Les-hommes-en-general-me-plaisent-beaucoup.jpgC’est chez Lili que j’avais pour la première fois noté ce titre, et comme je n’avais encore rien lu de cette auteure, je me suis plongée dans ce petit livre sans aucun a priori. La couverture est fraîche, le titre est adorable, on s’attend à une gentille histoire pleine de bons sentiments…, il n’en est rien ! Je suis ressortie de cette lecture complètement groggy, légèrement mal à l’aise, encore sous le choc de cette écriture si particulière et de l’univers sombre qui nous est décrit. 

 

Depuis sa sortie de prison, Lili partage sa vie avec Samuel qui ne rêve que d’une chose, fonder une famille, et même si Lili trouve Samuel merveilleux, elle a du mal à se projeter et à imaginer un avenir avec lui. Tout pourrait être si simple pourtant, si évident.

Une silhouette que Lili prendra d’abord pour un fantôme, et c’est tout son passé qui ressurgit. Cet homme qui n’était pas censé revenir, qui ne devrait pas être là est pourtant bien réel, Yoïm, son premier amant, son premier amour. Yoïm le sauveur qu’elle a rencontrée adolescente alors qu’elle vivait recluse dans un appartement avec son petit frère, enfermés là par un père adorateur de « Dodolphe » qui trône dans le salon dans son cadre à dorures…

Drôle d’enfance… Un petit frère qui a arrêté de parler à la mort de leur mère, un père en uniforme obnubilé par le « parti » et sans cesse en déplacement, des volets barricadés par des barres de métal, une porte fermée à double tour. Les enfants aperçoivent le monde extérieur perchés sur le rebord de l’évier à travers la fenêtre de la cuisine. L’extérieur où le monde est hostile, où les gens sont méchants, où le danger est partout, puisque c’est papa qui l’a dit, on obéit parce qu’on a peur… A 14 ans, Lili pense qu’elle ne s’en sortira pas et veut mourir. Et c’est là que Yoïm fait son entrée en scène, Yoïm et sa carrure imposante, Yoïm le colosse dont Lili tombera immédiatement amoureuse et dépendante, Yoïm qui l’initiera au sexe, à la drogue et précipitera sa perte…

 

Un sacré choc ! La couverture printanière est sacrément trompeuse et au début, j’avoue avoir été très déstabilisée par cette Lili qui me paraissait être complètement dingue. Petit à petit, au fur et à mesure qu’on en apprend un peu plus sur elle, on perçoit l’horreur de cette absence d’enfance qui a été la sienne. Le passage racontant la mort de la mère m’a beaucoup touché, seule forteresse faisant encore barrage à la tyrannie et à la paranoïa du père. Le petit frère m’a ému aux larmes… Quant à Yoïm, on ressent à la fois du dégoût et de l’attirance pour ce personnage démesuré, malsain, dérangeant au possible.

Et puis il y a le style de Véronique Ovaldé, dès les premières phrases, on pénètre dans l’esprit torturé de Lili, on perçoit sa détresse, on ressent sa folie, son désir. Je dois avouer que c’est d’abord très déroutant : certaines phrases s’étirent sur plusieurs pages, les mots sont parfois durs, crus, pourtant il s’en dégage une certaine poésie qui fait que j’ai très envie de retrouver la plume de cette auteure.

 

A lire, les avis de Cynthia, Canel, Réka, Yoshi73 et celui de Lili qui m’avait fortement intriguée avec son billet !

 

Premières phrases : « C’est le silence qui m’a réveillée cette nuit-là. Un silence bruissant, un silence de ville avec tous les moteurs de nos intimités, le ronronnement des mécaniques, le bourdonnement des moustiques et le choc des ailes de la mouche contre la vitre. J’entendais la rue et le chuintement des pneus, les sirènes lointaines et les milliers de grésillements des télés d’insomniaques, j’entendais l’eau qui claquait dans la doucheet les messages qui s’enregistraient dans le secret des câbles téléphoniques, qui traversaient mon espace alentour, qui me traversaient pour passer leur chemin. J’écoutais la nuit d’été qqui palpitait irrégulière. »

 

Au hasard des pages : « Je conduis jusqu’à la maison, le regard exorbité et le corps cassant comme du verre, je ne pleure pas parce que ce serait du soulagement et comment puis-je être soulagée alors que Yoïm est revenu et que je porte de nouveau mon coeur en sautoir. » (p. 35)

 

Éditions Actes Sud (Août 2005)

Collection Babel

133 p.

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Catégories : Littérature française

20 commentaires

Commentaire n°1 posté par Stephie · 26 juillet 2011 à 08h31

C’est noté ! J’ai lu « Ce que je sais de Véra candida » qui est un magnifique roman et j’avais aimé la plume de l’auteur.

    Noukette · 27 juillet 2011 à 23h00

    Du coup j’ai bien envie de le lire ce Véra Candida, tu me le prêtes ? 😉

Commentaire n°2 posté par Leiloona · 26 juillet 2011 à 08h48

En voyant la couverture de ce poche associé au nom de l’auteur, j’avais très envie de le lire : « tiens, une lecture divertissante ». Finalement, non … Mais je compte tout de même bien le lire, mais peut-être pas tout de suite. 😀
C’est fou comme les couvertures nous orientent ! 😉

    Noukette · 27 juillet 2011 à 23h02

    Il y a d’autres versions poches de ce titres mais elles sont toutes affreuses ! Cette couverture est très belle je trouve, plutôt perturbant quand on voit les thèmes abordés dans ce roman ! Mais j’étais prévenue !

Commentaire n°3 posté par Marion · 26 juillet 2011 à 21h05

J’avoue que ton billet m’intrigue… J’ai bien envie de lire ce bouquin… Il faut dire que je suis dans une passe spéciale « livres déprimants »… ^^

    Noukette · 27 juillet 2011 à 23h05

    Le livre en lui même est très intrigant ! J’ai été plutôt destabilisée par cette lecture, l’écriture est particulière mais envoûtante à la fois…

Commentaire n°4 posté par Sara · 26 juillet 2011 à 23h21

Pas trop ce dont j’ai envie en ce moment mais je retiens ce titre.

    Noukette · 27 juillet 2011 à 23h06

    je pourrais te le prêter à l’occas’ mais j’ai comme l’impression que ça pourrait te plaire !

Commentaire n°5 posté par Violette · 27 juillet 2011 à 00h07

cette histoire de contraste me plaît mais la folie est un thème que j’aborde à reculons… Jamais lu cet auteur par contre. Faudrait 🙂

    Noukette · 27 juillet 2011 à 23h06

    C’était ma rencontre avec cette auteure, je retenterai sûrement l’expérience !

Commentaire n°6 posté par Stephie · 28 juillet 2011 à 00h12

J’avais emprunté Véra Candida en médiathèque, désolée 😉

    Noukette · 28 juillet 2011 à 00h32

    Pas grave, c’est pas comme si j’avais rien à lire hein ?!

Commentaire n°7 posté par MyaRosa · 28 juillet 2011 à 13h38

J’ai vraiment très envie de découvrir l’écriture de cette auteure et ce sera peut-être avec ce titre qui m’intrigue beaucoup.

    Noukette · 28 juillet 2011 à 20h50

    C’est un titre qui peut être fort déstabilisant, surtout au début, j’avoue m’être un peu accroché… Et finalement, je ne regrette pas, c’est un livre très différent de ce que je peuxl lire en temps normal, il y a une vraie recherche dans l’écriture !

Commentaire n°8 posté par Reka · 28 juillet 2011 à 15h42

Très chouette, ce billet ! En le lisant, je revis ma lecture de ce roman. Il est vrai qu’on en ressort groggy, c’est le mot !
Ce qui m’a surtout marqué dans ce livre, c’est l’ambiance à la fois malsaine et cotonneuse qui s’en dégageait. En lisant « Les hommes en général… » j’avais réellement l’impression de flotter. Un roman singulier que j’estime pour le ressenti qu’il suscite : un ressenti qui perdure longtemps, longtemps !

    Noukette · 28 juillet 2011 à 20h53

    Oui, c’est un roman singulier à l’atmosphère très particulière… J’ai bien envie de découvrir d’autres écrits de cette auteure maintenant !

Commentaire n°9 posté par Reka · 28 juillet 2011 à 21h05

Je te recommande « Déloger l’animal » que j’ai aussi beaucoup aimé.

    Noukette · 28 juillet 2011 à 22h22

    Je l’avais noté avec Ce que je sais de Vera Candida, merci du rappel ! 😉

Commentaire n°10 posté par Didi · 11 août 2011 à 23h01

Me voilà 🙂 je note cette lecture et comme toi le style de Véronique Ovaldé m’a enchantée !
Au plaisir de nos lectures chère Noukette

    Noukette · 17 août 2011 à 02h11

    Je pense que ce petit roman pourrait te plaire, tu devrais y retrouver ce fameux style…! 😉

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