PalahniukSortir un peu des sentiers souvent trop balisés de la littérature érotique. Oublier le mummy porn et ses atermoiements pénibles. Tenter le diable. C’est une expérience de lire Chuck Palahniuk, le genre d’expérience dont on ressort un peu ébouriffé. Fasciné par une telle liberté de ton. Dérangé par ces limites sans cesse repoussées bien loin de la décence…

 

En même temps, impossible de faire l’innocent. On ne lit pas Chuck Palahniuk par hasard. On sait pertinemment qu’avec cet auteur aussi subversif que déjanté il serait fort déplacé de s’offusquer. Toujours border-line voire complètement hors cadre, Palahniuk aime quand ça grince aux entournures, quand ça transpire un peu sous le casque, quand ça démange jusqu’à l’insupportable. L’occasion rêvée pour tirer à boulets rouges sur une société qui marche bien souvent à l’envers. Avec panache. Insolence. Et beaucoup, beaucoup de second degré…

 

Dans son seizième roman, l’auteur de Fight club et de Snuff nous emmène explorer les mystères du plaisir féminin. Évidemment, tout ici n’est que prétexte à tordre tous les codes. A commencer par ceux de la romance sauce épicée dont nous sommes abreuvés jusqu’à frôler l’overdose depuis Cinquante nuances de Grey. Et là, Palahniuk se régale… En vrai sale gosse, il met les pieds dans les clichés, se réapproprie le langage d’une littérature qui se dit libertine et nous offre un gigantesque feu d’artifice de grand n’importe quoi…! Quand on a assimilé le fait que l’auteur n’a peur de rien et encore moins de la surenchère et du ridicule… c’est une lecture tout simplement jubilatoire…!

 

Prenez une apprentie avocate dans un prestigieux cabinet New-yorkais. Mettez sur son chemin un milliardaire ayant fait fortune dans les médias et les technologies de pointe. La rencontre est peut-être inattendue pour eux, elle ne l’est pas pour le lecteur qui a déjà lu cette scène des dizaines de fois. Le début de ce qui semble être un conte de fée commence… D’un côté Penny Harrigan, la pauvre fille banale et transparente, de l’autre Linus Maxwell, le beau gosse riche à millions qui a vécu des histoires d’amour torrides et très médiatisées avec une star du cinéma, la reine d’Angleterre et la présidente des États-Unis, entre autres… Des relations qui ont toute duré 136 jours, pas un de plus, pas un de moins… Au départ platonique, celle de Penny et Maxwell prend une tournure des plus étonnantes quand la jeune fille se rend compte que son amant est obnubilé par la recherche du plaisir féminin. Devenue cobaye des gadgets sexuels mis au point par Maxwell, elle expérimentera le plaisir ultime et dévastateur, la jouissance permanente et l’extase perpétuelle. Ces joujoux de plaisir, bientôt commercialisés sous le label « Beautiful you », sont devenus l’obsession de Maxwell. Une obsession qui ne sera pas sans conséquences sur la vie de Penny… et sur celles de milliers de femmes…

 

« Un milliard de maris sont sur le point d’être remplacés. »

 

Passé l’effet de surprise, je dois avouer que je me suis régalée…! Formidable pastiche à la construction imparable, Orgasme est un roman mordant, cynique, remettant en question la place de la femme (et de l’homme) dans la société. Ici le sexe n’est qu’un prétexte pour fustiger tour à tour la société de consommation, les comportements addictifs et le conditionnement que peut induire la publicité. Décomplexée et bourrée d’humour noir, la plume de Palahniuk ne fait pas dans la dentelle. En complet décalage, sous des dehors affreusement sexistes et provocants, volontairement ambigu et souvent outrancier (voire complètement grotesque), l’auteur donne une vision du monde glaçante au possible.

Beaucoup vont détester, certains ne se donneront peut-être même pas la peine de finir ce roman. Les autres vont se régaler. Une chose est sûre, Palahniuk ne fera pas l’unanimité avec cet OVNI.

 

Un titre à part qui a sa place toute trouvée dans ce rendez-vous mensuel de lectures inavouables. Une expérience littéraire atypique que je partage avec Jérôme.

 

 

Éditions Sonatine (Mars 2016)

265 p.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Clément Baude

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-35584-360-0

 

 

mardi-c-est-permis

Tous chez Stephie !

 Et vous, qu’avez-vous lu d’inavouable ce mois ci…?


32 commentaires

Framboise · 5 avril 2016 à 00h13

Ahhhhhhhhhhhh je le veux :-p
je vais adorer je le sens !
merci merci merci pour ce divin mardi qui débute magistralement (n’ayons pas peur des mots !) par ce délice de billet et par ce livre qui me fait tant envie héhé
bisous de la nuit ma copine <3

    Noukette · 6 avril 2016 à 22h38

    J’aime quand tu veilles tard pour être la première à lire mes billets coquins, coquine que tu es va ! 😀

      Framboise · 6 avril 2016 à 23h11

      toujours toujours <3 et à chaque fois ce régal !
      Orgasme est là, près de moi, je crois que ce soir …. enfin jme comprends :-p
      à la votre les copains !

Stephie · 5 avril 2016 à 06h18

Celui-ci, il me tente vraiment beaucoup !!

    Noukette · 6 avril 2016 à 22h39

    Je te comprends ! Un titre parfait pour ton mardi ! ^^

Cristina · 5 avril 2016 à 08h16

Rahhhhhhhhh
Il va de soit que je le veuuuuuuuuuux
Tssssssssssssssssssss 😉
Comme une envie de ne pas éteindre l’interrupteur ^^
Rohhhhh ça vaaaa c’était trop tentant 😀

Bon mardi alors Noukette lollll 🙂

    Noukette · 6 avril 2016 à 22h41

    Mais oui, sur « on », c’est bien mieux…! O:)

keisha · 5 avril 2016 à 08h42

Déjanté jubilatoire, des mots que j’aime…

jerome · 5 avril 2016 à 08h56

Tellement barré que ça ne pouvait que nous plaire !
(mais tu fais bien de préciser que certains vont le détester, c’est une évidence)

    Noukette · 6 avril 2016 à 22h42

    Mais je ne suis pas étonnée que toi aussi tu ais adoré, coquin va ! ^^

L'Irrégulière · 5 avril 2016 à 09h30

Je suis très tentée ^^

Margotte · 5 avril 2016 à 10h05

Pourquoi pas ? mais j’attendrai :
1. une sortie en poche. C’est paradoxal il est vrai, tellement c’est le genre d’ouvrage qu’il vaudrait mieux tester en « grand format » 😉
2. Une soirée d’hiver au chaud sous la couette !
J’ai lu un seul livre de cet auteur et je trouve qu’il en fait parfois un peu trop dans la surenchère. M’enfin, la thématique de celui-ci me paraît intéressante. Faut voir faut voir…

    Noukette · 6 avril 2016 à 22h43

    Tout est « too much » oui, c’est un peu la marque de fabrique de l’auteur. Une fois accepté tout ça… c’est un vrai plaisir de lecture !

luocine · 5 avril 2016 à 10h59

la couverture est géniale, vous faites tout (vous Jérôme et toi) pour qu’on reste un peu moins ignare en matière de littérature érotique … Bravo à vous!

    Noukette · 6 avril 2016 à 22h44

    On sort un peu des sentiers battus avec ce titre là, et ça, j’avoue que ça me plait beaucoup ! Un vrai OVNI ce roman !

zazy · 5 avril 2016 à 12h12

Au moins celui-ci me tente beaucoup. Pas lu les 50 nuances d’ennui.

Alex-Mot-à-Mots · 5 avril 2016 à 13h02

Ce n’est pas votre roman ado de la semaine avec Jérôme. J’ai eu peur un moment…..

    Noukette · 6 avril 2016 à 22h45

    Eh non ! 😉 C’est la petite incartade du mois, celle interdite aux moins de 18 ans ! ^^

Violette · 5 avril 2016 à 13h05

je ne savais pas qu’il était l’auteur de Fight Club! Bon, je suis tentée avec un billet pareil!

    Noukette · 6 avril 2016 à 22h46

    Chouette ! rRavie d’avoir aiguisé ta curiosité ! ^^

Célibette · 5 avril 2016 à 18h14

Ah ben décidément, deuxième article que je lis d’affilée sur ce livre^^ je crois qu’il va falloir que je me le procure car il me fait bien envie 🙂

    Noukette · 6 avril 2016 à 22h47

    Il faut toujours succomber à la tentation parait-il 😉

Valérie · 5 avril 2016 à 20h00

Quelle réussite ce roman! Je n’ai pas aimé la fin mais tout le reste est une totale réussite. C’est un excellent pastiche et le genre est pourtant casse-gueule.

    Noukette · 6 avril 2016 à 22h48

    Nous sommes d’accord, la fin est absolument abracadabrantesque…! Ca colle bien à l’ensemble cela dit et ce que je retiens c’est un vrai bon moment de lecture ! J’espère que tu feras un billet, hâte de le lire !

Une ribambelle · 5 avril 2016 à 20h49

Je ne connaissais pas cet auteur mais on devient vite curieuse avec un tel billet.

    Noukette · 6 avril 2016 à 22h48

    Un auteur à découvrir, un univers complètement à part !

Mo · 6 avril 2016 à 12h01

On dirait que ce roman là a du caractère !! Et il me tente bien plus que les ouvrages dont on avait déjà parlé. A voir donc (l’idée va faire son petit bonhomme de chemin ^^)

    Noukette · 6 avril 2016 à 22h49

    Il y a beaucoup de matière dans ce roman…! Je serais curieuse de savoir ce que tu en penserais !

Le premier mardi, c'est permis (59) - Mille et une Frasques · 5 avril 2016 à 07h00

[…]   Et vous ? Qu’avez-vous osé ce mois-ci ? Mylène va finir tatouée, Jérôme et Noukette se filent un […]

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