouver les mots. Pas parce qu’il est plombant non. Pas parce qu’il est triste, pessimiste, larmoyant. Non. Betty Boob c’est plutôt tout le contraire. Une ode à la féminité, à la liberté, à la vie. Une pêche bien mûre dans laquelle on a envie de croquer à pleines dents. Un pied de nez aux coups du sort, de ceux qui vous dévastent, font table rase de votre passé sans crier gare, de ceux qui éjectent de votre vie ceux qui en étaient auparavant les piliers…

 

 

Un crabe. Un sein en moins. Une vie entière à rayer. Et Élizabeth devient Betty Boob

Et si le meilleur était devant elle…?

 

 

« – Qu’est-ce que tu vas faire maintenant ?

– Ce que je veux. »

 

Tellement de tendresse, de sensibilité, d’amour et d’espoir entre ces pages. Tellement de talent aussi de la part de ces deux femmes qui ont mis des arcs-en-ciel au bout de leurs crayons. Et une telle fusion, aussi, entre le travail de la scénariste et celui de la dessinatrice que ça en est réellement bluffant. Une absence quasi totale de texte et de bulles, le regard du lecteur sera aimantée par les attitudes, les expressions, cette belle fureur de vivre, cette envie de rire, de chanter et de danser incroyablement contagieuse. Tout est fluide, élégant, cadencé, tout fait sens. Et tout fait vie ♥

 

J’ai un peu pensé aux masques si révélateurs dans Au-revoir là haut… De quoi mettre du beau sur les maux du corps et de l’âme. Il y a de ça dans l’inventivité dont font preuve les auteures pour sublimer le corps meurtri de Betty. Il y souffle un joli vent de fraicheur, de fantaisie, de sensualité et d’optimisme. Une explosion de couleurs, d’humour et de douce folie.

 

Sacrément beau cet album. Une prouesse graphique et un méga coup de cœur que je partage avec Leiloona.

 

 

Betty Boob est en lice pour le Prix de la BD Fnac qui sera décerné ce mercredi 17 janvier. Il fait incontestablement partie de mes favoris ♥ ♥ ♥

 

Les avis conquis d’Antigone et Yaneck

 

Éditions Casterman (Septembre 2017)

184 p.

 

Prix : 25,00 €

ISBN : 978-2-203-11240-7

La saga de Grimr – Jérémie Moreau

Il y a d’abord l’émerveillement des sublimes aquarelles de Jérémie Moreau… L’Islande des légendes. Des décors à couper le souffle. Et Grimr vous dérobe le cœur dès l’instant où vous croisez son regard…

 

Le coup de foudre pour cet album a été instantané. Fulgurant et inattendu. Il est à l’image du volcan qui a fait « naître » son héros. Il y souffle la colère, le grondement sourd de la terre, le feu, un profond désir de liberté, la rage de vivre et d’exister. Grimr Enginsson, fils de personne, deviendra quelqu’un. Et ainsi naîtra la légende…

 

« Je n’ai pas de nom, pas de famille, pas de terres, pas de possessions. Pour eux je ne suis personne. Mais je vais leur montrer qui je suis. Le temps d’une vie. Chacun de mes actes comme autant de pierres posées pour construire l’édifice final. Car ce qu’ils ne savent pas, c’est que j’ai un volcan dans l’âme. »

 

Chevelure volcan, doté de la force de la terre qui tremble, Grimr l’orphelin est un enfant au corps de géant. Solide comme un roc, indomptable, exigeant et déterminé à inscrire son nom dans la grand livre du destin. Une revanche. Une façon d’exister. Sur sa route, le voleur Vigmar, autoproclamé « le Valeureux ». Un père de substitution après la disparition de toute sa famille dans une nuée de cendres. Le seul à ne pas le rejeter. Marqué au fer rouge par cette seconde naissance, Grimr porte en lui les battements du cœur de l’Islande…

 

« Cette terre, je l’ai dans le ventre. »

 

Le Singe de Hartlepool, Tempête au haras, Max WinsonJérémie Moreau aime les héros qui sortent du cadre et bousculent les lignes. Avec La saga de Grimr, l’auteur au talent insolent se surpasse. Conteur né, ses crayons donnent à voir le sublime. Tout captive, tout fascine, tout envoûte… L’histoire se fait fresque en se nourrissant des légendes ancestrales d’une Islande tempétueuse. Dans un décor subjuguant de beauté, Grimr construit son destin envers et contre tous. Sur sa route, la sauvagerie et l’inconséquence des hommes. Et en miroir, la troublante ressemblance d’une terre qui épouse chacune de ses métamorphoses…

 

La saga de Grimr fait partie des 10 albums toujours en lice pour le Fauve d’Or qui sera décerné pendant le Festival international de la bande dessinée qui se tiendra à Angoulême du 25 au 28 janvier 2018.

 

Merci monsieur Moreau, vous m’offrez ma première grande claque de l’année… ♥

 

Les avis de Joëlle, Moka, Petit carré jaune

 

Le site de Jérémie Moreau

 

Éditions Delcourt (Septembre 2017)

Collection Mirages

232 p.

 

Prix : 25,50 €

ISBN : 978-2-7560-8064-2

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

 

           

           Karine                          Nathalie                          Blandine                   Petit carré jaune

 

 

   

          Jérôme                                                     Moka

 

 

           

           Natiora                            Mylène                            Khadie                          Saxaoul

 

 

           

      Marion Pluss                      Madame                             Mo’                             Jacques

 

 

           

             Enna                               Enna                             Sabine                              Hélène

 

 

            

           Blondin                            Laëti                               Azi Lis                               Maël

 

 

           

            Caro                           Estelle Calim                   Gambadou                      Stephie

 

 

         

           Bouma                          Leiloona                           Soukee                        Sandrine

 

 

   

           Pativore                    Marguerite

La plume de Marie – Clémentine Beauvais

Le château de Rochecourt est en pleine effervescence. Dans quelques jours, le baron va recevoir la visite de son ami, Pierre Corneille. Pour l’occasion, Thomas est prié d’apprendre six sonnets et la tirade du Cid par cœur. Sophie et Margot, elles, devront rester à leur place, se contenter d’être bien coiffées et habillées et toujours parfaitement agréables. Pour le reste, la nouvelle ne leur fait ni chaud ni froid…

 

Marie, elle, a bien du mal à masquer son enthousiasme. Recueillie par le baron et la baronne de Rochecourt à la mort de sa mère, alors gouvernante au château, elle a bénéficié d’une bonne éducation auprès des enfants de la famille, sans pour autant en faire vraiment partie. A 12 ans, elle a appris à lire et à écrire, se passionne pour le théâtre et rêve d’écrire un jour sa propre pièce. Mais Marie est au service de la famille Rochecourt et doit rester à sa place. Impossible pour elle d’approcher l’homme de lettres. Sa venue au château pourrait pourtant bien bouleverser son destin…

 

Marie a beau être née le même jour que Louis XIV, elle devra faire preuve d’audace pour vivre la vie dont elle n’ose même pas rêver. Curieuse, passionnée, désireuse d’apprendre, elle ne se doute pas encore que ce sont les mots qu’elle aime tant qui l’aideront à sortir de sa condition de servante… et de femme. En secret, elle compose une pièce de théâtre que le lecteur prend grand plaisir à découvrir au fur et à mesure de la lecture. Une pièce de théâtre en 5 actes entièrement en alexandrins dont Marie est le personnage principal…

 

Quelle belle idée que cette réédition ! Publié pour la première fois en 2011, le roman de Clémentine Beauvais s’offre une deuxième vie et vient logiquement de remporter le prix UNICEF 2017. Le jury d’enfants ne s’est effectivement pas trompé. La plume de Marie est un roman historique pétillant sur l’accès des femmes à l’écriture, un roman rythmé et passionnant qui met en scène une héroïne moderne qui prend son destin en main. L’alternance entre l’histoire et les scènes écrites en alexandrins par Marie, le découpage du récit en actes, le vocabulaire riche, les nombreuses références littéraires…. tout fait de ce petit roman un incontournable à mettre entre les mains des écoliers et des collégiens !

 

Une bien jolie découverte pour inaugurer la nouvelle moisson de pépites jeunesse que nous allons encore tenter de dénicher cette année avec Jérôme !

 

Prix UNICEF 2017

 

Le site de l’auteure

Éditions Talents Hauts (Août 2016)

Collection Livres et égaux +

Première édition Septembre 2011

127 p.

Illustrations de Anaïs Bernabé

 

Prix : 8,00 €

ISBN : 978-2-36266-172-3

 

pepites_jeunesse

Ostwald – Thomas Flahaut

Il faut se rendre à l’évidence, les 68 dénichent des merveilles ! Et ce 1er roman ne fait pas exception. Voire, il est peut-être celui que je n’attendais pas, celui tendu lors de jolies retrouvailles de fin d’année avec les copines et qui m’a embarqué toutafé.

 

 « Comment ça meurt une ville ? […]

Une usine ferme. La ville qu’elle faisait vivre agonise. La ville meurt. Et l’idée de la voir s’effondre, cette ville, avec toutes ses pierres, ses voitures et ses habitants, l’idée du vide qui viendrait après sa mort, du néant replié sur toutes ses rues et ses existences, alors, me hante.

Belfort. Un mois de novembre. J’ai onze ans.»

 

Lui, c’est Noel. Il a grandi auprès « d’un cadavre sans odeur », cette usine d’Alsthom, ce « squelette rouille et vert-de-gris », ce fantôme. Ou peut-être, tout contre « un avant-gout de l’avenir ».

L’autre, c’est Félix. Le frère. Le grand.

Et depuis la fermeture de l’usine, la famille s’est écroulée. La mère a accepté une mutation. Le père, lui, « a acheté son licenciement ». Divorce. Enfance un peu triste, un peu vide. Jeunesse un brin résignée. Désabusée. Comme engluée.

 

« Ils parlent tous le même langage, mêlant à leurs phrases des termes anglais à la signification très vague pour moi. Même Félix qui, après avoir terminé l’université, semble s’être décidé à ne faire que dormir. Tous sont sortis de la vie d’étudiant, se tiennent au bord de l’avenir. Moi, je ne trouve rien à dire, les yeux dans la nuit striée par les flocons de neige qui s’écrasent sans bruit sur les vitres du tramway. Dans quelques années, je serai à leur place. Je vois la catastrophe arriver. »

 

La catastrophe arrive. Évidemment. Peut-être pas celle imaginée. Mais elle est bien là. Un incident grave à la centrale nucléaire de Fessenheim. Celle qui fait vaciller ces vies déjà bien de traviole.

 

« Tout est inconnu. Tout est invisible. Les événements se passent sous terre ou dans l’obscurité et la chaleur d’un réacteur nucléaire. On ne sait rien de ce qui se passe. »

 

Et puis vient l’urgence. La panique. Les évacuations. La fuite. La terre et les êtres dévastés. Un lieu, un refuge à trouver. Ou à inventer….

 

C’est un premier roman formidable. Étonnant. Malgré sa noirceur. Un roman qui dit la catastrophe. Qui balance sévère entre réalité et imaginaire. Un roman social qui raconte l’humain, ses errances, ses failles, sa jeunesse. Les liens déliés, l’impossible partage et la solitude des êtres. Les décombres, l’horreur et la folie des hommes. La fin d’un monde sans aucun doute.

C’est un roman qui interroge. Sans concession. Sans rédemption.

Un Roman sobre. Court. Avec dedans, une écriture tout comme j’aime. Sèche. Économe et poétique. Un livre qui dit peu. Et laisse le lecteur imaginer. Beaucoup. Comme pour prendre place dans le récit. A la place de…. Et si c’était vous ? Ou iriez-vous ? Que feriez-vous ?

 

« La nuit, des globes suspendus à de hautes tiges de métal éclairent les abords du gymnase d’une lumière glacée. Le concert des ronfleurs emplit la salle. J’attends que l’ombre d’un soldat se perde dans les ténèbres et je me lève. L’air est lourd de ce que ça produit, tant de corps endormis, tant de bouches ouvertes et de peaux moites sous les draps rêches et les couvertures de laine piquante. Je me dis que cette odeur et ce bruit sont peut-être tout ce que nous partageons de nos rêves et de nos cauchemars, quand le jour, nous résistons à la peur, nous jouons la comédie du quotidien. »

 

« A travers la forêt, mes pieds dans les branches, mes pieds dans les ronces, mes pieds dans la mousse, mes pieds dans le gravier. Les escaliers, les vestiaires, le couloir. L’horreur derrière moi. Je ne sais pas ce qu’il y a devant. »

 

Les billets des 68 c’est par ici  (Venez y découvrir des premiers romans formidables, des coups de cœur partagés, des envies, des folies….)

Le billet tentateur de Jérôme-chou est à lire là  (Il a décidément du gout ce garçon !)  

 

Ostwald, Thomas FLAHAUT, Éditions de l’Olivier, 2017.

Je lis donc je suis…

Une nouvelle année livresque qui commence..! Histoire de laisser 2017 derrière nous, comme les années précédentes, je reprends ce petit tag bien sympathique dont j’adore l’idée. Le principe est simple, … Répondre aux questions posées en donnant comme réponse le titre d’un livre lu dans l’année écoulée. Un « bilan » décalé et souvent très juste, idéal pour démarrer poétiquement cette nouvelle année de lecture !

 

 

Décris toi…

Première personne du singulier

 

Comment te sens tu ?

La femme brouillon

 

Décris où tu vis actuellement…

Dans la forêt de Hokkaido

 

Si tu pouvais aller où tu veux, où irais tu ? 

Là où vont les fourmis

 

Ton moyen de transport préféré ?

D’un trait de fusain

 

Ton/ta meilleur(e) ami(e) est…

Belle merveille

 

Toi et tes amis vous êtes…

Le camp des autres

 

Comment est le temps ?

Trois saisons d’orage

 

Quel est ton moment préféré de la journée ?

Grossir le ciel

 

Qu’est la vie pour toi ?

Un grand jour de rien

 

Ta peur ?

Naissance des cœurs de pierre

 

Quel est le conseil que tu as à donner ?

S’aimer…

 

La pensée du jour…

Qui ne dit mot consent

 

Comment aimerais tu mourir ?

Par amour

 

Les conditions actuelles de ton âme ?

Écumes

 

Ton rêve ?

S’enfuir

 

Alors, à qui le tour ?

 

Ces livres lus en 2017… dont je n’ai pas parlé

Cette année encore, j’ai lu un certain nombre de romans dont je n’ai pas parlé ici. Tous des livres de la rentrée littéraire lus au cœur de l’été. Par manque de temps, parfois par manque d’envie, souvent parce que je me demandais quoi en dire qui n’avait pas déjà été dit ou au contraire parce que je ne pensais pas trouver des mots à la hauteur. Une petite dizaine de livres donc qui n’ont pas eu droit à leur petite bafouille et parmi eux quelques coups de cœur voués à l’oubli, ce qui, vous l’avouerez, est bien dommage…!

 

2018 verra peut-être naître des billets dignes de ce nom sur certains d’entre eux mais dans le doute, et histoire de remettre tous les compteurs à zéro, retour sur ces romans oubliés qui méritent plus qu’un petit coup de projecteur…!

♦ ♦ ♦ ♦ ♦

 

Le dialogue intime, puissant, engagé, essentiel, entre Valentine Goby, romancière, et Charlotte Delbo, déportée, résistante, poète. J’avoue mon inculture, je ne connaissais Charlotte Delbo que de nom avant de me lancer dans cette lecture. Je suis ressortie de ce texte avec un amour encore plus grand pour les mots et cette littérature souvent salvatrice, avec la certitude que la langue et l’acte d’écrire pouvait panser toutes les plaies. Avec un profond respect, aussi, pour ces deux femmes. C’est une rencontre, de celles qui changent une vie, que nous donne à voir Valentine Goby. C’est un cadeau…

 

Je me promets d’éclatantes revanches de Valentine Goby, L’Iconoclaste, 2017

 

 

Une séparation à hauteur d’enfant. Ça peut paraitre banal mais Sophie Lemp a l’art de tisser l’universel à partir de ces petits bouts de vie qui résonnent si intimement. Les fêlures, les sentiments contradictoires, les questions sans réponses, les petites haines qu’on aimerait pouvoir taire, ces fils qui se désunissent, l’avant, l’après… et ce qui reste et persiste de la famille et des liens, malgré tout, des années après. C’est simple, émouvant. Ça dit l’intime, le mouvant, les souvenirs qui s’effritent et ceux qui s’impriment. Ça dit ces douleurs qui malgré tout aident à grandir. Un texte pudique, personnel, trop peut-être, qui pourrait laisser certains lecteurs sur le bas-côté.

 

Leur séparation de Sophie Lemp, Allary, 2017

 

 

Tout est affaire d’ambiance dans ce premier roman. Comme le personnage principal, le lecteur chemine sans trop savoir ce qu’il cherche et finalement ce n’est pas le plus important. Sur la route, l’essentiel est dans les rencontres, les questions qu’on se pose et dont on ne trouvera peut-être pas les réponses. Des oiseaux tombent du ciel et l’enquête se fait intime. C’est doux, contemplatif, poétique, étonnant, érudit. Une plume élégante et raffinée qu’on aime à lire, qu’on aimerait entendre, qui titille l’imaginaire en chacun d’entre nous. Dépaysant.

 

Pourquoi les oiseaux meurent de Victor Pouchet, Finitude, 2017

 

 

Un village des Caraïbes, une légende, un trésor perdu. Un navire échoué, des explorateurs, une famille au cœur du mystère… Dans ce roman, tout est émerveillement. La résonance des contes de l’enfance, la saga familiale dont on dénoue les fils avec passion, l’histoire d’amour et son lot d’écueils. Miguel Bonnefoy s’amuse dans un numéro de haute voltige qui mêle les genres avec brio. Le lecteur, lui, se régale, s’enthousiasme, de la langue virevoltante, de la prose fabuleuse et inventive, de la richesse exotique mi fabuleuse mi philosophique. Un bijou découvert dans le cadre du prix Landerneau et un auteur à suivre !

 

Sucre noir de Miguel Bonnefoy, Rivages, 2017

 

 

Un final en apothéose pour le Cycle des maudits débuté avec La lune assassinée et Les milles veuves. Un texte si puissant, si beau, qu’il m’a laissée sans voix… J’ai retrouvé tout ce que j’aime chez cet auteur de génie, à commencer par cette langue, tumultueuse, violente, sensuelle. Tout fait rage dans ce roman. Et tout fait sens. Un tourbillon de sentiments, le mal d’amour, l’amertume de ceux qui ne sont plus aimés, la jalousie qui s’insinue comme un poison, le vide que laissent ceux qui partent. Et Camille, celle par qui le malheur arrive… Magnifique, tragique et d’une beauté à couper le souffle !

 

Le cri du diable de Damien Murith, L’âge d’homme, 2017

 

 

Un roman glaçant et passionnant lu dans le cadre du jury pour le Prix Landerneau. Une expérience de lecture assez particulière, une distance voulue pour pouvoir affronter sereinement l’histoire édifiante de cet ancien médecin tortionnaire à Auschwitz. Son errance, ses vies multiples, sa traque vu par le prisme mi-documentaire mi-fictif d’Olivier Guez. Et cette question, lancinante, qui ne quitte pas le lecteur… Comment Josef Mengele a-t-il pu passer entre les mailles du filet pendant près de trente ans ? L’enquête est minutieuse, précise, et fait froid dans le dos. Saisissant.

 

La disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez, Grasset, 2017

 

 

Je sais que je ne prends aucun risque en ouvrant un roman de Laurent Bénégui. J’avais aimé le côté décalé et profondément drôle de Mon pire ennemi est sous mon chapeau, j’avais été troublée et émue par Naissance d’un père… j’ai été enchantée par cette délicieuse parenthèse de lecture offerte par La part des anges. On y parle du deuil avec légèreté et drôlerie. On n’y oublie pas les belles émotions et les situations loufoques. Et surtout on y parle d’amour et de vie. Une lecture sympathique, tendre et touchante qui donne le sourire.

 

La part des anges de Laurent Bénégui, Juillard, 2017

 

 

Stradi est né avec un violon dans la tête et moi je suis tellement tombée en amour pour lui que je ne sais pas comment vous en parler. Voilà. C’est bête et ça m’arrive finalement assez rarement mais je ne trouve pas les mots pour vous parler de ce petit bonhomme. Je me sens un peu démunie pour vous parler de ses grandes batailles, de ses petites victoires, de son petit monde à lui qui est devenu l’espace de quelques pages mon petit monde à moi… Gilles Marchand est un peu magicien mais je crois qu’il ne le sait pas. Son funambule m’a emmenée loin, ailleurs. J’y ai fait le plein d’amour, de musique, de rêves en couleur, de fantaisie… Et je m’y suis sentie furieusement bien. Un vrai petit miracle en équilibre par l’auteur-chouchou du précieux Une bouche sans personne

 

Un funambule sur le sable de Gilles Marchand, Aux forges du Vulcain, 2017

 

 

Mission accomplie…!

 

Les comptes sont remis à zéro, je vais pouvoir tourner sereinement la page de 2017 et aborder avec enthousiasme et curiosité les lectures qui feront 2018 ! Il me reste encore à vous parler des très beaux romans de Alice Zeniter, de Véronique Olmi et de Gaëlle Nohant mais demain est un autre jour…

 

En attendant, je vais profiter des quelques jours de répit qui s’annoncent pour me plonger dans quelques jolies lectures jeunesse qui font du bien tout en zieutant vers ces nouvelles tentations de la rentrée d’hiver qui me tendent les bras.

 

Très belles fêtes de fin d’année à tous !