Besançon est une petite ville de l’est de la France qui, sous ses airs de ne pas y toucher, n’en est pas moins capitale de la Franche-Comté et de l’horlogerie, préfecture du Doubs, chef-lieu d’un arrondissement composé de treize cantons et de trois cent onze communes, ville natale de Victor Hugo et des frères Lumière mais aussi, excusez du peu, capitale de l’ancienne Séquanie, connue alors sous le nom latin de Vesontio, cité qui fut, en cette époque barbare, une ville pilote d’envergure puisqu’elle possédait déjà, bien avant l’invention du tourisme, un sens inné de l’hospitalité. Des hordes d’envahisseurs portant la hache, la masse d’arme ou l’espingole en guise de caméscope la visitaient régulièrement et laissaient, dans le gris-bleu de ses pierres, stigmatisés, gravés, burinés ou ciselés, quelques indices de leurs passages qui constituent ce que l’on nomme en une formule quelque peu pompeuse : la longue et douloureuse histoire de la cité.

Et c’est dans un des quartiers de cette ville que nait, vit et meurt René Boley. Le père.

Ce quartier fut toute sa vie, sa seule mappemonde, sa scène de théâtre, son unique opéra. Il y grandit, s’y maria, procréa. Ne l’aurait pas quitté pour toutes les mers du globe et leurs îles enchantées.

Ce père aime sa vie de forgeron. Il aime la boxe et l’opérette. Et le théâtre avant tout. Ce père mort depuis, est redécouvert par le fils qui ignorait tout ou presque. « Les rêves si grands » surtout. « Toujours on sous-estime les gens qu’on aime trop, ou ceux qu’on aurait dû aimer encore bien davantage. »
Alors, pour connaitre le père et pour l’aimer mieux peut-être, le fils revient au père. Il réécrit « ce passé déchiré » et dit le père ce héros. Son héros. Son roi d’éternité.

Bon, je ne sais pas vraiment comment me débrouiller pour raconter ce roman. D’autant qu’il touche un petit rien de moi et de mon histoire. D’autant qu’il résonne d’une façon un peu singulière. Vous dire qu’il faudrait sans aucun doute le lire. Il faudrait si accrocher. Il faudrait ne pas le lâcher. Il faudrait s’y atteler. Et ne pas renoncer. Car la langue de Guy Boley n’est pas facile, ou disons qu’elle est parfois trop. Trop dense, trop poétique, trop belle, trop travaillée, trop sensible…. Mais qu’elle est une langue superbe qui remue l’intérieur et qui secoue le cœur. Une langue magistrale qui dit l’amour filial. Une langue qui raconte le père, celui que parfois, on a pas su voir.

A lire. Vraiment….

C’est contre ça, aussi, qu’il s’est battu. Par fierté. Pour être au-dessus de cette misère, financière ou littéraire, maternelle ou orpheline, et se prouver à lui, et à tous ceux du club, que l’essentiel est en chacun, que le destin est comme un fer rougi à blanc que l’on peut plier sur l’enclume et auquel on peut donner la forme que l’on veut. Suffit d’avoir le bon marteau et de taper là où il faut. D’avoir la foi dans ce que l’on fait. Si l’on ne possède pas les mots pour nommer notre gloire, qu’on ait au moins les poings pour en graver les traces.

Merci aux 68 pour ce roman (et les 68 sont à retrouver ici)

L’avis de Noukette

 

Éditions Grasset (Août 2018)

180  p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-246-81816-8

 


6 commentaires

Saxaoul · 11 mars 2019 à 09h52

Je ne l’ai pas aimé autant que je l’aurais souhaité ce roman. A cause de la langue justement.

Alex-Mot-à-Mots · 11 mars 2019 à 13h10

Un auteur avec une langue et un propos qui me ravissent à chaque fois.

Autist Reading · 14 mars 2019 à 11h10

Ce que tu dis de la langue et du style me refroidissent un peu, mais je garde ce titre dans un cion de ma tête.

Autist Reading · 14 mars 2019 à 11h11

Ce que tu dis de la langue et du style me refroidissent un peu, mais je garde ce titre dans un coin de ma tête.

Jerome · 18 mars 2019 à 13h59

Son roman précédent ne m’avait pas autant enthousiasmé que je l’espérais, du coup j’hésite.

Noukette · 31 mars 2019 à 22h28

Heureusement que tu as écrit un billet digne de ce nom sur ce roman que j’ai beaucoup aimé, plus que son premier même…!

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