Je sais que tu sais – Gilles Abier

abier

 

Six balles dans le corps à bout portant… De sang-froid.

 

Trois ans après Axelle attend de pouvoir parler à l’assassin de son frère. Dans ce parloir sinistre, alors que son cœur s’accélère et qu’elle peine à trouver son souffle, elle va enfin pouvoir se confronter à lui, regarder en face celui qu’elle avait fui du regard pendant toute la durée du procès. Pour comprendre. Tenter d’avancer. Pardonner peut-être, qui sait… 

 

Bastien était le meilleur ami de Martial. Mais il n’a pas hésité. Six balles, six… Dans quelques minutes, il sera en face d’elle. Peut-être qu’elle saura alors ce qu’il lui a écrit dans cette lettre qu’elle n’a jamais osée ouvrir…

 

Il n’y a pas à dire, le format court sied à merveille à Gilles Abier (à lire si ce n’est pas déjà fait La piscine était vide, Un de perdu et Comment je me suis débarrassé de ma mère)… Cette collection proposant aux adolescents des titres courts, forts et percutants « pour réfléchir, comprendre, s’émouvoir, se libérer » lui va comme un gant. Plongé dans les pensées de la narratrice, le lecteur perçoit sa colère, sa haine et son mal-être. La voix d’Axelle est d’une grande justesse, partagée entre la douleur immense, l’incapacité de faire son deuil et la nécessité d’avoir des réponses. Quel qu’en soit le prix…

 

Gilles Abier joue avec les silences et les non dits, avec nos nerfs aussi. Lentement, le portrait du frère assassiné se dessine en même temps que celui de son assassin. En même temps que l’héroïne, le lecteur découvre les zones d’ombre de ce sordide fait divers, se rend compte de la personnalité ambivalente de Martial, devine les motivations d’un geste qui apparait comme désespéré…

 

Quel plaisir de retrouver la plume de Gilles Abier..! Peut-être moins mordante et acide que dans certains titres de l’auteur qui provoquent ou prennent littéralement aux tripes mais tout aussi percutante et subtile. Dans Je sais que tu sais elle explore avec justesse les affres de l’âme humaine, sondant la psychologie de personnages plus complexes et troubles qu’il n’y parait… Et si la fin peut paraître à première vue expéditive, elle n’en est pas moins la seule qui ait du sens…

 

Un titre qui marque et une nouvelle pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi (ou presque…)

 

 

Les avis de Livresse et Nadège

 

 

Premières phrases : « J’ai les mains moites. J’ai beau les frotter à plat sur mon jean, elles suent, elles suintent. Je ne suis pas quelqu’un qui transpire pourtant. Je peux danser une heure, courir vingt minutes, buller sous deux couettes, je reste au sec. Ça énervait mon frère d’ailleurs. Mon côté « poupée de porcelaine », comme il disait, jamais chiffonnée. Le teint frais. La tenue impeccable. Une vraie princesse, quoi ! Mais ça, c’était avant.
C’était quand il était encore vivant. Aujourd’hui, j’ai le nez percé, le regard fatigué et le vide au ventre. »

 

 

Au hasard des pages : « Il en faut de l’énergie pour vivre de rage et d’amertume. Je parie que les gens se tuent non pas pour arrêter ce combat compulsif qui les anime, mais parce qu’ils se désolent de ne plus avoir assez de force pour le mener. Ça maintient debout la haine, ça aide à se lever le matin, ça permet d’affronter le bonheur des autres, même si ça use, même si ça bouffe, même si ça détruit.

Je n’aime pas celle que je vois dans le miroir de la salle de bains. Elle m’est inconnue. Ce n’est pas moi. Ce n’est plus moi. » (p. 58)

 

 

Éditions Talents Hauts (Février 2016)

Collection Ego

96 p.

 

Prix : 8,00 €

ISBN : 978-2-36266-142-6

 

 

pepites_jeunesse

13 commentaires sur “Je sais que tu sais – Gilles Abier

  1. repéré celui-là aussi…
    dans ma liste du coup, il m’intrigue…
    Je suis de votre avis : Gilles Abier écrit à merveille sur les affres de l’âme humaine. Du grand art.

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