Mygale – Thierry Jonquet

MygaleVoilà, j’ai enfin lu mon premier Jonquet, et pas des moindres je pense… Dire que j’ai adoré ce roman serait un euphémisme, j’ai été littéralement captivée de bout en bout par cette histoire ô combien sordide et diabolique. Je n’ai pas vu l’adaptation cinématographique que vient d’en faire Pedro Almodovar, La piel que habito, je n’avais donc aucune connaissance de la chute du roman, fort heureusement ! Et Jonquet m’a baladée comme il se doit avec grand art je dois dire. J’ai maintenant très envie de voir ce que ça peut donner à l’écran, l’exercice est toujours délicat surtout quand on s’attaque à du lourd comme ici avec Mygale…

 

Richard Lafargue est un chirurgien plastique réputé, son travail est reconnu et l’homme est apprécié pour ses qualités humaines. Il forme avec Eve un couple apparemment parfait, elle est belle et fait des envieux dans les soirées mondaines où ils se montrent régulièrement. Le reste du temps, le couple vit dans une grande villa au Vésinet, caché des regards, et là, derrière le vernis des apparences, la réalité est toute autre… Eve vit recluse dans son appartement privé, sa porte d’entrée est fermée à double tour par trois verrous. Quand son mari lui parle, c’est via un interphone placé dans le salon, quand il s’adresse à elle, ce n’est que cris, insultes et autres joyeusetés… Quand il ne la livre pas en pâture à des hommes prêts à payer le prix fort pour profiter de ses charmes, Richard jouissant du spectacle derrière un miroir sans tain…

Vincent Moreau, pour une raison qu’il ignore, est retenu prisonnier dans une cave, nu, chaînes aux poignets, par un homme qu’il surnomme Mygale… La faim, la soif, la peur… et l’attente. Pourquoi l’homme le maintient-il en vie ? Pourquoi ces étranges rituels ? Pourquoi lui…?

Alex Barny se planque, son nom fait les gros titres de tous les journaux depuis la mort de ce flic. Il est blessé mais son sac déborde de billets de banque, reste à savoir comment les écouler.

Trois destins, trois histoires apparemment sans lien entre elles… Et pourtant…

 

Mince… Quel roman ! Noir, très noir, glauque, malsain, c’est diabolique et terriblement bien mené ! La réussite du roman tient en grande partie à sa construction si particulière et très habile, ces trois histoires qui s’entrecroisent sans qu’on parvienne réellement à les relier entre elles. Et pourtant, il y a un lien, évidemment…

Tout intrigue dans ce roman, à commencer par les personnages eux-mêmes. Richard est un homme énigmatique, pervers, cruel et violent, pourtant, l’amour n’a pas l’air totalement absent de ses relations avec la belle Eve. Eve, quant à elle, est un personnage insaisissable. Si elle souffre de sa situation de « prisonnière », elle n’est pas si soumise qu’il n’y paraît et semble avoir un certain ascendant sur Richard… Complexe, le personnage de Mygale l’est aussi. On ne cesse de s’interroger sur ses motivations, tout comme sa proie avec qui il entretient une relation très ambiguë.

Et puis petit à petit, tout s’imbrique, tout s’explique, on jubile et on est glacé d’effroi. Quel final ! Difficile de lâcher ce roman après l’avoir commencé. On tourne les pages de manière frénétique, on se pose tout un tas de questions, on veut savoir… Quand le dénouement arrive enfin, on prend une grosse claque ! Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il faut être soi-même un brin cinglé pour écrire pareille histoire, je n’ai qu’une hâte, me replonger très vite dans l’univers morbide de Thierry Jonquet. J’ai adoré !

 

Les avis de Pimprenelle, Stéphie, Lili, Choco, Ys, Dasola, Hécléa, A propos de livres, Calypso, Isa, Emeraude

 

Premières phrases : « Richard Lafargue arpentait d’un pas lent l’allée tapissée de gravier qui menait au mini-étang enchâssé dans le bosquet bordant le mur d’enceinte de la villa. La nuit était claire, une soirée de juillet, le ciel parsemé d’une pluie de scintillements laiteux. »

 

Au hasard des pages : « Dans ta tête, tu avais donné un nom au maître. Tu n’osais l’employer en sa présence, bien entendu. Tu l’appelais « Mygale », en souvenir de tes terreurs passées. Mygale, un nom à consonance féminine, un nom d’animal répugnant qui ne cadrait pas à son sexe ni au raffinement extrême qu’il savait montrer dans le choix de tes cadeaux… Mais Mygale car il était telle l’araignée, lente et secrète, cruelle et féroce, avide et insaisissable dans ses desseins, caché quelque part dans cette demeure où il te séquestrait depuis des mois, une toile de luxe, un piège doré dont il était le geôlier et toi le détenu. » (p. 66)

 

Éditions Gallimard (Juillet 1999)

Collection Folio Policier

156 p.

 

Challenge ThrillerChallenge Thriller organisé par Cynthia

2/8

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28 commentaires sur “Mygale – Thierry Jonquet

  1. J’ai vu l’adaptation d’Almodovar et j’ai adoré. Mais j’ai l’impression que les personnages du livre de Jonquet sont bien plus fouillés et que le dérroulement de l’intrigue est encore plus jouissif. J’aurais dû lire le livre avant… Je crois aussi que Pedro s’est permis quelques libertés pour son adaptation au ciné.

    • Il me reste à voir le film maintenant… Tu peux toujours lire le roman, même si tu auras forcément des clés de l’intrigue en ta possession… Bluffant ce roman !

    • Je ne trouve pas, j’ai toujours préféré lire les livres avant de voir les adaptations ! Je ne regrette pas ! Le roman est excellent !

    • J’avoue que le tapage médiatique autour du film m’a poussé à lire le roman, je ne regrette pas de l’avoir lu avant d’avoir vu le film ! Un must !!

  2. Vu ton enthousiasme, je pense que je vais l’emprunter très bientôt à la biblio (je suppose qu’ils l’ont mais j’espère qu’il ne sera déjà emprunté … ce n’est pas évident : dès qu’un film inspiré d’un livre sort sur les écrans, le livre a tout à coup beaucoup de succès à nouveau !)

    • Oui, c’est le problème… Regain de succès pour ce roman, mais si le film a cet effet, tant mieux, le roman est génail !! 😉

  3. Je suis une grande adepte de Thierry Jonquet mais je n’ai pas encore lu « Mygale » et ton enthousiasme (et la sortie du film d’Almodovar que je ne préfère pas voir) me donnent très envie de me lancer dans cette lecture. Mon coup de coeur pour le moment, c’est « Les Orpailleurs ».

  4. J’ai vu le film d’Almodovar et comme d’habitude, je suis assez bouleversée par ses films. J’ai été surprise de voir que le film était adapté de ce roman. Je ne pense pas le lire car la connaissance de l’intrigue gâche un peu le plaisir même si l’écriture n’est pas la même expérience. 

    • Je suis contente d’avoir lu le livre avant de voir le film… Effectivement, tu as forcément les clés nécessaires pour dêmeler le tout, dommage ! A lire quand même, le roman vaut vraiment le coup !

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