Charlotte – David Foenkinos

Charlotte renaudotAutant le dire tout de suite… Je me fiche de savoir si David Foenkinos méritait ou non d’obtenir le Goncourt. Encore moins de savoir s’il fait un Renaudot légitime et acceptable. J’ai eu envie de découvrir Charlotte avant même sa sortie. Pour son thème surtout. Et parce que j’avais l’impression qu’il ne pourrait pas, là, « faire du Foenkinos ». Si j’ai adoré La délicatesse, Le potentiel érotique de ma femme m’avait prodigieusement agacée. Depuis, j’en étais donc restée là…

 

On parle beaucoup de Charlotte. On débat, on s’insurge, on glose sur les intentions avouées ou non avouées de son auteur. « Un prix littéraire pour Foenkinos ? Franchement, est-ce bien sérieux…? Trop sirupeux, mal écrit… Et puis non, vraiment, cette histoire tellement tragique, ça ne peut que faire pleurer dans les chaumières, ça ne peut qu’être calculé… »

 

 

Oui, il est de bon ton de dénigrer les auteurs populaires, c’est toujours douteux les auteurs qui vendent autant. Un auteur si grand public ne peut décemment pas obtenir le Goncourt… Je suis lassée de tous ces débats.

J’ai lu Charlotte et j’ai aimé Charlotte. Pas un coup de coeur mais je ne suis pas passée loin… Est-ce un bon ou un mauvais roman ? Aucune idée. Mais je l’ai dévoré. Un peu désarçonnée, certes, par le style choisi par Foenkinos pour raconter « sa » Charlotte. Un style qui s’est visiblement imposé à lui, ce qu’il explique très bien d’ailleurs.

 

Malgré tout, j’ai trouvé que ce style, très simple, presque lapidaire, créait une distance entre le lecteur et le personnage, au lieu de tisser entre eux un lien fort. Une distance que j’ai appréciée, que j’ai trouvée salutaire même. Du coup, j’ai lu ce roman comme une biographie sur une artiste dont j’ignorais jusqu’au nom. Une biographie avec un petit supplément d’âme qui rend le tout étrangement hypnotique. D’ailleurs, je n’ai voulu découvrir les œuvres de cette artiste juive allemande morte à Auschwitz qu’après lecture, de même que ses photos… Une artiste hors-normes, une femme exceptionnelle, un destin hors du commun.

J’ai aimé la sincérité de la démarche de l’auteur. Ce profond respect, cette grande admiration que l’on ressent entre les lignes ne peuvent à mon sens être factices. Leur histoire est une belle rencontre. Il en résulte une magnifique déclaration d’amour… On peut reprocher tout un tas de choses au style de Foenkinos, parfois à juste titre d’ailleurs, on ne pourra pas lui reprocher son manque de sincérité…

 

Avec ce texte, David Foenkinos rend un bel hommage à une artiste qui le bouleverse. On y sent l’urgence, on y lit l’obsession… et j’ai trouvé ça beau.

 

 

Une lecture inattendue et différente que je partage avec Jérôme

 

 

Ils ont aimé : Joëlle, l’Irrégulière, Laure, Laurie, Mango, Meely, Séverine, Un chocolat dans mon roman

 

Ils n’ont pas aimé mais y mettent les formes : Pr Platypus, Sandrine

 

 

Première phrase« Charlotte a appris à lire son prénom sur une tombe. »

 

 

Au hasard des pages : « Pendant des années, j’ai pris des notes.

J’ai parcouru son œuvre sans cesse.

J’ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans.

J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois.

Mais comment ?

Devais-je être présent ?

Devrais-je romancer son histoire ?

Quelle forme mon obsession devait-elle prendre ?

Je commençais, j’essayais, puis j’abandonnais.

Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.

Je me sentais à l’arrêt à chaque point.

Impossible d’avancer.

C’était une sensation physique, une oppression.

J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.

Alors j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi. » (p. 71)

 

 

Éditions Gallimard (Août 2014)

Collection Blanche

224 p.

 

ISBN : 978-2-07-014568-3

Prix : 18,50 €

 

 

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23/24

38 commentaires sur “Charlotte – David Foenkinos

  1. Suis pas trop d’accord sur tout ce qui concerne l’attribution d’un prix … il ne suffit pas d’être sincère pour en avoir un. Mais bon pas non plus dans le début ou la polémique. Je le lirai. Pour son thème. Pas pour l’auteur.

  2. La sincérité, l’obsession, la pudeur aussi, j’ai ressenti tout ça. Et même si la mise à distance m’a empêché d’apprécier vraiment cette lecture, je suis absolument ravi de la partager avec toi (comme toujours tu vas me dire 😉 )

    • Curieusement j’ai apprécié cette mise à distance, je n’aurais pas voulu me sentir trop « impliquée » dans cette histoire. Du coup, c’est un quasi sans fautes pour moi !

  3. J’apprécie beaucoup ton billet, de même que tous les avis mesurés. ça me paraissait un peu facile de tomber à bras raccourcis sur D. Foenkinos (que je n’ai jamais lu, je précise) sous prétexte qu’il a choisi un parti-pris casse-figure. Alors qu’à l’entendre en parler et à lire les extraits, on sent sa sincérité. Et si cela ne suffit pas à obtenir un prix littéraire, on s’en moque bien ! Je lirai donc ce roman avec un a priori plutôt favorable, et on verra.

    • Tu m’en vois ravie. Il a fait beaucoup parler ce roman, il continue d’ailleurs… Le mieux est quand même de se faire son propres avis, ce que tu feras j’en suis persuadée. Foenkinos n’a pas choisi la facilité avec ce roman, oui, et je comprends qu’on puisse trouver ça vain ou surfait. J’attends ton avis du coup 😉

  4. J’ai mon avis sur la question concernant le Prix reçu. J’ai comme toi adoré la Délicatesse mais je n’ai pas été si convaincue que cela par la suite de ses publications. J’aurai peut-être l’occasion de m’y replonger mais j’ai bien d’autres priorités.

  5. moi j’aime bien cet auteur et g le livre à côté de mon lit, mais le sujet, arf… heureusement ton si joli billet est arrivé alors vais m’y lancer ! merci ma copine <3

  6. Ma réaction à la lecture de ce livre a été identique à la tienne! Quoi qu’on puisse penser de l’auteur lui-même et de ses autres ouvrages, c’est une belle évocation d’un personne très touchante que je suis heureuse d’avoir pu découvrir de cette façon!

  7. Sans avoir lu « Charlotte », je pense que l’on ne peut pas mettre en doute la sincérité de sa démarche. J’ai beaucoup entendu Foenkinos en parler et son admiration pour cette artiste est réelle. J’avais un peu peur du style employé pour parler d’elle. Toi et Jérôme avez un avis bien différent sur cette mise à distance. Il ne me reste plus qu’à le lire pour me faire un avis !

    • Contrairement à toi, je n’ai pas entendu l’auteur parler de son livre. Mais je ne doute pas une seule seconde de sa sincérité, elle transpire dans tout le roman !

  8. Je pourrais copier sur Kathel, je pense la même chose qu’elle. Je le prendrai à la bibliothèque. Il ne m’est jamais venu à l’esprit qu’il n’était pas sincère, après son style, c’est une autre histoire ..

    • Oui, c’est une autre histoire… Le « non-style » peut hérisser parfois, ici, la forme choisie est en parfaite adéquation avec ce qu’il a voulu dire je trouve…

  9. J’ai adoré La Délicatesse.
    Je me suis profondément ennuyé avec En cas de Bonheur.
    Je pourrai bien me laisser tenter par Charlotte après ton billet.

  10. Je suis convaincue aussi, mais je commencerai par Délicatesse que j’ai dans ma bibli et que je n’ai pas encore lu.

    Bon Week End 🙂

    • La délicatesse c’est vraiment très très différent ! Mais c’est par lui que j’ai connu l’auteur… J’aurais lu Charlotte « à l’aveugle » je n’aurais pas parié une cacahuète sur le fait que ce soit Foenkinos qui l’ait écrit !

    • La délicatesse c’est vraiment très très différent ! Mais c’est par lui que j’ai connu l’auteur… J’aurais lu Charlotte « à l’aveugle » je n’aurais pas parié une cacahuète sur le fait que ce soit Foenkinos qui l’ait écrit !

  11. Excellent billet et je suis tout à fiat d accord avec toi lorsque tu évoques la polémique des prix littéraires, j en ai assez de ces « proces » fait aux auteurs dits populaires, le Goncourt ou le Renaudot sont censés couronner un roman et non la personnalité ou le succès d un auteur…

  12. Je ne me fie plus aux prix littéraires, alors tant mieux pour lui s’il a gagné le Renaudot mais ça ne me fait ni chaud ni froid. Je n’ai pas gardé un grand souvenir de La délicatesse mais j’avais envie de découvrir Charlotte pour le thème, pour la biographie que j’allais y trouver, pour la sincérité avec laquelle Foenkinos s’est impliqué si j’en crois ses interviews. Et comme ton billet ne m’en dissuade pas, je vais le lire 😉

  13. Je n’ai encore rien lu de cet auteur. Donc finalement je n’ai rien à dire :), mais j’ai bien envie de commencer par la délicatesse. Et poursuivre par celui-ci; c’est bien quand même cet hommage qu’il rend à cet artiste.

    • Tu auras l’impression que les deux romans ne sont pas écrits par le même homme, c’est du moins la réflexion que je me suis faite pendant ma lecture… Charlotte est un roman qui mérite la découverte, La délicatesse est un chouette moment de lecture, plus divertissant que profond, certes, mais ça fait du bien aussi par moments ! 😉

  14. je veux lire Charlotte depuis « le début », tout simplement parce que j’aime tellement Foenkinos, l’auteur et l’homme, que je suis prête à le suivre partout où il m’emmènera !

  15. Je suis tout à fait de ton avis. J’aime bien les romans de Foenkinos en général, et celui-là dénote clairement. On sent vraiment qu’il avait juste besoin de l’écrire, et je ne pense pas du tout que sa démarche était calculée. Comme tu le dis, ce roman respire la sincérité.
    J’ai vu qu’il n’était pas dans ton index donc je te conseille Les souvenirs, qui m’a vraiment bouleversé au moment de la lecture. C’est un beau livre, dans son style habituel, mais qui n’est pas centré sur une relation amoureuse de couple pour une fois, mais sur le lien entre une grand-mère et son petit-fils !

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