La piscine était vide – Gilles Abier

La piscine était vide

 

 

« Ça y est, c’est officiel, je ne l’ai pas tué ! Le verdict est tombé, je suis acquittée.

 

J’ai envie de crier, de crier et de pleurer. De pleurer de joie. Mais je ne peux pas. Entre mes larmes, je vais sourire. Et sa mère est là qui me regarde. Ses yeux ne m’ont pas quittée de tout le procès. Alors je reste là, droite sur ma chaise, le visage impassible, tandis que mes parents se jettent sur moi, délirants de bonheur.

 

Je m’appelle Célia, j’ai seize ans et j’étais accusée d’avoir tué Alex.

 

Son fils. Mon mec. »

 

Dès les premières lignes, le lecteur pense savoir où il met les pieds. Une histoire sordide qui finit « bien » par l’acquittement d’une innocente. C’est sans compter sur le talent de Gilles Abier… Un long monologue, celui de Célia, la vie brisée par un accident aussi banal que dramatique qui aura coûté la vie à son amoureux et lui aura détruit la sienne, la privant de sa liberté, de son insouciance et de son avenir. Un corps qui bascule sans bruit, une piscine vide tâchée du sang d’Alex, le silence et l’incompréhension de Célia, les cris déchirants d’une mère qui a « tout vu » et accuse la jeune fille d’avoir tué son enfant…

 

Un accident. La prison. Un procès. L’acquittement. Et vivre avec. Vivre sans. Sans Alex. Pour la vie… Et la vie n’efface rien… « Une vie foutue mais une vie à vivre »

Elle est comment la vie après ça ? Bancale, pleine de vide, pleine de l’absence. Faire le deuil des instants magiques, revivre sans arrêt la scène de la rencontre, les débuts d’une belle histoire, l’intimité partagée. Se souvenir du regard accusateur d’une mère effondrée. Et culpabiliser d’être encore là.

 

Le texte de Gilles Abier est un coup de poignard. On en ressort profondément secoué, subjugué par une telle maîtrise. Le monologue de Célia est sincère et poignant, plein de remords et de regrets, plein des non-dits d’une histoire qu’on croit connaître, plein d’amour aussi. A la joie d’être acquittée et enfin reconnue innocente se mêlent la douleur et la violence de la perte, immuables…

La toute fin est admirable et inattendue. Elle laisse sans voix aussi. Et donne envie de tout relire, tout de suite, depuis le début, pour s’emplir encore une fois de cette voix qui transperce. Bluffant !

 

 

Une lecture choc que je partage une nouvelle fois avec Jérôme pour notre rendez-vous du mardi.

 

Les avis de Cathulu, Laure, Marylène, Maryline

 

 

Dans la même collection : Ma tempête de neige de Thomas Scotto – Ma nuit d’amour de Frédérique Deghelt – Pas couché de Cathy Ytak

 

Du même auteur sur le blog : Un de perdu

 

Le blog de Gilles Abier

 

 

Au hasard des pages : « Parce qu’il était tout pour moi. Et y avait rien de pire que de ne pouvoir penser à lui sans avoir en tête une autre image que son corps étendu sur le carrelage. Une image à jamais gravée dans ma tête. Alors que c’était son regard que je voulais me rappeler. Son regard doux qui m’enveloppait et qui me manquait tant. Quand ses petits yeux se posaient sur moi, j’avais carrément une boule à l’estomac. Une boule désagréable et chaude à la fois. Quand son sourire illuminait son visage, quand ce sourire était pour moi, j’étais folle de joie, et je me retenais pour ne pas lui répéter des dizaines de fois combien je l’aimais. Parce que, oui, je l’aimais, je l’aimais pour la vie. Et aujourd’hui, il est parti. Et aujourd’hui je voudrais pouvoir l’oublier pour avoir moins mal. Et aujourd’hui je ne voudrais surtout pas l’oublier. Que jamais il me quitte. Je l’aime, madame, votre fils. Je l’aime tellement fort… » (p. 54-55)

 

 

Éditions Actes Sud junior (Février 2014)

Première édition Février 2008

Collection D’une seule voix

58 p.

 

22 commentaires sur “La piscine était vide – Gilles Abier

  1. rhooooo com ça donne envie et puis j’adore cette édition (ai lu « le ramadan de la parole  » une pure merveille et « pas couché » … ) bref bref vais me l’offrir hein !
    merci ma copine …
    t’embrasse fort <3

    • Cette collection a été crée par Jeanne Benameur, tu penses bien que j’y suis très attachée… Dernièrement, ils ont réédité des anciens titres avec des nouvelles couvertures plus actuelles, l’occasion de les redécouvrir ! ;-)

  2. Rien que ton billet me donne les larmes aux yeux ! C’est noté je vais aussi me l’acheter.
    J’attends que tu lises « Le faire ou mourir ».
    comment ça j’insiste ?

    • Oui, la collection D’une seule voix dirigée par Jeanne Benameur existe depuis assez longtemps mais en ce moment ils ressortent d’anciens titres avec des couvertures « relookées » plus modernes. Que des pépites !

  3. J’avais très envie de le lire. Oui, après avoir lu ta critique, rien ne pouvait m’arrêter. Ma PAL est pourtant TRES bien remplie mais tant pis! Coup de chance, les rayons de la médiathèque l’avaient, un trajet en train et j’ai découvert Célia et son histoire. Très bien maitrisé avec une fin incroyable. Bravo à l’auteur! Et bravo à toi de donner tant envie!

    • C’est le principe de cette collection, des textes courts, à lire d’un souffle, des textes à dire, à lire à haute voix aussi… Ce sont toujours des monologues d’adolescents, et ça percute, fort !

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