Plus de morts que de vivants – Guillaume Guéraud

plus de morts que de vivants

 

Lire un roman de Guillaume Guéraud c’est un peu comme se lancer dans un trek au cœur de la jungle en sandalettes. On n’est pas préparés… On souffre, on croise tout un tas de trucs atroces qui nous feraient presque regretter l’expédition… mais on continue, un brin maso parce qu’on adore ça. D’ailleurs, je défie quiconque de reposer ce roman une fois commencé tant il est addictif, un peu comme ces séries Z sur lesquelles on tombe par hasard à la télé en zappant à des heures tardives…

 

Sauf qu’ici c’est du Guéraud. On pourrait craindre la surenchère, l’overdose, il n’en est rien. On en redemande même, fasciné et horrifié à la fois, pris en otage de la première à la dernière ligne…

 

J’imagine le plaisir qu’a dû prendre l’auteur à écrire ce roman. Repoussant toutes les limites du roman noir, osant proposer une histoire bien gore à des ados généralement friands du genre, je dois avouer qu’il a fait très fort. Dans le choix des victimes d’abord. Des collégiens. 647 au total. Tous pressés que cette dernière journée se termine pour enfin partir en vacances. Sauf que ce sera vraiment leur dernière journée… Un saignement de nez, une touffe de cheveux qui tombe, des petits boutons rouges qui apparaissent sur un bras. Banal…? La suite des évènements prouvera le contraire, un virus inconnu et foudroyant décimant une à une toutes les personnes présentes dans l’enceinte de l’établissement. Un virus qui frappe sans prévenir, ne faisant aucune exception. Un virus particulièrement atroce qui donne lieu à des scènes hallucinantes et inimaginables : les organes explosent, les membres se disloquent, le sang gicle… Pour le reste, il est préférable d’avoir le cœur bien accroché…

 

Aucune issue. Les corps s’amoncellent. L’équipe médicale envoyée sur place patine, le chef d’établissement est dépassé par les évènements et la panique s’installe. Petit à petit, les médias se font l’écho de l’horreur… Reclus dans l’enceinte du collège placé en quarantaine, les élèves tentent de garder le contact avec leurs proches par textos. Les familles, elles, sont maintenues à l’extérieur par un service de sécurité impressionnant. Et pendant ce temps, celle qu’ils appellent très vite « la foudre » continue de frapper au hasard, transformant le collège en véritable charnier…

 

« Plus de morts que de vivants dans la cour. Et presque tous les vivants connaissaient presque tous les morts. Certains connaissaient même désormais plus de morts que de vivants. »

 

Un conseil. Ne vous attachez pas trop aux personnages que vous ne croiserez que pendant quelques pages, et encore… Ne cherchez pas non plus un héros ou un sauveur à la Bruce Willis. Et oubliez le petit rayon d’espoir, c’est surfait l’espoir…

Reste à observer ébahi la maitrise et le talent de l’auteur qui parvient à dessiner sous nos yeux une véritable scène d’apocalypse. Ça fiche clairement les jetons… mais bon sang que c’est bon !

 

Un coup de cœur hors-normes que je partage avec Jérôme

 

Les avis de Clara, Hélène, Moka

 

Du même auteur sur le blog : Je mourrai pas gibier (et sa magistrale adaptation BD par Alfred) – AnkaSans la télé Baignade surveillée

 

 

Premières phrases : « Aucune menace dans l’air. Juste le froid coupant de février. Qui glaçait les mains. Qui gelait les oreilles jusqu’à les rendre cassantes. Et qui tailladait les poumons à chaque inspiration. »

 

 

Au hasard des pages : « Le sol semblait trembler. Au rythme de la chute des corps qui s’écroulaient dans le désordre. Lila écrasa ses paupières les unes contre les autres. Fermer les yeux. Pour ne pas voir. Fermer les yeux et attendre.

La plupart ne faisaient pas un bruit quand ils mouraient. Même pas le bruit d’un insecte qu’on écrase. Seuls ceux qui avaient peur hurlaient. Mais la plupart de ceux qui mouraient n’avaient pas le temps d’avoir peur. Et quand la mort leur en laissait le temps, alors la force leur manquait pour manifester leur peur en hurlant.

Même les grandes gueules s’effondraient sans un bruit. Grandes ouvertes sur le silence. Telles de simples masques de carnaval. Grimaçants et muets. » (p. 123)

 

 

Éditions du Rouergue (Mars 2015)

Collection DoAdo Noir

251 p.

 

Prix : 13,70 €

ISBN : 978-2-8126-0861-2

19 commentaires sur “Plus de morts que de vivants – Guillaume Guéraud

  1. Je corrige ce que j’ai dit chez Jérôme juste avant car finalement, je vais peut-être commencer par ce titre pour découvrir le style de Guéraud 😉
    Fichtre, tu m’as donné sacrément envie de le lire !

  2. Je l’ai fini hier soir et purée que c’était bon !! Comme tu dis ce roman rend accro et difficile de le lâcher ! Un véritable coup de coeur également, qui m’a rappelé quelques souvenirs ( on a fait un exercice de confinement il y a 1 semaine dans mon collège de 650 élèves 🙂 )

    • Tiens, on devrait y avoir droit aussi du coup, chouette ! Pas sûre que je ressente autant de sensations fortes qu’à la lecture du roman par contre ! 😉

  3. Je ne lis pas le début de ton billet car je viens de le récupérer… Mais je m’attends toujours à de l’excellent mais du bien noir chez Guéraud !!

  4. Il me le faut !!!!!! Je suis complètement larguée, je ne savais même pas qu’il avait sorti un nouveau roman, pourtant d’habitude je guette!!! Je pense que je vais faire un tour à la librairie dès cet aprem !! (l’avantage du congé mater 😉 !)

  5. Tu as raison de préciser qu’il ne faut pas s’attacher aux personnages. Les pauvres, ils sont affreusement malmenés ! Mais c’est ça qui est bon, non ?

  6. J’ai lu vite fait ta chronique car il m’attend sur ma PAL.
    J’adore Guillaume Guéraud. Il me fait peur…
    Je ne le lis que dans la journée d’ailleurs et quand j’ai le temps nécessaire pour finir le roman.
    Tu connais Déroute sauvage ? Il m’a fait sursauté dans mon canapé.

    • Je mourrai pas gibier est un roman culte. Et qui a fait couler beaucoup d’encre. Mais tu peux piocher dans sa biblio les yeux fermés, c’est du tout bon !

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