Trois fois dès l’aube – Denis Lapière / Aude Samama d’après Alessandro Baricco

Depuis ma lecture de Soie, Alessandro Baricco s’est taillé une place de choix dans mon petit panthéon d’auteurs fétiches. A chaque fois que j’ouvre un de ses romans, la même magie… L’impression de revenir à la maison, cet univers intimiste inégalable, cet art de la suggestion, cette petite musique reconnaissable entre mille capable avec trois fois rien de provoquer l’émotion. Une discrétion, un raffinement, une certaine sensualité…

 

Trois fois dès l’aube est un court roman qui m’attend depuis ma lecture de Mr Gwyn. Un recueil de trois histoires subtilement reliées entre elles qui apparait justement dans Mr Gwyn. Facétieux Baricco, toujours cette envie de s’amuser un peu avec son lecteur…

 

A peine la dernière page du roman tournée, encore bien installée dans cette ambiance si particulière comme sait en instaurer l’auteur, j’ai lu la très belle adaptation qu’en ont faite Denis Lapière et Aude Samama. Si Martin Eden, leur adaptation du chef-d’œuvre de Jack London, m’avait paru bien pâle, ici, je suis bluffée. L’ambiance graphique a un pouvoir hypnotique, sublime la sensualité des situations et donne même quelques clés que la lecture du roman ne fait pas apparaître comme évidentes…

 

« Ces pages racontent une histoire vraisemblable qui, toutefois, ne pourrait jamais se produire dans la réalité. Elles décrivent en effet deux personnages qui se rencontrent à trois reprises, mais chaque rencontre est à la fois l’unique, la première, et la dernière. Ils peuvent le faire parce qu’ils vivent dans un Temps anormal qu’il serait vain de chercher dans l’expérience quotidienne. Un temps qui existe parfois dans les récits, et c’est là un de leurs privilèges.« 

 

Trois chambres d’hôtel à l’aube. A l’ébauche d’un nouveau jour, alors que l’histoire est encore à écrire, un homme et une femme se rencontrent. A trois reprises. A trois moments particuliers de leur vie. Sans qu’ils n’aient jamais le souvenir des autres rencontres. Trois rencontres et autant de moments de vérité qui resteront uniques, gravées, à l’heure où la nuit laisse la place au jour. C’est ici que tout se joue, dans cet entre-deux feutré qui est autant une crainte qu’une promesse.  Et le temps s’arrête… se délite… se réinvente. L’occasion, peut-être, d’entrevoir une autre route, de faire d’autres choix. L’occasion d’apercevoir dans l’oeil de l’autre, au gré des confidences, cet autre soi qu’on aurait pu être et qu’on a peut-être encore la chance de devenir. Des rencontres aussi brèves qu’intenses qui s’assemblent comme les pièces d’un puzzle pour dévoiler petit à petit les zones d’ombres et les blessures secrètes…

 

Il y a une vraie atmosphère dans cette adaptation. Une vraie lumière. Une vraie sensualité… Le texte d’Alessandro Baricco, à l’identique et dans sa quasi totalité, dévoile toute sa richesse dans la mise en scène de Denis Lapière. Le découpage, les personnages, les ambiances … tout s’imbrique et se relie comme une évidence. Au dessin, le trait épais et le travail à la gouache de Aude Samama donnent un relief inattendu aux errances des personnages tout en magnifiant cette aura de mystère qui flotte toujours dans les récits de l’auteur italien.

 

Une jolie prouesse que cette adaptation, fidèle, troublante et intimiste qui rend totalement justice au talent inimitable de Baricco ♥

 

Des mêmes auteurs sur le blog : Martin Eden

De Denis Lapière : Seule

Alessandro Baricco sur le blog : SoieNoveciento : pianisteLa jeune épouseMr Gwyn

 

L’avis de Jérôme sur le roman, celui de Jostein sur l’adaptation BD.

 

Éditions Futuropolis (Février 2018)

104 p.

 

Prix : 20,00 €

ISBN : 978-2-7548-1729-5

 

Éditions Gallimard (Février 2015)

Collection Du monde entier

128 p.

Traduit de l’italien par Lise Caillat

 

Prix : 13,50 €

ISBN : 978-2-07-014237-8

 

Parution en poche chez Folio (Avril 2016)

 

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

 

           

   Petit carré jaune                  Blandine                              Mo’                           Gambadou

 

 

           

             Brize                             Nathalie                         Karine                             Stephie

 

 

           

            Blondin                            Caro                               Azi Lis                             Alice

 

 

           

            Lucie                               Cristie                            Mylène                           Jérôme

 

 

           

          Hélène                    Un amour de BD                 Madame                           Soukee

23 commentaires sur “Trois fois dès l’aube – Denis Lapière / Aude Samama d’après Alessandro Baricco

  1. Le coté pictural m’intéresse. l’ambiance qui s’en déguage aussi. Apres, je ne sais pas… Je verrais au détour d’une librairie.

  2. J’avais beaucoup aimé le livre de Baricco et beaucoup aimé aussi l’adaptation de Martin Eden (contrairement à toi^^) du coup je me dis que cet album ne pourra que me plaire !

  3. Tu me donnes très envie de découvrir Baricco, que j’ai déjà noté à plusieurs reprises sans jamais m’y arrêter vraiment, mais là tu ne me laisses plus le choix. Ensuite la BD, pourquoi pas.

  4. Le dessin me plait bcp, le livre aussi et ce que tu en dis pardi !
    C’est noté ma copine
    avec des bises des bises des bises des bises des bises des bises des bises <3

  5. Oh ben moi aussi je voulais lire ce livre depuis Mr Gwyn. Le temps passe trop vite ! Le pire c’est qu’il est dans ma PAL… Bon, l’adaptation BD attendra que je la trouve à la bib’. Graphiquement, c’est assez peu commun.

  6. Malgré ton enthousiasme sûrement justifié, j’ai toujours du mal à me laisser tenter par les adaptations de roman en bandes dessinées. Je trouve le résultat souvent décevant. Je passerai donc mon chemin… Au plaisir de te relire…

  7. Merci beaucoup pour cet article 🙂 ! J’avais feuilleté la BD en librairie car le graphisme me plaisait beaucoup. Je ne l’ai pas achetée car elle se passe surtout en intérieur(s), centrée sur les personnages (et j’aime bien quand il y a aussi des représentations de paysages, nature ou ville, dans les albums), mais je la lirai en bibliothèque si je la trouve.

  8. Ta première phrase, je viens de dire la même chose à Leiloona. C’est d’ailleurs elle qui m’a parlé de ton article. J’ai beaucoup aimé cette adaptation qui donne une dimension supplémentaire au livre de Baricco.
    Je n’ai pas pu mettre ce commentaire sur ton blog

  9. Pourquoi pas ? Je n’ai pas lu ce roman. J’avais lu « Soie » par contre, il y a déjà plusieurs années et j’avoue que j’avais été un peu déçue par ce qu’on m’avait présenté comme un chef-d’œuvre…

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