Baignade surveillée – Guillaume Guéraud

Ce que j’aimeBaignade surveillée quand je commence un roman de Guillaume Guéraud c’est que je sais d’avance que je vais me prendre une méchante claque. Sans savoir d’où elle viendra… et que je vais adorer ça.

 

J’aime ce type. Il me dérange et il me fascine. Il ose tout, bouscule les certitudes et se vautre consciencieusement dans la boue en faisant un doigt d’honneur à tous les bien-pensants. Un vrai chien fou dans un jeu de quilles bien ordonné. Alors oui, ça gratte un peu, ça met mal à l’aise, ça titille et ça va nous chercher loin. Le politiquement correct, ce qu’il est de bon temps de penser ou de dire, Guillaume Guéraud s’en fiche et on l’en remercie. Sûrement une des raisons qui fait que je vénère tous ses romans pour les adolescents.

 

Baignade surveillée est son second roman de littérature adulte. Autant vous dire que j’étais plus que curieuse de le découvrir.

 

L’été. Un camping au Cap-Ferret. Un couple et leur fils, bonheur de carte postale. Pas besoin de creuser trop loin pour se rendre compte que le couple n’en est plus un. Et qu’il ne tente même pas de sauver les apparences. Une histoire qui ne tient plus qu’à un fil et qui se délite de jour en jour, un amour qui se fait la malle sans que personne ne tente vraiment de le retenir. Pendant que le gamin se défoule dans les vagues, le couple s’ignore. Lui s’ennuie à mourir et observe la fin de son histoire d’amour. Elle est déjà ailleurs, loin… Entre eux, le vide. C’est moche les chemins qui se séparent.

 

Et voilà qu’il débarque. Celui qu’on ne veut pas voir, celui qu’on aimerait pouvoir oublier, le mauvais exemple, celui à ne surtout pas suivre. Max. Un tonton d’exception pour le petit Auguste. Un beau-frère bien encombrant pour Estelle. Le petit frère qui débarque à l’improviste au beau milieu des vacances de la dernière chance, il ne s’y attendait pas à celle là… Connaissant sa vie plus que chaotique, Arnaud sent bien qu’il y a un loup… Reste à savoir lequel et quand est-ce que tout ce merdier qu’il devine va leur péter à la gueule… Mais bon, jusqu’ici, tout va bien, jusqu’ici tout va bien…

 

Avec Baignade surveillée Guillaume Guéraud confirme sa place dans mon panthéon d’auteurs chouchous… C’est court, acéré, ça décoiffe et c’est tout ce que j’aime alors qu’au départ ce n’est qu’une banale histoire d’un couple qui patauge. Mais qui connait un peu la patte Guéraud se doute qu’il ne va pas en rester là. Bien malin pourtant celui qui trouvera où il veut nous mener…

Et bien pensé le coup de la double narration. Le lecteur marche sur des œufs, balancé entre les réflexions du narrateur et le récit de Max. Parce que finalement cette histoire est surtout une histoire de frangins. Une relation d’amour haine faite de ressentiments, de vieilles rancœurs… et de tendresse refoulée. Et tellement plus que ça encore. Guillaume Guéraud passe l’amour et les relations de couple à la moulinette tout en posant un regard juste et tranchant sur les liens fraternels. C’est fin, intelligent et rien n’est jamais tout blanc ou tout noir… J’ai adoré !

 

Une lecture que j’ai le plaisir de partager avec Jérôme, Moka et Stephie

 

L’avis de Clara

 

Du même auteur sur le blog : Je mourrai pas gibierAnkaSans la télé

 

 

Premières phrases : « Il avait une petite tortue tatouée sur le cou au niveau de la carotide. Une de ses incisives était cassée en deux. Et une cicatrice verticale lui barrait le sourcil droit. Quand il riait, ça éclatait de partout, comme quand les vagues s’écrasaient. Son visage était parfois rongé de tics. Il clignait des yeux à tout va, il crispait les mâchoires, il creusait les joues. On croyait alors voir des lézards danser sous ses pommettes. Ça arrivait quand il était préoccupé. Sauf que personne ne savait vraiment ce qui le préoccupait. »

 

Au hasard des pages : « Et les voilà, les coulées dégueulasses de la nostalgie, les week-ends au bord de l’eau, à tailler les branches des arbousiers pour les transformer en épées, les vagues qui nous retournaient à l’envers pour nous planter la tête dans le sable, à claquer des dents l’hiver avant que notre père installe le poêle à mazout, les soixante et onze cloques que j’ai eues sur le dos en plein soleil l’été de mes dix-huit ans, les cerfs-volants et les feux d’artifice et tout le gluant sirop des souvenirs. C’est là, sans rire, je revois même mon frère faire ses premiers pas sur la plage. Il a appris à marcher dans le sable et, des années plus tard, notre mère riait en disant que c’était pour ça qu’il filait de travers. Elle tentait de plaisanter pour désamorcer sa propre colère, sauf que ça ne faisait marrer personne, surtout pas notre père qui jurait en tapant dans les cloisons : « Qu’est-ce que j’ai pu faire au bon Dieu pour avoir un fils pareil ? » (p. 18)

 

Éditions du Rouergue (Janvier 2014)

Collection La Brune

128 p.

 

Challenge rentrée d'hiver

Et une nouvelle lecture pour le challenge « rentrée d’hiver »

de Val…!

34 commentaires sur “Baignade surveillée – Guillaume Guéraud

    • C’est un auteur qui écrit surtout pour la jeunesse. Des titres chocs, qui bousculent. Baignade surveillée n’est que son second titre pour adultes et c’est tout aussi percutant ! Un auteur à découvrir si ce n’est pas déjà fait, tu ne seras pas déçue du voyage…!

  1. hum ça donne envie.. ».Il ose tout, bouscule les certitudes et se vautre consciencieusement dans la boue en faisant un doigt d’honneur à tous les bien-pensants. » Enfin un auteur punk.Je prends.

    • Punk, y’a de ça. Ses titres jeunesse ont fait couler beaucoup d’encre. Personnellement, j’aime cette littérature jeunesse qui ne fait pas dans la dentelle et ne prend pas nos mômes pour des bisounours… On retrouve tout ça dans ce roman « pour les grands »… Tu vas aimer en tous cas, je n’en doute pas ! (et n’hésite surtout pas à lire ses titres jeunesse comme Je mourrai pas gibier, La brigade de l’œil ou encore Anka…)

    • Ce n’est que son deuxième titre adulte. Il publie généralement des romans pour les ados, ceci explique peut-être cela…? Quoiqu’il en soit, fonce ! C’est du tout bon !

  2. C’est bon quand ça gratte et que ça pique autant, hein ? Guéraud avance toujours sur le fil du rasoir mais il le fait tellement bien. Maintenant, je comprendrais aussi que l’on n’adhère pas à son univers mais en ce qui me concerne je suis tout à fait fan.

    • Oui, très bon même !! Ce type me fait craquer, il est toujours là où on ne l’attend pas et en plus il est absolument charmant (ce qui ne gâche rien…) ! Je me doute que son sex-appeal ne te fait ni chaud ni froid mais si tu veux on se lit son histoire de western ensemble un des ces quatre ! 😉

  3. Je n’ai pas encore tout lu de ses romans jeunesse mais j’adore aussi ! Je conseille souvent « La brigade de l’oeil » à mes élèves. Je suis attirée par celui-ci aussi évidemment, après ces billets enthousiastes. Le titre de son premier roman adultes c’est quoi ?

    • C’est Dernier western. Du coup je me le suis offert, je n’avais même pas tilté qu’il avait fait une incursion dans le roman adulte avant ! Hâte de le lire aussi du coup celui là !!

    • Guillaume Guéraud est le spécialiste des « claques » ! Ce n’est que son second roman adulte mais pioche les yeux fermés dans ses romans pour les ados, tu ne le regretteras pas !

  4. L’écran de mon ordinateur finira un jour par chauffer à force de passer de ton Blog au catalogue de ma médiathèque préférée !

  5. Et bien moi je suis déçue. Tu sais comme j’adore Guillaume Guéraud mais là justement pas de claque pour moi. La fin ne m’a absolument pas surprise, je m’y attendais. Peut-être qu’à force de le lire je connais sa façon de faire et je suis moins surprise. J’aurai aimé plus de trash.
    J’attends avec impatience le prochain maintenant !

    • Quand je parlais de « claque » je ne parlais pas forcément de la fin qui finalement est très logique. Plus de la façon qu’il a d’emmener les choses. Dans celui ci je ne pense pas que plus de « trash » aurait été nécessaire. Quand on lit entre les lignes, la souffrance est bien là…!

  6. Je suis tout à fait d’accord avec ton introduction. Et tu viens de m’apprendre qu’il écrivait pour les adultes aussi ! Je note, note et renote ! Merci.

  7. Je n’avais pas encore noté le nom de cet auteur mais après cet avis ‘claquant’ je le fais. J’aime bien le ton d’écriture donné par la citation et me plongerais volontiers dans ‘le gluant sirop des souvenirs’.

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