La coloc – Jean-Philippe Blondel

coloc« Parfois, j’ai comme une nostalgie du présent. Je tente de vivre le moment à fond, mais une partie de mon cerveau enregistre les images, les cadre, en retouche les couleurs et j’entends le déclic de l’appareil intérieur. Je collectionne les moments dont j’aurai besoin plus tard pour me souvenir que, parfois, les existences prennent des chemins insoupçonnés, et que les rêves peuvent être touchés. »

 

Au décès de sa grand-mère, les parents de Romain héritent d’un grand appartement dont ils ne savent que faire. Dans la tête de l’adolescent de seize ans, le rêve prend forme. Cet appartement, c’est un signe du destin. L’idéal pour éviter les longs trajets pour se rendre au lycée depuis sa cambrousse, l’idéal aussi pour voler enfin de ses propres ailes et s’éloigner d’une famille et d’une atmosphères pesantes.  Bon gré mal gré, ses parents se laissent convaincre. Romain le littéraire de la bande se retrouve donc à devoir partager l’appartement avec deux colocataires qu’il ne choisit pas : Rémi, élève modèle et geek jusqu’au bout des ongles et Maxime, populaire et tombeur de ces dames. Un trio inédit pour une colocation que Romain veut et espère « flamboyante »…

 

Parce qu’il faut quelqu’un pour « transformer les tensions en défis et les agacements quotidiens en hauts faits d’armes », Romain est propulsé narrateur de l’histoire et se lance dans le récit de cette cohabitation hors normes et inespérée. Devant eux, une année pleine de promesses. Une année faite de petits et grands bonheurs, de compromis, de désillusions, de trahisons, de prises de conscience. L’apprentissage de la vie en communauté. Celui, plus complexe, de la liberté. Et la naissance d’un trio inébranlable et soudé malgré les différences…

 

Un portrait plein de justesse et de finesse. Un regard bienveillant, indulgent mais sans complaisance. Des personnages attachants qu’il est bien difficile de quitter. Qui grandissent et qui apprennent « que tout est moins tranché qu’on l’imagine. Qu’il y a de l’émoussé. De l’usé. Des failles et des fêlures. » Tellement vrai…

J’ai été incapable de lâcher ce roman une fois commencé. J’ai aimé suivre ces jeunes en pleine transition, voir évoluer leur amitié, les voir se démener avec leurs difficultés et celles, parfois moins attendues, des adultes. Tous finalement dans l’attente de leur « satori », ce fameux moment de grâce où l’on trouve enfin une cohérence et où l’on comprend qui on est…

 
 

Une nouvelle pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…!

 

Les avis de Laure et Pépita

 

Du même auteur sur le blog : 06h41Un endroit pour vivre

 

 

Premières phrases : « GIVE ME A SECOND / I NEED TO GET MY STORY STRAIGHT. C’est le début de la chanson We Are Young de Fun, qui me tourne dans la tête depuis un bon moment – et c’est exactement ce que je dois faire. Remettre de l’ordre dans mes idées, dans mon récit. C’est ce dont j’ai besoin, après l’année qui vient de s’écouler. Il s’est passé tellement de choses – je ne sais pas par quel bout dérouler la pelote. Quand je regarde ma vie, en ce début juillet, et ce qu’elle était il y a un an, je n’en reviens pas. J’ai accompli ma révolution. Pourtant, comme toutes les révolutions astrales, je me retrouve un an après à mon point de départ. Mais je sais que ce n’est que temporaire, que le voyage va reprendre, et vous savez quoi ? J’ai hâte. »

 

 

Au hasard des pages : « J’étais à deux doigts de pleureur tellement la vie était pleine, épuisante, fantastique, ahurissante et déprimante tout à la fois. Je me suis demandé si toute mon existence je ressentirais ces émotions-là. j’ai pensé à mes parents. L’année qu’ils venaient de traverser était aussi dingue que la mienne – les montagnes russes des sentiments, il les expérimentaient eux-aussi. Tant mieux. C’est comme si de la vie coulait à nouveau dans notre famille. » (p. 125)

 

 

Éditions Actes Sud junior (Mars 2015)

Collection Romans Ado

145 p.

 

Prix : 12,50 €

ISBN : 978-2-330-04820-4

 

pepites_jeunesse

21 commentaires sur “La coloc – Jean-Philippe Blondel

  1. Il y a beaucoup de justesse et de bienveillance, tu as raison d’insister sur ce point. C’est vraiment une lecture très agréable (comme toutes celles que l’on partage ensemble tu vas me dire 😉 ).

  2. C’est rigolo, je parle de 6h41 aujourd’hui, je vais rajouter ton lien, je ne l’ai pas vu hier en googlisant !!! Que je l’aime cet auteur, pour sa justesse et sa sensibilité ! Il va falloir que je le lise aussi en Jeunesse…

  3. Je me demande si ce livre plairait à mon ado qui rêve de partir de la maison et qui a le gros défaut de ne pas vraiment aimer lire…

  4. J’avais pas mal d’a priori sur la littérature jeunesse (la faute sans doute aux rayonnages entiers de romans mettant en scène des vampires/loups-garous/sorcières/fantômes…), mais d’après ce que je vois sur les blogs, il semble y avoir quelques pépites. Je devrai essayer de m’y intéresser un peu plus.

  5. oui, un roman plein de vérité, très humain, très juste. Cet auteur excelle pour décrire la vie ordinaire dans ce qu’elle a parfois d’extraordinaire. Il suffit de changer son regard. C’est l’apprentissage de Romain cette année-là.

  6. ‘attendais de l’avoir fini pour lire ta chronique. J’écris la mienne ce weekend. Blondel est un de mes chouchous. Il est très juste, émouvant, positif. Un hiver à paris est entre les deux : adulte/jeunesse. Et on se prend à chercher la part d’auto biographie. En revanche j’ai du mal à le promouvoir auprès des jeunes, pas vous ?

    • J’y arrive surtout avec les bons lecteurs, ceux qui ont assimilé le fait qu’il fallait voir plus loin que la couverture. Mes 4e 3e sont plutôt bons clients d’ailleurs ! 😉

  7. Je ne connais pas si bien Blondel (juste lu le Baby Sitter, pas désagréable mais sans plus), celui-ci me tente bien ! J’aime la citation sur le fait que tout est moins tranché que l’on imagine…

  8. Trop envie de le lire… Je trouve le sujet sympa et la couverture me donne envie. Le tout est renforcé par ton avis 🙂
    Je le note avec un + devant.
    Bonne journée et à bientôt

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