C’est avec gourmandise que je me suis lancée dans le nouveau roman d’Antoine Bello. Gourmandise, appétit et impatience. Cette fois ci, je pensais savoir à peu près où je mettais les pieds. Avoir compris un peu le petit jeu de l’auteur. Il m’avait bernée une fois, puis une seconde… je n’allais pas me laisser embobiner aussi facilement une troisième fois…

 

Sauf que. Dès les premières lignes, impossible de ne pas reconnaître que l’auteur maîtrise à merveille l’art de l’intrigue. S’il joue aux échecs, il doit être un redoutable tacticien. Et si par hasard il est adepte du poker, je ne m’assiérais jamais à la même table que lui. Trop dangereux. Bien trop dangereux. C’est assez bluffant finalement quand on y réfléchit. On se fait avoir et on en redemande. On entre bille en tête dans le piège en pensant pouvoir en trouver la sortie. Mais tout se tient. Et l’auteur déploie ses filets de façon brillante, ferre sa proie son lecteur et ne le lâche plus…

 

Vous avez entre les mains un livre, celui que Maxime Le Verrier, psychiatre, consacre à celui qui sera le patient et l’obsession de sa vie. Alexandre Scherbius, menteur chronique, imposteur pathologique et arnaqueur de génie, s’invente des vies qui ne sont pas les siennes. Un cas étonnant et extrême de trouble de la personnalité multiple que le psychiatre tente de décortiquer et d’analyser alors que le monde de la psychiatrie commence tout juste à s’intéresser au sujet. Mais pour guérir, il faut être deux… et bien malin celui qui saura dire qui mène véritablement la danse dans ce jeu de dupe entre thérapeute et patient…

 

« Scherbius existe dans mon regard, comme j’existe dans le sien.

Nous sommes associés, que je le veuille ou non, pour le meilleur et pour le pire. »

 

Vous avez entre les mains un livre… ou peut-être deux… ou peut-être trois… Scherbius, publié en 1978 aux éditions du Sens, devient un best-seller. Une première édition que le psychiatre n’aura de cesse de compléter par de nouvelles éditions à mesure qu’il apprend (ou pense apprendre) à cerner la personnalité complexe de ce patient pas comme les autres. Scherbius fascine, étonne, agace. En face de lui, Le Verrier s’embourbe, dérape, se fourvoie, se persuade d’être dans le vrai mais ne fait pas le poids. Du moins en apparence. Est-ce à dire que les deux personnages ne s’affrontent pas à armes égales ? Que le petit jeu du chat et de la souris est plié d’avance…? Bien malin celui qui arrivera à déterminer qui tire réellement les ficelles. Inutile d’ailleurs de compter sur l’auteur pour vous donner le plus petit embryon de réponse. Antoine Bello déroule le fil de son histoire et on se délecte des mille vies qu’il fait vivre à son personnage. Des vies fictives d’une telle richesse que chaque personnalité de Scherbius pourrait être à lui seul le personnage d’un nouveau roman. Et de fait, Scherbius est un incroyable roman à tiroirs où il serait vain de tenter de démêler le « vrai » du « faux », la « vérité » du « mensonge »… Vivre plusieurs vies… n’est-ce pas le super pouvoir de la littérature ?

 

« Je croyais avoir produit une biographie,

j’ai en fait écrit un roman – pire, le roman d’un autre. »

 

Quel livre est-on en train de lire ? Celui de Maxime Le Verrier sur Scherbius ? Celui que Scherbius inspire à Le Verrier ? Celui que Scherbius veut qu’on écrive sur lui ? Et si le véritable imposteur était l’auteur lui-même..? Vous avez le tournis ? C’est normal. Mais dites vous que ce sera bien pire quand vous vous lancerez dans ce roman addictif que vous serez bien en peine de lâcher. Alors… vous jouez ? 😉

 

Une lecture jubilatoire que je partage avec tout autant de jubilation avec Nicole

 

Du même auteur sur le blog : Les FalsificateursL’homme qui s’envola

 

Éditions Gallimard (Mai 2018)

Collection Blanche

437 p.

 

Prix : 21,00 €

ISBN : 978-2-07-279167-3


17 commentaires

Nicolemotspourmots · 14 mai 2018 à 07h44

Ce fut un plaisir de partager ces aventures palpitantes avec toi ! Le jeu est addictif ?

krol · 14 mai 2018 à 09h38

Et bien Antoine Bello a l’air de bien se jouer de nous, pauvres lecteurs ! Vous êtes tentantes, toutes les deux.

keisha · 14 mai 2018 à 09h43

Aaaaaaaaaah je le veux (comme j’ai lu les autres!)

Saxaoul · 14 mai 2018 à 11h00

Je n’ai jamais lu cet auteur. Il faudrait je crois…

Alex-Mot-à-Mots · 14 mai 2018 à 11h56

Un auteur que j’adore. Ton avis me donne bien envie de me précipiter.

lucie · 14 mai 2018 à 12h09

excellent billet, tu donnes envie.

jerome · 14 mai 2018 à 13h11

Pas envie d’avoir le tournis en lisant un bouquin, moi. De tout façon et malgré ton enthousiasme de groupie, je ne pense que ce soit un auteur pour moi ce Bello :p

Aifelle · 14 mai 2018 à 13h30

Je n’ai toujours pas lu Bello. Je vois bien ta jubilation de lectrice, mais comme Jérôme, je ne suis pas sûre qu’il soit pour moi.

Delphine-Olympe · 14 mai 2018 à 22h32

Oh ça, au contraire de Jérôme et Aifelle, c’est de toute évidence pour moi !

Moka · 15 mai 2018 à 21h14

Je n’ai encore jamais lu de Bello…

Valérie · 15 mai 2018 à 21h26

Je ne savais pas qu’il en avait sorti un nouveau.

A_girl_from_earth · 16 mai 2018 à 00h08

Bon, moi j’ai encore son (avant)-dernier qui m’attend mais je me réjouis déjà de celui-là.:-)

Emma · 16 mai 2018 à 14h01

J’aime beaucoup ses histoires, mais j’ai pas mal de retard dans mes lectures. Son tour viendra certainement.

Karine · 21 mai 2018 à 17h07

Antoine Bello, je ne résisterai certainement pas. Surtout après un tel billet.

Antigone · 13 juin 2018 à 10h04

Oh comme ça a l’air intéressant !! Merci Noukette pour ce coup de coeur bien intrigant.

Fanny · 15 juin 2018 à 09h26

(Pas frapper mais je ne connaissais pas cet auteur avant de lire ton article!) 🙂

dasola · 19 juin 2018 à 21h17

Bonsoir Noukette, un régal de lecture en ce qui me concerne. Bonne soirée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *