Tellement d’échos dans ce texte là. Tellement de phrases qui entrent en résonance avec ces questions qu’on n’arrête finalement jamais de se poser. Un texte-miroir qui réfléchit nos doutes et met le doigt sur ces incertitudes qui bien trop souvent nous clouent au sol au lieu de nous donner des ailes…

J’ai retrouvé dans À mains nues ce qui m’avait déjà tant parlé dans La femme brouillon. Un regard décomplexé et décomplexant sur ce que c’est qu’être femme aujourd’hui. Une vision intime et personnelle sur la féminité et ces chemins du désir qui nous construisent depuis l’enfance… Ceux dont on ne devrait jamais vraiment s’éloigner pour pouvoir être soi-même sans se mentir.

Aujourd’hui, une question toute simple se pose. C’est quand, le sexe ? Le mystère n’est plus caché au même endroit, le quand a remplacé le comment. Depuis quelques années, on cumule les mandats, on est la mère, la compagne, l’amante. Réussir au-dehors, assurer au-dedans, savoir être à l’écoute, savoir dire merde. Et tous les jours, ça recommence, la joie, l’incertitude, et le soir, une fois dans le lit, la journée bouclée, juste envie de disposer de nous-mêmes. Pourtant, il faudrait assurer aussi au creux de nos draps, réveiller l’amante qui sommeille en nous, maintenir la flamme. Mais c’est la flemme qui l’emporte. Il faudrait être strass ou dentelle, on est pilou-pilou.

Pas de vent de révolte, pas de poing levé. Juste les interrogations d’une femme sur ce qu’elle a été, ce qu’elle est et ce qu’elle risque de devenir. Amandine Dhée ne donne pas de réponses, ne monte pas au créneau, ne s’insurge pas sur ce qui devrait être ou ne le devrait pas. Elle pose là ses désirs bruts et son envie de liberté, souvent mis à mal par la vie qui va, les injonctions tacites de la société et les impératifs inhérents au quotidien d’une femme et d’une mère dont « les fenêtres de temps ont rétréci ». Elle revient sur ses désirs d’enfant, d’adolescente et de jeune femme qui ont fait d’elle la femme qu’elle est et la mère qu’elle n’aurait jamais cru devenir.

À mains nues. Un texte féminin et féministe qui nous rapproche et tombe tellement juste qu’on a envie de l’offrir en partage. Un texte à poser négligemment sur la table de nuit des hommes, aussi, parce que ça les concerne…

J’ai cessé de confondre mon désir avec celui des autres. Ce n’est pas toujours facile. J’ai tellement eu l’habitude de faire plaisir, de ne pas décevoir les attentes, de considérer ce qui serait moral… Il m’arrive encore de me noyer. J’ai besoin de m’arrêter quelques secondes et de me poser la question : qu’est-ce que tu veux, toi ? Je laisse alors retomber ce qui trouble mon eau et j’extirpe mon désir à mains nues. Je le défends.

♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦

L’avis de Framboise

Je souris moins aujourd’hui. Non que j’aie perdu en gaieté mais parce que je ne cherche plus d’emblée à avoir l’air charmante et inoffensive. Et je m’excuse moins. Avant, je m’excusais à tout bout de champ, en souriant donc, désolée par-ci désolée par-là, au cas où, pour lustrer. S’excuser, la maladie des femmes. 

Ce livre-là est rempli de vérités sur soi, des vérités secrètes que l’on cache, que l’on tait, que l’on nie parfois. Ce livre-là est rempli de choses brûlantes, de choses vraies, de choses intimes qu’il est bon de lire car (et c’est évidemment une des grandes et belles forces de la littérature), en les lisant, on se décale un peu : ce n’est plus vraiment soi, c’est un autre que soi qui vit tout ça et pourtant qu’est ce que ça résonne drôlement à l’intérieur ! Moi aussi, je crois que j’ai manqué de sacré. J’aurai tellement aimé « qu’on m’initie, qu’on réponde à mon appétit d’être femme, qu’on me donne de la force. Et qu’on m’aide à devenir une individue. »

Aujourd’hui, je l’ai mené à la fac en lecture aux étudiantes/étudiants de Master. Je ne sais pas pour elles, ni pour eux. Je crois que les mots d’Amandine Dhée les ont un peu décontenancés… J’aimerais dire troublés, mais à dire vrai je n’en sais rien. Moi, ça m’a drôlement plu de les lire à haute voix. De transmettre des mots crus, des mots qui claquent fort. D’interpeller avec les mots d’une autre. De poser la question : Et toi, qu’est ce que tu veux ? Mais qu’est ce que tu veux vraiment, toi ? Est-ce que tu extirpes ton désir à mains nues ? Est-ce que tu y arrives ? Comment tu le défends ? Oui, j’ai essayé de dire combien les filles ont de la valeur. Oui. Et qu’il faut qu’elles désirent. Qu’elles désirent avant tout, juste pour elles. Qu’elles désirent de toute leur force, de toute leur rage. Aujourd’hui, grâce à Amandine Dhée, j’ai dit des mots épatants à elles, à eux, à moi aussi en écho. J’ai osé dire et c’était bon !

Mettez votre intelligence et votre énergie au service de vos propres désirs.

 

Les avis, aussi, de Cathulu, Moka, Nadège

 

Éditions La Contre Allée (Janvier 2020)

Collection La Sentinelle

144 p.

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-37665-055-3

 

mardi c'est parmis

chez Stephie !

 


9 commentaires

Aifelle · 3 mars 2020 à 07h47

Je l’ai aperçu plusieurs fois à la bibliothèque. Dès que j’ai un creux de lecture, je l’emprunte !

Stephie · 3 mars 2020 à 08h44

Et si je commençais par sortir de ma PAL la Femme-brouillon que tu m’avais si gentiment offert…

krol · 3 mars 2020 à 09h22

Ah d’accord, vous vous mettez à deux… Moka peu de temps avant. Et la boucle est bouclée. En tout cas l’expérience de Framboise est intéressante, elle a bien fait de l’écrire. Il était donc déjà noté… J’espère que la bibliothèque l’aura.

L'Irrégulière · 3 mars 2020 à 12h21

Tiens c’est amusant, je suis tombée ce matin sur un extrait de la femme brouillon et je me suis dit que ça me plairait ! Je note aussi celui-là du coup !

Jérôme · 3 mars 2020 à 13h43

Une belle lecture commune entre copines avec un livre qui vous va comme un gant, j’adore <3

Alex-Mot-à-Mots · 4 mars 2020 à 21h08

J’avais beaucoup aimé La femme brouillon, alors je note.

choup · 9 mars 2020 à 15h31

J’ai lu La femme brouillon car on me l’avait conseillé pour l’offrir. Je l’ai donc lu avant de l’offrir (je ne sais pas si c’est mal? 😉 ) bref. J’y ai trouvé aussi beaucoup de mots qui faisaient écho avec ce que j’avais vécu. très intéressant. Je note forcément celui-ci, parce que les citations que vous avez insérées me parlent tout autant!

Alice · 29 mars 2020 à 11h29

Un très chouette texte qui fait souvent écho, je te rejoins complètement, même si j’ai quand même préféré La femme brouillon.

Sex criminals - Fraction & Zdarsky - Mille et une Frasques · 5 mars 2020 à 12h20

[…] qui nous a concocté un billet aujourd’hui : L’Irrégulière nous passe les menottes, Noukette et Framboise nous parlent d’un texte féminin et féministe à la fois, Manika nous révèle les secrets […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *