Vous parler de Vanda. De sa force et de ses excès. De ses impatiences et de sa colère. De ses fragiles béquilles et de sa lucidité sur le monde…

Vous parler de Vanda. Vanda et la bulle qu’elle s’est construite. Ses remparts illusoires pour maintenir un semblant de vie normale à son petit garçon de six ans qu’elle couve d’un amour animal. Ses fêlures à vif, sa fougue et ses urgences…

Elle vivote Vanda. Et elle s’en accommode de cette vie bancale qui ne lui laisse jamais aucun répit. Parce que dans son monde il y a Noé. Dans ce cabanon spartiate au bord de l’eau qui leur sert de refuge, Vanda tente de construire pour lui ce qui se rapproche le plus d’un avenir tout en refusant de rentrer dans un carcan qui musellerait sa liberté et étoufferait les valeurs auxquelles elle croit. Habituée à être une quantité négligeable, une invisible, Vanda avance même si sous ses pieds le sol tremble…

Un jour il sera grand, et elle sera seule. Un jour il la débordera de son grand corps, elle ne pourra plus le protéger de ses deux bras. Ses petites mains à la peau tendre ne se glisseront plus contre sa paume, il s’éloignera. Il aimera, souffrira sans elle. Sur le chemin du retour, elle résistera un peu à l’envie de l’étouffer dans ses bras, mais pas complètement, coupera son babil par une étreinte soudaine, trop solennelle, à laquelle répondra l’enfant avant de s’échapper pour courir vers la plage.

Vanda m’a cueillie dès les premières pages. Mère courage, fille perdue, elle a depuis longtemps tiré un trait sur ce qui pourrait ressembler à un ailleurs meilleur. Femme de ménage en hôpital psychiatrique, elle côtoie au quotidien la misère qu’elle subit elle-même de plein fouet. La vie l’a oubliée mais elle lui a donné Noé. Le duo est exclusif et fusionnel, l’amour qui les unit farouche, dévorant et infini. Et Vanda est prête à tout. Qu’on tente de faire exploser leur bulle et elle se jure de sortir les crocs…

Au creux de ces pages, Vanda existe. Son cri silencieux est celui de tous les oubliés qui parfois sortent des rangs pour souffler sur le monde un vent de révolte et de rage. L’écriture écorchée de Marion Brunet dit la violence sourde et la colère des exclus. Au milieu de ce chaos, l’amour bestial de Vanda pour son fils ne donne que l’illusion d’une porte de sortie…

Tragique, implacable, magnifique.

 

Les avis de Alice, Eva, Moka

Marion Brunet sur le blog : Dans le désordreL’été circulaire Sans foi ni loi

 

Éditions Albin Michel (Février 2020)

239 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-226-44957-3 


9 commentaires

krol · 9 juillet 2020 à 09h06

Je viens de lire Sans foi ni loi que j’ai beaucoup aimé. Cette auteure a une écriture puissante. Mais là, ce n’est pas un roman jeunesse ? Elle n’est donc pas qu’une auteure pour les grands ados.

Alex-Mot-à-Mots · 9 juillet 2020 à 10h19

On sent que tu as aimé ce personnage. Et tu me donnes envie de la découvrir.

Ingannmic · 9 juillet 2020 à 20h36

A voir la couverture, j’ai cru qu’il s’agissait d’un récit sur un personnage réel, genre la mère d’une actrice célèbre… comme quoi, il ne fait pas se fier à ses premières impressions ! Ce que tu en dis a tout pour me plaire, c’est un texte visiblement très fort..

Fanny · 13 juillet 2020 à 07h00

Je me suis laissée tenter et je me le réserve pour fin juillet 😍

Stephie · 19 juillet 2020 à 09h19

Je le lirai un jour ou l’autre, c’est une évidence !

Violette Doucettement · 20 juillet 2020 à 12h06

ça fait à la fois peur et très envie !

Géraldine · 24 juillet 2020 à 13h23

Comme Violette… Tu en parles très bien mais je crains que ce soit trop « puissant » pour moi en cette période estivale. On verra peut-être plus tard !

Ariane · 26 juillet 2020 à 18h15

Plus j’entends parler de ce livre, plus il me fait envie !

Karine · 6 août 2020 à 03h39

J,ai souvent du mal avec les figures de mère courage… mais bon, j’en entends tellement de bien…

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