Delicieuses PourrituresVoilà plusieurs mois déjà que je me suis plongée avec délectation dans l’univers de Joyce Carol Oates qu’il me tardait vraiment de découvrir. C’est un peu le hasard qui m’a orienté vers ce court roman, j’avoue ne même pas avoir lu la quatrième de couverture avant d’entamer ma lecture : le titre m’intriguait, il n’en a pas fallu plus. Ce fut une vraie claque…, à tel point que je n’avais pu rédiger un billet suite à cette lecture. Je l’ai relu hier soir, et je dois bien avouer qu’à la relecture j’ai à nouveau été bluffée.

 

« N’ayez pas peur : fouillez au fond de vous-mêmes.

Allez plus profond !

Vous ne pouvez pas ? Allez plus profond.

Cherchez la jugulaire. »


 

25 ans plus tard, Gillian Bauer n’a pas pu oublier les évènements qui se sont déroulés à l’époque sur le campus de Catamount College alors que de mystérieux incendies ravagent les alentours du campus.

Étudiante en troisième année, Gillian est fascinée par son professeur de littérature, Andre Harrow, une fixation qui se transforme vite en véritable obsession. Andre Harrow est alors marié à la très énigmatique Dorcas, sculptrice célèbre, artiste adulée ou détestée pour ses oeuvres primitives provocantes et spectaculaires. Le couple intrigue et attire, les jeunes filles du campus sont alors prêtes à tout pour se « lier d’amitié » avec eux. Gillian garde cet amour secret, aucune de ses amies résidant avec elle à Heath Cottage n’est dans la confidence. Rivalités, jalousies, nombreuses sont celles qui l’écoutent, captivées, lire les vers intimes et troublants de D.H Lawrence, nombreuses sont celles aussi qui osent l’appeler « Andre » lors des ateliers poétiques réservés à l’élite des étudiantes, dix jeunes filles triées sur le volet pour leur audace et leurs talents…

Pourtant, Andre Bauer n’est pas beau, parfois cruel, souvent tyrannique, toujours ambigu, il pousse ses élèves dans leurs derniers retranchements : écrire et partager en classe son journal intime, voilà sa dernière trouvaille… C’est à celle qui se dévoilera le plus, qui ira le plus loin dans le partage de son intimité. Timide et quelque peu en retrait, Gillian a du mal à se livrer, Andre la taquine sans cesse, la titille, allant parfois jusqu’à l’humilier. A-t-il perçu son trouble ? Jusqu’au jour où, à son tour, et comme beaucoup d’autres jeunes filles avant elle, elle sera « invitée » dans la maison de son professeur et de sa femme dont elle deviendra l’espace de quelques mois la « stagiaire »… Ce qui se passera à Brierly Lane marquera Gillian à jamais…

 

 

Quel roman ! Malsain, pervers, il met à jour les instincts les plus vils et met le lecteur mal à l’aise. Le couple formé par le professeur et la sculptrice est dérangeant, choquant et en même temps fascine. L’ambiance est lourde, comme celle qui règne entre les jeunes filles qui s’observent et se jalousent. La morale en prend un coup, l’innocence est mise à mal, les adultes mènent la danse… Curieux sentiment à la fin de cette lecture, c’est glauque, oui, très glauque même, mais impossible de lâcher ce livre. Le lecteur est lui aussi pris au piège de ce jeu malsain, manipulé pour son plus grand plaisir… Un livre qui marque.

 

Les avis de Cynthia, Ys, Delphine, Liyah, Kathel, Lou, Praline, Ankya, Mina, Choco, Restling…

 

Premières phrases : « Paris. 11 février 2001. Dans l’aile du Louvre consacrée à l’Océanie, je le vis : le totem. Haut de plus de trois mètres, une sculpture en bois, primitive, anguleuse, apparemment féminine, le visage long et brutal, les yeux vides, une balafre en guise de bouche. Les seins étaient exagérés, pareils à des mamelles animales, deux lames de bois de trente centimètres partant des épaules ; contre ces seins, la créature pressait ce qui semblait un nourrisson. Mais un nourrisson qui n’était qu’une tête, d’une grosseur et d’une rondeur grotesques ; un nourrisson sans corps. Le cartel indiquait simplement qu’il s’agissait d’une « Figure maternelle » aborigène de Colombie-Britannique, vieille d’au moins deux cents ans. »

 

Au hasard des pages : « Un journal est une hache pour la mer gelée en nous », ainsi M. Harrow paraphrasait-il Kafka. « A condition qu’il soit sincère, qu’il n’épargne rien. » La tenue de notre journal se mit à nous obséder. Au point de nous faire négliger nos autres cours. Les ateliers de poésie d’Andre Harrow duraient plus que les deux heures prévues, souvent au-delà de trois heures, et nous laissaient épuisées ; ils avaient lieu le mardi et le vendredi, et devinrent peu à peu le point central de nos existences. L’atmosphère y était tendue, électrique. Aucun professeur ne nous écoutait avec la concentration, avec l’attention d’Andre Harrow. Certaines d’entre nous lisaient d’une voix forte et dramatique, d’autres d’une voix basse et timide. Parfois M. Harrow nous interrompait d’une exclamation : « Très beau » ou : « Relisez, s’il vous plaît ». Mais très souvent il trouvait notre travail décevant. « Gonflant », comme il disait peu élégamment. Il abattait son poing sur la table de TP, faisait trembler nos gobelets de café en polystyrène et nos stylos, comme s’il se sentait personnellement insulté. Qu’un homme adulte, un professeur d’université, accorde autant d’intérêt au travail d’étudiantes de troisième année…, cela ne nous paraissait pas étrange et déroutant, mais merveilleux. » (p. 67-68)

 

Éditions J’ai lu (Octobre 2005)

125 p.

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-delicieuses-pourritures-joyce-carol-oates-67911503.html

Catégories : Littérature étrangère

34 commentaires

Commentaire n°1 posté par blueverbena · 12 avril 2011 à 18h09

Je n’ai lu que Blonde ( une biographie romancée de la grande Marilyn ) du m^me auteur, que j’avais beaucoup aimé d’ailleurs 😉

    Noukette · 13 avril 2011 à 01h43

    Oui, ce pavé me fait bien envie aussi !!! En plus j’adore Marylin ! Pou pou pi dou ! 😉

Commentaire n°2 posté par Gwenaelle · 12 avril 2011 à 18h11

Je l’ai sur mes étagères et compte le lire bientôt. Il est peu épais mais visiblement très marquant…

    Noukette · 13 avril 2011 à 01h47

    Peu épais certes, mais percutant ! Nul doute que je poursuivrais ma découverte de cette auteure !

Commentaire n°3 posté par Cynthia · 12 avril 2011 à 20h53

Ca pour marquer, il marque ! Pour l’instant je n’ai lu d’elle que des romans courts, apparemment plus trash que les romans épais et heureusement d’ailleurs, un Délicieuses pourritures de 400 pages, je ne sais pas si j’aurais tenu bon (même si comme tu le dis, cette histoire fascine étrangement).

    Noukette · 13 avril 2011 à 01h48

    Oui, c’est curieux d’ailleurs cette sensation d’attirance/répulsion…

Commentaire n°4 posté par Sara · 12 avril 2011 à 20h54

Bon et bien, celui-là il a été écrit pour moi, on dirait ! Allez hop, je le mets dans ma wish-list et je sens qu’il ne va pas attendre longtemps !

    Noukette · 13 avril 2011 à 01h49

    Si tu peux patienter un peu, je te l’emmène à la rentrée… On est loin de Beverly Hills pour l’ambiance campus en tous cas !

Commentaire n°5 posté par alinea · 12 avril 2011 à 21h33

oui moi aussi ce livre m’a marqué mais en fait je l’ai apprécié très moyennement.

    Noukette · 13 avril 2011 à 01h49

    Une chose est sûre, je ne pense pas qu’il puisse laisser indifférent…

Commentaire n°6 posté par Céline · 12 avril 2011 à 21h42

Je trouve ce roman sublime et étrange en même temps. JCO est une enchanteure …

    Noukette · 13 avril 2011 à 01h51

    Voilà… Tu as tout dit je crois…! 😉

Commentaire n°7 posté par Ys · 13 avril 2011 à 08h23

Malsain et pervers sont je crois deux adjectifs qui reviennent souvent quand on parle des livres de JCO. C’est étonnant cet attrait qu’on a pour le malsain et le pervers… 😉

    Noukette · 13 avril 2011 à 15h10

    Oui, en même temps, j’ai eu beau chercher, difficile d’employer d’autres adjectifs ! 😉 Je ne sais pas par quel titre continuer ma découverte de cette auteure, des idées ?

Commentaire n°8 posté par Joelle · 13 avril 2011 à 09h13

Je l’ai noté depuis des mois (pour ne pas dire des années !). J’aime bien cette auteure qui sait nous secouer avec ses ambiances troubles. Mais je viens de lire « Premier amour » d’elle et mon billet ne sera pas très positif !

    Noukette · 13 avril 2011 à 15h15

    Ah…, je le lirai avec attention alors, je ne sais toujours pas par quel titre continuer ma découverte de tte auteure, visiblement pas par celui que tu as choisi alors ! 😉

Commentaire n°9 posté par Stephie · 13 avril 2011 à 09h29

Elle est très forte. Je n’ai lu que deux de ses romans et il faut que je m’y remette.

    Noukette · 13 avril 2011 à 15h25

    Oui, elle est forte, je te l’accorde !! Il va falloir que je poursuive l’aventure !

Commentaire n°10 posté par pimprenelle · 13 avril 2011 à 12h06

Pervers et malsain, voilà qui me plaît! Et en effet, j’aime beaucoup ce qu’écrit cet auteur! Cela fait un petit moment d’ailleurs que je n’ai rien lu d’elle!

    Noukette · 13 avril 2011 à 15h36

    C’était mon premier titre d’elle, sûrement pas le dernier en tous cas !!

Commentaire n°11 posté par Océane · 13 avril 2011 à 13h29

J’ai tout juste survolé ton billet que la honte me saisit : j’ai acheté ce livre il y a bien un an, et je ne sais même plus où il est, je ne l’ai pas encore ouvert….

    Noukette · 13 avril 2011 à 15h50

    Rhoooooooo, c’est mal ! 😉 Et moi, qu’est-ce que je devrais dire ? C’est moi qui ai honte d’avoir tant attendu pour la découvrir !

Commentaire n°12 posté par Géraldine · 15 avril 2011 à 16h43

Zut, j’ai pris ce livre en main à la FNAC recemment, me disant que c’était une bonne occasion de découvrir l’auteur et puis je l’ai reposé au profit d’un autre livre…que je n’ai pas encore lu d’ailleurs : La vie de lili quelque chose… qu’on a pas mal vu sur la blogo.

    Noukette · 16 avril 2011 à 01h46

    C’était mon premier, peut-être pas le meilleur mais j’ai une idée maintenant du style de l’auteur ! Je poursuivrais en tous cas !

Commentaire n°13 posté par Jaya · 16 avril 2011 à 01h08

Beauf. J’ai lu les commentaires de rave sur plusieurs sites a propos de ce livre. Mais, pour moi, il a un cote pas suffisament travaille. Il essaie de se faire plus choquant que sa matiere reelle. Mais, il y a bien plus choquant dans notre monde. J’ai trouve qu’il manque de substance. Une deception. Light, certes. Il se lit. Vite. Sans plus. Je ne l’ai ni aime, ni deteste.

    Noukette · 16 avril 2011 à 01h59

    C’est mon premier en fait, difficile pour moi de comparer… Si tu as des titres à me conseiller d’ailleurs, je suis preneuse ! Cela dit, tout ça me donne envie de découvrir plus l’auteur, c’était un avant-goût ! 😉

Commentaire n°14 posté par MyaRosa · 16 avril 2011 à 10h40

J’ai beaucoup aimé ce livre. Ce fût ma première rencontre avec Joyce Carol Oates, et quelle rencontre !

    Noukette · 18 avril 2011 à 17h01

    Première rencontre avec l’auteure pour moi aussi, je vais poursuivre, mais avec quel titre ??

Commentaire n°15 posté par MyaRosa · 18 avril 2011 à 18h43

Je pense lire, quand je trouverais la motivation, Nous étions les Mulvaney. Il me tente beaucoup celui-ci.

    Noukette · 18 avril 2011 à 23h48

    Tiens, je vais voir de quoi ça parle, je n’en ai jamais entendu parler…!

Commentaire n°16 posté par Manu · 19 avril 2011 à 20h26

C’est avec ce roman que je suis entrée dans l’univers de JCO. Depuis, je n’en suis plus jamais sortie.

    Noukette · 20 avril 2011 à 15h49

    C’est vrai que c’est assez addictif, je vais poursuivre cette découverte !

Commentaire n°17 posté par Liliba · 11 mai 2011 à 14h49

Magnifique et terriblement malsain… on se régale !

    Noukette · 11 mai 2011 à 15h39

    Mon premier roman de cette auteure, j’ai beaucoup aimé cette ambiance !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *