La Princesse de l’aube – Sophie Bénastre / Sophie Lebot

la princesse de l'aube

« Elyséa était le pays le plus heureux d’entre tous. Il y régnait joie et bienveillance. Dans le ciel, invariablement clair, scintillait un doux soleil. Sa lumière protectrice permettait aux fruits de s’épanouir. Les potagers et les champs offraient généreusement de quoi nourrir le peuple. Des fleurs chatoyantes ornaient les appartements royaux où s’affairaient les domestiques. Elyséa était gouvernée par le roi Alcménon et la reine Radamenta, tous deux très aimés de leurs sujets. La paix et le bonheur régnaient. »

 

Une princesse à la peau pâle et aux yeux translucides qui irradie d’une douce lumière. Un arrière plan plongé dans l’obscurité où semble régner la tristesse. Quelques lueurs éparses. Tout est là, déjà. Dans cette magnifique couverture qui joue sur le contraste entre clair et obscur. Dans ce très grand format qui magnifie la puissance du texte et la beauté des illustrations. Le plus beau des écrins pour un album bijou qui conjugue à merveille les tonalités du conte et la réalité de notre monde…

 

Dans le royaume d’Elyséa, les hommes vivent heureux sans se soucier des lendemains. Un paradis terrestre sur lequel règnent un roi et une reine attentifs et bienveillants. Mais un matin, la terre se met à gronder et le royaume est englouti dans les profondeurs. Sonné, incrédule, le peuple se réveille au milieu des ruines et des cendres. Passé le temps de l’hébétement, le peuple s’organise et tente de survivre dans ce qu’il surnomme « le Monde d’en Bas », un royaume souterrain fait de galeries et de tunnels abritant désormais les survivants privés de lumière et de chaleur. Le couple royal, rejeté par son peuple qui l’aimait tant, se retire dans l’obscurité…

Quelques mois plus tard, et contre toute attente, nait la princesse Lucia. Blonde et gracile, gaie et lumineuse. Sur elle repose l’espoir de jours meilleurs…

 

Coup de cœur pour ce conte sublime où je retrouve avec bonheur la plume enchanteresse de Sophie Bénastre (Mélodie en sous-sol, La bulle de secrets). L’auteure n’a pas son pareil pour créer sur mesure un monde imaginaire où règnent l’obscurité et la tristesse. Un monde que les hommes ont oublié de préserver et qui se rappelle à eux de la plus cruelles des façons. Dans ce royaume perdu, un frêle éclat traverse petit à petit les interstices, promesse du retour possible de la lumière dans le ciel et le cœur des hommes. Aux crayons, Sophie Lebot déploie tout son talent et nous en met plein les yeux. Sublimées par le format hors-normes de l’album, ses illustrations se déploient et donnent à voir un univers merveilleux où s’affrontent l’obscurité et la lumière. Cages aériennes qui enferment des lueurs vacillantes, parapluies retournés pour récolter l’eau de pluie, vêtements éclatants de finesse… elle met en scène un monde magique et inventif de toute beauté.

 

Poétique, envoûtant et atemporel ♥

 

Le site de Sophie Bénastre

Le site de Sophie Lebot

 [slideshow]

 Éditions De la Martinière jeunesse (Mai 2017)

32 p.

 

Prix : 14,90 €

ISBN : 978-2-7324-7693-3

 

logoalbums2016

Journal d’un vampire en pyjama – Mathias Malzieu

images« Ce livre est le vaisseau spécial que j’ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. Une histoire d’amour aussi. Ce journal est un duel de western avec moi-même où je n’ai rien eu à inventer. Si ce n’est le moyen de plonger en apnée dans les profondeurs de mon cœur. »

 

Un drôle de journal intime que cet ouvrage. Sur un sujet douloureux qui fait toutafé froid dans le dos. Et c’est peu de le dire…

Mathias Malzieu est chanteur, compositeur, écrivain… Un touche à tout de talent, tendre, décalé, un brin rock and roll ! Qui fait grand bien dans ce monde de brutes…

 

« Je suis un drogué du panache. J’ai des cavernes d’Ali Baba plein le crâne, à s’en faire claquer les orbites. Je ne m’ennuie jamais, sauf quand on me ralentit. J’ai dans le cœur un feu d’artifice. Véritable homme-volcan, c’est la lave qui coule dans mon sang. Je cherche le spasme électrique de la surprise. Je ne sais pas vivre autrement. »

 

Oui mais voilà, une maladie du sang lui attaque la moelle osseuse, « une maladie du sang aussi grave que rare. C’est « idiopathique », comme ils disent, on en connait pas la cause. »

Démarre une lutte totale. Mathias devient un vampire. Désormais, il a besoin « du sang des autres pour vivre. » Et, « pour revenir dans le monde des vivants », il lui faudra une greffe de moelle. Traitement lourd, diagnostic incertain… Mathias s’accroche. Entame un combat de chaque instant. Malgré les doutes qui s’installent. Malgré « l’identité qui vacille ». Malgré la vie suspendue à un fil. Malgré « la contrainte, l’attente et le flou »…

 

Alors, pour tenir bon, pour se sauver, pour résister, pour continuer à espérer et pour se protéger de Dame Oclès, Mathias débute une sorte de carnet de bord de la maladie. Un journal intime d’un genre tout particulier :

 

« En chambre stérile, dès qu’on rêve un peu, ça pique les yeux. Surtout quand on ne sait ni quand ni comment on en sort. Ma seule possibilité de résister, c’est d’écrire. L’urgence fait pousser des graines de livres en moi. Je les arrose toutes et m’applique à penser que je vais trouver mon haricot magique pour crever le plafond de l’hôpital. »

 

C’est épatant et terriblement humain. C’est délicat, doux et empreint d’une folle poésie. C’est beau, léger même dans la désespérance, c’est fort, c’est bon, vraiment bon ! C’est un surprenant coup de cœur et depuis cette si jolie lecture, je me suis plongée dans sa musique avec une attention particulière, avec une émotion toute singulière. Merci Mathias Malzieu, je ne vous quitterai plus je crois, vous avez conquis mon cœur 😉

 

« Puisque je suis prisonnier de mon propre corps, je dois plus que jamais apprendre à m’évader par la pensée. Organiser ma résistance en mobilisant les ressources de l’imagination. Je vais travailler dur au rêve de m’en sortir. Il me faudra une volonté en fer forgé. Un truc de marathonien. Foulée après foulée. Rythme et constance. Trouver l’équilibre entre la rigueur d’un moine et la fantaisie créative. Apprendre à faire le con poétiquement dans le cadre austère du couvre-feu que je dois respecter. Doser l’espoir au jour le jour. Transformer l’obscurité en ciel étoilé. Décrocher la lune tous les matins et aller la remettre en place avant la tombée de la nuit. Un vrai boulot de néo-vampire. »

 

Et le verdict est tombé ce mercredi à 20h  Tataaaaaaaaaam … Il est l’élu du Grand Prix des Lectrices de ELLE dans la sélection « Essai »… Encore bravo Monsieur Malzieu 😉

 

 

GrandPrixdesLectricesElle

 

Le site : http://www.vampireenpyjama.fr/

Journal d’un vampire en pyjama, Mathias Malzieu, Albin Michel, 2016.

L’adoption 2. La Garùa – Zidrou / Arno Monin

L' ADOPTION

« On rêve tous d’histoires qui se terminent bien. On a beau savoir que, par nature, « end » et « happy » ne feront jamais bon ménage, on se force à y croire. Cette espérance, cet aveuglement, c’est notre force à nous, les hommes. Les histoires ne se terminent pas bien. On peut juste faire en sorte qu’elles nous laissent une bonne saveur en bouche. Se lécher une dernière fois les babines avant de sortir de table, ce ne serait déjà pas si mal non ? »

 

Voilà. Ces quelques mots sur les premières planches de l’album et je retenais déjà mon souffre… Personne ne pourra dire en refermant le dernier tome de ce diptyque que Zidrou n’est pas un grand scénariste. Jamais on on l’attend, toujours en embuscade, prêt à dégainer ses dernières cartouches. Un numéro d’équilibriste parfait, oscillant sans cesse entre l’émotion, l’humour et ce réalisme cruel qu’on se prend parfois en plein visage. Du grand art, ni plus ni moins…

 

L’année dernière, je finissais le premier tome de L’adoption la gorge serrée. J’avais fait la connaissance de Qinaya, 4 ans, et de sa nouvelle famille de cœur. J’avais fondu pour son grand-père tout neuf, Gabriel « l’achachi » bien malgré lui, tombé en amour pour cette petite poupée péruvienne qu’un tremblement de terre avait laissée orpheline. J’avais aimé les « Gégés », cette bande de vieillards fort en gueule et tout mous à l’intérieur. Ces carapaces qui se fissurent, ces liens du sang et du cœur qui relient les hommes… et cette claque à la fin de l’album qui fait d’effondrer le parfait château de cartes…

 

Et ce dernier tome, d’une certaine façon, remet tout en perspective. Les hommes et leurs bonnes intentions, leurs choix et leurs erreurs, leurs désillusions et leur capacité à rebondir et à se reconstruire. Surtout ne pas trop en dire… Simplement suivre Gabriel à Lima, dans un voyage douloureux et nécessaire. Le voir avancer, reculer, perdre pied, douter, espérer, renoncer. Imaginer des jours meilleurs, se gorger de belles rencontres. Se recentrer sur l’essentiel, enfin, ce qui dure, ce qui enracine profondément dans le sol… et se dire qu’il n’est jamais trop tard.

 

Une très belle conclusion à ce très beau diptyque. Terriblement humaine, bouleversante, ouvrant grand les portes vers un nouveau départ. Le dessin d’Arno Monin, au diapason, offre un écrin de finesse et de légèreté où la lumière prend toute sa place. Sublime ♥

 

« – Et vous, Gabriel ? Pourquoi le Pérou ?

– Pourquoi ? Parce que je suis un vieil imbécile qui croit encore aux contes de fées, alors que la vie se comporte plus souvent qu’à son tour comme une méchante sorcière. »

 

Le blog d’Arno Monin

 

Des mêmes auteurs sur le blog : Merci L’adoption (1)

 

[slideshow]

Éditions Bamboo (Mai 2017)

Collection Grand Angle

48 p.

 

Prix : 14,90 €

ISBN : 978-2-8189-4170-6

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Stephie

Les Piqûres d’Abeille – Claire Castillon

abeille

« Je l’ai repérée tout de suite, avec sa couronne dans les cheveux et son petit sac à main de vieille dame. J’ai compris que je pourrais lui faire confiance. À quoi bon avoir une meilleure amie et une amoureuse ? Abeille allait remplir les deux fonctions. Lou, mon ancienne amoureuse de CP, était bien trop gamine. En ce qui me concerne, je suis très mûr, assez marrant et plutôt intelligent, il me faut donc une fiancée qui dépote (…) Avec Abeille, tout est possible. »

 

Au mariage de sa marraine, Jean n’a eu d’yeux que pour elle. Abeille. Avec un prénom si peu banal, son allure à part et son aplomb sans faille, Jean est persuadé d’avoir trouvé l’amoureuse parfaite. Même si elle ne le sait pas encore. La retrouver n’est pas une mince affaire mais plein de ressources et surtout ultra motivé, Jean réussit à mettre la main sur la précieuse adresse de sa promise et lui envoie une lettre sans équivoque sur ses sentiments. La réponse ne tarde pas et Jean est aux anges. Abeille pique, Abeille mord, Abeille fait mal… mais Jean, lui, ne voit rien…

 

En ouvrant Les piqûres d’Abeille, on s’attend à une petite bluette sentimentale sympathique pour ados. Sauf que la dite bluette est signée Claire Castillon, peu coutumière des caresses et autres mièvreries même si elles s’adressent aux plus jeunes. C’est donc avec une plume acérée que l’auteure nous raconte une histoire d’amour à sens unique. Très tendre avec son jeune héros malmené, elle dépeint face à lui une Abeille tête à claques qui mène son monde à la baguette, prête pour cela à humilier, rabaisser et peiner ses sujets entièrement dévoués à sa cause.

 

Si le lecteur n’est pas dupe de la cruauté d’Abeille, Jean, aveuglé par son amour pour la jeune peste, continue à aduler sa reine. Mais autour de lui, le monde continue de tourner et remet petit à petit les pendules à l’heure… Mention spéciale d’ailleurs à cette tribu bigarrée qui vaut à elle seule la lecture de ce petit roman décapant qui sort allégrement des clous : les parents pas toujours très adaptés, la sœur qui se débat avec ses kilos en trop et tombe sous le charme d’un justicier moderne, le cousin chauve, le meilleur ami qui tombe amoureux d’une fille qui se déplace en fauteuil roulant, le grand père unijambiste et la grand-mère au menton qui pique..!

Reste à savoir si les jeunes à qui se destine ce roman pour le moins atypique arriveront à faire la part des choses et à comprendre ses différents niveaux de lecture. Le lecture adulte, lui, se régale de la joyeuse impertinence et de la douce folie de Claire Castillon qui piétine avec bonheur les codes du roman jeunesse.

 

Un roman jeunesse original et intrigant que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…!

 

Les avis de Canel et Mylène

 

Éditions Flammarion jeunesse (Avril 2017)

160 p.

 

Prix : 14,00 €

ISBN : 978-2-08-140664-3

 

pepites_jeunesse

Geisha ou Le jeu du shamisen 1/2 – Christian Perrissin / Christian Durieux

geishaItinéraire d’une future geisha dans le Japon de l’ère Taisho…

 

Nous sommes en 1912. La famille de Setsuko Tsuda quitte la montagne et part s’installer en ville dans l’espoir d’une vie meilleure. Mais les coups du sort s’accumulent et la famille sombre dans la misère. Setsuko a huit ans et devient pour son père une monnaie d’échange : contre une forte somme d’argent et contre l’avis de sa femme, il mène l’ainée de ses filles dans une okiya du quartier des plaisirs. Elle sera confiée à Mme Tsushima, une okāsan autoritaire et peu sujette à l’empathie, désormais en charge de son éducation. Dans cette maison de geisha qu’elle dirige d’une main de fer, elle fera suivre à Setsuko un long apprentissage. A elle de ne pas la décevoir et de tout faire pour ne pas finir simple servante ou prostituée…

 

Premier tome d’un diptyque qui s’annonce passionnant sur l’apprentissage d’une future geisha. Tout repose sur le personnage de Setsuko, surnommée Kitsune la renarde du fait de son physique jugé disgracieux. Pataude et encore enrobée des rondeurs de l’enfance, rien ne semble prédisposer Setsuko à devenir une geisha. Pourtant, elle devra apprendre les arts traditionnels, apprendre à se mouvoir avec grâce, à danser et à chanter avec élégance afin d’éviter la déchéance pour satisfaire les clients les plus exigeants. Le salut de Setsuko viendra peut-être de son don pour la musique et de sa maîtrise de l’art difficile du shamisen, sorte de guitare à trois cordes typique des geishas… 

 

Ce qui frappe avant tout dans cet album c’est le raffinement extrême du dessin en noir et blanc. Un noir et blanc profond qui rappelle par moment les vieilles photographies du début du siècle ou le cinéma des années 30 dont il semble parfois s’inspirer. Une belle esthétique et des planches sublimes dont on ne se lasse pas d’admirer les moindres détails tant le trait est élégant et raffiné, à l’image de ces femmes fascinantes et énigmatiques qu’il met magnifiquement en lumière.

 

S’il reste un tome de mise en place de l’intrigue, aucune longueur dans cette peinture réaliste et passionnante du monde très codifié des geisha. Espérons que les auteurs ne nous fassent pas trop languir avant la sortie de la fin de ce très beau diptyque !

 

Les avis de Yaneck, Un amour de BD

 [slideshow]

Éditions Futuropolis (Avril 2017)

88 p.

 

Prix : 19,00 €

ISBN : 978-2-7548-1216-0

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Mo’

Ma grand-mère est une terreur – Guillaume Guéraud

ma grand-mèreLa grand-mère de Louis n’est pas du genre commode, pas pour rien qu’on la surnomme Mémé Kalachnikov…! Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle ne ressemble pas aux mamies qui abusent des câlins, aiment faire des confitures et sont prêtes à tout pour faire plaisir à leurs petits-enfants. C’est donc à reculons que Louis se rend dans sa maison paumée au fin fond de la forêt pour y passer une semaine de vacances. Vacances ? Tu parles…! Le téléphone a un écran à l’ancienne qu’il faut tourner avec le doigt et aucune trace de wifi, de toutes façons, Mémé Kalachnikov ne sait même pas ce qu’est Internet. Et le pire, elle n’a même pas la télé…

 

Résigné, Louis s’apprête donc à passer une semaine en enfer avec pour seule distraction un vieux vélo rouillé censé lui permettre de prendre le bon air de la nature. Et puis elle est bizarre Mémé Kalachnikov, elle a la révolte dans le sang ! Et ce projet de route censée passer au beau milieu de la forêt la faire voir rouge…

 

« Sans rire, Mémé Kalachnikov n’a jamais eu le nez crochu, mais il ne manquait que de la bave de crapaud pour se croire dans un conte à la noix. »

 

Un roman jeunesse pour les plus jeunes signé Guillaume Guéraud… forcément ça déménage ! Armée d’une faucille et d’un marteau sur la couverture, Mémé Kalachnikov est une révolutionnaire en sommeil qui ne demande qu’à se réveiller. Et si en plus elle peut rallier son petit fils à sa cause, banco ! Le duo de personnages fonctionne à merveille et joue sur le choc classique des générations… revu et corrigé à la sauce Guéraud : la mamie se révèle une vraie dure à cuire au langage fleuri et aux manières peu orthodoxes, du genre à ruer dans les brancards en piétinant allégrement les clichés de la mamie-gâteau..!

 

Beaucoup d’humour, des dialogues pas piqués des vers, une palanquée de gros mots bizarres, un soupçon de magie, voire même un peu de sorcellerie, une véritable aventure, une forêt à sauver… et un message intelligemment amené, les petits et grands lecteurs vont adorer Mémé Kalachnikov !

 

Une nouvelle pépite jeunesse que j’ai plaisir à partager avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

« Elle dit un tas de méchancetés. Ouah ! elle m’a même appris plein d’insultes comme « gougnafier ! », « capitaliste ! », « suceur de sueur ! » et « altesse de mes fesses ! ». Mais je peux pas les répéter devant mes parents sinon ça les rend dingues.

Sauf que moi, bizarrement, Mémé Kalachnikov m’aime bien. Et elle m’accueille toujours à bras ouverts pendant les vacances. Alors que je déteste aller chez elle. »

 

Éditions du Rouergue (Avril 2017)

Collection dacodac

94 p.

Illustrations de Gaspard Sumeire

 

Prix : 8,50 €

ISBN : 978-2-8126-1222-0

 

pepites_jeunesse

Les filles au lion – Jessie Burton

Les filles au lionLes filles au lion a comblé toutes mes attentes de lectrice et même au-delà… Contrairement à la plupart d’entre vous, je découvre l’auteure avec ce titre alors que son premier roman avait fait grand bruit. De fait, à peine la dernière page de ce roman tournée, je me suis empressée de commander Miniaturiste que je prévois déjà de dévorer cet été.

 

Les filles au lion est un pavé, du moins pour moi qui peine à me lancer dans ce genre de lecture en dehors des périodes de vacances où le temps s’étire à loisir. Comment expliquer alors que je l’ai lu en deux jours au beau milieu de la semaine ? Peut-être parce qu’il est profondément romanesque, ce qui pour moi n’a absolument rien de péjoratif. J’aime quand on me raconte une histoire, quand les personnages me font vibrer, quand la construction dramatique est telle qu’il devient impossible de reposer le roman.

 

Et il y a tout ça dans ce roman… Une véritable atmosphère, une certaine aura de mystère, une intrigue extrêmement bien ficelée qu’on se plait à dérouler doucement. L’Espagne à la veille de la guerre civile, le Londres des sixties, des figures de femmes inoubliables, l’écriture et l’art comme fil rouge… et un tableau, pièce manquante d’un puzzle qui se reconstitue au fil des pages.

 

Nous sommes en 1967 à Londres et nous suivons Odelle, originaire des Caraïbes, vendeuse dans un magasin de chaussures qui rêve de devenir écrivain. Quand sa candidature à un poste de dactylo dans une galerie d’art est acceptée, sa rencontre avec Marjorie Quick, fera littéralement basculer sa vie… Nous sommes en 1936 en Espagne. Olive Schloss peint dans le plus grand secret, son père, un marchand d’art viennois, verrait d’un très mauvais œil qu’une femme se lance dans la peinture. Deux lieues, deux époques… et un tableau, Les filles au lion, attribué à Isaac Roblès, un peintre espagnol disparu pendant la guerre d’Espagne. Un tableau qui refait surface à Londres et est loin d’avoir dévoilé tous ses secrets…

 

Brillant, foisonnant et réellement addictif. Au cœur d’une intrigue très riche aux multiples ramifications, le pouvoir et les affres de la création. En filigrane, une réflexion sur la condition de la femme qu’incarnent à merveille Odile et Odelle, femmes fortes et inoubliables. Et au final, un immense coup de cœur qui me laisse baba d’admiration..! ♥

 

Les avis d’Albertine, Alex, Miscellannées, Nicole, Océane, Papillon

 

Éditions Gallimard (Mars 2017)

Collection Du Monde entier

496 p.

Traduit de l’anglais par Jean Esch

 

Prix : 22,50 €

ISBN : 978-2-07-019697-5

Les chiens de Pripyat 1. Saint Christophe – Aurélien Ducoudray / Christophe Alliel

LES CHIENS DE PRIPYAT

Pripyat, en plein cœur de la zone interdite. Une zone sous haute garde, régulièrement dévalisée par les pillards. Un no-man’s land qui s’étend sur des kilomètres de terre desséchée, des squelettes fantomatiques de bâtiments laissés à l’abandon comme autant de vestiges de la vie d’avant. Avant les lueurs dans la nuit. Avant la catastrophe. Avant l’explosion…

 

Le 26 avril 1986, une série d’explosions ravage la centrale nucléaire de Tchernobyl. Tout est contaminé dans un rayon de plus de 200 km. Au moins…  A trois kilomètres de la centrale, la ville de Pripyat abrite 50 000 personnes qui en grande partie y travaillent. Une population jeune, des familles, beaucoup d’enfants. Il faut évacuer, tout laisser derrière soi, emporter le strict nécessaire. Tous pensent revenir très vite dans leurs foyers. Ils n’y reviendront jamais…

 

Quelques mois après la catastrophe, des groupes de chasseurs sont formés. Contre quelques roubles, ils ont pour mission d’abattre les animaux sauvages et domestiques qui vivent encore en liberté dans la zone infestée. Des chiens errant dans des paysages de désolation, peut-être capables de propager une épidémie ou de se réunir en meutes dangereuses. Pour quelques roubles donc, quelques hommes sont prêts à pénétrer dans la zone.  A leur tête, le bien nommé Sanglier, une brute épaisse que la violence n’effraie pas. A ses côtés, son fils Kolia, timide et sensible, qui ne paraît pas ses 16 ans. Tuer des animaux le répugne. Parfois, il lui arrive de prier Saint Christophe, sa médaille autour du cou comme un talisman… Mais dans la ville désolée, « des cœurs battent encore »

 

Le premier tome de ce diptyque a quelque chose de profondément angoissant et fascinant. Sous les yeux du lecteur, une zone fantomatique où petit à petit la vie reprend le dessus. Des immeubles laissés à l’abandon, une fête foraine où trônent encore des autos-tamponneuses rouillées et une grand roue qui domine le désastre alentours… Des images surréalistes que nous connaissons tous et que le dessin de Christophe Alliel fait renaître avec grand talent. Souci du détail, trait réaliste et une attention toute particulière aux expressions des personnages, on se coule doucement dans cette ambiance de fin du monde tour à tour ultra violente et terriblement anxiogène.

 

Très efficace, Aurélien Ducoudray nous offre un scénario qui n’a pas encore livré toutes ses subtilités. Il avance ses pions doucement, ménage le suspense, accorde une importance toute particulière aux dialogues, bichonne sa galerie de personnages secondaires et laisse planer une ambiance des plus étranges jusqu’à la dernière planche, annonciatrice d’un vrai tournant dans l’intrigue. Espérons juste que la suite et fin de ce diptyque ne se fasse pas trop attendre !

 

Les avis de Un amour de BD et Yaneck

 

[slideshow]

Éditions Bamboo (Janvier 2017)

Collection Grand Angle

56 p.

 

Prix : 13,90 €

ISBN : 978-2-8189-4075-4

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Stephie

Nils & Zéna – Sylvie Deshors / Appoline Delporte

Nils-Zena-T1-620x930

Nouvelle venue aux éditions Sarbacane, la collection Pépix noir !

 

Si la collection Pépix ciblait les lecteurs dès 8 ans en leur proposant de l’aventure, du fantastique et de l’humour (Gurty forever ♥), cette nouvelle collection s’adresse plutôt aux collégiens amateurs d’action, de mystère et d’enquête. Tout un programme ! Une collection inaugurée par la série Nils & Zéna, une trilogie policière pleine de pep’s portée par deux jeunes héros charismatiques. Nils, un danseur hip-hop spécialiste des réseaux et autres bidouilles informatiques et son amie Zéna, qui ne passe pas inaperçue avec son look gothique et Kraï, son corbeau apprivoisé perché sur l’épaule…

 

Nils-Zena-T2-620x930

 

Tous les ingrédients sont là pour que les lecteurs un peu frileux accrochent. Du suspense, de l’action, des illustrations modernes un brin japonisantes qui ponctuent le récit et des dialogues très actuels. Mention spéciale aux méchants que doit affronter le duo de choc : un mystérieux homme au cigare ou encore la terrifiante « Gorgone », montagne de muscles toujours dans le sillage de l’énigmatique Commandeur, fil rouge de la série. Nils et Zéna sont bien décidés à élucider le mystère qui entoure cet homme qui semble tremper dans des histoires bien louches… Ils le feront avec intelligence, courage, entêtement et, il faut bien le dire, un brin d’inconscience.

 

Nils Zéna 3

 

Du bon donc, et un joli démarrage de collection qui devrait ravir les amateurs d’action et de sensations fortes. A noter que l’intérêt va crescendo au fur et à mesure des tomes : si le premier reste un tome d’introduction où le lecteur se familiarise avec le décor urbain et les personnages principaux, le second, plus intense, plus sombre aussi, installe plus profondément l’intrigue même si une nouvelle enquête semble démarrer. A mon sens le dernier est tout de même de loin le plus abouti, il clôture à merveille cette trilogie sympathique, moderne et rythmée complètement dans l’air du temps. Hâte de voir ce que cette nouvelle collection nous réserve pour la suite !

 

Une lecture pêchue que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 [slideshow]

Série Nils & Zéna

Tome 1 : L’homme au cigare (Mars 2017)

Tome 2 : Le manoir (Mars 2017)

Tome 3 : Le commandeur (Mai 2017)

 

Éditions Sarbacane

Collection Pépix Noir

Prix : 10,90 €

 

pepites_jeunesse

Profession crocodile – Giovanna Zoboli / Mariachiara Di Giorgio

profession-crocodileIl est sept heures du matin quand le réveil retentit. Un crocodile s’extirpe doucement de son lit, encore embrumé dans ses rêves aux couleurs tropicales. Rideaux ouverts pour laisser passer la lumière du soleil, passage à la salle de bains, choix de la cravate du jour devant le grand miroir mural, petit déjeuner avalé sur le pouce… il est temps de rejoindre le brouhaha de la ville et sa foule matinale déjà bien active.

 

Emmitouflé dans son manteau et son écharpe, chapeau visé sur la tête, journal sous le bras, il rejoint le métro où il arrive à se trouver une place assise. Arrivé à destination, il s’arrête sur le chemin pour acheter un bouquet de fleurs et un poulet rôti. Les grilles sont grandes ouvertes. A la gardienne tout sourire, il offre son bouquet de fleurs. Direction le vestiaire, enfin, pour revêtir sa tenue de travail… 

 

Attention, bijou ! Cet album sans texte au très beau format à l’italienne se passe de mots tant les illustrations se suffisent à elles-mêmes. Les aquarelles sont d’une grande douceur et l’oeil s’attarde sur chaque vignette retraçant un moment de la journée de notre crocodile. Truffées de petits détails savoureux, les scènes s’enchainent au rythme de ses déambulations matinales. Mais où va-t-il ? Sur son chemin vers son mystérieux travail, il croise une faune bigarrée d’humains et d’animaux sauvages. La ville est vibrante, vivante et bruisse de tous ces sons que l’album n’a pas besoin de reproduire tant ils sautent aux yeux… et aux oreilles. Jusqu’à la fin, aussi subtile qu’inattendue.

 

Fourmillant, poétique et délicieux ♥

 [slideshow]

Éditions Les Fourmis rouges (Mars 2017)

32 p.

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-36902-074-5

 

logoalbums2016