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Curieusement, sur la foi d’une quatrième de couverture alléchante et intrigante, et sans rien connaître de son auteur, Madame était un des romans de la rentrée qui me tentait le plus. Je m’attendais à être embarquée dans une histoire prenante, à l’atmosphère pesante et inquiétante… Las…

 

J’ai mis presque un mois à arriver au bout de ces 200 pages. Péniblement. J’aurais pu l’abandonner mais non, j’ai persisté. Parce que la langue est belle, parce que j’avais quand même l’infime espoir que tout ça décolle enfin. Et puis à force d’attendre, il faut bien se rendre à l’évidence : même quand il se passe enfin quelque chose, on l’avait senti venir, tout le long. La dernière page de ce roman, je l’ai vécue comme une délivrance, c’est dire…

 

Mais qui est donc Madame de la Villonière, baronne de la Terrade ? Une vieille dame désargentée qui vit dans un genre de manoir laissé plus ou moins à l’abandon. Une veuve qui semble enfermée dans le passé et vit encore comme au siècle dernier…

Pour ses voisins, Madame passe pour une gentille excentrique, pas bien méchante, un peu foldingue, solitaire. Pour les fermiers qui travaillent sur ses terres, elle est celle qui s’immisce un peu trop dans leur vie privée en s’accaparant leur fils Guillaume qu’elle s’obstine à surnommer Willy et à couvrir de cadeaux. L’adolescent, fasciné par Madame, a pourtant l’air d’y trouver son compte. Puisque Madame a décidé de faire son éducation, il devient pour elle le « disciple » parfait qu’elle peut modeler à sa guise. A lui de se couler dans le moule et d’évoluer comme si de rien n’était dans cet univers suranné. A lui d’ingurgiter, tous les mercredis, les leçons de mathématiques et de poésie qui d’après Madame feront de lui « quelqu’un »… Qu’importe après tout s’il lui rappelle son fils Corentin, mort accidentellement le jour même de sa naissance…

 

Étrange roman. J’aurais pu l’adorer. J’aurais voulu l’adorer… Tous les ingrédients étaient là. Ce côté intemporel qui fait qu’on se demande sans cesse à quelle époque se passe réellement le roman, ces personnages si diamétralement opposés qui « s’adoptent » et ne peuvent finalement vivre l’un sans l’autre, ce drame qu’on sent planer tout au long du roman, qu’on attend, qu’on espère presque, et cette atmosphère douce amère de fable…

Pourtant je me suis ennuyée. La beauté des phrases n’a pas suffi. Et la fin, je l’avais vue venir depuis le début… La lecture en a perdu de sa saveur, dommage…

Quand je lis les avis de Nadael et Océane, je me dis que ce roman, joli, bien écrit et à l’atmosphère si particulière, trouvera son public, et je m’en réjouis. En ce qui me concerne, je l’aurais très vite oublié… 

 

 

Les avis de Cajou et de Lystig, mitigées… 

 

 

Premières phrases : « – Alors, mon petit Willy, où vas-tu le poser, ton s ? Où est le complément ? Avant, après ?
Elle tapote la table d’une baguette en bambou. Elle rythme sa phrase de ce battement qui ajoute au trouble de l’enfant. Il ne voit plus les mots sur lesquels il est penché. Il n’entend que la baguette qui rebondit sur la table. Il préférerait qu’elle le frappe, tout de suite, éprouver la douleur cuisante du coup qui va lui cingler l’oreille plutôt que d’avoir à accorder ce participe.
– La règle, Willy, tu la connais. Mille fois je te l’ai répétée.
Les lignes dansent, se chevauchent, se brouillent sous ses yeux. Il pose un s. L’enlève. Qu’on en finisse. Il ferme les yeux. Le coup ne vient pas. La baguette a cessé de frapper le tambour de la table. Il n’entend qu’un souffle méprisant et excédé qui frôle son dos.
– Pauvre Willy… À défaut d’intelligence tu aurais pu être favorisé par la fortune. Ce s, tu avais une chance sur deux en le posant ou ne le posant pas… Pauvre Willy…
Elle se contente de lui passer la baguette dans les cheveux, en une caresse dédaigneuse, résignée, consolatrice. Il reste sans bouger, le crayon à la main, attendant d’être autorisé à se lever, à partir, à mettre un terme à cette attente insupportable. Elle dit : regarde-moi. Elle lui prend le visage entre les mains, plonge ses yeux dans les siens… Elle a le pouvoir d’aller fouiller en lui, au plus profond, où lui-même n’atteint pas. Il lui ouvre le passage de son âme, il lui en facilite l’entrée, les yeux écarquillés. Il sent ses longs doigts sur ses joues, qui le palpent comme une main d’aveugle, de longs doigts maigres qui, bien que durcis par les tâches rudes de la campagne, gardent la douceur d’une main d’aristocrate.
Elle porte une bague à l’annulaire. Une alliance. C’est son seul bijou. Elle laisse descendre sa caresse jusqu’au col, fait mine de l’étrangler. Elle dit : va.
Il attend encore un peu, fixe le visage de cette femme pour garder en lui son image, pour l’accrocher dans la sombre galerie où ses ancêtres nobliaux affichent leurs portraits en de hautaines attitudes. »

 

 

Éditions Albin Michel (Août 2014)

208 p.

 

ISBN : 978-2-226-25826-7

Prix : 16 €

 

 

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14/18

 


38 commentaires

Aifelle · 10 octobre 2014 à 06h45

Je n’étais de toute façon pas très tentée, alors après ton billet, je suis à peu près sûre que ce roman n’est pas pour moi.

    Noukette · 15 octobre 2014 à 00h04

    Ce n’est à mon sens, pas un indispensable de cette rentrée…

Emma · 10 octobre 2014 à 08h07

Pas tentée et quel dommage que tu te sois tant ennuyée.

    Noukette · 15 octobre 2014 à 00h05

    Ça arrive… et dans ces cas là, il faut vite passer à autre chose ! 😉

luocine · 10 octobre 2014 à 08h11

Un de moins c’est déjà ça!

vicim /Sophie · 10 octobre 2014 à 08h34

Bon. Je vais passer mon tour…

Nadael · 10 octobre 2014 à 09h22

Un coup de coeur pour moi! (merci pour le lien). J’ai aimé cette intemporalité, cette langueur, cette écriture classique mais si belle, oui il n’y a pas de suspense, on se doute de la fin, mais ce livre m’a transportée…

    Noukette · 15 octobre 2014 à 00h06

    Tu as écrit le billet que j’aurais voulu écrire si j’avais aimé ce roman… Malheureusement, ce ne fut pas le cas…

L'Irrégulière · 10 octobre 2014 à 10h14

Je n’étais pas très tentée par ce roman…

    Noukette · 15 octobre 2014 à 00h06

    Tu ne dois pas l’être plus maintenant… 😉

Brize · 10 octobre 2014 à 11h42

Un roman que je n’avais de toute façon pas noté car le thème ne me disait rien… mais je jetterai un œil à la fin, par curiosité !

    Noukette · 15 octobre 2014 à 00h07

    La fin seule ne devrait pas des masses te parler cela dit 😉

jerome · 10 octobre 2014 à 11h51

Pour une fois que tu ne me donnes pas envie 😉

Cajou · 10 octobre 2014 à 12h44

Je suis désolée que tu te sois ennuyée mais je suis contente de voir qu’une fois de plus, nos goûts en matière de lecture sont tellement similaires 😀
Des gros bisous,
Cajou

    Noukette · 15 octobre 2014 à 00h09

    Quand j’ai vu ton billet je savais que je m’embarquais dans une galère… Et ça s’est confirmé ! 😉

Asphodèle · 10 octobre 2014 à 15h47

Il a tout pour me plaire pourtant… Je suis en retard de lecture des billets, je vais aller lire celui de Nadael, nous avons souvent des goûts communs, alors qui sait ? Mais, bon, rien ne presse, ma PAL dodeline du chef, prête à m’écraser un pied si je passe trop près, ce serait dommage ! 😉

    Noukette · 15 octobre 2014 à 00h10

    Ta PAL doit ressembler à la mienne alors, elle menace de s’effondrer et pourtant je m’obstine à lui en rajouter régulièrement… 😉
    Si tu rajoutes celui ci à ta pile, il ne sera pas bien lourd, et puis il se lit vite, alors tu me diras 😉

Lesbillets de Fanny · 10 octobre 2014 à 16h26

J’en garde un bon souvenir, j’avais aimé l’atmosphère de ce livre. Effectivement, il n’est pas centré sur les actions !

    Noukette · 15 octobre 2014 à 00h11

    J’avoue être passée à côté… Je vais voir si tu as écrit un billet, curieuse je suis 😉

Midola · 10 octobre 2014 à 16h40

Ah ! J’aime quand je n’ai pas à noter de titre supplémentaire dans ma LAL gigantesque et particulièrement enrichie à chaque passage ici-même 😉

    Noukette · 15 octobre 2014 à 00h12

    😀
    Ces wish-list qui s’allongent de jour en jour, c’est le drame de notre vie ! 😉

clara · 10 octobre 2014 à 18h15

il ne me tentait pas à l’origine ( quand je n’aime pas, j’abandonne…lâchement)

    Noukette · 15 octobre 2014 à 00h13

    Celui ci était court, donc je l’ai terminé… péniblement…

zazy · 10 octobre 2014 à 21h20

Merci de t’y être collé. De toute façon, le titre ne me dit rien

Sous les galets · 11 octobre 2014 à 06h33

Bon bah on passe alors

Marion · 11 octobre 2014 à 12h19

Mince… Même si tu n’as pas aimé, la façon dont tu en parles me fait envie…

Anne Sophie · 13 octobre 2014 à 00h20

Oh il y a eu tellement de livres sortis à la rentrée littéraire que je passe sur ce titre

Yv · 13 octobre 2014 à 16h10

J’ai hésité puis renoncé, j’ai bien fait…

ohoceane · 25 octobre 2014 à 21h01

Un avis mitigé dis donc ^^ mais je eux comprendre, j’ai moi-même balancé avant de décider que j’aimais vraiment bien ! c’est un livre à maturer je dirais 🙂

    Noukette · 27 octobre 2014 à 11h01

    Un mois après lecture, son souvenir s’est déjà complètement estompé… Je pense que ce roman n’était pas fait pour moi…

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