Zou ! – Anne-Véronique Herter

ZouJ’ai toujours eu une tendresse particulière pour les premiers romans. Un territoire vierge à défricher, une nouvelle plume à découvrir… c’est grisant finalement.

Je suis entrée sur la pointe des pieds dans celui de Anne-Véronique Herter, avec l’impression d’aller au devant d’une confession. Peut-être justement parce que son personnage principal écrit elle aussi, qu’elle tente de se mettre à nu. Pour dire sa souffrance, pour faire ressurgir les souvenirs enfouis, pour faire revivre les morts…

Pour Chance, quitter cette maison familiale, c’est véritablement perdre ses repères, tirer un trait sur son passé. C’est se perdre aussi. Il faut pourtant se résigner. Emballer les meubles, trier, vider, rendre les clés. Et refermer la porte, définitivement… sur tous ces fantômes qui la hantent encore, tous ces souvenirs incrustés dans les murs, les petites joies, les grandes douleurs…

 

 

Zou ! est un roman que j’ai lu le sourire aux lèvres. Un récit touchant et juste sur la force des liens familiaux et la difficulté d’être soi au milieu des autres. Un récit qui sonne comme une urgence, presque une thérapie. Profondément chamboulée par l’abandon de cette maison dans laquelle elle s’est construite, Chance s’obstine à vouloir écrire sa vie pour faire revivre le passé. Elle bute, s’entête et petit à petit recolle un à un tous les petits bouts qui font son histoire pour enfin avancer et devenir elle-même… Et quand elle ne prend plus la parole, ce sont les choses ou les lieux qui prennent le relais : la page blanche sur laquelle elle couche ses souvenirs, la maison bretonne de son enfance et son petit muret de pierre… L’idée est séduisante bien que déroutante. Au départ un peu surpris, le lecteur finit par aimer toutes ces voix qui se succèdent, s’entrechoquent, se répondent. Un joli kaléidoscope de points de vue, parfois anecdotiques, souvent émouvants.  La plume de Anne-Véronique Herter fait le reste…

 

 

Une lecture que j’ai le plaisir de partager avec Leiloona, Sophie et Stephie

 

 

Premières phrases : « Il faut que je souffle un peu. Juste quelques minutes, pendant que les autres ne me voient pas. Adossée au mur du salon, derrière le pétrin que l’on n’a pas encore fait partir, je peux les voir.

Ils emballent, rassemblent, trient,, mais ne jettent rien. Chaque objet, même cassé, chaque lettre, chaque papier nous permet de garder un bout de notre passé, une preuve de son existence et de son importance dans nos vies.

Petit à petit, tous les meubles s’en vont, disparaissent, quittent l’espace qu’ils occupaient depuis toujours. On les arrache à la poussière qu’ils gardaient jalousement derrière eux, la dernière trace de leur passage ici. »

 

 

Au hasard des pages« Notre maison bretonne. C’est chez moi. C’est beau, parfois effrayant.

C’est gigantesque, mais suffisamment petit pour entendre l’écho des blessures familiales. celles que l’on ne règle qu’en famille. Qui touchent le coeur des choses, les culpabilités, les remords, la responsabilité de chacun devant les morts.

Pourtant, c’est le seul endroit où l’air que je respire a du goût, où j’entends les bruissements de mon âme, et pas que de mes fantômes, où je vois les vraies couleurs, où tout se passe.

C’est trop grand, trop beau, trop tout, et nous sommes à la fois trop nombreux, et nous avons trop peu pour pouvoir la garder. Alors, nous vendons, comme on vend un de ses organes, une sensation pas très agréable. » (p. 90-91)

 

 

Éditions Michalon (21 août 2014)

192 p.

 

ISBN : 978-2841867554

Prix : 15 €

 

 

 

challengerl2014

 Challenge 2% Rentrée littéraire

chez Hérisson !

7/12

 

 

Challenge premier roman

Et une nouvelle participation au challenge Premier roman

chez Fattorius !

20 commentaires sur “Zou ! – Anne-Véronique Herter

    • Moi j’adore les premiers romans, c’est comme des paquets surprise… Ce roman là, je l’ai trouvé original et bien construit, et j’aime bien la voix de l’auteure…

  1. Ouh la, je suis vraiment trop trop tentée… Et puis cette résonance aussi avec ma propre histoire (un frère perdu avant moi), forcément comme ne pas être attiré. Je note vos quatre billets dans vos billets tentateurs. Je le lirais certainement, même si la forme me surprend un peu…

    • C’est particulier, on tique un peu au départ, toutes ces choses qui parlent et racontent son histoire… Mais c’est cohérent, certains passages sont très justes et vraiment beaux.

  2. C’est vrai qu’elle est chouette ta chronique, à mon avis, le titre n’est pas fidèle au contenu et dirige vers une fausse piste (surtout si on a des enfants qui ont lu Zou le Zèbre).
    Je suis sûre que c’est un roman émouvant, et une vieille maison pleine de souvenirs, comment résister ?

    • Zou !, c’est plutôt un cri d’espoir, l’idée qu’il faut aller de l’avant, du moins je l’ai lu comme ça… J’ai beaucoup aimé l’idée de l’auteure de donner la parole aux lieux et aux objets…!

  3. Votre billet est tellement juste. Ce livre se découvre comme une confession, et il est tellement émouvant.
    C’est drôle j’ai aussi repris le passage au fil des pages! J’ai aimé la puissance des mots d’Anne-Véronique.
    Elisa

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